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22/12/2013

Thiéfaine à la Pop rock party

La pensée du jour (naissant) : "L'heure avant l'aube du jour suivant est toujours si cruellement noire". Hubert-Félix THIEFAINE

 

 

On peut avoir 40 piges, autant de concerts d'HFT derrière soi (je referai très bientôt le point à ce sujet, cela s'appellera à nouveau, comme autrefois, « toutes les fois où j'ai vu HFT » !!), on peut donc trimbaler tout cela comme expériences diverses et variées sur sa carcasse rouillée et se faire encore surprendre. « N'est-ce pas merveilleux de se sentir piégé ? »

Se faire encore surprendre, oui, c'est bien cela. Rentrer chez soi complètement scié par ce qu'on vient de voir et surtout d'entendre. Il est très précisément 2h23 au moment où je m'installe à l'ordinateur pour tenter de pondre une note digne de ce nom et digne surtout de l'artiste auquel je consacre ce blog depuis un petit paquet d'années maintenant.

Par où commencer ? Vous dire d'abord qu'en partant, je ne sais pas pourquoi, une seule « devise » me trottait dans la tête : « La soirée sera rock'n'roll ou ne sera pas » !!! Sur le trajet, j'ai écouté (comme il se devait) l'ami Hubert-Félix. Le dernier live tant qu'à faire. Et là, déjà, « Annihilation »  m'a foutu pour la millième fois un uppercut. En larmes au volant. Sûrement un coup de Fra Angelico... 21 décembre, triste date pour moi, depuis cinq ans... Alors forcément, certains mots m'entrent dans la chair et me dézinguent. Sûrement un coup des morts « sous leur dalle de granit »...

 

Arrivée au Galaxie, j'étais un peu stressée. Impossible de suivre le concert tout devant, je ne suis pas arrivée assez tôt. Enfin, j'étais bien placée malgré tout. Dans la fosse, comme toujours ou presque !

Que dire du mélange métissé de ce soir ? J'ai été scotchée par les diverses prestations de Saule, sa voix incroyablement puissante. Scotchée aussi par la patate de Mademoiselle K. Et je me promets de me procurer au plus vite un de ses albums, jusqu'à les avoir tous ! Je me promets également de réécouter Bertignac. En revanche, Christophe, désolée, je ne pourrai pas, je n'ai jamais pu...

Cali est resté égal à celui que j'avais vu il y a quelques années au Zénith de Nancy : une bête de scène, un joyeux dingue qui enflamme tout sur son passage !

 

Venons-en à celui qui nous intéresse tous : Hubeeeert !! Il est arrivé assez vite sur scène et nous a balancé un divin « Soleil cherche futur », emportant immédiatement l'adhésion du public, et pas seulement, je crois, de celui qui était là pour lui, déjà acquis à sa cause depuis de longues années...

Premières notes de la deuxième chanson : on ne sait pas trop à quoi s'attendre, on ne reconnaît rien de typiquement thiéfainien là-dedans. Et pour cause : c'est du Ferré ! « Vingt ans » ! La vache, j'en suis presque à genoux ! « Qu'on ait été chouette ou tordu, avec les ans tout est foutu »... Cela vous met la tripaille sens dessus dessous, ces mots-là. Cette voix-là, cette émotion-là surtout. Celle de Thiéfaine, à nulle autre pareille quand il s'agit de rendre hommage à l'ami Léo. Juste après avoir interprété cette chanson, Hubert a dit qu'il avait une pensée toute particulière pour Jean-Louis Foulquier. Et là, Hubert, je l'ai tout simplement « béni » ! Ne pas penser à Jean-Louis Foulquier au cours d'une telle soirée aurait relevé de l'irréparable oubli. Mais l'honneur est sauf. Et plus encore : l'intégrité de Thiéfaine. Cet homme-là, je l'ai toujours pensé fidèle à ses enthousiasmes premiers. Ferré, Foulquier, la preuve est faite. On n'oublie pas les « fondamentaux » !!

Troisième chanson, on s'attend à tout et on ne peut présager de rien. C'est cela qui a fait, me semble-t-il, toute la force de ce spectacle : tout ce qui nous arrivait dessus n'était jamais prévisible ! Et pourtant : « Lorelei » !! Je l'avais mise dans mes paris !

Bien plus inattendue : la quatrième chanson, à savoir « London calling » des Clash ! Cette fois, Cali prête lui aussi sa voix à ce morceau mythique. Bertignac est à la guitare. La classe !

C'est surprenant, n'est-ce pas ? Mais la suite va carrément vous mettre sur les fesses : Thiéfaine interprétant « Cette fille-là » de Johnny, cela vaut son pesant de cacahuètes ! Formidable ! Le truc tout à fait inédit, inouï !!!

Cinquième morceau : « Confessions d'un never been ». Là encore, grand étonnement ! Et peut-être un peu d'autodérision dans ce refrain qui clame « J'ai volé mon âme à un clown » ? Un peu comme si Thiéfaine venait s'excuser des incongruités que commet son double pervers qui joue dans un groupe de pop rock (moi je m'en fous, sincèrement, et encore plus après-coup : ce soir, on était dans le rock pur et dur !) De temps à autre, une attitude, un geste, une gaucherie viennent trahir le « caillou catatonique » qui sommeille en Hubert. On le sent mal assuré par moments. Et pas ravi, à la fin, je crois, de chanter « Les mots bleus » avec Christophe. Pas ravi et surtout pas trop au courant de ce qu'il faudrait chanter et à quel moment. Mais les autres maîtrisent et Hubert se reposera sur leur aisance !

En fait, ce sont « Les mots bleus » qui ont mis le point final au spectacle. Mais juste avant : moment de grâce ! Thiéfaine a pris sa guitare et les premières notes qui ont retenti ont transporté le public dans une jubilation qui faisait plaisir à entendre : oui, c'est bien « La fille du coupeur de joints » qui est venue s'inviter comme un OVNI dans ce spectacle bouillonnant ! Là, je ne sais pas pourquoi, mon instinct m'a dit qu'il était urgent d'aller rejoindre une joyeuse bande qui entonnait « oh oh oh oh oh oh » plus fort que les autres ! Et c'est avec joie que j'ai mêlé ma voix à celles, puissantes, de ces frères reconnus en un instant !!! Ah, cette mélodie familière ! Bien souvent je l'ai tout à la fois adorée et maudite : adorée parce qu'elle a le don d'installer soudain le public, si bigarré soit-il, dans une intense communion d'une rare beauté. Maudite parce qu'elle sonne le glas de bien des concerts et que c'est beurk, pas envie que la fête s'achève, je veux des lampions à n'en plus finir, des confettis, des soleils écrasés de futur ! Ce soir, cependant, cette chanson, je n'ai pu que l'aimer à cent pour cent : elle a soudain rassemblé la communauté, si je puis dire !!! Nous n'étions certes pas les plus jeunes du public, mais nous étions sans doute les plus dynamiques !!! Les plus démonstratifs ! Le public de Thiéfaine a ceci de particulier qu'il ne renonce jamais à clamer sa folle passion, et c'est plus puissant que le brame du cerf à la saison des amours (pardon, je débloque, c'est la fatigue !!) Bref, nous étions beaux, franchement ! Je suis drôlement fière de nous !!!!

Quand tout a été vraiment fini de chez fini, sans plus aucun espoir, je suis allée rôder un peu dans la salle, essayant de repérer les signes qui ne trompent pas : le plus souvent un tee-shirt acheté sur la dernière tournée. Et c'est ainsi que j'ai revu Cindy et Bruce. Cela m'a fait un bien fou de papoter avec eux sur le parking. Un bien fou de leur dire, vers une heure du matin, quand nous nous sommes quittés, « les mots des pauvres gens », « rentrez bien, faites attention sur la route »...

 

La route, mon cher Hubert, je crois qu'elle est toute tracée et qu'il te faudra bien la reprendre. Tu ne peux pas nous laisser patauger, orphelins, dans un truc qui aurait un immonde goût d'inachevé. Ce soir, le message était clair : nous sommes quelques-uns à te réclamer à cor et à cri ! Nous aimons faire durer, c'est indéniable ! La scène te va si bien...