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12/08/2006

Rectification

Finalement, ma note précédente aurait peut-être dû s'appeler "Comme un chien à plumes dans un cimetière le 11 août"!! Oui, je sais, c'est moyen comme humour, et un peu facile, mais plus je repense à la tournure de la soirée d'hier, plus je me sens déçue...

Le Chienchien à pluplumes

Oui, je reviens du festival du Chien à plumes !!!

Hier soir, j’étais tranquillement installée dans le canapé du salon, quand soudain, « semblant crever le ciel et venant de nulle part » (ah non, je m’emmêle les pinceaux !), quand soudain, ma moitié me dit : « Tu sais que si tu veux aller au Chien à plumes, c'est encore jouable ? ». Mais c’est qu’il ne faut pas me lancer sur ce terrain-là, moi ! En deux temps trois mouvements, j’étais dans la voiture !!  Avant que je ne me mette en route, ma moitié avait demandé au Doc de me prendre sous son aile (d’albatros) tout au long de la soirée. Chose qu’il a faite avec brio, merci au passage !

Ce soir (non, hier soir), dommage, l’ambiance n’était pas à la courtoisie. Je pesterai toujours (bien souvent en silence) contre les gros cons (révérence parler) qui vous passent devant aux caisses ou ailleurs. Hier, c’est une grosse conne (re-révérence parler) qui m’est passée devant à la billetterie. Genre de truc qui a le don de m’énerver, mais passons.

Le concert est sur le point de commencer, nous allons nous installer devant. Génial, je vais être aux premières loges. Je me dis que ça va remuer un peu, mais que cela devrait aller. Après tout, aux Eurockéennes, j’étais tout devant aussi, un type m’a vomi sur les jambes à la sortie, plus rien ne m’effraie ! C’est ce que je croyais ! Hier, le Chien à plumes avait bouffé de la vache folle ! Je me suis retrouvée au beau milieu d’une bande de joyeux allumés qui bousculaient tout le monde autour d’eux. Cauchemardesque ! Il y a des limites. Je sais, c’était un festival, ce n’était pas l’Arsenal de Metz. Mais enfin, quand même, on peut essayer de se tenir convenablement malgré tout, non ? ! J’ai vite filé de cet endroit qui m’avait semblé idyllique au départ. Je suis allée m’installer à côté d’un type qui m’avait l’air bien tranquille ! Mais, là encore, très vite, une autre bande de dingues s’est mise à faire joujou dans tous les sens ! J’ai fini par me mettre carrément en retrait. Et j’ai enfin pu apprécier le concert ! Le père Hubert semblait en forme, mais j’ai vu mieux. Sur Lorelei et quelques autres titres, sa langue a dérapé dans sa bouche de chacal !! Je crois qu’il y a eu un truc du style : « Ton corps a dérapé sur mon cœur de chacal », quelqu’un pourrait-il confirmer ou infirmer mes propos?  J’ai soudain un doute. Bref, rien de bien méchant. Thiéfaine a dit qu’à la place d’un Chien à plumes, il aurait préféré des chiennes à poil(s) ! C’est un peu gros rouge qui tache, mais tellement drôle !!

Très drôle aussi : le temps. Il a plu avant et après le concert, mais pas du tout pendant. Alors ça, chapeau, c’est de la météo qui sait se tenir ! Enfin, il faisait quand même bien froid. Ce n’est pas à Langres qu’il fait toujours -40 degrés quand, partout ailleurs, il en fait 35 ?!!! Tiens, pour une fois, c’est bien fait : je ne vois pas pourquoi seuls les festivals bretons seraient gâchés par les intempéries!!!

A la fin du concert, lorsque Thiéfaine a présenté son programme politique, il a dit qu’il ne fallait pas confondre Rouget de Lisle et Leconte de Lisle. Une fille, pas loin de moi, s’est écriée : « Alors là, j’ai pas compris » ! Et qu'en était-il des brutes épaisses qui gênaient tout le monde devant?! Hier soir, quand même, on était loin du Sturm und Drang, de la poésie et du romantisme, cela m’a un peu gâché le plaisir. D’habitude, je me réjouis de me mêler à la foule bigarrée des concerts de l’ami Hub’, mais il ne faut pas confondre bigarrée et bariolée !! J’ai fichu 30 euros dans mon billet de concert et environ 15 euros dans les satanés péages de nos chères autoroutes françaises, alors, comme dirait Hubert, je voulais en avoir pour mon argent. C'est un peu dommage de se faire déloger d'une place sympa... Non, vraiment, hier, c'était brutal! Je ne suis pas la seule à avoir dû décamper dare-dare (non, il y en a eu beaucoup d'autres, il ne faudrait pas croire que je ne suis qu'une chochotte chichiteuse!!).

Après le concert, je suis allée m’acheter à manger. Et là, un type s'apprête à me passer devant. Cette fois, j’ai osé dire que non, d’abord, flûte, c’était mon tour. Comme dirait Pierre Perret, « faut pas pousser mémé dans le concasseur » !!

Ce chien aux plumes mouillées restera un bon souvenir quand même. J’ai réussi à refaire ce que je faisais avant mes fatidiques trente ans : je suis partie sur un coup de tête, suis revenue toute seule en pleine nuit, et j’ai même trouvé la force d’écrire mes impressions au retour puisque me voilà !!

11/08/2006

Hölderlin de nouveau

Hypérion ou l’ermite de Grèce, la première œuvre d’Hölderlin : ce roman par lettres fut mis en chantier dès 1792 et décrit « la résolution des dissonances à l’intérieur d’un caractère ». Je l’ai lu rien que pour pouvoir en parler sur ce blog !

En voici un résumé (merci encore à Jean-Louis Bandet et à son Que sais-je ? consacré à la –fabuleuse !- littérature allemande) :

« Hypérion est un jeune Grec contemporain, qui a fait l’expérience de l’unité perdue entre les hommes et les Dieux, il rêve de retourner ‘dans le bienheureux oubli de soi, au grand Tout de la nature’. L’image de cette unité s’offre à lui dans l’amour pour la beauté de Diotima et il cherche à la réaliser dans le combat pour la libération de sa patrie. Mais la lutte armée, la compromission avec l’histoire, ne peut pas créer l’Etat utopique, fondé sur la beauté. Diotima meurt, retrouvant la ‘divine liberté que nous donne la mort’, exhortant Hypérion à devenir le ‘prêtre de la divine nature’. En exil en Allemagne, Hypérion vit en solitaire au sein de la nature, où il découvre que ‘les dissonances du monde sont comme les disputes d’amoureux ; la querelle contient en elle la réconciliation’ ».

Toujours dans le même Que sais-je ?, on peut lire (et cela explique « ils croient voir venir Dieu, ils relisent Hölderlin ») :

« Regret de l’unité perdue, aspiration à la fusion dans le grand Tout, ce sont là des thèmes romantiques, et la nostalgie de la Grèce rappelle Schiller. Mais pour Hölderlin, la Grèce, cette demeure désertée des Dieux, est là, présente, devant les yeux de son âme, son image se superpose à celle de l’Allemagne, et il construit, dans de grands hymnes, le mythe d’une nature où le réel transfiguré manifeste le sacré. Heidelberg, le Neckar, les grands fleuves allemands sont célébrés à la fois dans leur réalité concrète et dans leur transparence symbolique ; le pain et le vin, symboles chrétiens mais aussi attributs de Dionysos, font pressentir au poète le retour des dieux grecs et leur réconciliation avec le Christ. La poésie de Hölderlin est attente et célébration de ce grand retour, de ce moment où l’Allemagne sera, comme la Grèce antique, le pays des Dieux et de la liberté ».

 

Voici quelques extraits de ce roman :

« Ce qui ne peut m’être tout, pour l’éternité, ne m’est rien.

Ô Bellarmin ! où trouverons-nous l’unique chose qui nous donne la paix ? Et quand pourrons-nous entendre une autre fois chanter notre cœur comme aux jours radieux de l’enfance ?

Hélas ! Ce chant, je l’ai cherché jadis dans la fraternité des hommes. J’imaginais que la pauvreté de notre nature se changerait en richesse pour peu que deux de ces miséreux ne fissent plus qu’un seul cœur, une seule et indissoluble vie, comme si tout le mal de l’existence provenait de la seule rupture d’une unité primitive ».

 

« A quand le grand revoir des esprits ? Car, je le crois, nous fûmes tous réunis, autrefois ».

 

« Nous plaignons les morts comme s’ils se sentaient morts : pourtant, les morts connaissent la paix. Mais la souffrance qui n’a pas d’égale, le sentiment de l’anéantissement total, c’est que notre vie perde son sens, que le cœur se dise : Tu dois périr et de toi rien ne restera, nulle fleur plantée, pas la moindre hutte bâtie, que tu puisses au moins penser : ‘Je laisse une trace sur la terre’. Et tout ce désespoir n’empêche pas l’âme d’être encore désirante ! »

09/08/2006

Le Sturm und Drang : suite et fin

« On distingue traditionnellement quatre périodes dans la vie de Goethe : la jeunesse (1749-1775), le premier séjour à Weimar (1775-1786), le voyage en Italie et le classicisme weimarien (1786-1805), la vieillesse (1805-1832). Né en 1749 à Francfort-sur-le-Main, dans une famille de bourgeoisie aisée, il commence des études à Leipzig, puis à Strasbourg : en 1771, il s’inscrit comme avocat à Francfort, en 1775 il fait la connaissance du jeune duc de Saxe-Weimar, qui l’invite à venir s’installer chez lui. A Strasbourg, en 1770, il rencontre Herder, qui lui expose sa théorie de la poésie, attire son attention sur l’art « germanique », symbolisé par la cathédrale de Strasbourg, et lui fait connaître Shakespeare ; Goethe fait aussi la connaissance de la fille d’un pasteur, Friederike Brion, qui lui inspire ses premières poésies véritablement « goethéennes ». Les deux œuvres essentielles de sa jeunesse sont un drame, Götz von Berlichingen (1773) et un roman qui connaît un immense retentissement dans toute l’Europe, Les souffrances du jeune Werther (Die Leiden des jungen Werthers, 1774). Götz est un drame historique à la mode shakespearienne, où Goethe retrace le combat et la mort, au début du XVIème siècle, d’un chevalier qui essaie d’affirmer sa liberté dans une époque chaotique et succombe, victime de la marche de l’histoire. Plus que le récit plus ou moins autobiographique de l’amour malheureux de Werther pour Charlotte, Werther est celui de l’échec d’un jeune homme qui s’enferme dans l’infini de sa sentimentalité, et qui succombe à la fascination de la mort. Götz, qui se jette dans l’action, et Werther, qui s’abandonne au sentiment, sont les deux aspects complémentaires du « génie », dont Goethe montre la grandeur et le tragique dans tout ce qu’il écrit entre 1770 et 1775 : il ébauche des drames dans lesquels il met en scène les grands personnages historiques ou mythologiques (Mahomet, Prométhée, Faust), il écrit des hymnes au « génie », des poésies de la nature, tout en mettant en chantier les drames qui marqueront son passage au classicisme.

A côté et autour de Goethe figurent un certain nombre de jeunes écrivains, Jakob Michael Reinhold Lenz (1751-1792), qui écrit des drames et des traités historiques, Heinrich Leopold Wagner (1747-1779), Friedrich Müller (1749-1825). Mais c’est avec Schiller (1759-1805), qui n’appartient pas à ce groupe, que le Sturm und Drang trouve son prolongement et son achèvement.

Par son milieu, par ses origines, par toute sa personnalité, Schiller est entièrement différent de Goethe. Il est né en Souabe, à Marbach, dans une famille très profondément marquée par le piétisme, d’un père capitaine dans l’armée du duc de Wurtemberg. A 14 ans, il est inscrit sur l’ordre du duc dans une école où, tout à fait dans l’esprit de l’Aufklärung, on donnait aux enfants les plus doués, pour en faire les cadres de l’armée et de l’Etat, une formation que le jeune Schiller subit avec impatience. Affecté en 1780 en tant que chirurgien à un régiment de Stuttgart, il fait jouer au Théâtre national de Mannheim, en 1782, son premier drame, Les brigands (Die Räuber). Mis aux arrêts pour s’être absenté sans permission, il s’enfuit à Mannheim, puis, après quelques années de vie errante, il est nommé en 1789 professeur d’histoire à l’Université d’Iéna. C’est à cette date que l’on fixe la fin de sa première période, au cours de laquelle il compose des poésies, des traités sur le théâtre et surtout quatre drames : Les brigands, La conjuration de Fiesque (Die Verschwörung des Fiesco zu Genua), Intrigue et amour (Kabale und Liebe) et Don Carlos. Les deux plus célèbres, Die Räuber et Kabale und Liebe, se rattachent aux deux grands modèles qui dominaient alors la scène allemande : Die Räuber est une pièce « shakespearienne », avec le foisonnement des scènes et des personnages, les changements de lieu, l’étalement de l’action sur une longue durée, tandis que Kabale und Liebe est explicitement désigné comme un drame bourgeois, mais, dans les grandes lignes de l’action dramatique, les deux textes sont tout à fait parallèles. Chacun montre un jeune homme qui proclame les idéaux du Sturm und Drang ; dans Die Räuber, Karl exalte la force du génie, affiche son ambition de créer une « république allemande, auprès de laquelle Rome et Sparte seraient des couvents de bonnes sœurs », Ferdinand, dans Kabale und Liebe, affirme que l’amour est la valeur suprême. (…) Schiller utilise successivement les deux grandes formes théâtrales de son temps pour démonter le personnage glorifié par  le Sturm und Drang, pour montrer son échec, sinon sa culpabilité envers l’ordre du monde ».

 

Source : La littérature allemande, Jean-Louis BANDET, Que sais-je ?