06/07/2007
"Manhattan ou Berlin pas même une chatte sur le trottoir" (?)
Bon, eh bien, pour Manhattan, je n'irai pas vérifier dans l'immédiat, mais pour Berlin, je saurai cela dès demain soir! Je n'alimenterai pas mon blog pendant au moins une semaine, mais je vais tâcher de cogiter sérieux sur d'éventuelles nouvelles notes. Depuis plusieurs jours, je réfléchis à un texte sur "L'étranger dans la glace", chanson qui m'inspire énormément. Je vous ferai part de mes réflexions à mon retour.
Oui, donc, c'est la veille du grand départ pour Berlin. Sandra, compte sur moi pour pleurer encore une fois quand je passerai de nouveau sous la porte de Brandebourg! Berlin, c'est une page d'histoire à chaque coin de rue, je n'en aurai jamais fait le tour!
Pendant ce temps-là, les amis Yoann et Tommie vont aller se la couler douce à La Rochelle. J'espère que vous nous ferez un compte rendu de ce moment entre Yves Jamait et Thiéfaine! Yoann, je suppose que tu écriras quelque chose là-dessus sur ton blog. Dans ce cas, n'hésite pas à venir poster un commentaire ici pour nous inviter à aller voir ton compte rendu! Bonne semaine à tous!
Et un peu de Céline pour finir :
"Les choses auxquelles on tient le plus, vous vous décidez un beau jour à en parler de moins en moins, avec effort quand il faut s'y mettre. On en a bien marre de s'écouter toujours causer... On abrège... On renonce... ça dure depuis trente ans qu'on cause... On ne tient plus à avoir raison. L'envie vous lâche de garder même la petite place qu'on s'était réservée parmi les plaisirs... On se dégoûte... Il suffit désormais de bouffer un peu, de se faire un peu de chaleur et de dormir le plus qu'on peut sur le chemin de rien du tout. Il faudrait pour reprendre de l'intérêt trouver de nouvelles grimaces à exécuter devant les autres... Mais on n'a plus la force de changer son répertoire. On bredouille. On se cherche bien encore des trucs et des excuses pour rester là avec eux les copains, mais la mort est là aussi elle, puante, à côté de vous, tout le temps à présent et moins mystérieuse qu'une belote. Vous demeurent seulement précieux les menus chagrins, celui de n'avoir pas trouvé le temps pendant qu'il vivait encore d'aller voir le vieil oncle à Bois-Colombes, dont la petite chanson s'est éteinte à jamais un soir de février. C'est tout ce qu'on a conservé de la vie. Ce petit regret bien atroce, le reste on l'a plus ou moins bien vomi au cours de la route, avec bien des efforts et de la peine. On n'est plus qu'un vieux réverbère à souvenirs au coin d'une rue où il ne passe déjà presque plus personne".
Ce n'est pas bien gai, mais qu'est-ce que c'est beau, non?!
13:33 | Lien permanent | Commentaires (9)
05/07/2007
"Gauguin sans toile et sans pinceau revisité en Bardamu"
Je sais, je sais, Céline a écrit des trucs vraiment pas catholiques, on peut même le haïr pour cela, histoire de lui donner une bonne leçon, on peut refuser de lire une seule ligne de ce méchant monsieur… Pour ma part, je reste admirative malgré tout de l’œuvre de celui qui donna vie au personnage de Bardamu.
Et voici donc :
« On est puceau de l’Horreur comme on l’est de la volupté ».
« C’est vrai aussi ce qu’elle disait que j’avais bien changé. L’existence, ça vous tord et ça vous écrase la face. A elle aussi ça lui avait écrasé la face mais moins, bien moins. Les pauvres sont fadés. La misère est géante, elle se sert pour essuyer les ordures du monde de votre figure comme d’une toile à laver. Il en reste ».
« Mais il était trop tard pour me refaire une jeunesse. J’y croyais plus ! On devient rapidement vieux et de façon irrémédiable encore ».
« La ville cache tant qu’elle peut ses foules de pieds sales dans ses longs égouts électriques. Ils ne reviendront à la surface que le dimanche. Alors, quand ils seront dehors, faudra pas se montrer. Un seul dimanche à les voir se distraire, ça suffirait à vous enlever à toujours le goût de la rigolade ».
« La mort court après vous, faut se dépêcher ».
« Tant qu’il faut aimer quelque chose, on risque moins avec les enfants qu’avec les hommes, on a au moins l’excuse d’espérer qu’ils seront moins carnes que nous autres plus tard ».
« Les gens se vengent des services qu’on leur rend ».
« A mesure qu’on reste dans un endroit, les choses et les gens se débraillent, pourrissent et se mettent à puer tout exprès pour vous ».
« On finit par se réjouir de pas grand-chose, du très peu que la vie veut bien nous laisser de consolant ».
« Je n’arrivais jamais à me sentir entièrement innocent des malheurs qui arrivaient ».
« Il me semblait qu’il n’y avait rien pour lui sur la terre, même dans Montaigne. C’est peut-être pour tout le monde la même chose d’ailleurs, dès qu’on insiste un peu, c’est le vide ».
Bon, il ne faudrait pas croire comme ça, mais il y a aussi des passages tordants chez Céline. Je me souviens de m’être payé des fous rires à la lecture du Voyage au bout de la nuit ou de Mort à crédit ! Si ! Parce que tant de noirceur, ça finit par être drôle, non ?!!! Et puis, quand vous êtes vraiment mal, Céline, cela vous donne, pour reprendre ses mots, une sorte de "courage comparatif", on se dit : "Bof, finalement, ça va, je vais déjà mieux que lui, en tout cas" !!
D’ailleurs, voici quelques mots du père Hubert à propos de Céline :
« Après, j’ai croisé la route de ceux qui m’ont vraiment bousculé. Céline d’abord. D’autant plus que c’est quelqu’un d’ambigu, et que j’ai toujours aimé l’ambiguïté ; ça pousse à se poser des questions. J’ai toujours été attiré par ce qui n’est pas très clair, car il n’y a pas que le noir et le blanc dans la vie ».
Et, pour en revenir à « Gauguin sans toile et sans pinceau revisité en Bardamu », j’aimerais savoir ce que vous pensez de la chanson « Errer humanum est ». Moi j’adore !
11:47 | Lien permanent | Commentaires (7)
03/07/2007
Le tee-shirt du "Scandale mélancolique tour"
La pensée du jour : "Vive les vacances! Les souris dansent"!!!
Ben quoi, une pensée du jour, ça a le droit d'être un peu couillon aussi, non?!!
Ce matin, je me suis levée toute guillerette, le cœur à la noce. Car, ce trois juillet, en bonne fonctionnaire de l’Education nationale, Dieu sait si je l’ai attendu. Donc, voilà, il est là ! Pour fêter dignement l’événement, j’avais carrément décidé de mettre mon tee-shirt « Thiéfaine Scandale mélancolique tour ». Et quelle bonne idée ! Me voyant débarquer dans cette tenue, la secrétaire du bahut m’a dit : « Au fait, j’y pense en voyant ton tee-shirt, tu sais que ma fille a une copine qui est fan de Thiéfaine aussi ? ». Une petite jeune de 20 ans : génial, la relève est assurée et, surtout, la jeunesse n’est pas en péril total, contrairement à ce que pourrait me faire penser mon expérience quotidienne !!! Peu de temps après, une surveillante me dit : « Je rêve ou c’est écrit Thiéfaine sur ton tee-shirt ? » Non, tu ne rêves pas, ma jolie ! Et la voilà qui m’explique qu’elle aussi aime bien notre Hubert et que c’est son mari qui lui a mis ça entre les oreilles il y a quelques années. Décidément, ce tee-shirt me réserve toujours de bonnes surprises (même si je me sens un peu ridicule, à mon âge, de me trimbaler avec un truc pareil). Ainsi, il y a quelques mois, en allant faire mes courses, je suis tombée nez à nez avec un type qui portait lui aussi un tee-shirt HFT. Nous étions stupéfaits tous les deux !
Mais ce n’est pas tout : j’arrive en classe de troisième et ma Sandra éclate de rire en voyant le fameux tee-shirt. Du coup, les autres élèves se demandent ce qui se passe. Je leur explique qui est Thiéfaine. Par chance, j’ai carrément le CD du « Scandale mélancolique tour » dans mon sac. Fièrement, je sors le CD. Pour un peu, nous nous serions écouté ça dans la salle de classe. Sauf que le bahut n’est pas assez moderne et que pas une seule salle n’est équipée d’un lecteur CD. Dommage ! Ce n’est pas bien grave, j’aurai quand même fait un bon quart d’heure de promo !!! Et Sandra, me voyant me lancer dans une tirade kilométrique sur les chefs-d’œuvre du père Hubert, a blêmi tout à coup ! Et de prévenir les copines : « Il ne faut pas la brancher là-dessus, on en a pour trois heures ». Et encore, mademoiselle Sandra, trois heures ne suffiraient pas à présenter l’œuvre titanesque du bonhomme !
Pour finir, j’ai ramené Sandra chez elle. Avant de la faire monter dans la voiture, je l’avais prévenue : c’est encore Thiéfaine au menu, je n’y peux rien, en ce moment c’est grosse période HFT ! Je lui ai fait écouter « Mathématiques souterraines » et me suis extasiée à chaque mot. Je lui dis : « Il pleut toujours sur ta valise, mais c’est beau, ça, non ? » Sauf que j’avais oublié que les ados d’aujourd’hui n’ont pas la même conception du beau que la pâle trentenaire que je suis. En deux temps trois mouv’, eh bien, la chère Sandra m’envoyait valdinguer ma poésie, me balançant simplement : « Ben oui, là, vu le temps, si je mets ma valise dehors, elle va être mouillée aussi » ! Ah, la jeunesse n’est plus ce qu’elle était, n’est-ce pas ?
Heureusement que ma fille, elle, est encore accro à Hubert et me réclame régulièrement « La chanson du bébé » (à savoir « Mathématiques souterraines ») ainsi que quelque chose comme « Le rangé dans la classe ». Et voilà-t-y pas qu’elle m’a rebaptisé l’ami Hubert ! Pour elle, et pour nous aussi du coup, c’est devenu tonton Beu ! Je prends !!!
23:00 | Lien permanent | Commentaires (5)
02/07/2007
Spleen
J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune
-Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché
Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l'immortalité.
-Désormais tu n'es plus, ô matière vivante!
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Sahara brumeux;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.
Charles BAUDELAIRE
10:15 | Lien permanent | Commentaires (1)








































