19/11/2011
HFT hier soir à Besançon : un dérèglement de tous les sens !
La pensée du jour : "Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues". Paul VERLAINE

14h05. Départ de Nancy, direction Besançon. Faut-il aimer Thiéfaine pour s'envoyer ainsi plus de deux cents bornes un vendredi, après le boulot ?! Ce concert du 18 novembre, c'est un peu une bouée de sauvetage, une bouffée d'oxygène. Depuis quelque temps, je me sens dans un drôle d'état, comme dans une espèce d'anesthésie perpétuelle, un brouillard persistant. Ce soir, je m'en vais voir si HFT a encore la capacité de me redonner un peu d'allant.
Le trajet est long, sinueux, parfois angoissant. Par endroits, d'épaisses nappes de brouillard emmitouflent le paysage. Mélancolie automnale tout à fait en phase avec la poésie de Thiéfaine.
Il est presque 18h quand j'arrive enfin au complexe Micropolis. Je me suis un peu paumée sur la route, je me suis arrêtée plusieurs fois.
Devant Micropolis, des visages familiers. Lorelei2, Brigitte, Sophie, Jennifer. Elles sont là depuis un petit moment déjà, à trembler de froid ! Elles me font une petite place à leurs côtés, et c'est parti pour une heure et demie d'attente jusqu'à l'ouverture des portes. On se raconte un peu nos petites vies, on a même le privilège de se faire filmer dans notre attente grelottante. Le journaliste nous demande ce que Thiéfaine représente pour nous. « Tout », répondront certains. Moi je me tais, habituée que je suis à ne jamais trop la ramener, pétrifiée dès qu'il s'agit de prendre la parole en public... Sur la vidéo de France3 Franche-Comté, j'aurai l'air d'une potiche, au mieux d'une plante verte !!!! On rit des vigiles pas commodes qui prennent leur tâche très au sérieux et veillent à ce que pas un poil ne dépasse de ces fichues barrières métalliques et froides derrière lesquelles nous sommes pas mal déjà, un peu parqués comme de drôles de bestioles. A croire que les vigiles savent que la passion du public d'HFT est immense. Ils doivent nous croire incontrôlables, hystériques, je ne sais pas !!! Toujours est-il qu'ils mettent du cœur à l'ouvrage, c'en est risible...
19h30. Les portes s'ouvrent. Mes compagnes de fortune courent jusqu'à la scène, pour être au plus fort de l'action durant le concert. Je ne cours pas, mais je me déplace d'un bon pas, ce qui fait que j'aurai le privilège d'être juste en face d'Alice Botté, promesse de vertigineuses ivresses à écouter ses envolées à la guitare et à le regarder vibrer et vivre sa musique.
Mince, il y a une première partie !!! Cela ne me tente guère ce soir, je ne suis pas vraiment disposée à prêter une oreille attentive à autre chose qu'à la musique et aux textes de Thiéfaine. Le groupe qui est là ce soir s'appelle Oslo. De jolies mélodies, deux belles voix, c'est sûr, mais j'ai déjà les écoutilles branchées sur un autre secteur et ne peux m'enthousiasmer...
21h12 précises. La grandiose intro d'Annihilation commence à résonner dans la salle. Le public est en ébullition. Et moi qui me croyais gazée, v'là que je décolle ! Cette chanson, mon Dieu, j'en ai des frissons sur toute la charpente...
Je ne vais pas vous refaire toute la playlist, vous la connaissez bien maintenant. Ce qui était formidable hier, c'est que toute l'équipe d'Hubert avait retravaillé certains morceaux et que nous avons eu droit à des habillages différents pour quelques chansons. Les propos d'Hubert ne varient guère d'un concert à l'autre, et nous savons tous maintenant que s'il avait éliminé de cette tournée tous les morceaux évoquant l'alcool, la drogue, le sexe, Dieu et la mort, chaque spectacle n'aurait duré que douze minutes !! Nous savons aussi que l'amanite phalloïde est mortelle, au sens premier du terme. C'était la petite minute « hygiénique », comme dira Thiéfaine. Ce qui change ce soir, donc, c'est, comme je l'ai dit, la couleur de certains morceaux. C'est aussi l'osmose palpable entre l'artiste et son public. Ni à Nancy, ni à Bercy, je n'ai ressenti une communion aussi puissante. Mais peut-être aussi que j'avais un peu l'esprit ailleurs, toujours dans ma foutue anesthésie... A Besançon, pas de sommeil possible, c'est un dérèglement de tous les sens qui nous porte vers les hautes sphères. Mon voisin si sympathique ne me contredirait pas, lui qui frôle l'extase pendant Le Chant du fou et ne sait plus à quel adjectif recourir pour qualifier les chansons. « Celle-là, elle est magnifique ». « C'est fabuleux ». Je ris intérieurement, nous n'avons plus de mots assez durs pour dire quelle effervescence vient nous visiter ce soir !
Quelques plantages en bonne et due forme sur plusieurs morceaux. « Mais j'traîne ma gueule de bois avec mes PMU », tu sais, Hubert, ça nous va aussi. Qu'importe le PMU, pourvu qu'on ait l'ivresse. Et là, à Besançon, l'ivresse, nous l'avons. Elle coule dans nos veines et ravive des flammes que l'on croyait éteintes (pour ma part, en tout cas). L'étranger dans la glace m'arrache des putains de larmes qui me font du bien, je pense à ma mère, à la dalle de granit sous laquelle elle repose depuis presque trois ans maintenant, et je me demande si son double astral a parfois encore l'occasion de percuter un satellite...
Deux petites surprises au programme : cette fois, c'est Alice Botté et Lucas Thiéfaine qui accompagnent tous deux Hubert sur Mathématiques souterraines, dans une version encore différente. Et aussi : Jean-Marc Poignot vient nous interpréter une chanson de son premier album, et c'est une équipe rigolarde que l'on retrouve autour de lui, les copains lui ayant préparé des affiches sur lesquelles ils ont écrit « je t'aime », affiches qu'ils brandissent pendant toute la durée du morceau.
Souvent, à la dérobée, j'observe Pascal Klein, qui fait des photos et regarde Thiéfaine d'un œil admiratif, chaleureux et parfois même amusé.
23H50. On the road again. Trois heures de trajet environ. Je n'ai rien mangé depuis midi. Dans la voiture, j'ai, pour toute pitance, deux malheureuses clémentines. La faim me tenaille les entrailles, mais qu'à cela ne tienne, j'ai dans la tête de sublimes Ombres du soir et tant d'autres titres qui résonnent et me tiennent lieu de nourriture ! Le brouillard est d'acier sur certaines portions de route. Mais, là encore, ce n'est pas bien grave, j'ai dans le cœur un baume vivifiant qui me tient éveillée malgré la fatigue. Qui me fait dire ce matin que, ouf, je vis encore, moi qui me croyais plongée dans une indécrottable léthargie.
Lecteur, toi qui passes ici aujourd'hui, ne sois pas choqué de ce grand déballage. Cré-moé, cré-moé pas, quand je ponds une note pour le Cabaret, je ne me dis pas, au moment où je suis en train de l'écrire, qu'elle sera lue ! Pardon de flirter parfois avec l'impudeur, je travaille ici sur de l'intime, du ressenti, je ne peux pas faire autrement.
En tout cas, une fois de plus et peut-être plus encore que jamais, moi je dis bravo à Hubert, et surtout merci...
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