22/08/2026
"Tout a une fin, c'est peut-être ça qui est bien", chantait Mano Solo...
"Même ce qui s'effondre côtoie le jour qui se lève. Ni baume ni consolation, mais appel impitoyable de la vie". Jean-Pierre SIMEON
Ben ça alors, voilà qu’il ferait presque froid… On sent que le mois d’août s’étiole et se précipite vers septembre, septembre avec sa gueule de rentrée et de matins déjà blafards. Hélas, mille fois hélas. Pourtant, des réjouissances nous attendent, et il s’agirait donc d’honorer les choses à venir plutôt que de déplorer la perte de celles qui se meurent. Oui, mais bon, moi j’ai un penchant certain pour la mélancolie… C’est un truc qui me vient de tellement loin que cela ne sert plus à rien de chercher à dater cette tare. Et, en bonne mélancolique qui se respecte, j’ai toujours un œil tourné vers ce qui n’est plus ou menace de ne plus être dans les jours, les heures ou les minutes qui viennent. Je suis d’accord pour jouir à fond du moment présent, mais je ne peux m’empêcher, alors même que je le vis, de penser que bientôt il sera un moment passé.
Fonctionner ainsi n’est pas reposant, croyez-m’en. Seigneur fou des bacchanales, quand me délivrerez-vous de ce mal, mais de celui-là uniquement ? Les autres, je m’en accommode…
Au sommet des réjouissances à venir : la tournée de Thiéfaine. Bon, mais c’est la dernière, et commencer à la vivre voudra dire commencer à la perdre, sans qu’une autre, derrière, ne nous apaise. Genre « Pas de panique, je vais prendre le relais ». J’en ai vécu combien, comme ça, des tournées ? Jusqu’à maintenant, je pouvais me dire : « Oui, voilà, c’est fini, mais une autre aura lieu qui me trouvera dans les mêmes dispositions à son égard, toujours aussi enjouée ». Sauf que cette tournée à venir ne m’offrira pas (pas plus qu’à vous, d’ailleurs) les mêmes privilèges. Chaque moment passé le sera irrémédiablement. Je ne suis pas loin de penser que c’est horrible.
Et ce n’est pas ma fille Louise qui me consolera sur ce coup-là. Alors que nous écoutions notre cher Hubert, tout à l’heure, dans la voiture, voilà qu’elle s’est exclamée : « Il ne peut pas arrêter maintenant, je ne l’ai pas assez vu ». Me dire ça à moi, franchement. Comme ça, à brûle-pourpoint, sans prévenir. En plein milieu de Vendôme Gardenal Snack qui me fait déjà presque systématiquement pleurer ou me file au moins les poils, c’est malin. Les jeunes d’aujourd’hui ne prennent pas de gants avec les vieux, mais ce n’est que justice : nous-mêmes, n’est-ce pas, hier, quand nous étions jeunes…
Et moi de lui répondre, à ma fille : « Moi non plus je ne l’ai pas assez vu ». Oui, je sais… Vous allez me rétorquer, ainsi que Louise n’a pas manqué de le faire : « Tu l’as vu 65 fois, ne te plains pas ». Oui, mais je pourrais le voir encore 475 autres fois que ce ne serait encore pas assez. Il doit y avoir un truc dans ses chansons, un machin planqué qui rend addict jusqu’à la moelle et qui fait que beaucoup ce n’est pas suffisant… Qu’une dose administrée exige d’être augmentée la fois suivante. Et ainsi de suite jusqu’à … même pas d’overdose !
Aurai-je assez profité des moments présents de chaque concert lorsqu’ils s’offraient à moi ? N’ai-je pas été trop souvent négligente, me concentrant sur la mèche rebelle de mon voisin de devant, sur les canards affligeants de ma voisine, sur un chagrin d’amour, sur les impôts à payer ou que sais-je encore ? Toutes choses qui ne méritaient nullement mon attention, alors qu’HFT, lui…
Ah, si j’avais su que je l’aimais tant, je l’aurais aimé davantage, pourrais-je écrire pour copier Frédéric Dard que, par ailleurs, je n’ai jamais lu.
Si j’avais su que le temps passerait aussi vite depuis 1992, année qui couronna Thiéfaine du prix de la révélation lors de mes victoires de la musique personnelles… Si j’avais su que cette passion-là m’accompagnerait jusqu’en ma cinquantaine bien sonnée… Si j’avais su qu’un jour l’éphémère me sauterait à la tronche comme un mauvais boomerang…
J’en aurais profité bien davantage et plus que dans les grandes largeurs : dans des largeurs incommensurables. J’aurais fait encore plus de kilomètres rien que pour le plaisir de l’entendre chanter sur toutes les scènes de France et de Navarre.
« Tout a une fin, c’est peut-être ça qui est bien », chantait Mano Solo. Or, le « peut-être » est de taille. Peut-être, ça veut bien dire que ce n’est pas sûr. Et moi je ne suis vraiment pas sûre que ce soit bien que tout ait une fin. Et je pense même ne pas trop m’avancer si j’affirme que Mano Solo lui-même n’en était pas convaincu. Sans quoi il aurait dit « c’est ça qui est bien », sans le « peut-être ». Bref…
Nous sommes le 22 août et cette date ne marque pas seulement la fin imminente des vacances d’été : elle est aussi le point de départ d’un compte à rebours puisque dans deux mois précisément, le 22 octobre donc, je verrai Thiéfaine à Yutz. Yutz : nom sautillant et joyeux, vous ne trouvez pas ? Et c’est ce qu’il faudra être ce soir-là : sautillant et joyeux. Sans penser à demain, qui viendra un peu trop vite, c’est bien connu. Il faudra plonger à pieds joints dans le moment présent. Ne regarder ni vers l’arrière, ni vers l’avant. Il sera bien temps, plus tard, mon cher Hubert, de t’autoriser à nous jeter…
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