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14/06/2007

René Char

"L'approche est toujours plus belle que l'arrivée", ALAIN-FOURNIER.


Aujourd'hui, René Char aurait eu cent ans. Voici deux textes de ce poète. Merci à Evadné, qui m'a envoyé ces deux trésors et m'a suggéré la note de ce jour!

Si vous avez un moment, branchez-vous sur France Inter de 13 heures 30 à 14 heures! Dans "Deux mille ans d'histoire", il sera question de René Char, justement. Auparavant, à 13 heures, vous pouvez retrouver Gainsbourg sur France3, me semble-t-il, dans un "Trente millions d'amis" datant de 1976 ou 1979 (je ne sais plus). Enfin, ce soir, ne ratez pas le très beau film qui va passer sur Arte : "Sophie Scholl, die letzten Tage". Il y est question du triste destin de Sophie Scholl (magnifiquement interprétée par Julia Jentsch) qui fit partie du mouvement de résistance à Hitler, "Die weiße Rose".

 

Allégeance:

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?


 

 


A une sérénité crispée


Tu es mon amour depuis tant d'années,

Mon vertige devant tant d'attente,

Que rien ne peut vieillir, froidir ;

Même ce qui attendait notre mort,

Ou lentement sut nous combattre,

Même ce qui nous est étranger,

Et mes éclipses et mes retours.



Fermée comme un volet de buis,

Une extrême chance compacte

Est notre chaîne de montagnes,

Notre comprimante splendeur.



Je dis chance, ô ma martelée ;

Chacun de nous peut recevoir

La part de mystère de l'autre

Sans en répandre le secret ;

Et la douleur qui vient d'ailleurs

Trouve enfin sa séparation

Dans la chair de notre unité,

Trouve enfin sa route solaire

Au centre de notre nuée

Qu'elle déchire et recommence.



Je dis chance comme je le sens.

Tu as élevé le sommet

Que devra franchir mon attente

Quand demain disparaîtra.