02/04/2026
Se résoudre aux adieux...
"J'ai fini par acquérir durablement le sentiment de l'éphémère". Jean ROSTAND
Sibyllins, tous ces messages qui nous sont parvenus de la planète Thiéfaine la semaine dernière ? Pas tant que ça, en fait ! Dès le début, si on faisait le lien avec le titre et le contenu de la chanson dont ils étaient extraits (et ce lien, nous l'avons tous fait, n'est-ce pas ?), on n'entendait qu'un seul mot résonner au cœur d'un silence qui faisait mal à la tête : adieux. « Adieu, à présent, à jamais pour toujours, à la vie, à la mort et au compte à rebours », chante Yves Jamait. Les comptes à rebours, moi, ça me parle, et dans une langue que je comprends mieux que toutes les autres, question de disposition quasi fœtale. Je suis sûre que déjà dans le ventre de ma mère je me disais : « Bon, cette vie qui commence court déjà vers sa fin, tragique marathon à l'issue fatale ». Je ne dis pas ça pour crâner et faire penser que je disposais malgré mon très jeune âge d'un vocabulaire hautement sophistiqué, mais plutôt pour indiquer ma conscience (à la noix) de la finitude des choses. Conscience qui puise forcément ses racines quelque part, n'est-ce pas, alors pourquoi pas dans le ventre de ma mère ?! Tout commencement annonce aussi une fin, ne l'ai-je pas écrit des milliers de fois ici ? Je redoute tellement le point final de toutes choses que j'en suis venue parfois à en redouter l'incipit ! Je crois que je n'ai pas mon pareil (ni ma pareille, s'entend) pour, au beau milieu de la joie, imaginer déjà le goût amer qu'elle laissera quand elle ne sera plus ! Ah, cette manie de voir le verre vide alors qu'il est encore plein, cette crainte d'y boire puisque boire signifie le vider, « c'est des coups à vous faire des armées d'impuissants », pourrais-je dire si je voulais imiter Brel ! Mais je ne veux pas imiter Brel, je veux m'imiter moi-même et, dans mon monde un peu bizarre où je m'imite moi-même, cette manie, c'est des coups à vous planter des épines dans le cœur... Je l'ai appris à mes dépens et à la sueur de mes plaies.
Il fallait bien que ça arrive, n'est-ce pas ? Et nous savions tous que cela finirait par arriver : les adieux de monsieur Hubert-Félix Thiéfaine. Sa longévité confinant au légendaire pouvait nous inciter à mettre des œillères, ce dont je ne me suis pas privée pour ma part. Nous inviter à nous dire : « Il est éternel, increvable, tout-puissant ». Mais, toujours, le principe de réalité vient dégommer le principe de plaisir, le faisant tomber de son « socle de rêve ». Règle immuable en ce bas monde. Vraiment très bas, parfois, ce monde, soit dit en passant...
Alors voilà, cette tournée marquera pour moi la fin de trois décennies. Trois décennies passées à attendre fiévreusement les concerts faisant suite aux albums, les albums faisant suite aux concerts. Je ne sais pas encore très bien comment va s'organiser ma vie dans ce désert. Oui, j'ose le mot ! Et mes autres admirations ne seront jamais de taille à remplacer mon king. Je suis désolée pour elles, mais c'est ainsi, Thiéfaine est mon indétrônable, mon unique. Peut-être parce que cette passion née par une nuit de septembre dans une R18 fut une des seules à me trouver réellement fidèle, capable de mille et un renoncements, peut-être parce que la bande-son HFT qui irrigue mon existence entière est celle qui correspond en tous points et pour une raison qui m'échappe (ce qui est encore mieux, les grandes amours étant, je crois, réservées au domaine de l'inexplicable) à mon ADN ? Parce que c'était lui, parce que c'était moi, ai-je envie de m'exclamer pompeusement. J'ai trouvé dans l'œuvre de Thiéfaine la fréquence que je n'attendais pas, celle qui ne pouvait qu'entrer fortement en résonance avec la mienne. C'était en 1992, ça a traversé ma vie comme pas grand-chose d'autre, ça l'a accompagnée, cette vie, de bout en bout ou presque, et ce n'est pas une tournée d'adieux qui jartera tout ça d'un revers de micro, c'est moi qui vous le dis.
En attendant, je vais tâcher de savourer l'attente, je vais m'efforcer de ne pas penser à l'après. Ça va être dur avec ma structure à la con (vous savez, le verre que je vois déjà vide alors qu'il est encore plein, la joie dont déjà le goût amer qu'elle laissera me chatouille la gorge alors même qu'elle est en train de me livrer son meilleur nectar), mais je crois que je lui dois bien ça, à Thiéfaine. Quelque chose comme une reconnaissance. Pour tout ce qu'il a semé dans mon parcours. Et que je ne mesure pas vraiment, tant ce champ est vaste !
N'empêche que je ne sais pas comment je vais faire pour me résoudre aux adieux. Derrière un kleenex, saurai-je mieux lui dire le mot qui tue ? Je n'en suis pas sûre... Parce qu'il est des cafards qu'on ne parviendra jamais à noyer. Taxi-dancing et compagnie, c'est de la roupie de sansonnet à côté de trente-quatre ans d'amour qui furent trente-quatre ans d'amour fol !
09:26 | Lien permanent | Commentaires (20)









































Commentaires
Trente-quatre ans d'amour fol et ce n'est pas fini ! Ma passion ne s'éteindra pas avec ces adieux qu'HFT nous fera bientôt !
Écrit par : Katell | 02/04/2026
Je valide complète tes propos. Se résoudre aux adieux, tâche difficile.
Hubert a impacté nos vies mais il est et restera notre "maître spirituel musical"
Écrit par : Mgt | 02/04/2026
Merci pour ce billet Katell. Cela fait longtemps que je ne suis pas venue...
Cette annonce m'a mis un grand coup au moral et j'aborde cette tournée avec davantage de renoncement (de deuil ??? c'est disproportionné) que de joie.
Écrit par : Nadja | 03/04/2026
Hello Katell,
Je pense à Hubert et je me demande comment il vit ça lui, sa dernière tournée…
Écrit par : Bételgeuse | 04/04/2026
Friedrich Nietzsche se pose cette question : “le langage est-il l’expression adéquate de toutes les réalités. Il n’aura de cesse de ré-approfondir cette question toute son existence, et de réfléchir à un « nouveau langage » en invoquant le rôle du corps dans ce processus. Pour lui les mots permettent à la pensée de se construire et elle devient consciente grâce au langage. Mais en même temps, le mot n’est pas la chose et à ce titre le langage voile la réalité qu’il est censé décrire. Il la travestit plutôt qu’il ne la décrit.
.../... Hubert prend de l'âge, et comme il me l'a dit - de/ET haute voix - devant témoins de référence ceci à LILLE en 2018 :'' DOC. !!! ne fait pas de frais on est dans la dernière ligne droite !!! ( je parlais de ma demande d'euthanasie en 2017 en Belgique .. ) .../...
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Écrit par : le Doc. | 05/04/2026
Je pense donc j'essuie !
https://www.thiefaine.com/livre-dor/
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Écrit par : le Doc. | 05/04/2026
Je te comprends, Nadja. Je ne suis pas très joyeuse non plus à l'idée de cette tournée d'adieux...
Tu as raison, Bételgeuse, on peut se demander comment Hubert aborde tout ça. Pas certain que ce soit de gaieté de cœur...
Écrit par : Katell | 06/04/2026
Je te comprends, Nadja. Je ne suis pas très joyeuse non plus à l'idée de cette tournée d'adieux...
Tu as raison, Bételgeuse, on peut se demander comment Hubert aborde tout ça. Pas certain que ce soit de gaieté de cœur...
Écrit par : Katell | 06/04/2026
Bon, je n'encaisse pas la nouvelle.
En regardant le calendrier des concerts, je me dis qu'en calculant bien, il est encore possible d'être bercé de concerts pendant huit mois. Avec tous les enjeux qui vont avec : avec qui aller où, aller seule sur quelles dates, à quel point se dépêcher pour qu'il reste encore des places, vaut-il mieux du gradin 1er rang ou du parterre 9e rang... et voyant toutes ces réflexions, je me dis aussi, mais comment est-ce que j'en arrive à me décentrer à ce point de ma propre vie pour mettre un enjeu émotionnel à ce point sur des concerts (et les mêmes). Mon mari me dit, c'est une passion et c'est bien de vivre des passions.
Les artistes n'appartiennent pas à leur public, et heureusement. L'âge rattrape tout le monde, et les concerts c'est physique.
Pourtant lors de la tournée Unplugged j'avais trouvé que vieillir permettait à Hubert d'aborder différemment ses oeuvres écrites plus tôt. Abdallah Geronimo Cohen version temps suspendu, c'est l'âge qui permettait ça aussi. Il me semble aussi que sa voix était un soupçon descendue en termes de tessiture, et que ça rendait bien.
L'oeuvre de Thiéfaine m'a beaucoup portée, il y a eu bien sûr toutes ces traversées littéraires et poétiques. Mais il y a eu aussi, sur un plan plus personnel pour moi, apprendre à ne plus me soumettre, à poser des limites, à ne pas céder face aux tentatives de culpabilisation. Et cela c'est par exemple Exercice de simple provocation... qui me l'a aussi appris. Il y a aussi le changement de paradigme par rapport à la finitude, tout ce qui fait écho dans l'oeuvre à "il faut imaginer Sisyphe heureux". Aujourd'hui je réécoutais Infinitives voiles, les "scarifications de guerrier de l'absurde", moi ça m'aide face à la finitude.
Il aurait pu nous laisser quelques dates plus éloignées par la suite pour faire les choses en douceur...
Écrit par : Nadja | 08/04/2026
@ Cécile 'tellement belle ' :
https://www.thiefaine.com/livre-dor/
Je vais en petite mer :-)
, ...
Écrit par : le Doc. | 08/04/2026
@ Bételgeuse :
.../... Je souffre damnésie - antérograde* - d'où le folklore de mes sms de ce jour échangés entre nous via WhatsApp |
P. - S : .../... mise en évidence par *moi grâce à l'achat de mes 35 et plus de billtes de concerts !
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Écrit par : le Doc. | 08/04/2026
.../... Amnésie Antérogradre !
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Écrit par : le Doc. | 08/04/2026
.../.. Amnésie ANTéROGRADE
, ...
Écrit par : le Doc. | 08/04/2026
.../...
http://www.thiefaine.free.fr/FORUM/viewtopic.php?p=31887&highlight=#31887
http://www.thiefaine.free.fr/FORUM/viewtopic.php?p=31887&highlight=#31887
, et compulsif ...
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Écrit par : Jean-Pierre Zéni dit le Doc | 08/04/2026
.../... Rappelle toi FOXY à VENCE en compagnie de ma Sœur ANNE ;-) , la bonne lecture était celle d'IVAN ou de LunarCaustic !
* ton opinion à mon égard avait alors changé du tout au tout ...
, ...
Écrit par : Jean-Pierre Zéni dit le Doc | 08/04/2026
Comme toi, la fin programmée m'a ouvert des abîmes et fait osciller entre la joie d'une nouvelle tournée et l'angoisse de la dernière. Comme pour toi, les commencements sont souvent hantés par leur fin au point de parasiter les moments de bonheur. Mais je me bats contre cette tendance mortifère, tout particulièrement pour ces adieux (que le mot est difficile à écrire tant il donne corps à cette réalité!). Je suis heureuse qu'Hubert nous offre cette tournée, qu'il tienne à nous dire adieu, qu'on puisse le remercier pour tout ce qu'il nous a apporté. Je m'étais préparée à ce que Bois d'Amont soit la dernière, alors ce supplément d'intensité doit se savourer comme un cadeau. Mais malgré tout, je ne fais pas trop la maline en pensant à l'après, à cette page ouverte en 1984 et qui va se tourner. La rencontre avec l'oeuvre de Thiéfaine a bouleversé ma vie et en a considérablement orienté la trajectoire. Je sais tout ce que je lui dois, notamment mes plus belles rencontres, en particulier dans ton cabaret, et avec toi. On a encore des fous rires et de belles larmes à verser ensemble !
Écrit par : evadne | 09/04/2026
Merci, Evadné, pour ce magnifique commentaire. Il résume tout ce que je ressens. Ce que nous sommes nombreux à ressentir. J'aime bien ta façon de voir les choses : il est vrai que nous pouvions redouter que Bois d'Amont soit le dernier concert. Réjouissons-nous, il n'en est rien ! Moi aussi je dois énormément à Hubert : de grandes lectures (par exemple Malcolm Lowry), mais aussi et surtout de merveilleuses rencontres, dont la nôtre. Il a totalement imprégné ma vie entière ! Sans lui, mes filles n'auraient jamais vu le jour, ce n'est pas rien ! Louise me l'a dit une fois, en soulignant qu'elle ne pouvait que le remercier !
Écrit par : Katell | 10/04/2026
@ ... :
, pour mes recherches .. donc pour le Doc. quel vivier !
A tos & por thos :-)
, ...
Écrit par : le Doc. | 10/04/2026
@ mon amnésie ANTéROGRADE :
http://cabaretsaintelilith.hautetfort.com/apps/search/?s=B%C3%A9telgeuse
, je reviendrai
,..
Écrit par : le Doc. | 10/04/2026
@ à moi :
http://cabaretsaintelilith.hautetfort.com/apps/search/?s=billet+au+Doc
, pour :-)
, ...
Écrit par : le Doc. | 10/04/2026
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