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01/01/2007

Bonne année!!

Voici de jolis vœux, écrits par René Barjavel, le 2 janvier 1972 :

 

Bonne année, bonne année, bonne année !... Je vous la souhaite bonne et heureuse, argent, bonheur, amour, fleurs et papillons, beaujolais frais – mais sans excès – et contractuels en grève. Et surtout la santé, c’est le principal, tout le monde le sait. Quand le « bâtiment » va, tout va. Alors vogue la galère encore pour un an. Que l’année vous soit tiède et douce comme un sein de nourrice, à vous et à moi aussi, et aux autres également.

Il y a un an, deux ans, trois ans – je n’irai pas plus loin de peur de nous faire peur – nous avons formulé et reçu les mêmes souhaits, avec la même naïveté qui fait que sans y croire vraiment nous ne sommes pas non plus tout à fait sceptiques. Nous avons besoin de ce relais, de cette interruption dans le temps et la destinée, de cette foi dans la possibilité de changer nos chances comme on met des draps frais à un lit pour s’y trouver plus à l’aise dans l’amour et le sommeil. Ceux de l’an passé ont duré douze mois, c’est beaucoup, c’est désastreux, ils sentent la grippe et la pollution, ils ont perdu leurs couleurs et pris le gris de la crasse universelle, nous les avons usés des genoux, des coudes et des fesses, nous les avons mordus de douleur, nous y avons essuyé nos sueurs et nos larmes, ils ont reçu tous nos déchets, regrets, déceptions, hargnes, ratages, ils sont devenus serpillières, poubelles. Rejetons-les sans les regarder davantage… A la fosse ! au trou ! au passé !... Vivent les draps nouveaux ! C’est la saison du blanc, le blanc est en couleur, à l’espoir l’an neuf ! et à la joie ! Bonne année, bonne année, bonne année !...

Permettez-moi de vous souhaiter d’abord le printemps… Au plein cœur de l’hiver, c’est le temps de penser à lui.

Il viendra, dites-vous, il viendra de toute façon ? Eh ! qu’en savons-nous ? Nous sommes bien osés d’affirmer la répétition inévitable du miracle, et que fatalement la neige fondra. Soyons un peu craintifs : ce sera si merveilleux de voir pointer la pâquerette si nous avons eu la fraîcheur d’âme de penser qu’elle pourrait rester en terre, et d’en trembler. Et de croire qu’elle est venue parce que nous l’avons appelée, et qu’elle nous aime… Nos ancêtres ont cru nécessaire d’inventer la joie de Noël parce que c’était le jour de l’année où le soleil était le plus loin d’eux. Allait-il continuer de s’éloigner, jour après jour, jusqu’au bout de la nuit ? Pour le retenir, ce soir-là, ils ont fait naître le dieu de l’espoir, et allumé, aux flancs des arbres qui restent verts malgré l’hiver, des millions de lumières minuscules qui lançaient leur appel vers la grande lumière vagabonde. Nos ancêtres avaient raison. Nous devons aider le monde. Nous croyons savoir comment le soleil tourne et se font les saisons. Mais il est bien certain que nous ne savons pas pourquoi. Et si les raisons de ce qui est changeaient, tout à coup ? Nos grands savants ont établi ce qu’ils nomment des lois : ce ne sont que des constats d’habitudes. Loi de la gravitation, signée Newton : si vous le lâchez, le caillou tombe. Il en est ainsi depuis des milliards d’années. C’est la loi…

Et si demain, quand vous ouvrirez la main, le caillou s’envole ?... Des milliards d’années, c’est le temps d’un saut de puce. Chaque jour un saut différent peut commencer…

Croyez-moi, il vaut mieux n’être trop sûr de rien, et aider le printemps. Je vous le souhaite, souhaitez-le aussi, et pensons à lui. Il a peut-être, pour éclore, besoin de notre désir.

Ne négligeons pas pour autant l’hiver. La rude saison ne nourrit plus de vent les loups, mais elle continue de mordre. Ses jours pourtant sont nos jours, et nous n’en avons aucun de trop. Nous en laissons tant glisser de nos mains sans leur prêter attention, entre le premier et le dernier de l’an… Pour la raison qu’ils sont malchanceux ou simplement ordinaires. Mais un jour est un jour, et chaque jour plus rare que celui qui l’a précédé. Espérons le printemps, mais ne souhaitons pas que l’hiver se hâte de finir. C’est une saison de notre vie…

(…)

Je vous souhaite, si vous ne l’êtes pas, que vous deveniez amoureux ou amoureuse, et si vous l’êtes déjà, que vous le restiez au moins jusqu’au 31 décembre. C’est la meilleure façon d’être heureux ou malheureux. Et si l’on aime vraiment l’autre pour l’autre et non pour soi, on n’a aucune raison d’être malheureux. A moins que l’autre le soit. Il n’y a qu’une chose insupportable : c’est la souffrance de ceux qu’on aime. De tout le reste on peut s’accommoder. Et avec l’amour on peut donner à toutes les ombres de la vie la couleur du soleil.