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21/06/2007

Redescente climatisée

Une chanson qui, lorsque je l'ai découverte il y a pas mal d'années, me fit presque le même effet que "Mathématiques souterraines". Nous en discutions il y a quelques mois avec 655321 et il me disait qu'il aimerait lancer la question suivante sur un forum : pourquoi une telle différence entre la version originale et la version live? Il est vrai que lorsqu'il l'a chantée en public, Thiéfaine a choisi de revêtir cette chanson de beaucoup d'obscurité, tant dans la musique que dans les modifications apportées au texte. "Mes verts paradis" sont devenus noirs, par exemple.

Quelle version préférez-vous? Quelles réflexions cette chanson vous inspire-t-elle? Enfin, pas de pensée du jour aujourd'hui, à vous de m'en dégoter une, je dois filer au cinéma!!!

655321, je t'ai piqué ton idée, j'espère que tu ne m'en voudras pas trop!!!

 

 

Redescente climatisée

Un autre paumé descend les rues de ton ghetto

Et tu pleures en essuyant ses yeux figés

Combien de mutants ayant rêvé ton numéro

Se sont perdus croyant l’avoir trouvé ?

Petite soeur-soleil au bout du quai désert

Petite gosse fugitive accrochée dans mes nerfs…

Je t’ai rêvée ce soir au fond d’une ambulance

Qui me raccompagnait vers mes « verts paradis »

Dans le dernier écho de ton dernier silence

J’ai gardé pour la route ma haine / ma rage et ma connerie

 

Un vieux soleil glacé retraverse la nuit

Et c’est le long retour au point zéro

La dernière étincelle a grillé mes circuits

Et soudain j’ai si froid dans ma peau…

Petite sœur-soleil au bout du quai désert

Petite sœur fugitive accrochée dans mes nerfs…

Maintenant je t’imagine dans un hôtel-garage

Essayant de marquer des points sur ta machine

Tes amants déglingués s’accrochent à tes mirages

Moi je suis en exil ton consul ivre mort

Bavant sur ta benzine

Hubert-Félix Thiéfaine

19/06/2007

Le bonheur (d'Emma) est dans le pré...

Voici ce soir un poème qui est à lui tout seul une pensée du jour :

 

LE BONHEUR

Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite. Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite. Il va filer.



Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y vite. Si tu veux le rattraper, cours-y vite. Il va filer.

 

Dans l'ache et le serpolet, cours-y vite, cours-y vite, dans l'ache et le serpolet, cours-y vite. Il va filer.

 

Sur les cornes du bélier, cours-y vite, cours-y vite, sur les cornes du bélier, cours-y vite. Il va filer.



Sur le flot du sourcelet, cours-y vite, cours-y vite, sur le flot du sourcelet, cours-y vite. Il va filer.

 

De pommier en cerisier, cours-y vite, cours-y vite, de pommier en cerisier, cours-y vite. Il va filer.

Saute par-dessus la haie, cours-y vite, cours-y vite. Saute par-dessus la haie, cours-y vite ! Il a filé !

 

Paul FORT

 

Cette note s'intitule "Le bonheur (d'Emma) est dans le pré". Petit clin d'oeil au film "Le bonheur d'Emma" ("Emmas Glück") que je suis allée voir ce soir et qui est splendide. A voir très vite !

18/06/2007

"Et quand le pinocchio baveux poussera ma brouette à l'Ankou"...

La pensée du jour : "Il en est du bonheur comme de la santé : on ne le constate pas", Raymond RADIGUET.

 

Voici à présent un dernier extrait du Guide de la Bretagne mystérieuse, toujours à propos de l'Ankou :

 

Il existe des moyens d’entrer en relation avec l’Ankou et de connaître de lui le jour et l’heure de ses échéances. Ces moyens sont les intersignes, faits ou gestes annonciateurs de trépas. Certains d’entre eux ne posent aucun problème d’interprétation, leur évidence est aveuglante (ils peuvent même relever de la simple télépathie) : telle mère voit en rêve le naufrage où périt son fils.

La familiarité avec l’Ankou s’est manifestée, d’une manière remarquable, par la construction des ossuaires, où l’on rassemblait jadis les ossements retirés du cimetière. Ces édifices furent, durant des siècles, de véritables temples des défunts, où les paroissiens venaient méditer devant les crânes de leurs ancêtres. Toute une littérature en est née, sermons dominicaux, cantiques réalistes et sombres récits de veillées. Les sentences sculptées au fronton de ces curieux monuments ont répété leurs sinistres avertissements à des générations entières. Elles continuent à mettre en garde nos contemporains contre l’oubli de leurs fins dernières. « Je vous tue tous », proclame celle-ci. « Je suis le parrain de celui qui fera fin », affirme celle-là. Ailleurs, elle parle breton :

Maro han barn han ifern ien

Pa ho soign den e tle crena

« La mort, le jugement, l’enfer froid

Quand l’homme y songe, il doit trembler ».

Ou bien, un défunt s’adresse aux vivants en latin : Hodie mihi, cras tibi, « Aujourd’hui à moi, demain à toi ».