10/11/2010
Sénèque le Philosophe
La pensée du jour : "Pour moi, être aimé n'est rien, c'est être préféré que je désire". André GIDE.

C'est amusant : il y a quelques semaines, j'avais entendu, sur Arte, des extraits de La Vie heureuse, de Sénèque, et j'avais trouvé cela tellement beau que j'avais commandé le livre en question sur Amazon. C'était début octobre. Un mois plus tard, j'apprends que Thiéfaine, sur l'affiche annonçant son Bercy 2011, fait un clin d'œil à Sénèque (merci à tous ceux qui m'ont éclairée sur ce point) ! Drôle de coïncidence, non, quand même ?
Qui donc était Sénèque ? Voici ce que j'ai trouvé dans mon Dictionnaire de la philosophie :
Sénèque le Philosophe (Lucius Annaeus Seneca, dit Sénèque le Philosophe) : : philosophe latin (Cordoue vers 4 avant J.-C. - Rome 65 après J.-C.). Il étudia d'abord l'éloquence, puis suivit les leçons de trois philosophes : Attale (stoïcien), Fabianus et Sotion (pythagoriciens). De retour d'un exil en Corse (41 à 49), il fut le précepteur de Néron. Celui-ci, devenu empereur, l'impliqua dans la conjuration de Pison et lui donna l'ordre de mourir. Sénèque s'ouvrit les veines sans trembler.
De son œuvre volumineuse, on retiendra sa morale proche du stoïcisme. Il s'oppose à Cicéron, pour lequel la vie sociale et le devoir de citoyen devaient tenir la première place. Sa sagesse est de cultiver sa volonté pour mettre son bonheur dans la vertu et non dans les hasards de la fortune. L'originalité de Sénèque est dans le détail, dans la pénétration avec laquelle il a discerné les vices et les maux de ses contemporains, dans la place accordée aux devoirs de pitié et d'humanité (contre l'esclavage, les gladiateurs, etc.). Ses idées lui ont valu d'être consulté non seulement par les philosophes, mais aussi par les Pères de l'Eglise et les moralistes chrétiens.
Je complète avec cet extrait du Dictionnaire des auteurs de tous les temps et de tous les pays :
Avant tout, Sénèque recherche la sagesse et non l'érudition : la sagesse enseigne à l'homme de jouir de son temps, l'érudition à le perdre; la première, à vivre bien et avec fruit; la seconde, mal et d'une existence vaine. La culture peut et doit être un acheminement vers la sagesse, non une fin. Le but de la vie humaine n'est pas de posséder un grand nombre de notions qui ne servent à rien, mais d'avoir la force de résister au mal, de vaincre les rudesses du sort, d'accepter la douleur. La félicité la plus grande, c'est de n'avoir pas besoin de félicité, de trouver en soi-même son bien absolu, sans dépendre aucunement du hasard et des injures de la fortune et des hommes : ainsi seulement le sage, dans l'immobilité de sa conscience, intangible parce qu'intérieure, incorruptible parce qu'isolée, domine tous les rapports de forces extérieures qui agissent autour de lui et sur lui, devenant et demeurant l'unique véritable maître et libérateur de lui-même.
Voici comment commence La Vie heureuse (je parle du livre, parce que pour la vie réelle, je ne sais pas !!!) :
Première partie : le souverain bien et la sagesse
Vivre heureux, Gallion, mon frère, c'est ce que veulent tous les hommes, mais, quant à discerner ce qui rend la vie heureuse, ils sont dans les ténèbres. Et il est tellement peu facile d'atteindre la vie heureuse que, plus on est pressé de la rejoindre, plus on s'en éloigne si l'on s'est trompé de chemin. En effet, quand la route conduit à l'opposé, notre rapidité elle-même augmente la distance. Il faut donc rétablir d'abord ce que nous devons rechercher ; puis il faut examiner en détail comment nous pouvons l'atteindre le plus rapidement, avec le souci de comprendre une fois que nous serons en chemin, si du moins c'est le bon, combien chaque jour nous abattons de besogne et dans quelle mesure nous sommes plus près de ce vers quoi nous pousse un désir naturel.
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