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24/11/2011

Guy Goffette hier à la librairie L'Autre rive... Et, ce matin, tentative de mettre une passerelle entre ses mots et ceux de Thiéfaine !

La pensée du jour : "Le ciel est le plus précieux des biens dans l'existence. Le seul qu'on puisse perdre le soir et retrouver au matin, à sa place exacte, et lavé de frais". Guy GOFFETTE

 

 

Vous le savez sans doute, les mots me passionnent. La poésie, les langues, tout ce qui chante, qui dégage sa petite musiquette, tout cela me fait vibrer. Pas étonnant, donc, que je me sois un jour amourachée des chansons de Thiéfaine et ne sois pas sortie indemne de cette rencontre-là.

 

J'ai d'autres attachements de ce genre. Dernièrement, en lisant, dans un magazine allemand, une interview de Michael Krüger, je suis tombée sur ceci : « Ein Tag ohne Gedicht ist ein verlorener Tag ». Ces mots, je les fais miens, à tout jamais. Je les avais déjà faits miens depuis fort longtemps. Mon premier « choc poétique » remonte à mon année de CM2. Une dame était venue présenter l'œuvre de Maurice Carême dans mon école, cela m'avait bouleversée. A la fin de son intervention, j'étais allée demander à l'instit de m'avancer de l'argent pour que je puisse acheter La lanterne magique !! J'avais déjà le don de faire des dettes !!!

 

Cette passion ne s'est jamais démentie, jamais affaiblie avec le temps. Au contraire. Je crois même que si je tiens encore à peu près debout, c'est grâce à la magie des mots. Ceux de Thiéfaine, de Rimbaud, de Verlaine. Et de tant d'autres : Gary, Barjavel, Fallet, Böll, Timm, Schlink, Hesse, Goethe, Pirotte, Pessoa, Calaferte, Perros. Et j'en oublie sans doute... Ceux de Guy Goffette aussi tiennent une place toute particulière dans ma vie. Guy Goffette écrit de la poésie qui a les deux pieds dans la vie. Ce qui ne l'empêche pas d'ouvrir grand les poumons pour y loger l'immensité du ciel. Et cela me parle. Hier, ce grand monsieur était de passage dans une librairie de Nancy et je suis allée m'enivrer de ses mots. Lui aussi est un fou de poésie. Il dit de la sienne qu'elle est simple et qu'il essaie de lui donner un phrasé qui ressemble aux collines lorraines. Rien d'abrupt, plutôt quelque chose de doux. Lisez plutôt :

 


Je me disais aussi : vivre est autre chose

que cet oubli du temps qui passe et des ravages

de l'amour, et de l'usure – ce que nous faisons

du matin à la nuit : fendre la mer,

 

 

fendre le ciel, la terre, tour à tour oiseau,

poisson, taupe, enfin : jouant à brasser l'air,

l'eau, les fruits, la poussière; agissant comme,

brûlant pour, allant vers, récoltant

 

 

quoi ? le ver dans la pomme, le vent dans les blés

puisque tout retombe toujours, puisque tout

recommence et rien n'est jamais pareil

à ce qui fut, ni pire ni meilleur,

 

 

qui ne cesse de répéter : vivre est autre chose.

 

 

 

« Vivre est autre chose » ou « la vraie vie est ailleurs », comme l'écrivait Rimbaud. Goffette a cité ces mots hier en expliquant que parfois, lorsqu'il était encore enseignant et qu'il allait faire cours, il se disait que oui, la vraie vie était ailleurs. Que l'essentiel ne s'apprenait pas à l'école, ce avec quoi je suis entièrement d'accord bien que je sois prof !!! A ce sujet, on réécoutera avec grand profit la chanson de Renaud, C'est quand qu'on va où ? « L'essentiel à nous apprendre, c'est l'amour des livres qui fait que tu peux voyager de ta chambre autour de l'humanité »...

 

Hier, Goffette a dit des mots que j'ai déjà entendus, à peu de choses près, dans la bouche de Thiéfaine. « Les enfants sont des poètes. Le monde des adultes et l'école les formatent. Ils dessinent des nuages bleus et un ciel blanc, et on leur dit qu'il faut faire le contraire. Mais pourquoi ? » Et aussi : « La poésie, pas besoin de la comprendre. Cela ne se comprend pas, cela se ressent. Pourquoi se demander ce que Rimbaud a voulu dire ? Quand il écrivait, il pensait à autre chose ». D'ailleurs, ne faisons-nous pas tous chaque jour cette expérience magique : écouter certaines chansons de Thiéfaine et n'en pas comprendre le sens ? Ou alors en trouver un qui soit à nous, et rien qu'à nous ?

 

J'aime bien mettre des passerelles entre les choses, entre les gens, et hier soir, j'ai trouvé Goffette pas très éloigné de Thiéfaine ! Comme Hubert, il m'a appris une foule de choses. Il y a quelques années, c'est grâce à lui que j'avais découvert la douce poésie de Lucien Becker et les mots parfois très crus de Léautaud. Hier, Goffette a évoqué, entre autres, le poète Wystan Hugh Auden et Jacques Almira. Je ne les connaissais pas et vais m'empresser de leur ouvrir les bras !