09/04/2026
Mes nuits avec HFT sont plus belles que les celles de Voulzy sans Kim Wilde !!!
"On peut perdre de vue le monde entier dans un adieu". Hector BIANCIOTTI
Laurent Voulzy chantait ses nuits sans Kim Wilde. Eh bien moi, je pourrais chanter mes nuits avec Hubert-Félix Thiéfaine ! C'est bizarre qu'il revienne aussi souvent dans mes rêves. Je peux dire, sans craindre le ridicule puisqu'il ne tue pas et puisque je m'en fous, en fait, que je dispose dans ma vie privée de toute la panoplie de la fan quasi énamourée. De la groupie, si vous voulez. D'ailleurs, un jour, en écoutant La groupie du pianiste avec mes filles, j'ai dit à celles-ci que je n'étais ni plus ni moins que la groupie du Bébert. J'assume encore pleinement ces propos, ainsi que la réalité qu'ils recouvrent.
Thiéfaine, cela fait presque trente-quatre ans qu'il m'accompagne. Je n'oublierai jamais cette découverte émerveillée. Un peu comme quand, arrivée en Allemagne, je m'aperçus que les gens utilisaient au quotidien des mots que je trouvais tellement beaux que je les croyais réservés aux dimanches et aux jours fériés. Mais non, ils les employaient comme ça, dans la vie courante, et peut-être sans se rendre compte de l'explosion de poésie qu'ils envoyaient. Mutterseelenallein, Heimweh, Fernweh, Geborgenheit, et tant d'autres. Même Kühlschrank, armoire fraîche pour réfrigérateur, je ne m'en suis jamais remise. Ou Krankenhaus, maison des malades, pour hôpital. Bref... Revenons à notre Bébert : en 1992, ce fut la même révélation. Mon Aha-Erlebnis, comme disent les Allemands, encore eux, et c'est si beau, encore une fois ! Quoi, il chante « ta jeune écorce d'homme éclaboussée de femme » ? Mais c'est merveilleux de s'adresser ainsi à son fils qui vient de naître ! Quoi, « tu voudrais qu'il y ait des ascenseurs au fond des précipices » ? Mais comme ces mots sont justes, comme ils sont parfaits, parfaitement agencés, tellement beaux qu'on les dirait faits uniquement pour les dimanches et les jours fériés, comme les substantifs allemands ci-dessus nommés.
J'en fus comme deux ronds de flan, pour le dire un peu laidement. Plutôt ébahie, plutôt éblouie. En découvrant les albums les uns après les autres (car il y en avait déjà un paquet à ce moment-là), j'allais d'émerveillement en émerveillement. Je venais de rencontrer l'œuvre qui devait résonner à jamais en moi comme nulle autre. C'était du Cioran paré de rock'n'roll. Du Gary « éclaboussé » de guitare électrique. Du Thiéfaine, tout simplement. Avec, pour ne rien gâcher, des références à la littérature allemande. Ce qui fut, évidemment, un éblouissement de plus.
Tout à coup, je trouvai bien fades les artistes que j'avais écoutés jusqu'alors, et dont je tairai les noms parce que je n'aime pas être désobligeante. Je venais de toucher de l'âme du grand art, et ce grand art me touchait l'âme en retour. Ça me sauva la vie. Je n'avancerais plus jamais seule, je le sentis confusément, immédiatement. Je serais désormais accompagnée d'une môme kaléidoscope, d'un pantin déglingué, d'une Lorelei, d'une pauvre petite fille sans nourrice arrachée du soleil (celle-là, je décrétai d'emblée qu'elle était ma sœur). J'avais raison de penser que tous ces êtres étranges venaient de rompre à jamais ma solitude. Aujourd'hui encore, ces personnages lunaires peuplent mon quotidien et en font un théâtre magique, un peu comme celui du Loup des steppes, d'Hermann Hesse.
Mais je me suis sacrément égarée dans ce texte où il devait être question de mes nuits avec Hubert-Félix Thiéfaine. Je pourrais citer je ne sais combien de rêves où il fut. Le tout premier, je l'adore : je faisais mes courses au supermarché et je rencontrais monsieur HFT au rayon … alcools ! Comme quoi, le subconscient n'est pas con ! Le mien, en tout cas ! Cela dit sans vouloir me vanter (quoique, quoique). Un autre rêve : un soir, Thiéfaine venait donner un concert dans le fond de mon jardin (j'habitais alors à la campagne et ledit jardin aurait effectivement pu accueillir ce genre d'événement). Le plus drôle, c'est que Thiéfaine décidait de ne pas vraiment profiter de la vastitude de l'endroit et qu'il préférait se produire dans une espèce de baraque à frites. Je ne lui connais pas, pourtant, de racines belges ! Et là, je ne sais pas trop ce que ce rêve dit de mon subconscient, qui n'est finalement pas toujours brillant, que voulez-vous...
Il y a eu bien d'autres rêves, je le sais, mais ils ne me reviennent pas pour le moment. En revanche, j'ai encore en tête tous les détails de celui de cette nuit : j'assistais à un grand repas où étaient réunis de nombreux fans autour d'HFT. Et j'occupais la place d'honneur puisque je mangeais à côté d'Hubert lui-même. Que d'ailleurs je ne me sentais plus. Avoir le privilège de me restaurer à la droite de Dieu ne m'eût pas fait plus grand effet, n'en déplaise à ce Dieu (pardon, pardon, pardon, c'est sacrilège).
Que dit ce rêve ?
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Que sans doute j'avais faim en pleine nuit et que fort heureusement, qui dort dîne. Et les mets sont encore plus succulents d'être ingurgités en présence d'un certain HFT !
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Que mon subconscient ne se prend pas pour de la petite merde. Et même qu'il a le melon et la folie des grandeurs.
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Que, parfois, mes nuits sont plus belles que mes jours.
Sur ce, je m'en vais me préparer pour aller bosser, parce que la vie ce n'est pas, comme dirait monsieur HFT, du bubble-gum... Parce que la réalité, parfois, est ce putain de mur où viennent se fracasser les rêves. Et là, que ton subconscient ait la folie des grandeurs ou pas, il lui faut bien revenir sur terre, où c'est pas tous les jours dimanche...
10:11 | Lien permanent | Commentaires (7)
02/04/2026
Se résoudre aux adieux...
"J'ai fini par acquérir durablement le sentiment de l'éphémère". Jean ROSTAND
Sibyllins, tous ces messages qui nous sont parvenus de la planète Thiéfaine la semaine dernière ? Pas tant que ça, en fait ! Dès le début, si on faisait le lien avec le titre et le contenu de la chanson dont ils étaient extraits (et ce lien, nous l'avons tous fait, n'est-ce pas ?), on n'entendait qu'un seul mot résonner au cœur d'un silence qui faisait mal à la tête : adieux. « Adieu, à présent, à jamais pour toujours, à la vie, à la mort et au compte à rebours », chante Yves Jamait. Les comptes à rebours, moi, ça me parle, et dans une langue que je comprends mieux que toutes les autres, question de disposition quasi fœtale. Je suis sûre que déjà dans le ventre de ma mère je me disais : « Bon, cette vie qui commence court déjà vers sa fin, tragique marathon à l'issue fatale ». Je ne dis pas ça pour crâner et faire penser que je disposais malgré mon très jeune âge d'un vocabulaire hautement sophistiqué, mais plutôt pour indiquer ma conscience (à la noix) de la finitude des choses. Conscience qui puise forcément ses racines quelque part, n'est-ce pas, alors pourquoi pas dans le ventre de ma mère ?! Tout commencement annonce aussi une fin, ne l'ai-je pas écrit des milliers de fois ici ? Je redoute tellement le point final de toutes choses que j'en suis venue parfois à en redouter l'incipit ! Je crois que je n'ai pas mon pareil (ni ma pareille, s'entend) pour, au beau milieu de la joie, imaginer déjà le goût amer qu'elle laissera quand elle ne sera plus ! Ah, cette manie de voir le verre vide alors qu'il est encore plein, cette crainte d'y boire puisque boire signifie le vider, « c'est des coups à vous faire des armées d'impuissants », pourrais-je dire si je voulais imiter Brel ! Mais je ne veux pas imiter Brel, je veux m'imiter moi-même et, dans mon monde un peu bizarre où je m'imite moi-même, cette manie, c'est des coups à vous planter des épines dans le cœur... Je l'ai appris à mes dépens et à la sueur de mes plaies.
Il fallait bien que ça arrive, n'est-ce pas ? Et nous savions tous que cela finirait par arriver : les adieux de monsieur Hubert-Félix Thiéfaine. Sa longévité confinant au légendaire pouvait nous inciter à mettre des œillères, ce dont je ne me suis pas privée pour ma part. Nous inviter à nous dire : « Il est éternel, increvable, tout-puissant ». Mais, toujours, le principe de réalité vient dégommer le principe de plaisir, le faisant tomber de son « socle de rêve ». Règle immuable en ce bas monde. Vraiment très bas, parfois, ce monde, soit dit en passant...
Alors voilà, cette tournée marquera pour moi la fin de trois décennies. Trois décennies passées à attendre fiévreusement les concerts faisant suite aux albums, les albums faisant suite aux concerts. Je ne sais pas encore très bien comment va s'organiser ma vie dans ce désert. Oui, j'ose le mot ! Et mes autres admirations ne seront jamais de taille à remplacer mon king. Je suis désolée pour elles, mais c'est ainsi, Thiéfaine est mon indétrônable, mon unique. Peut-être parce que cette passion née par une nuit de septembre dans une R18 fut une des seules à me trouver réellement fidèle, capable de mille et un renoncements, peut-être parce que la bande-son HFT qui irrigue mon existence entière est celle qui correspond en tous points et pour une raison qui m'échappe (ce qui est encore mieux, les grandes amours étant, je crois, réservées au domaine de l'inexplicable) à mon ADN ? Parce que c'était lui, parce que c'était moi, ai-je envie de m'exclamer pompeusement. J'ai trouvé dans l'œuvre de Thiéfaine la fréquence que je n'attendais pas, celle qui ne pouvait qu'entrer fortement en résonance avec la mienne. C'était en 1992, ça a traversé ma vie comme pas grand-chose d'autre, ça l'a accompagnée, cette vie, de bout en bout ou presque, et ce n'est pas une tournée d'adieux qui jartera tout ça d'un revers de micro, c'est moi qui vous le dis.
En attendant, je vais tâcher de savourer l'attente, je vais m'efforcer de ne pas penser à l'après. Ça va être dur avec ma structure à la con (vous savez, le verre que je vois déjà vide alors qu'il est encore plein, la joie dont déjà le goût amer qu'elle laissera me chatouille la gorge alors même qu'elle est en train de me livrer son meilleur nectar), mais je crois que je lui dois bien ça, à Thiéfaine. Quelque chose comme une reconnaissance. Pour tout ce qu'il a semé dans mon parcours. Et que je ne mesure pas vraiment, tant ce champ est vaste !
N'empêche que je ne sais pas comment je vais faire pour me résoudre aux adieux. Derrière un kleenex, saurai-je mieux lui dire le mot qui tue ? Je n'en suis pas sûre... Parce qu'il est des cafards qu'on ne parviendra jamais à noyer. Taxi-dancing et compagnie, c'est de la roupie de sansonnet à côté de trente-quatre ans d'amour qui furent trente-quatre ans d'amour fol !
09:26 | Lien permanent | Commentaires (20)








































