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07/06/2007

Vendredi dernier

La pensée du jour : "Et peu à peu cette dernière soirée se gravait pour plus tard, dans leur souvenir à tous deux, comme se gravent, on ne sait pourquoi, tant d'instants furtifs de la vie, à l'exclusion de tant d'autres", Pierre LOTI.

 

Vendredi dernier, j’ai passé une très belle soirée pour douze euros seulement : dans le cadre d’un petit festival de Meurthe et Moselle, joliment baptisé « Fleur des chants », j’ai vu, le même soir, Zoé et Romain Didier. La première est étonnante : elle fait un spectacle dans un décor de cuisine, elle s’amuse de temps à autre avec différents ustensiles, mais sans abuser non plus du truc. Elle évoque toutes sortes de thèmes, cela va des voisins casse-pieds à la grossesse (une chanson très drôle !), en passant par les soucis de couple ou encore la destruction de l’environnement. La demoiselle est vraiment épatante. Elle titille pas mal le public. A un moment, elle est allée chercher un jeune homme qu’elle a fait monter sur scène avec elle et à qui elle donnait des bécots, un « bisou araignée », un « bisou chienne », et d’autres dont j’ai oublié le nom. Ce soir-là, j’ai béni la nature qui a voulu que j’appartienne à la gent féminine car, en général, si une seule personne est invitée à monter sur scène, c’est ma pomme, et c’est ainsi que j’ai déjà dû passer une soirée complète sur une scène de théâtre, à me faire susurrer des poèmes d’Artaud dans les oreilles. Si !

Bref… Ensuite, ce fut au tour de Romain Didier. J’avais un peu lâché ses derniers albums. Or, il se trouve qu’il a beaucoup puisé, vendredi dernier, dans son répertoire récent. Ce qui m’a permis de le découvrir. A écouter, vraiment. Je suis sûre que parmi vous il s’en trouvera bien un ou deux pour totalement accrocher à cet univers. Pendant le spectacle, Romain Didier a récité les premiers vers d’un poème de Gérard de Nerval, et je me suis dit, une fois de plus, que je n’étais jamais très loin de l’ami Thiéfaine !

Voici donc ce poème de Gérard de Nerval. En le lisant, il y a quelques mois, je ne l’avais pas réellement apprécié, mais la prestation de Romain Didier me l’a fait aimer :

Fantaisie

Il est un air pour qui je donnerais

Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber ;

Un air très vieux, languissant et funèbre,

Qui pour moi seul a des charmes secrets.


Or, chaque fois que je viens à l’entendre,

De deux cents ans mon âme rajeunit :

C’est sous Louis treize… Et je crois voir s’étendre

Un coteau vert que le couchant jaunit,

 

 

Puis un château de brique à coins de pierre,

Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,

Ceint de grands parcs, avec une rivière

Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs.


Puis une dame, à sa haute fenêtre,

Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens…
Que, dans une autre existence peut-être,

J’ai déjà vue ! – et dont je me souviens !