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11/08/2008

"Baudelaire est mort hier"...

La pensée du jour : « J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans ». Charles BAUDELAIRE

 

Et Charles Baudelaire encore, pour ce poème qui me fascine et m'effraie à la fois :

 

 

L'HORLOGE

 

Horloge ! Dieu sinistre, effrayant, impassible,

Dont le doigt nous menace et nous dit : « Souviens-toi !

Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi

Se planteront bientôt comme dans une cible;

 

 

 

Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon

Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse;

Chaque instant te dévore un morceau du délice

A chaque homme accordé pour toute sa saison.

 



Trois mille six cents fois par heure, la Seconde

Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix

D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,

Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

 

 

Remember ! Souviens-toi ! Prodigue ! Esto memor !

(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)

Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues

Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !

 

 

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide

Qui gagne sans tricher, à tout coup ! C'est la loi.
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi !

Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide.

 

 

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,

Où l'auguste vertu, ton épouse encor vierge,

Où le Repentir même (oh ! La dernière auberge !),

Où tout te dira : Meurs, vieux lâche, il est trop tard ! »