14/10/2010
Jours d'orage
La pensée du jour : "Espérer, c'est démentir l'avenir". CIORAN.
Jours d’orage, c’est le titre de la biographie d’Hubert-Félix Thiéfaine qui était parue sous ma plume, chez Fayard/Chorus, début novembre 2005. En 330 pages, je tentais un portrait de cet artiste monumental auquel, jusque-là, hormis une monographie de Pascale Bigot, publiée en 1988 chez Seghers, peu d’ouvrages avaient été consacrés. Essentiellement parce que l’ombrageux Jurassien n’a jamais aimé ce genre d’exercice. Pour moi, il avait fait exception et la foule de ses fans s’y était apparemment retrouvé, même si certains auraient préféré une exégèse de son œuvre au récit de sa vie, ce qui est une autre histoire. Cinq ans ont passé. Il était temps de reprendre la bio de HFT et de la compléter. Sous le même titre, mais avec une couverture nettement plus conforme à l’image qu’on se fait de l’hombre, elle paraîtra au premier trimestre 2011, toujours chez Fayard, augmentée d’une centaine de pages. De nouveaux témoins ont accepté de venir à la barre et, surtout, Hubert lui-même m’a de nouveau ouvert sa porte. C’est à livre ouvert qu’il raconte notamment comment sa vie a basculé un soir d’août 2008, comment il s’est reconstruit, comment il repart de plus belle. On reparle très vite de tout ça.
14:06 | Lien permanent | Commentaires (17)
12/10/2010
Article de L'Est Républicain à propos du concert d'Higelin au NJP
Voici l'article paru ce matin dans L'Est Républicain à propos du concert d'Higelin hier au NJP :
Le coup de foudre permanent
Avec Higelin, il faut s'attendre à tout; Sur « quel pied allait-on danser », hier soir, au chapiteau, où le vieux briscard à la voix déchirée faisait étape, une première dans l'histoire du NJP. Le « Coup de foudre », son dernier album, enregistré en terre voisine (vosgienne) allait-il enflammer ce public, multi-générations, venu en masse pour le grand monsieur ?
C'est plutôt un « coup de sang » qui lançait les débats, à l'endroit des photographes et autres « voleurs » d'images, y compris dans le public. La provocation ne l'a pas quitté, et c'était plutôt un baromètre encourageant. Rien à foudre ?
Non. Le feu couve encore sous le casque gris du combattant. Un très rock « ça booste, ça boume, ça cartonne, ça move à mort » dissipait les inquiétudes, même si l'autre Grand Jacques restait muet, entre les morceaux, loin des habitudes de causeur de scène.
Sa musique, ses textes suffisent apparemment au bonheur de ses fans. Qu'importe l'attitude, pourvu qu'on ait l'ivresse. Le public buvait ensuite jusqu'à la lie les paroles de « La jeune fille au cœur d'acier », très belle version sous influences rock américain, et sans doute du « reclus » alsaco-vosgien nommé Burger (king ?). L'Amérique s'était invitée au festin. Le « fauve » se lâchait dans une interminable version de « New York-Paris », très sèche, jusqu'à l'étourdissement.
Entre nouveaux titres et classiques indémodables (« Mona Lisa Klaxon », « Champagne »), le père d'Izia et Arthur H ne redescendait plus, restait sur son nuage. Des morceaux à rallonges, à tiroirs multiples, qui regorgent encore de trésors, chez ce musicien toujours « barré ». « La folie qui m'accompagne et qui ne m'a jamais trahi ».
Sur des guitares forgées à l'americana (Burger encore ?) , il clôturait un set sans fioritures, (trop ?) sec en bons mots pour abreuver les disciples.
Est-ce la grève qui hantait les esprits ? Higelin servait un service minimum sans mots et sans rappels. « Inhabituel », ont jugé les fins connaisseurs. Un « Pars et ne te retourne pas » enlevé, où il énumérait ses fidèles complices, Dominique Mahut (percussions) et Alice Botté (guitare), régional de l'étape et fidèle de CharlElie, en tête.
Sa jeune troupe de techniciens venait aussi l'embrasser sur scène, comme on étreint un père (« spirituel » disait Jeanne Cherhal dans l'après-midi). Respectueusement. Chaleureusement. Comme ce public qui l'a, malgré tout, encore adulé, aimé. « Pars, et surtout reviens-nous vite ».
Xavier FRERE
Bon, eh bien ce journaliste est moins en colère que moi ! C'est sûr, moi c'est différent, j'y mets de l'affect (comme toujours).
En tout cas, j'ai envie de réagir à quelques phrases de cet article : "Qu'importe l'attitude, pourvu qu'on ait l'ivresse". Je ne suis pas du tout de cet avis. Pour moi, si l'attitude est déplorable, il ne peut y avoir ivresse. Impossible de me laisser emporter hier soir, je suis restée crispée pendant tout le concert, attendant jusqu'au bout un mot de Jacques, un sourire, et ayant attendu tout cela en vain...
Quant aux musiciens, certains semblaient vraiment mal. Alice Botté était très ému à Toul, je m'en souviens. Là, je l'ai senti tendu. Pas vraiment heureux d'être là. Il faut dire aussi qu'au début du concert, Higelin lui a lancé sur un ton sec : "Eh mec, tu démarres ?!"
"Le père d'Izia et d'Arthur H ne redescendait plus, restait sur son nuage" : eh bien moi, à aucun moment je n'ai senti Higelin sur un nuage ! A certains de ses concerts, je l'ai déjà vu s'envoler pour des transes phénoménales, mais hier soir, rien de tout cela. Le minimum syndical. "Le minimum", c'était la première chanson, et cela a été le ton de tout le concert. Quel dommage !
13:41 | Lien permanent | Commentaires (12)
Higelin au NJP...
La pensée de cette nuit : "Il y a deux manières d'être malheureux : ou désirer ce que l'on n'a pas, ou posséder ce que l'on désirait". Pierre LOUYS
Normalement, quand on va à un concert, c'est, entre autres, pour se détendre. Oublier la lourdeur du quotidien, se payer une tranche de rêve. Normalement, Higelin est de ces artistes qui vous portent vers les étoiles, et cela dure plus que le temps du concert, cela dure des heures, cette magie qui vous enveloppe et vous tient chaud, il arrive même que cela dure des semaines. Normalement. Car, ce soir, rien n'était vraiment normal. Jacques Higelin est arrivé crispé. La horde de journalistes qui s'était plantée devant la scène l'a dérangé illico. Pendant la première chanson, déjà, il a montré son mécontentement. Ensuite, avant d'entamer le deuxième morceau, il a dit : « Putain, ça fait chier, j'aime vraiment pas les photos. Exprès, je vais me planquer pendant tout le temps où vous serez là ». Et il est allé se cacher, effectivement, derrière Dominique Mahut. En se plantant royalement dans les paroles de « Coup de foudre ». En commençant par la deuxième strophe, ce qui vient saper la logique et la chronologie du morceau. Une fois les journalistes partis (un vigile les a carrément chassés !), on aurait pu croire que tout allait redevenir normal. Higelinesque, comme j'aime. Mais non. Rien. Pas un mot. A part pour engueuler les musiciens. A part pour répondre à un type qui, dans le public, a crié « merci ». Et Jacques de rétorquer, d'un ton sec que je ne lui connaissais pas : « A ton service ».
Un de mes amis m'avait déjà parlé des colères monumentales d'Higelin. Ayant vu plusieurs fois l'artiste sans avoir jamais affaire à un de ses soi-disant légendaires emportements, j'avais fini par douter de la véracité du truc. Mais ce soir, j'ai pu voir de mes yeux, entendre de mes oreilles. Vérifier les choses à mes dépens. Au bout de trois chansons, j'étais horriblement crispée moi-même. Complètement tombée de mon « socle de rêve »... Ce soir, Jacques Higelin n'a pas adressé un seul mot à son public. Je n'ai pas vu la moindre esquisse d'un sourire sur son visage. A la fin, après « Pars », nous avons eu beau le rappeler à cor et à cri, il n'est pas revenu. Les lumières se sont rallumées brusquement, et merci de circuler, il n'y a plus rien à voir !
Bon, d'accord, il avait froid sur scène, cela s'est vu à la façon dont plusieurs fois il a remonté le col de sa veste. D'accord, il n'avait pas d'eau, on l'a compris en le voyant plus d'une fois faire des gestes en direction des coulisses et montrer son gosier assoiffé. D'accord, quelque chose ne tournait pas rond ce soir. D'abord il y a eu ces journalistes attroupés devant la scène. Mais il n'y a pas eu que cela. Il a dû se passer quelque chose avant le concert. D'accord. Mais en quoi, nous, public, en sommes-nous responsables ? En quoi avons-nous démérité ?
J'aime beaucoup Jacques Higelin, sans quoi je ne serais pas déçue ce soir. Déçue, c'est peu dire. Amère... Je vais continuer à l'aimer, je vais me remplir à nouveau des images grandioses des concerts précédents, me dépêcher d'oublier ma colère... Il est vrai que ce soir je n'ai pas réussi à faire le lien entre l'étranger que j'ai vu sur scène et le compagnon familier qui, tant de fois, en me susurrant des mots d'espoir à l'oreille, me tira du naufrage...
« Faut faire avec ou sans ça »...
01:05 | Lien permanent | Commentaires (21)








































