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25/11/2015

Dijon : le feu et l'émotion

La pensée du jour : "Travailler, lire, écrire, écrire, sans relâche. De façon à ne pas sombrer dans ce néant qui sépare deux moments d'écriture". Lydie SALVAYRE

Ne laissons pas nos âmes devenir barbares, haineuses, boueuses. Exigeons l’incandescence, répondons à la stupeur et aux tremblements par un surcroît d’amour et de poésie. En ce novembre anthracite, les mots de Thiéfaine sont plus que jamais nécessaires. Ils peuvent nous nourrir et nous guider. J’y crois !

Le concert de Dijon était de toute beauté, de tout feu, de toute émotion. Moi qui me plaignais de n’avoir pas encore vraiment senti l’étincelle sur cette tournée, je reconnais que là, j’en ai pris plein le cœur… Samedi, c’est un Thiéfaine bouleversé qui est apparu sur scène, face à un public tout aussi chamboulé… L’heure, grave, était au recueillement et à la communion. A la révolte aussi, par moments. La voix d’Hubert a déraillé à plusieurs reprises, sans doute sous le coup de l’émotion. Pas question d’évoquer Lavilliers avant Errer humanum est. C’est comme si tout à coup, Thiéfaine avait voulu se laver de tout égocentrisme. Comme s’il avait eu peur de frôler l’indécence en mentionnant avec légèreté une « guéguerre » sans grande importance. Les textes de certaines chansons ont soudain revêtu un sens qu’on ne leur connaissait pas, qu’on ne leur avait jamais vu. Quelque chose d’autre, d’insoupçonné, était caché dedans et nous est apparu samedi. Tout résonnait comme un pavé dans la mare, tout claquait à nos oreilles comme une trique. La première partie du concert, surtout… « C’est l’histoire assassine qui rougit sous nos pas », comment ne pas recevoir ces mots avec encore plus d’effroi qu’à l’accoutumée ? Comment ne pas sentir dans notre chair à quel point le verbe aimer fait cruellement défaut au monde dans lequel nous rampons ?

J’ai beaucoup pensé, durant ce concert, au vendredi meurtrier qui a fait rage sur le calendrier il y a quelques jours. Je revoyais des visages, j’avais en tête des prénoms lus ici ou là sur la toile… J’ai pensé à ma mère aussi. Depuis le début de cette tournée, entendre « Je t’en remets au vent » est, je l’avoue, un véritable supplice pour moi. Pas une seule fois je n’ai pu écouter cette chanson sans vaciller. Ma mère trouvait la musique de Thiéfaine trop rock et ses mots trop durs, trop abscons aussi. Elle préférait les choses qui glissaient simplement. Mais « Je t’en remets au vent », elle adorait ! Elle s’était fait une cassette sur laquelle elle avait enregistré ce morceau et elle l’écoutait souvent. Elle en connaissait les paroles par cœur.

Et puis, samedi, il y a eu Libido moriendi aussi. Là encore, difficile de ne pas penser à ma mère et à toutes les fois où nous nous sommes quittées sur un quai de gare. « On ne pleure pas parce qu’un train s’en va ». Non, on ne pleure pas, on s’écroule dans le vide, on se prend les pieds dans l’absence, on continue le chemin clopin-clopant. Et on trimbale comme ça, jusqu’à la fin, toute une flopée de grands départs dont on ne se remettra pas. « On couche toujours avec des morts », chantait Ferré. Et leur silence est douloureusement violent… Il nous arrache souvent à nos pensées. Parfois aussi, il nous empêche de penser, et nous ne sommes plus que de tristes pantins sans rien dedans.

Alors, oui, je crois que dans ces moments de désespoir, Thiéfaine peut nous rebrancher sur le secteur. Souvent, sans le savoir, il a été la main tendue comme un miracle dans ma vie. Et je reste convaincue et j’affirme que ses mots sont plus que jamais nécessaires.