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12/04/2016

La chetron sauvage est de retour !

"Il y a cela qu'on croit éternel et qui meurt dès qu'on a le dos tourné : le paradis d'enfance". Guy GOFFETTE

C’est un phénix qui nous revient. Il a traversé l’enfer et ses flammes. Miracle : il en est sorti. Titubant, certes, et fragile, mais toujours là, et c’est un don du ciel. Bien des fois, il a vu sa vie « partir à vau-l’eau », et son visage porte encore les stigmates des nombreuses luttes qui ont failli l’écraser. Bien sûr, la voix est plus que chevrotante parfois, mais est-ce là ce qui compte ? Jamais on n’a écouté Renaud pour d’éventuelles prouesses vocales !

Parcourir le livret qui accompagne le nouvel album, c’est se balader sur le chemin rocailleux de cet écorché vif. Petit Prince piétiné par les deuils. Celles et ceux qui ont marqué sa vie sont tous là : les frangins trop tôt partis, les amours qui ont bouclé leurs valises en oubliant d’emporter l’intégralité de leur contenu initial. Renaud nous dit, dans La vie est moche et c’est trop court, qu’il vient un moment où l’on ne pense plus qu’à sa gueule. Pourtant, les chansons présentes sur ce CD prouvent tout le contraire ! Ici, Renaud ne fait que penser aux autres, à sa famille, aux victimes des attentats de janvier et de novembre 2015, à de jeunes gens que la Camarde a fauchés prématurément. Ou bien encore à ces jeunes filles slaves qui arpentent les trottoirs de Paris et ne reverront peut-être jamais le ciel de leur pays natal.

Il rend un hommage bouleversant aux mots, au « blanc manteau » qu’est la page qui s’offre à celui qui inlassablement écrit et chevauche avec respect cette virginité. D’aucuns diront « Renaud c’est mort, il est récupéré », tout cela parce qu’il a embrassé un flic lors du rassemblement parisien du 11 janvier 2015. Je dis pour ma part que l’unité nationale qu’on a tant célébrée ce jour-là ne serait rien si l’on en excluait qui que ce soit. Interrogé à ce sujet dans l’émission Boomerang, Renaud a déclaré, simplement : « Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis », et c’est encore la sagesse populaire qui aura le dernier mot.

Il y a des pépites sur cet album que l’on aurait tort d’écouter trop vite. Après avoir fait tourner en boucle toutes ces chansons pendant plusieurs jours, je peux dire que celle qui me plaît plus que toutes les autres est sans conteste Mulholland Drive. « Rien n’est compliqué, rien n’est grave », il suffit de rouler toujours et de suivre le vent…

 

P.S. : Je vous demanderai de bien vouloir respecter l’esprit de ce blog, qui est, me semble-t-il, tourné depuis dix ans vers l’enthousiasme et jamais vers les critiques cinglantes (je l’espère, en tout cas). Si vous n’aimez pas ou plus Renaud, je peux le comprendre, mais n’allez pas utiliser les commentaires de ce billet pour déverser ici des vacheries. J’en ai lu des tonnes, déjà, je crois qu’on a à peu près tout reproché à Renaud. Il est donc inutile d’en rajouter !