13/05/2012
Un compte rendu du concert de Dole (5 mai 2012)
La pensée du jour : "Je suis couvert de la mort comme d'un lichen". Lucien BECKER
Aujourd'hui, je vous propose un compte rendu du concert de Dole. Il est signé Aska, et je la remercie de m'avoir fait parvenir ce très beau texte.
5 mai 2012 : enfin, c'est pour moi le jour du concert d'HFT à Dole ! LE concert que j'attends depuis longtemps ! J'ai rendez-vous avec Hubert-Félix Thiéfaine dans sa ville natale et je trouve que ce n'est pas rien. J'ai hâte de voir l'endroit pour lequel il a imaginé cette chanson si belle et si critique, que j'adorerais entendre là-bas, mais que je n'entendrai certainement pas.
D'abord, Dole, c'est à cent kilomètres de chez moi, j'y suis donc allée en voiture. Trajet facile, la Commanderie est bien fléchée, et à 17 heures 30, je me retrouve au sein du petit groupe qui se presse devant une porte et où m'attendent une amie et son fils de 20 ans qui est un tout nouveau fan, fasciné par le dernier album.
Donc, la file d'attente, sous des parapluies, car le temps est à l'orage. On discute avec nos voisins, parmi lesquels une dame à cheveux gris et un autre jeune homme qui, lui, nous raconte qu'il est archi fan de Mylène Farmer et qu'il a campé trois jours devant le stade de France pour la voir en concert. Prix de la place : 270 euros. Euh, dire que je trouvais le billet pour Bercy un peu cher...
Les portes s'ouvrent et on se précipite, mais trop tard pour pouvoir s'appuyer sur les barrières, espoir que je nourrissais pourtant à cause du mal de dos que je traîne depuis plusieurs semaines. Tant pis, me voilà seule au troisième rang, ayant perdu mes accompagnants dans la bataille !
La salle n'est pas énorme, à taille humaine, bien fichue, avec des gradins pas très éloignés de la scène. Pendant que ça se remplit, je suis la seule assise par terre (mon dos) au milieu d'une forêt de jambes. Au-dessus de moi, quelques-uns chantent déjà "La Fille", ça promet...
Première partie : Jean-Marc Poignot, du staff d'Hubert. Tout sourire, avec de jolies chansons aux textes ciselés, j'aime beaucoup. Il n'en chante que trois ou quatre, ce qui est peu, et on recommence à attendre.
Et puis, IL arrive, celui pour qui on est venu; inchangé, avec son costume noir, sa chemise blanche, son harmonica autour du cou, son air grave. Sous des applaudissements nourris, il commence "Annihilation", la grande, immense chanson qui se trouve sur un disque que je n'aurai jamais... Pourquoi ? Parce que je suis une fan trop tardive qui n'a pas su voir, en trente ans, qu'un type qui était presque son voisin géographiquement parlant était devenu quelqu'un qui aurait enchanté sa vie si elle y avait fait attention plus tôt. Quelle gourde !
Pour l'instant, après "Annihilation", je ne suis plus vraiment dedans, encombrée de mes voisins de spectacle qui me collent et me gênent. Je dois vous avouer que je suis un peu agoraphobe, la foule, les gens pas toujours respectueux me fatiguent...
Thiéfaine non plus n'est pas vraiment dedans. C'est ce qu'il me semble en tout cas. Il dit "merci d'être venus", mais pas "merci pour votre fidélité", comme s'il n'était pas sûr qu'à Dole, sa ville natale, on lui soit si fidèle que ça. Je crois savoir qu'à part un festival il y a quelques années, ce concert est quasiment le premier qu'il fait ici en trente ans de carrière (corrigez-moi si je me trompe). Dans une interview ancienne que j'ai lue, il racontait qu'à Dole, au début, on lui lançait des tomates, ça doit marquer... Alors je le regarde, silhouette mince de jeune homme et air un peu incertain, et j'extrapole. L'introverti qu'est Thiéfaine, si connu qu'il soit aujourd'hui, est-il vraiment enchanté d'être là ? Je ne sais pas.
Mais le miracle arrive : juste après "Les dingues et les paumés", subitement le public s'enflamme, les gradins résonnent de mille talons qui frappent le plancher, une immense ovation s'élève. Première fois que j'entends ça, alors que j'ai fait trois concerts avant celui-ci. Et Thiéfaine est touché, je le vois, il murmure "merci" et enchaîne rapidement, mais comme il est libéré, il déploie ses ailes d'albatros, court sur la scène, balance son micro, sourit, fait participer le public, se lâche enfin...
Moi, j'entre dans le concert avec lui, ma douleur au dos a disparu, mes voisins se sont écartés par miracle, je suis sur un petit nuage...
Retour à la réalité quand une fan décomplexée (ben voyons !) s'incruste à côté de moi sous prétexte de faire des photos de l'artiste. Elle me gâche "Garbo" et, dans la foulée, "Ad orgasmum aeternum", que j'aurais tellement voulu écouter dans une bulle... Les gens, je vous dis...
Le concert se termine sur "La Fille" (très bonne ambiance), "Les ombres du soir" (musique trop forte pour moi sur ce titre qui mériterait un arrangement plus confidentiel), et enfin "Lobotomie média" et sa fin programmée.
Thiéfaine s'en va sur un dernier geste d'adieu et c'est là que je m'aperçois tout à coup de la bizarrerie : pas de Chippendale ce soir ! Il n'a pas mis le tee-shirt "merch", ne l'a pas lancé tout mouillé à un(e) fan hystérique. L'effet Dole ? Pas d'excentricités au pays ? On ne le saura pas, d'autant que je n'aurai pas la présence d'esprit de le lui demander plus tard. *
Parce que, miracle, il y a un plus tard. Après le concert, alors que certains Dolois réclament encore en vain "La cancoillotte" (oui, on aurait bien aimé, Hubert !), mes amis et moi restons là, assis sur des fauteuils (ouf !), à siroter des boissons. Près de la sortie, une porte et un petit groupe agglutiné qui regarde fixement cette porte. Les loges ! On s'approche, mon amie a justement apporté avec elle son disque collector, à tout hasard. Après une demi-heure de tractations, le vigile finit par nous laisser entrer. On est une dizaine, tout émus, à attendre dans le couloir. On voit passer Jean-Marc Poignot avec son carton de disques, Alice Botté qui plaisante, d'autres visages connus... Tous souriants et gentils. Une porte s'ouvre et voilà Lucas, qui n'est pas venu jouer sur scène avec son père, malgré la "nouvelle chanson" annoncée en clin d'oeil par celui-ci : "On a fait une nouvelle chanson, hein Alice ?"
Loge n° 2 : la loge du Maître, on entre timidement, les yeux écarquillés. Il fait une chaleur de four. Il est assis devant une coiffeuse, tout simple, ses lunettes sur le nez, Francine Nicolas derrière lui. C'est une scène irréelle. D'ailleurs, ne riez pas, je ne me souviens de rien, c'est tout moi ! Juste que je lui ai donné mon prénom et que je lui ai dit "merci beaucoup" avec ferveur. Et qu'il m'a dit "mais de rien !" en souriant. Rien d'autre, mais tout ce que j'aurais pu dire aurait été inutile, n'est-ce pas ? Je ne regrette rien.
En conclusion ? Quelle soirée ! Merci, Hubert, du fond du coeur, pour l'autographe et tout ce que tu m'apportes depuis deux ans ! Comme j'arrive bien tard dans ta carrière, j'ai pris rendez-vous avec toi le 29 juin, pour les Eurockéennes de Belfort...
J'oubliais : finalement, Dole, c'est une jolie ville avec une large rivière qui bouillonne et plein de ponts. En repartant de nuit, je n'ai vu ni clébard estropié ni noyés dans la glace. Et mince, j'y pense, j'ai loupé la statue du grand homme...
*On m'a dit après coup qu'il n'avait pas non plus lancé son tee-shirt à Mennecy, la veille...
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