25/02/2010
Méthode de dissection : "HF Thiéfaine Paris-Zénith" (deuxième partie)
La pensée du jour : "Et je me suis rendu compte qu'il fallait absolument que j'écrive, parce que c'était une libération, parce que c'était une explosion sans conséquence pour les autres, c'était mieux que de casser la gueule à quelqu'un". CIORAN
Le CD 2 s'ouvre sur cette sublime chanson qu'est « La dêche, le twist et le reste ». Très belle version, déchirante même, avec ce superbe violon chinois qui vient imprimer encore plus de tension à cette histoire d'amour qui tourne mal. Pour moi, et je l'ai déjà dit ici, « La dêche, le twist et le reste », c'est un peu « La vie d'artiste » façon Thiéfaine. Même sombre histoire qui tourne au vinaigre, même mélasse financière (« on bouffe une fois tous les trois jours » / « cette fameuse fin du mois qui, depuis qu'on est toi et moi, nous revient sept fois par semaine » / « et notre pitance incertaine », « moi je bricole et je fabrique des chansons qui sont invendables » / «et nos soirées sans cinéma et mon succès qui ne vient pas »).
« ça peut durer jusqu'à toujours
à moins que l'on ait le courage
de se dire merde un beau jour
et de mettre fin au naufrage »...
Eh oui, comme chantait Ferré, « l'amour meurt
comme meurent les fleurs
l'amour meurt
comme mentent les gens
l'amour va
comme vont les rivières ».
L'amour meurt, passe son tour, englué dans un quotidien glauque (« tu t'jettes sur la bouteille d'éther pour ton vol plané à deux mille »), réduit à des préoccupations bien prosaïques, mais cependant essentielles... Est-il nécessaire de dire que cette chanson me flanqua une gifle inoubliable lorsque je la découvris, à 19 ans ? Légère impression, à l'époque, d'avoir une expérience commune avec cousin Hub'...
Ferré, tiens, je l'évoquais ci-dessus, et le revoilà donc, chanté par Thiéfaine : « La solitude ». Là encore, « je suis d'un autre pays que le vôtre », « le désespoir est une forme supérieure de la critique », tout cela me fit un effet boeuf quand j'étais jeune. Et c'est Thiéfaine qui, deux ans après la disparition de Ferré, me mena vers lui. De Ferré, j'aime surtout les adaptations qu'il a faites de certains poèmes de Verlaine, d'Apollinaire, de Rimbaud, d'Aragon, et de tant d'autres. J'aime « Pépée » j'aime « L'âge d'or », « L'amour meurt », « Les romantiques », « La mélancolie, « Vingt ans », « La mémoire et la mer », « Thank you Satan ». Et aussi le très beau livre Benoît Misère. Mais je n'ai jamais réussi à entrer pleinement dans l'univers de chansons plus obscures, comme « Le chien », par exemple.
Bref... En tout cas, l'interprétation que Thiéfaine livre ici de « La solitude » est excellente, je trouve. D'ailleurs, je me souviens d'une belle soirée consacrée à Ferré, à Lyon, et durant laquelle Hubert avait brillamment interprété des chansons de celui qu'il admire tant...
Ensuite, c'est « Alligator 427 » (sans « s » ici). La chanson aux lancinants leitmotivs (« vive la mort », « je vous attends »). La chanson qui est capable de me faire flipper quand je l'écoute dans le noir (si, c'est vrai, mais je dois dire que je suis très impressionnable !!).
Puis, un peu de douceur dans ce monde vendu aux « fantômes, aux hyènes et aux vautours » : « Je t'en remets au vent ». Avec une espèce d'effet de distanciation (« Verfremdungseffekt ») à la Brecht quand Hubert déclare avoir écrit cette chanson pour une certaine Jeanne-Marie Cramouillot, qui était sa petite amie au CM2. Il paraît de toute façon que « Je t'en remets au vent » date des très jeunes années de Thiéfaine. Avoir écrit cela sans grande expérience, faut le faire, quand même ! « D'avoir voulu vivre avec moi
t'as gâché deux ans de ta vie
deux ans suspendue à ta croix
à veiller sur mes insomnies ». Je me souviens encore du sourire de ma mère, à Sarreguemines, quand la chanson avait commencé. Sans doute une des seules qu'elle ait appréciées pendant le concert, avec aussi « Animal en quarantaine » et « Crépuscule transfert », le reste lui semblant trop baroque !! J'aime bien la façon dont Thiéfaine présente cette chanson : « Mon pauvre Thiéfaine, tu sais plus quoi inventer pour te rendre intéressant » (plus tard, il chantera pour se rendre intéressant, d'ailleurs !). Et le terrible « Maintenant, je crois que dans les cours de récréation, les petits enfants savent que la Bosnie-Herzégovine, ça existe ».
« A quoi peut ressembler ton spleen
ton désespoir et ton chagrin
vus d'une des étoiles anonymes
de la constellation du chien ? »
Deuxième medley ensuite. Avec « Was ist das Rock'n'roll » comme fil conducteur.
« Série de 7 rêves en crash position ». Alors là, à Sarreguemines, sentant approcher la fin du concert, et donc du rêve, je peux vous dire que les mots « mais que devient le rêveur quand le rêve est fini ?» avaient eu une saveur assez amère pour moi. Ce concert, je l'avais tellement attendu, tellement rêvé, que le vivre enfin marquait en même temps la fin de quelque chose. La fin d'une attente ardente, tout simplement...
Heureusement, il y eut « Encore un petit café » pour me tenir debout. Et « Pogo sur la deadline ». Fin du rêve. Pas grave, j'attendrai que passe le suivant, comme d'autres espèrent le prochain bar !
Et juste comme ça, pour le plaisir, un lien vers une interview d'Higelin, lien qu'Evadné m'a mis hier sur mon mur Facebook, cadeau pour lequel je la remercie, le grand Jacques restant, ici encore, fidèle à l'image que je me fais de lui. Image d'un être lumineux, pour qui l'amour demeure la valeur première. (Hugo, si tu passes par là, fonce voir ça, tu devrais aimer !)
http://musique.sfr.fr/recherche/?search=Higelin&targe...
Et notez déjà sur vos précieuses tablettes que Jacques Higelin sera au Fou du roi demain sur France Inter !
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