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07/03/2012

Interview parue aujourd'hui dans L'Est Républicain

La pensée du jour : "Il y a des moments où tout réussit. Il ne faut pas s'effrayer. ça passe". Jules RENARD

 

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Flash-back sur les Victoires avec Hubert-Félix Thiéfaine. En concert ce jeudi au Galaxie, il sera également à l'affiche des prochaines Eurockéennes.

 

 

Nancy. Il y a un an pile, après la sortie de l'album Suppléments de mensonge, Hubert-Félix Thiéfaine disait : "Je n'ai pas envie d'être un has been, ni un never-been". Has been, il ne l'est assurément pas, même après 40 ans de carrière et 16 albums. Deux Victoires de la musique (artiste et meilleur album de l'année) viennent ce week-end de le démontrer... Flash-back avec le sexagénaire jurassien "bientôt jurassique", comme il plaisante.

 

Quel est votre état d'esprit après ces récompenses ?

On ne se laisse pas intimider. Je suis assez froid vis-à-vis de tout ça. Nominé, c'était déjà pas mal... Lors des nominations en décembre, mon staff m'avait dit : "On a une mauvaise nouvelle..." Le principal est d'avoir vu beaucoup de bonheur dans les yeux de tous mes collaborateurs.

 

C'est un honneur, une revanche ?

Il y a des choses qu'on organise soi-même dont on est responsable et qui correspondent au choix de nos vies. Et les choses qui arrivent et pour lesquelles on n'y est pour rien... Ce serait prétentieux de refuser ce genre de prix, et je n'aime pas un tel défaut. Ce prix, je le reçois avec beaucoup d'humilité. Mais j'ai un certain nombre de choses à faire dans ma vie, ça ne va pas changer grand-chose. Je suis en tournée, j'ai du plaisir à repartir, avec ce souci en moins (rires)... Les seules cérémonies que j'aime, ce sont mes concerts.

 

Cette visibilité aux Victoires va-t-elle élargir votre public, vers les jeunes notamment ?

On n'a pas attendu... Depuis le mois d'otobre, on remplit les salles partout. Il y a un paquet de jeunes et ils ont toujours été là. Il y a plusieurs générations, des familles qui sont là...

 

Aux Victoires, vous avez côtoyé la jeune scène française. Vous vous sentez en adéquation avec elle ?

Elle manque un peu de culture, la chanson française en ce moment. Moi, je ne fais que continuer ce qu'ont fait mes maîtres comme Ferré, Brel. Il y a un petit appauvrissement, c'est indéniable, sans vouloir tirer tous azimuts. Du lot, on peut sauver Archimède ou Thomas Dutronc. Ou Tristan Nihouarn (ex-Matmatah) qui fait ma première partie. Il ne faut pas avoir honte d'être à son niveau et de ne pas descendre. Il y a trop de chaînes populistes qui tapent le plus bas possible pour avoir le plus grand nombre de téléspectateurs. C'est d'une médiocrité absolument dérangeante !

 

Aubert, Voulzy, Ringer et vous, récompensés aux Victoires. En 2012, on se croirait encore dans les années 80, non ?

Je m'en fous complètement ! C'est peut-être encore ce qu'il y a de meilleur en ce moment, non (rires) ? Mais écoutez : élections en Russie, campagnes en France et aux USA, crise financière, panique en Grèce. On vit dans une période d'incertitudes à beaucoup de niveaux. Peut-être que les gens se tournent vers des valeurs qui existent déjà, qui ont fait leurs preuves. C'est ma petite analyse : dans les périodes troubles, on ne prend pas beaucoup de risques. Et puis, il faut arrêter les conneries, Catherine Ringer et moi, on a mérité nos prix !

 

François Hollande est passé saluer les artistes aux Victoires. Vous vous êtes entretenu avec lui ?

Je lui ai serré la main, c'est quelqu'un de très poli.

 

Allez-vous vous engager durant la campagne ?

Je vais m'engager dans ma solitude, oui ! Je vais aller voter, je ne sais pas pour qui, mais sans doute blanc, pour la démocratie. ça reste le meilleur système par rapport aux autres. J'irai faire mon devoir de citoyen !

 

Propos recueillis par Xavier FRERE