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09/06/2012

Concert de la grande Sophie hier soir à Vandoeuvre-lès-Nancy

La pensée du jour : "On n'est pas heureux : notre bonheur, c'est le silence du malheur". Jules RENARD

 

En ce moment, je fais beaucoup d'infidélités à Hubert-Félix Thiéfaine ! Cela vous arrive-t-il ? Je n'en nourris aucune mauvaise conscience, sachant bien que, comme on dit en allemand, « alte Liebe rostet nicht ». En gros, cela veut dire que les vieilles amours ne rouillent pas. Et mon amour à moi fêtera ses vingt ans en septembre. « Vingt ans d'amour, c'est l'amour fol », chantait le grand Jacques. Je sais donc bien, au fond de moi, que si « parfois je ruisselle, comme un vieux troubadour », pour de douces donzelles, c'est pour mieux revenir à Hubert, l'amour-choc, le grand, le majestueux, le magique, celui qui me ramène à la source première.
Douces donzelles, disais-je. Oui, car depuis quelque temps, ce sont des voix féminines qui me bercent. En particulier celles de Berry et de la grande Sophie. Je rêvais de voir cette dernière sur scène. C'est chose faite : elle passait hier à Vandoeuvre-lès-Nancy.

 

En première partie, il y avait Laurent Lamarca. Et je vous conseille d'écouter quelques-unes de ses chansons. Faire la première partie d'un artiste déjà bien installé dans ses grolles, ce n'est pas chose aisée, on s'en doute, et il m'est arrivé de me sentir mal pour certains qu'un public irrespectueux se mettait presque à huer. Hier, notre brave Laurent ne s'est pas démonté une seule seconde, nous annonçant d'emblée qu'il y aurait une deuxième partie à son spectacle, une deuxième partie assurée par une jeune artiste. Et d'ajouter : « Par respect pour elle, restez, s'il vous plaît ». Sans se démonter, une fois de plus, le monsieur nous dit qu'il nous a trouvés un peu mous lorsqu'il est arrivé sur scène avec son acolyte, Victor. Il nous propose de refaire son entrée sous des cris hystériques. Et c'est encore des cris hystériques qu'il réclamera lorsqu'il nous demandera de l'accompagner dans un refrain orgasmique. Entre tendresse et déjanterie, on passe un bon moment, même si, avouons-le, secrètement, on attend la suite.
La suite, c'est elle, la grande Sophie, qui va nous la servir sur un plateau d'argent. Elle arrive et résonnent les premières notes de « La radio », splendide chanson de son dernier album tout aussi splendide. Elle enchaîne les titres, on ne voit pas le temps passer. Elle doit nous trouver un peu mous, elle aussi, plantés comme nous sommes sur nos fauteuils guère confortables. Elle nous explique qu'elle est née dans la région, mais qu'elle la connaît peu (j'apprendrai ensuite dans L'Est Républicain que son père travaillait à Arcelor Mittal et qu'il a été muté dans le Sud). Elle se dit contente car la journée a été un peu plus chaude que les autres. Mais le doux murmure des cigales lui manque, il faudrait que nous l'imitions pour elle. Et voilà que la salle se met à striduler. Timidement, d'abord. A la fin, avoue-le Sophie, « on dirait le Sud » !

 

On dirait le Sud aussi quand le public se lève enfin comme un seul homme pour acclamer comme il se doit cette artiste qui donne tout. Une véritable communion va surgir là, sous nos yeux. La grande Sophie continue à vibrer en chantant, on la sent émue par tant de magie, de respect, d'amour. A la fin, elle nous dit qu'elle et son équipe n'ont plus envie de partir. Qu'on n'a qu'à rester comme ça jusqu'au petit matin, à chanter « Je ne changerai jamais ». L'osmose a mis un peu de temps à se mettre en place, mais maintenant qu'elle est là, c'est du solide, ça ne va pas se défaire comme ça ! Nous non plus, Sophie, nous n'avons pas envie de partir. Pas envie de retourner à nos pâles quotidiens assoiffés alors que nous venons de brûler nos ailes à un bout d'absolu. C'est ce que, dans le jargon cher aux admirateurs de Thiéfaine, on a fini par appeler la « redescente »... C'est cela, j'imagine, le spleen qui vous envahit après un shoot...

 

Ce matin, le pâle quotidien était bien là, à nous attendre au tournant pour mieux nous piéger. Mais on se dit qu'il ne nous aura pas parce que déjà, on a regardé les dates des prochains concerts de la grande Sophie et qu'on en a trouvé une, voire deux, qui nous appellent...