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02/03/2013

Daniel Darc : une grande âme se taille...

"Je suis né en mai

C'est moi le printemps

D'un ventre épais

J'ai foutu le camp

Né scarifié

Né en pleurant

Né sacrifié

Né en passant". Daniel DARC

 

« Quand je mourrai, j'irai au paradis

C'est en enfer que j'ai passé ma vie

Quand je mourrai, j'irai au paradis

... J'ai gâché ma vie ». Daniel DARC

 

Depuis quelques années, une voix fluette nous envoyait régulièrement des messages d'outre-tombe, des cris de détresse comme autant de cartes postales du fond de l'asile. Daniel Darc, toujours sur le fil du rasoir, les doigts dans la prise, à deux doigts de se taillader les veines. Une âme délicate vient de nous quitter. Il était de ceux qui, dès le départ, l'ont avalée de travers, cette âme qui pèse comme une enclume et dont la taille immense ne fait aucun doute... « Sans le punk et l'écriture, je serais forcément mort ou en prison, parce que rien d'autre ne m'intéresse. Il n'y a qu'avec ça que j'arrive à me débarrasser un peu de tout ce qui me fait chier », disait Daniel Darc. Le punk, l'écriture, les drogues. Un cocktail explosif pour échapper à la pesanteur du monde, et qui l'en blâmerait ? Daniel était plus qu'un écorché vif, il se trimbalait la tripaille à l'air, les yeux dans le vague, en quête d'un absolu qui sans cesse se dérobait. Les tatouages comme une armure, pour masquer la fragilité.

C'est en 2004 que j'avais découvert Daniel Darc par hasard et pas rasé sur France Inter. Je n'avais pas tout de suite fait le lien avec Taxi Girl. J'avais été bouleversée par ce filet de voix, par ce petit quelque chose aussi qui rappelait Gainsbourg. J'avais foncé à la FNAC pour y acheter Crève Cœur. Depuis, je guettais les sorties d'album, les concerts. Je n'en aurai pas fait un seul, pas eu l'occasion, et merde.

Ce matin, je lisais un article sur l'exposition que le Musée des lettres et manuscrits va consacrer aux œuvres que Verlaine a écrites en prison. Jean-Pierre Guéno, commissaire de l'exposition, définit Verlaine comme un « encagé permament », « simultanément crucifié par la tentation de l'enfer et par celle de la grâce, éclairé par Dieu mais toujours sensible au Diable », et j'ai pensé que ces mots auraient très bien pu s'appliquer à Daniel Darc aussi, autre pauvre Lelian dans son genre. Qu'il aille donc rejoindre, l'âme légère comme une plume cette fois, les autres poètes maudits de sa noble espèce, les Verlaine-Rimbaud-Gainsbourg-Leprest et tant d'autres...