03/06/2026
Exigeons l'immortalité, avec Thiéfaine en prime !!!
"Il ne faut pas moins de toute une vie pour commencer de comprendre ce que nous avons vécu". Georges HALDAS
Le 29 septembre 1992, dans le journal que je tenais à cette époque-là, j’écrivais ceci : « J’écoute Thiéfaine. Rien d’autre à signaler ». Ces quelques mots résument et englobent d’une manière assez radicale plusieurs réalités :
1) Il n’y avait alors pas grand-chose à dire de ma vie. Elle se situait dans un entre-deux pas forcément très confortable : je sortais de l’adolescence, sans être tout à fait adulte (mais le serai-je jamais ?!). Je faisais des études, je voulais être prof d’allemand, mais ce métier semblait inscrit dans un avenir extrêmement flou et lointain. J’étais à l’âge des possibles, cet âge où il y en a tellement, des possibles, que par moments la tête vous tourne. C’est l’embarras du choix, avec tout ce que cela comporte d’embarrassant. On voudrait parfois faire avancer très vite la grande roue du temps, pour voir où elle nous mènera. On ignore encore, et c’est tant mieux, qu’un jour elle nous aura menés là où on ne s’attendait pas forcément à atterrir et qu’on se dira, pour mille et une choses : « Aurait pu mieux faire » ou : « Trop tard, je n’ai plus l’âge de faire ça »… On ignore également, et c’est toujours tant mieux, que ce jour arrivera finalement assez vite. Et que l’on se retournera, moitié attendri(e), moitié affligé(e), sur un passé qui n’est plus. Un passé où l’on voyait se dessiner mille et un possibles. Et puis, il fallut en choisir nettement moins que mille et uns, et comme choisir c’est renoncer, on aura toute une vie de renoncements derrière soi. De la malédiction des rétroviseurs…
2) Le phénomène Thiéfaine avait pris une place suffisamment importante dans mon quotidien pour que je juge utile de le mentionner de la sorte. C’était, en fait, L’EVENEMENT à signaler, et tous les autres n’étaient que roupie de sansonnet à côté de cette découverte majeure que je venais de faire. Le mois de septembre 1992 marqua un énorme tournant dans mon existence entière : après la révélation de l’époustouflante beauté de la langue allemande un peu avant, après la brûlure au fer rouge de la poésie (cela ne devait plus jamais me quitter), voilà qu’une œuvre d’une puissance inimaginable venait de me choper par la manche et de m’aspirer dans son antre. C’était, je peux vous le dire car je m’en souviens encore comme si c’était hier, un enchantement que renouvelait chaque aurore, puisque chaque aurore me trouvait allongée dans mon lit, me prenant du HFT en perfusion, et n’en revenant pas de la vastitude de cet univers qui était venu à moi soudainement. Je ne m’en suis jamais tout à fait remise, et c’est tant mieux, il y a tant de passions qui s’étiolent avec les années, tant de désenchantements qui nous guettent, tant d’aigreurs qui pourraient nous tomber sur le paletot…
Mais non. Je l’ai écrit X fois sur ce blog, et je ne peux m’empêcher de l’écrire encore, quatre mois avant que ne démarre la tournée d’adieux de monsieur Hubert-Félix Thiéfaine : cette œuvre, c’est un peu le sang qui coule dans mes veines. En tout cas, elle s’est mêlée à lui petit à petit, et j’ai l’impression que lentement mais sûrement ils ont fini par ne faire plus qu’un… Mystérieux couple fusionnel qui chante à tue-tête en mon for intérieur. En mon fort intérieur, comme écrivait Gary !
Bref… J’ai encore du mal à accepter que la tournée à venir soit celle qui verra HFT faire un dernier salut en direction d’un public qui l’a tant aimé, tant suivi, souvent très loin du fracas de la télévision et compagnie. Je me souviens d’une époque où il n’était pas aisé d’avoir accès aux infos émanant du showbiz. Encore moins à celles qui touchaient l’ami Hubert. Mais nous y parvenions, coûte que coûte ! Le monde sans internet ne nous faisait pas peur, nous ne connaissions que lui !
Que pourrais-je dire encore en ce 3 juin qui, comme tous les jours que Dieu fait, ne reviendra pas ? (Ah, cette fichue nostalgie qui me fait regretter par avance chaque moment au moment où je suis en train de le vivre, quelle maladie teigneuse !).
Je pourrais dire, en ce 3 juin qui, comme tous les jours que Dieu fait, ne reviendra pas :
1) Que j’ai rencontré, il y a un an et demi déjà, un homme délicieux, qui arrive comme un novice dans l’univers d’HFT (et comme pain bénit dans mon existence, mais ça c’est une autre histoire). Tellement novice qu’il m’a dit dernièrement : « Je veux bien t’accompagner au concert d’Amnéville, mais à une condition : que Thiéfaine chante La fille du coupeur de joints ce soir-là ». Je n’ai pas voulu lui dire ce que nous savons, nous, les initiés… Je me suis contentée de sourire devant tant de (touchante) candeur...
2) J’écoute toujours Thiéfaine, mais il y a d’autres événements à signaler (comme la rencontre ci-dessus mentionnée).
3) J’écouterai toujours Thiéfaine. Même dans mon exil dans l’au-delà, je trouverai un moyen de l’écouter, parce qu’une éternité sans le faire, c’est tout bonnement inconcevable, et si on essaie de m’infliger ce coup-là, une éternité sans Thiéfaine alors que c’est inconcevable, comptez sur moi pour faire du grabuge comme il se doit. Non mais ! Ma demande dépasse celle formulée par HFT dans Animal en quarantaine. Ce n’est pas seulement : « Exigeons l’immortalité », c’est : « Exigeons l’immortalité, avec Thiéfaine en prime » !!!
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