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08/10/2011

Homo plebis ultimae tour : le jour est J, la bombe est H … et Thiéfaine nous ravit !

La pensée du jour : "Combien d'êtres chers, partis à l'aube de notre affection, nous laissent inassouvis ?" Fatou DIOME

HFT à Brest.png

 

 

 

 

 

 

Nouvelle idée en ce début d'Homo plebis ultimae tour : vous laisser la parole ! Si, à l'issue d'un concert, cela vous tente de rédiger un compte rendu que je mettrai ensuite sur ce même blog, n'hésitez pas à me faire part de votre souhait.
Et c'est ainsi que la note d'aujourd'hui sera signée de la belle plume d'Evadné. Elle nous raconte le concert de Brest. Le titre du billet est d'Evadné aussi.

 

 

Homo plebis ultimae tour : le jour est J, la bombe est H … et Thiéfaine nous ravit !

 

 

Un concert de Thiéfaine, c’est toujours un grand événement, une longue attente, peuplée de rêves, de promesses et d’incertitudes. Un début de tournée, c’est l’attente fébrile décuplée. En ce qui me concerne, cela faisait 26 ans que je n’avais pas assisté à une première date. Aussi cette soirée à Brest était-elle immanquable, quand bien même la route, le temps, le quotidien qui ronge… Pour rien au monde je n’aurais raté ce premier rendez-vous !

 

Il était donc 18 heures ce mercredi quand je suis arrivée sur le port, à la Carène. Une place de stationnement providentielle à proximité de l’entrée des artistes, et qui me permet d’apercevoir Lucas et Alice aux abords. Confirmation quelques minutes plus tard que je ne me suis pas trompée de lieu ou de date : on m’autorise à entrer dans la salle qui surplombe la scène et au détour d’un couloir, l’harmonica de « Petit matin », puis la voix d’Hubert ! Je vais ainsi avoir le privilège d’entendre trois extraits (« Petit matin », « Annihilation » et « Infinitives voiles »). Moment aussi inattendu que précieux. L’impression d’être millionnaire ! Puis vient la dernière ligne droite de l’attente, en compagnie d’autres fans, dans une file qui s’allonge très vite. Le conseiller maritime est à son poste d’observation ; le compte à rebours enclenché. Une question sur toutes les lèvres : quel sera le morceau inaugural ? Les paris vont bon train, « Fièvre résurrectionnelle » semble se dégager, mais Hubert nous a habitués à des entrées surprenantes, on se remémore celle du Bluesymental ou encore du SMT. Et s’il arrivait sur un ancien morceau totalement réarrangé ? Quelqu’un se hasarde au pronostic le plus improbable : « Annihilation » ! Non, me dis-je, trop risqué d’attaquer avec une chanson d’une telle densité, et surtout comment enchaîner après ?

 

Il est vingt heures quand s’ouvrent les portes de la Carène. Bien renseignée sur la configuration du hall et la direction de la salle de concert, je cours en évitant de me manger les piliers, derniers obstacles avant la scène. Le premier rang est pris d’assaut. Je m’accroche à la barrière comme si ma vie en dépendait. J’ai 15 ans. Regards circulaires dans la salle qui se remplit. Je me fais la réflexion que le public de Thiéfaine a bien vieilli, la suite me montrera qu’on a tous 15 ans derrière nos rides et nos cheveux blancs. Il est 20h30, ça piaffe et s’impatiente au fond des starting-blocks, et c’est un groupe de jeunes gens (ouf, la relève est assurée !) qui va lâcher les cris qu’on retenait. L’assemblée se met à scander « Hubert ! », en alternant avec des « oooh, ooooh » empruntés à la fille qui nous rend dingues. Extinction des lumières, redoublements des appels et autres cris de bêtes. Cette fois l’homo plebis va entrer en scène ! C’est Alice Botté qui s’avance en premier, suivi des autres musiciens, et qui ouvre sur des accords que personne ne semble identifier. La salle est silencieuse, on doit tous se poser la même question : quelle est cette intro ? Impossible qu’il s’agisse de « Fièvre résurrectionnelle », la mélodie est vraiment trop éloignée des premiers accords, profondément mélancoliques. Thiéfaine entre en scène, veste de cuir noir (mais quelle classe !), guitare et harmonica, et lève le mystère en quelques mesures : Annihilation !!! Le morceau qu’on n’aurait osé imaginer en ouverture, même dans nos rêves les plus fous! Silence dans les premiers rangs : on est cueillis, émus, touchés, frappés en plein cœur. Huit minutes intenses, absolument somptueuses. L’harmonica apporte une certaine légèreté à la chanson, un petit côté Dylan qui cependant n’estompe en rien la noirceur, ni ne dilue l’émotion. Hubert est là devant nous, bien vivant, et la joie de retrouver la scène et le public est perceptible. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’enchaînement avec « Fièvre résurrectionnelle » est des plus naturels. Il y a quelque chose de l’ordre de l’évidence  dans cette alliance de contraires qui résume les années écoulées depuis les dernières scènes : Annihilation/résurrection. Et c’est un Hubert souriant, détendu, en grande forme, blagueur, qui nous conte des anecdotes liées à ses précédents passages à Brest. Il est heureux d’être à La Carène ce soir. Et nous donc !!! Un public conquis, et qui va se laisser gagner par une autre fièvre : celle de « Soleil cherche futur », pour deux morceaux du panthéon thiéfainien : « Lorelei » et « Soleil » ! Des balcons à la fosse, c’est la même vague qui déferle sur le port de de Brest, et le conseiller maritime qui veille à tribord n’est pas en reste ! On ne le dira jamais assez : c’est merveilleux de se sentir piégés en trois chansons ! Viennent ensuite deux bijoux du dernier album, « Infinitives voiles » et « Petit matin », auxquels va s’enchaîner un chant du fou qui nous ramène, tant au niveau de l’interprétation que de la gestuelle, à la tournée de 85. Trois morceaux qui installent une émotion palpable parmi les spectateurs. Des applaudissements chaleureux, bien sûr, mais aussi des silences éloquents. Hubert revient sur les circonstances de l’écriture de « petit matin », dans sa première version, commencée non loin de Brest, sur un banc de Camaret, une nuit d’insomnie. Guitare et harmonica pour cette perle noire, interprétée avec une justesse, une sincérité et une sobriété à l’image du concert. Comme le laissait présager la photo de son dernier album, Thiéfaine est à nu. Et il nous livre un des deux morceaux rescapés de « Scandale mélancolique » : « Confessions d’un neverbeen ». Lucas observe en coulisses et je revois sa bouille de môme derrière la batterie, lors du zénith 2007. Vient ensuite un des moments très attendus de chaque concert, une chanson incontournable aux multiples orchestrations : « Les dingues et les paumés ». Longue intro et crescendo qui ne sont pas sans rappeler la version 83 (personnellement ma préférée), les paumes claquent en cadence et les alexandrins coulent comme des caresses. Une atmosphère mélancolique qui se poursuit avec « L’Etranger dans la glace », (sans la trompette de Thierry Caens hélas !). Ambiance solitude et mélancolie. Qui ne va pas durer. Hubert est d’humeur joyeuse et il se lance dans un exposé sur les vertus et dangers des champignons ! C’est parti pour quatre morceaux au rythme endiablé, « Sweet amanite », mais aussi et surtout, une version bien rock, puissante, à l’énergie communicative,  de « Solexine et Ganja » ! C’est un Hubert survolté qui se livre à des facéties avec un public qui scande « Ganja ! » et en redemande ! Ce sera « 113ème cigarette sans dormir », suivie de « Narcisse 81 ». Là encore, on n’aurait pas rêvé d’un enchaînement qui nous ramène ainsi à nos premières écoutes de « Dernières balises » ! Le fait est que la playlist pour l’instant taille la part belle au diptyque Dernières balises/ Soleil.

 

Commence alors une étrangeté musicale que je ne parviens pas à identifier. Hubert de son côté n’arrive pas à la chanter ! Je reconnais Garbo dans une bouillie verbale qui se termine par la danse des canards ! Ambiance de répét’ et éclats de rire. «  On va la refaire ! ». Encouragements du public. Deuxième essai. Nouveau plantage et forfait pour ce soir. « Ne vous inquiétez pas, on en a d’autres ! » nous lance Hubert. Et c’est parti pour « La Vamp orchidoclaste », suivie de « La ruelle des morts ». J’ai longtemps espéré que la version concert me rendrait la chanson plus agréable, mais décidément, ça ne passe pas… En même temps, quelle importance. Je suis déjà comblée et le meilleur reste à venir. Pour clôturer le concert (Quoi ? Déjà ? Mais on vient juste d’arriver !!), Thiéfaine a choisi de reprendre, comme il l’avait fait à la Flèche d’or, « Autorisation de délirer », immédiatement suivie d’ « Alligators », comme aux origines. A nouveau le silence, puis les murmures de la salle qui remplissent le formulaire d’autorisation de délirer, cependant que les percussions ouvrent la porte aux alligators. Hubert nous salue et sort de scène, tandis que ses musiciens entonnent une attente qui est désormais la nôtre. Quelques minutes de cris, d’acclamations, de traditionnels « ooh ooh », et le groupe revient pour le joyau de la soirée : « Les ombres du soir » ! L’apothéose !!! Les mots manquent pour dire l’envolée, la puissance, le crescendo qui nous fait tournoyer parmi les divines ombres. « Rien vu de tel depuis longtemps… » résume finalement très bien l’impression que cette chanson a laissée sur le public. Le souffle coupé n’est pas une simple formule, je crois être restée en apnée pendant tout le morceau, me contentant d’expirer des « waouh ! » comme au bouquet final d’un feu d’artifice. L’image vaut ce qu’elle vaut, mais j’ai le sentiment d’avoir assisté à une pyrotechnie magistrale. Sans doute le moment où l’osmose entre les différents membres du groupe fut aussi la plus perceptible.

 

Encore tout sonnés par les uppercuts qu’on vient d’encaisser, on se laisse embarquer par la fille du coupeur de joints pour une ultime ritournelle. Les musiciens nous saluent, Hubert remercie chaleureusement, redit à quel point il a été heureux de rejouer à Brest. De nouveau, les cris et les clameurs des rappels. Et ils reviennent. «  De toute façon, on vous doit une chanson ! », nous lance Hubert en riant. Et c’est « Lobotomie sporting club » qui va clôturer ce premier concert dans les salves d’applaudissements d’un public conquis.

 

Au final, un peu plus de deux heures qu’on n’a pas vu filer, tant la magie nous a portés. Un Hubert en grande forme, je me répète, mais il était radieux et cela se ressentait dans les interprétations, le jeu de scène, le rapport avec les musiciens. Bien sûr, des imperfections et quelques plantages, une machiiiiiiiine qui cale au démarrage, mais cette ambiance très détendue de répétition générale n’était pas pour déplaire au public brestois. Bien sûr des regrets : l’absence d’Annabel Lee et des filles du sud. Et « Vendôme Gardénal Snack » qui n’est toujours pas de l’aventure ! Mais qui sait ? La playlist est encore en rodage, on peut toujours rêver d’une tornade, les soirs se suivent sans être pareils….

 

Le temps de boire un verre et de humer le vent sur le port de Brest, qu’il fallait déjà saluer les amis et reprendre la route. Point de redescente toutefois. Deux jours sont passés et je reste une toupie folle sous les ombres du soir…

 

Immense merci à Hubert, ses musiciens et toute son équipe pour ce premier concert!

 

Merci à Cath de m’avoir ouvert les portes du cabaret. En espérant ne pas avoir écrit trop de bêtises… Lorelei, Yannig et Le Doc pourront rectifier, compléter.

 

Et à tous : rendez-vous à Bercy !!!

 

La bise et Kenavo !

 

Evadné