29/12/2013
"Qu'en est-il de ces heures troubles et désabusées ?"
La pensée du jour: "J'espère que demain sera torride et vibrant, avec des astres riants, des petites lueurs dans les yeux". Brigitte FONTAINE
« On n'en finit jamais d'écrire la même chanson »...
On n'en finit jamais de faire les mêmes erreurs, de se piéger soi-même, de « broyer son propre horizon ». « C'est peut-être ça qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir », écrivait Céline.
Depuis des mois et des mois, je lutte, je me bats, je me débats, j'essaie de revenir à la surface, de revenir à la vie, tout simplement. Quand le désespoir me saisit violemment à la gorge, avec cette nausée qui n'en finit plus, je me mets un bon vieux Thiéfaine, à fond, comme une ado, comme l'ado que je suis restée. Je ne suis jamais sortie du complexe du homard... Il faut dire que devenir adulte dans un monde comme celui-ci, froid, désert, dénué d'horizon, ça ne donne pas envie.
Ecouter Thiéfaine à fond, donc, pour ne pas sombrer, pour me sentir moins seule, avoir la certitude rassurante qu'un autre que moi éprouve les mêmes difficultés à vivre, la même « difficulté d'être », pour reprendre le titre d'un beau livre de Cocteau. C'est donc cela que je décline sous toutes les formes et quotidiennement : la difficulté d'être. Pas de place en ce bas monde pour les sensibilités exacerbées, les cœurs pleins à ras bord, ceux qui ne marchent pas droit, titubent, vacillent, boitent...
Ecouter Thiéfaine à fond et me dire qu'un autre entend comme moi hurler à ses oreilles le violent « silence des morts », imagine ces mêmes morts en train de pleurer sous leur dalle de granit, imagine aussi des dieux impuissants fixant l'humanité, et fixant du même coup le beau bordel dans lequel ils l'ont plongée. « Le monde, et pourquoi pas ? Un gosse aurait fait mieux, » comme chantait l'ami Leprest.
Ecouter Thiéfaine et me dire qu'il faut lutter, lutter encore. Que peut-être l'irréversible que j'ai semé dans ma vie n'est pas si irréversible que cela, que là où une porte se ferme, une autre s'ouvre immanquablement. Que la fin d'un chapitre en annonce un nouveau. Je n'ai peut-être pas encore flingué toutes mes cartouches, qui sait, et il y a peut-être encore des bonnes surprises à attendre, à étreindre ici ou là.
Ecouter Thiéfaine et me dire que Nietzsche avait raison : « Sans la musique, la vie serait une erreur ». Sans Thiéfaine, ma vie à moi serait une erreur ! Les mots d'Hubert sont comme autant de planches de salut pour mon âme naufragée. Je n'oublie pas la jeune gamine de 19 ans que je fus et qui, il y a bien longtemps, par une froide nuit de septembre, se prit en pleine face une algèbre souterraine qui allait désormais l'accompagner pour le reste de sa vie. « Pauvre petite fille sans nourrice arrachée du soleil, il pleut toujours sur ta valise ». J'ai l'impression que depuis ce fameux mois de septembre 1992, il n'a jamais cessé de pleuvoir sur ma valise. Comme dirait Romain Gary, autre planche de salut, « jai été heureuse entre les gouttes ». C'est déjà ça.
Voilà ce que je garde enfoui en moi depuis de longs mois, voilà pourquoi ce blog s'est tu, il y avait en moi trop de colères, trop de chagrins, trop de larmes coincées... Désolée de vous avoir ennuyés en ce dimanche avec ce billet indécent, impudique, qui aurait peut-être mieux fait d'aller se planquer dans un coin... Mais je sais aussi que ma passion pour HFT m'a ouvert les bras d'amitiés solides, je sais que vous ne jugerez pas, je crois même savoir que vous aussi, parfois, vous avez connu les ténèbres et que Thiéfaine vous a guidés dans la nuit...
10:40 | Lien permanent | Commentaires (7)
28/12/2013
"Fra Angelico met des larmes dans mon vin"
La pensée du jour : "Il faudrait bénir tous les moments où je n'ai pas peur". Brigitte FONTAINE
Aujourd'hui, je vous propose une petite note sur Fra Angelico. Je viens carrément d'acheter le bouquin Découvertes Gallimard consacré à ce peintre ! Je vais le lire et en mettrai éventuellement des passages ici. Il y a fort longtemps, j'avais dit que je me lancerais un jour dans un grand volet sur les peintres et la peinture dans les chansons de Thiéfaine. Je me souhaite d'avance bon courage, car les références picturales ne manquent pas chez HFT, tout comme les références littéraires, musicales, bibliques, et j'en passe !!!
D'abord, voici un petit extrait du chapitre 1 de mon Découvertes Gallimard tout fraîchement acheté dans une librairie nancéienne déjà évoquée ici :
De Guido di Piero à Fra Angelico
Il est toujours troublant de constater qu'une personne dont le nom vous est familier ne s'est jamais appelée ni fait appeler ainsi : tel est le cas de Fra Angelico, le "frère angélique". Ce n'est que quelques années après sa mort que le poète dominicain Domenico da Corella qualifia de "peintre angélique" celui que l'on nommait alors Fra Giovanni da Fiesole, "frère Jean de Fiesole". Les Italiens l'ont même ensuite très rapidement surnommé il Beato Angelico, "le bienheureux angélique", avant que tout procès en canonisation ne soit instruit par le Vatican. A la fin du XXème siècle, Fra Angelico fut admis auprès des bienheureux par le pape Jean-Paul II, qui en fit le saint patron des artistes. Bien peu d'hommes de l'art ont eu droit à un tel honneur : c'est dire la réputation de Fra Angelico en tant que peintre avant tout religieux.
A ses débuts, rien ne prédestinait pourtant l'artiste à une telle gloire posthume. Très peu d'informations nous sont parvenues sur les premières étapes de sa vie : sa date de naissance n'est même pas connue avec certitude et, bien qu'une tradition orale l'ait longtemps fait remonter à l'année 1387, il est bien plus probable qu'elle se situe autour de 1400, à Vicchio di Mugello, dans les collines au nord de Florence. La première mention de celui qui ne s'appelle encore que Guido di Piero ne date en tout cas que de 1417; l'année suivante, le même Guido est payé pour un tableau d'autel réalisé dans l'église florentine de Santo Stefano al Ponte. L'œuvre a aujourd'hui disparu, mais un tel document n'en reste pas moins capital en ce qu'il démontre que, chez Fra Angelico, la vocation de peintre a précédé celle proprement religieuse.
En 1424, Guido di Piero est devenu "Fra Giovanni" : le peintre a donc entre-temps prononcé ses vœux au couvent de l'Observance dominicaine, situé sur la colline de Fiesole, aux portes de Florence. Fondé en 1406, le couvent de San Domenico avait dû être abandonné trois ans plus tard par des moines persécutés qui passèrent près d'une décennie en exil, sous la conduite de leur maître emblématique, Giovanni Dominici. Dominici prônait un retour aux valeurs des Pères de l'Eglise, loin de la mondanité supposée de l'ordre dominicain officiel. En plus de la certitude de nombreuses commandes, c'est cette vision puriste de la religion qui attire sans doute le jeune Guido peu après que les Observants ont réinvesti leur couvent de Fiesole, en 1418. Après un an de pénitence et de formation durant lequel il n'a sans doute pas peint, l'artiste devient moine à part entière de l'Observance dominicaine, un ordre qu'il allait servir en images jusqu'à la fin de sa vie.
18:12 | Lien permanent | Commentaires (0)








































