09/03/2012
Thiéfaine à Amnéville hier soir
La pensée du jour : "Le moment présent est un cadeau dont je n'ai pas su profiter,
Je n'en connais pas bien l'usage, je le tourne dans tous les sens,
Sans savoir faire marcher sa mécanique difficile". Jules SUPERVIELLE
Que dire et comment le dire ? Avant de poster ici mon énième compte rendu de concert, je m'interroge : y a-t-il des mots capables de retranscrire l'intensité de ce qui se joue avant, pendant et après un concert de Thiéfaine ? Vais-je parvenir au plus près de ce que j'ai ressenti ou bouclerai-je cette note avec une sale impression d'inachevé ?
Comment dire ? Avant chaque concert d'Hubert, j'ai la courbe de Gauss branchée sur du 200 000 volts (et comme je ne suis bonne ni en maths, ni en physique, je ne sais pas trop ce que ça donne, j'ai même la vague intuition que c'est un truc impossible, mais, littérairement parlant, l'image me plaît !!).
Comment dire ? Pendant le concert, le compteur explose. Il y a les petites phrases d'Hubert auxquelles on s'attend (par exemple : « au départ, quand j'ai fait le programme de cette tournée, j'ai voulu éliminer toutes les chansons qui parlaient d'alcool, de drogue, de sexe, de Dieu et de mort, mais au final, cela aurait fait un concert de douze minutes, alors je n'ai rien changé »). Il y a les petites phrases qu'on avait un peu espérées et qui arrivent comme des cadeaux : « Je voulais vous dire que ma plus belle récompense, ma plus belle victoire, c'était vous ». Alors là, quand Hubert se la joue à la Barbara, genre « ma plus belle histoire d'amour c'est vous » et tutti quanti, je fonds. Merci de nous dire merci. Il ajoute quelques mots sur ce qu'il perçoit en concert : des gens qui se déplacent régulièrement, et même en famille, pour lui. On le sent sincère, on le sent ému. Et cela nous retourne. Toutes générations confondues ! Pour ma part, presque vingt ans de fidélité à Hubert ! C'est avec lui que j'ai battu tous les records de longévité de ce côté-là !!!!
Je suis désordonnée aujourd'hui. Pardon, c'est l'émotion, les glandes lacrymales chahutées, le trop-plein d'affolement !!!
Hier, je suis arrivée à 19h30 au Galaxie. Les portes étaient déjà ouvertes. Petite crainte : et si les premiers rangs étaient déjà bien occupés? J'arrive dans la salle. Ça va, je m'attendais à pire. J'aperçois le Doc et vais m'installer derrière lui. Quelques mots échangés. Avec le Doc, et aussi à droite, à gauche, avec les personnes des premiers rangs.
Les lumières s'éteignent. Tristan Nihouarn arrive. J'avoue que comme durant toutes les premières parties des concerts de Thiéfaine, j'ai les écoutilles un peu ailleurs. Je réécouterai Tristan Nihouarn chez moi, plus tard, à tête reposée, car j'ai noté ici ou là des petits trucs susceptibles de me plaire. J'ai également, dans un coin de ma tête, la date de sortie de son album : 26 mars. Il est même fort possible que je l'achète. Mais pour l'heure, pleins feux sur Hubert !
Les musiciens arrivent. Toujours le même choc quand retentissent les premières notes d'Annihilation. Autre choc, réellement physique celui-là : deux bourrins me foncent dessus et me délogent, m'obligeant à passer au troisième rang. Je suis furibarde. Je tapote l'épaule d'un des deux lourdingues : « Dites donc, j'étais là avant ». « Pardon, on ne t'avait pas vue », me répond-il. Genre : je suis une chose insignifiante, un ectoplasme. Bravo messieurs, je vous décerne la palme de l'indélicatesse ! Faut-il vous rappeler que c'est la journée de la femme aujourd'hui ? En tout cas, si vous en avez une, de femme, je vous la souhaite orchidoclaste au possible !!! Ce ne serait que justice ! Merde alors !!
Voilà donc la première chanson un peu gâchée. Les deux types me font repasser au deuxième rang, l'un des deux tente une sorte d'étreinte. Et là, j'appelle le Doc au secours ! Je m'installe à ses côtés, tout devant ! A ma gauche, un jeune homme passionné, habité par les chansons de Thiéfaine, et avec qui je sympathiserai par la suite. Mais pour l'instant, je suis sur les nerfs. Je viens de perdre quelques minutes d'un concert quasi sacré à mes yeux. Attendu depuis ... ben depuis le dernier concert d'HFT en fait !!!!
Je mets quelques minutes avant de ne plus trembler de rage ! Les mots d'Hubert (« Ma plus belle récompense, ma plus belle victoire, c'est vous ») me permettent de me « recentrer sur mon axe ». Merci de nous dire merci !
Les chansons défilent. Petit tournant dans la tournée. Certains titres ont fait place à d'autres. Plus de Vamp orchidoclaste, plus d'Ombres du soir non plus. En revanche : Annabel Lee et Ad orgasmum aeternum. Une interprétation magistrale de cette dernière, d'ailleurs. Il faut dire aussi que c'est une de mes préférées depuis toujours.
Beaucoup d'émotion encore quand Thiéfaine s'assoit pour chanter L'étranger dans la glace. Décidément, cette « soufflerie où se terre le mystère inquiet des ondes et de l'asymétrie » me rappelle des souvenirs bien trop indélicats, coincés dans la gorge comme des sanglots étouffés...
Les chansons défilent, donc, et le public s'enflamme. La fille du coupeur de joints secoue la salle comme un tsunami. Nous voilà, comme dirait ma fille aînée, tout « avalanchés ». Tout chamboulés, quoi.
Un petit rappel. Les filles du Sud. Ah, depuis le temps que je l'attendais ! Je jubile. En revanche, les Ombres du soir manquent cruellement à l'appel. D'aucuns en cherchent la sortie, de cette chanson, ils la trouvent trop lente, trop lancinante, trop lassante. Moi, je pourrais l'écouter en boucle du matin au soir et y découvrir encore et toujours quelque subtilité...
Les lumières se rallument. L'occasion, pour moi, de discuter un peu avec mon voisin de gauche. Nous nous dirigeons ensemble vers le hall d'entrée. Le temps d'acheter un tee-shirt et un sac en toile (ben oui ! Groupie, peut-être, mais écolo !!)
Quelle magnifique équipe nous avons trouvée hier ! D'Hubert à Alice en passant par Bruce, Christopher et Marc, ils étaient tous en grande forme, contents d'être là, complices et détendus.
Voilà. J'ai parlé de ce qui se jouait avant chaque concert d'Hubert, j'ai tenté de vous faire un compte rendu pas trop lamentable de la soirée d'hier, et puisque nous voici arrivés au terme de cette note, il convient d'évoquer l'après... Après chaque concert d'Hubert, c'est ravages sur la courbe de Gauss, le « long retour au point zéro »... Les pieds, qui ne touchaient plus terre hier, redécouvrent aujourd'hui un sol inhospitalier. La tête plantée dans les étoiles hier, et à l'envers aujourd'hui. Maintenant, il va falloir veiller à ce que la redescente ne se transforme pas en vol plané. Le meilleur moyen pour y parvenir ? Je n'en vois qu'un : se lover dans la délicieuse attente du prochain concert d'Hubert !!!!
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