19/05/2006
Droïde song
Droïde équalisé sans désir ni chaleur
avec mes sentiments sur microprocesseurs
parfois dans le silence obscur de mon hangar
je déchausse mes circuits et débranche mon sonar
bouillie d'étoiles fondues sur mes lèvres-plasma
de gargouille irradiée revenant du magma
quand j'ai besoin d'amour ou de fraternité
j'vais voir Caïn cherchant Abel pour le plomber
Dans l'odeur des cités aux voiles d'hydrocarbure
les rires sont des ratures qui s'attirent et saturent
et j'y traîne en réglant ma radio-chimpanzé
sur fréquence et mépris point zéro nullité
cosmonaute du trottoir, éboueur en transfert
je peins mes hiéroglyphes sur les murs des waters
avant de m'enfoncer plus loin dans les égouts
pour voir si l'océan se trouve toujours au bout
droïde droïde
machine humanoïde
aux chromosomes hybrides
droïde droïde
carlingue anthropoïde
coeur en celluloïd
droïde droïde
regard polaroïd
schizoïde et bifide
droïde droïde
rêvant d'astéroïdes
acides et translucides
libres
attirées par le vide
Le jour où les terriens prendront figure humaine
j'enlèv'rai ma cagoule pour entrer dans l'arène
et je viendrai troubler de mon cri distordu
les chants d'espoir qui bavent aux lèvres des statues.
Paroles : Hubert-Félix THIEFAINE
Musique : Hubert-Félix THIEFAINE et Claude MAIRET
22:12 | Lien permanent | Commentaires (5)
18/05/2006
De Cioran à Thiéfaine, il n'y a qu'un pas, vous ne trouvez pas?
« Dernièrement, j’ai été choqué en lisant une interview de Cioran, dans laquelle il disait que la naissance de son enfant avait été sa seule concession. Je comprends très bien ce qu’il veut dire – sa vision de la vie n’est d’ailleurs pas très éloignée de la mienne -, mais en même temps ça m’agace. Je refuse ce genre de cynisme qui balaie la tendresse. Pour moi l’enfant est sacré. Il est le seul générateur de sourire et d’espoir. Choisir d’avoir un enfant a été ma seule et unique révolution – celle qui m’a réconcilié avec la vie ». Hubert-Félix Thiéfaine, cité par Pascale Bigot.
Allez, un peu de Cioran pour nous remettre du baume au cœur !!! Attention, c’est aussi gai que Schopenhauer ! Mais qu’est-ce que c’est beau ! Les titres de ses livres sont des poèmes à eux seuls : Précis de décomposition, Syllogismes de l’amertume, De l’inconvénient d’être né, Sur les cimes du désespoir.
« Si on réfléchit aux choses, on devrait cesser d’agir, de se mouvoir. On devrait se foutre par terre, et pleurer ».
« Il est évident que si l’on a la conscience du néant, il est absurde d’écrire un livre, c’est ridicule même. Pourquoi écrire et pour qui ? Mais il y a des nécessités intérieures qui échappent à cette vision, elles sont d’une autre nature, plus intimes et plus mystérieuses, irrationnelles. La conscience du néant poussée au bout n’est compatible avec rien, avec aucun geste ; l’idée de fidélité, d’authenticité, etc – tout fout le camp. Mais il y a quand même cette vitalité mystérieuse qui vous pousse à faire quelque chose. Et peut-être c’est ça la vie, sans vouloir employer de grands mots, c’est que l’on fait des choses auxquelles on adhère sans y croire, oui, c’est à peu près ça ».
Petite parenthèse : ces mots me font penser à ce que disait Thiéfaine dans je ne sais plus trop quelle émission, peut-être bien « Ombre et lumière ». Il disait quelque chose du style : « La vie, tout ça, au fond, cela ne m’intéresse pas beaucoup ». Je trouve que l’univers de Cioran est très proche de celui d’Hubert.
« La vie n’est supportable que si l’on n’est pas conscient de chaque moment qui passe, autrement on est fichu. L’expérience de l’ennui c’est la conscience du temps exaspéré ».
« Et je me suis rendu compte qu’il fallait que j’écrive, parce que c’était une libération, parce que c’était une explosion sans conséquence pour les autres, c’était mieux que de casser la gueule à quelqu’un ».
« Au beau milieu d’études sérieuses, je découvris que j’allais mourir un jour… ; ma modestie en fut ébranlée. Convaincu qu’il ne me restait plus rien à apprendre, j’abandonnai mes études pour mettre le monde au courant d’une si remarquable découverte ».
Tiens, en feuilletant de nouveau Syllogismes de l’amertume, je tombe sur le chapitre : « Le cirque de la solitude » ! Et à propos de solitude, justement :
« Nul ne peut veiller sur sa solitude s’il ne sait se rendre odieux » !
« Toutes les eaux sont couleur de noyade ».
« Je vadrouille à travers les jours comme une putain dans un monde sans trottoirs ». (J’ai une immense tendresse pour cette phrase, et puis pour les putains sans trottoirs !!).
« Le Réel me donne de l’asthme » (cf. « Et rien qu’le fait de respirer, ça m’fout des crampes dans le sternum » !!).
« Il est certain que les gens qui se sont effondrés sont les plus impressionnants. Particulièrement les poètes ».
« C’est au début de l’homme que quelque chose a craqué. Dès les fondements, quelque chose n’a pas réussi, ne pouvait pas réussir, car la pureté de la créature n’est pas possible. Donc, l’homme est atteint dès sa naissance ».
« Si je devais faire mon propre bilan, alors je devrais dire que je suis le résultat de mes heures perdues ».
« J’ai beaucoup voyagé, j’ai tout vu en Europe. Partout où je suis allé, j’ai été saisi d’un immense enthousiasme ; et puis le lendemain, l’ennui. Chaque fois que je visitais un endroit, je me disais que c’était là que j’aurais voulu vivre. Et puis le lendemain … ce mal qui me possède a fini par m’obséder ».
Et ma préférée pour la fin :
« Depuis deux mille ans, Jésus se venge sur nous de n’être pas mort sur un canapé ». Et c’est sans doute la raison pour laquelle « ça fait bientôt deux mille ans que j’ai plus faim » !!!!!!
22:24 | Lien permanent | Commentaires (3)
16/05/2006
"Bouton de rose", "Camélia : huile sur toile" et "Les jardins sauvages"
Je reviens à la discussion que j'ai eue avec certains visiteurs de ce blog : nous disions que la chanson "Les jardins sauvages" regorgeait d'allusions un peu olé olé! Daniel, si tu lis ces lignes, sache que je n'ai trouvé sur aucun forum le fameux sonnet dont tu me parles. Mais je suis allée le lire sur je ne sais plus quel site et, effectivement, la parenté entre ce texte et "Les jardins sauvages" saute aux yeux!
Et hier, j'écoutais "Défloration 13". En entendant "Camélia : huile sur toile", je me suis souvenue d'un extrait de "Comment j'ai usiné ma treizième défloration". J'ai vite repris ce fascicule et j'y ai trouvé ces mots :
"Charles Belle peint...
Charles Belle peint essentiellement des fleurs.
Mais tous ceux qui connaissent la peinture de Charles Belle savent très bien que derrière ses fleurs se cache un monde sensuel, souvent sexuel, parfois inquiétant et noir..."
"Camélia et désir obscène"...
Un peu avant, il y avait eu : "Comme une guêpe sur une fleur à peine éclose
mes lèvres sur sa déchirure explosent
son bouton de rose".
Décidément, chez Thiéfaine, les domaine végétal et sexuel semblent entretenir des liens particuliers!!! Et d'ailleurs, "on s'est aimés dans les maïs, t'en souviens-tu, mon Anaïs?" !!!!
Et allez vite faire un tour sur ce site :
10:20 | Lien permanent | Commentaires (2)








































