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27/10/2026

Liège, 23 octobre 2026

"Es geht in jedem Augenblick etwas verloren". Robert SEETHALER

 

Et donc, Yutz, ce n’était pas assez… Petit retour en arrière pour ceux qui n’auraient pas suivi.

Me voilà près du stand de merchandising à l’AmphY, après le concert. Je m’achète un tee-shirt et un foulard. Ouah, ce foulard, ce foulard ! Pour rire, je l’appelle mon carré Hermès. Et je peux vous assurer qu’il est bien plus classieux qu’un carré Hermès. C’est mon carré Hubert, en fait, comme a dit Bételgeuse, ici souvent présente !

Après avoir fait mes petites emplettes, je discute avec Corinne, qui me dit qu’il reste des billets pour le concert du lendemain, qui aura lieu au Forum de Liège. Je regarde moi aussi sur mon portable pour en avoir le cœur net. Ouah, c'est vrai, il reste des places ! Ni une ni deux : à peine rentrée chez moi, j’allume l’ordi et me prends un billet.

L’action se déroule durant la nuit du jeudi 22 au vendredi 23 octobre. Tout est jouable, nickel. Je dirais même plus : tout se présente sous les meilleurs auspices. Sauf que je n’ai pas une super place, faisant partie des derniers servis. Je serai en catégorie deux. Qu’à cela ne tienne : mieux vaut voir Hubert de loin que de ne pas le voir du tout.

Dans la matinée du vendredi (cinq heures de sommeil à peine derrière moi, mais qu’à cela ne tienne : mieux vaut voir Hubert en n’ayant pas les yeux en face des trous que de ne pas le voir du tout), je me dis que je pourrais même proposer à mon compagnon de venir au Forum avec moi. Je veux qu’il voie Thiéfaine sur scène car … pour me comprendre, il faut le connaître aussi. Ce compagnonnage de trente-quatre ans, c’est une part de moi-même, c’est tout. 

Mon compagnon est d’accord pour Liège. Nous pourrons partir dès qu’il aura fini sa journée de travail (heureusement courte le vendredi). J’appelle le Forum : sur Internet, j’ai bien trouvé un billet pour mon amoureux, mais ne nous mentons pas : il a une pauvre tête de catégorie trois ! Le billet, pas mon amoureux, enfin ! J’explique tout cela à la dame que j’ai au téléphone : n’y aurait-il pas moyen de nous réunir, lui et moi ? Elle regrette : il n’y a pas moyen. Je réserve une place qu’il faudra aller chercher à la billetterie avant le concert. J’essaie d’être stoïque : mieux vaut voir Hubert en étant séparés que de ne pas le voir du tout.

Je passe chercher mon compagnon au Luxembourg, où il vit, et nous voilà partis. Je conduis de Luxembourg-ville à Liège. Des trombes d’eau s’abattent sur mon pare-brise, on dirait que la météo se prend pour moi et chiale comme une malade. Le vent ne joue pas de l’harmonica, mais de la batterie, et comme un sauvage. Ah, Hubert, les folies que pour toi l’on commet…

Nous arrivons à Liège. Le temps de poser les bagages à l’hôtel et ça y est, il faut songer à manger. Nous entrons au hasard dans une brasserie. Mais est-ce vraiment un hasard si nous retrouvons là Pascale, dont j’ai fait la connaissance la veille, et 655321, l’oncle de mes filles ? Oui, parce que Thiéfaine, chez nous, c’est une histoire de famille… Bref… Nous mangeons. Moi presque rien parce que je parle trop. C’est l’émotion. Ça me rend toujours plus bavarde que je ne le suis en réalité.

Il faut encore passer à la billetterie pour récupérer la place de mon compagnon. Et là, la gentille petite dame que j’ai eue au téléphone s’attendrit : c’est trop dommage que nous ne vivions pas le concert ensemble, dit-elle. Elle passe un coup de fil à je ne sais qui et ce je ne sais qui nous dégote deux places côte à côte en catégorie une ! Alors ça ! Quelques personnes, voyant la tempête au dehors, ont renoncé à venir, c’est notre chance. La dame de la billetterie me dit : « Vous, vous venez de loin, vous n’avez pas reculé, c’est normal que vos efforts soient récompensés ». Décidément, j’adore les Belges !

Et nous voilà donc en catégorie une. Rang onze. Côte à côte. Mieux vaut voir Hubert dans les meilleures conditions que de ne pas le voir du tout !

L’intro se met en place. Vous savez, celle qui m’arrache le cœur. Celle qui dit, j’en suis sûre, toute la tristesse qu’Hubert ressent à l’idée de devoir nous quitter. Oui, nous. Pas la scène, mais bien nous, qui sommes son public depuis de nombreuses décennies. Nous avons vieilli avec lui, avec ses chansons qui, elles, n’ont pas pris une ride. Nous lui avons donné tout ce que nous pouvions lui donner, et il nous le rend aujourd’hui au centuple. C’est magnifique et c’est la preuve que c’était pour de vrai, tout ce qu’on s’est dit, tout ce qu’on a fait, que c’était pas pour de faux, que c’était bien, comme dans la chanson de Goldman.

Les musiciens arrivent, suivis d’Hubert. L’émotion est palpable. On dirait que toute la salle retient son souffle en le voyant, puis un tonnerre d’applaudissements libère ce qui grouille dans les fors intérieurs. Nous sommes à la fois joyeux, tristes et inquiets. Et ce sera comme ça sur toute la tournée, il faut s’y résoudre. Mais mieux vaut voir Hubert en étant empêtrés dans ces sentiments contradictoires que de ne pas le voir du tout.

Ah, Des adieux, Des adieux… Chanson que j'ai toujours fredonnée sur tous les quais de gare. Même les figurés, les définitifs, ceux qui ont emmené au loin et à jamais ceux que j’aimais.

La voix me semble plus claire encore qu’hier. Je suis toute chose. C’est qu’en moi les sentiments ne sont pas liés qu’à Hubert. Ils sont aussi liés à la présence de mon compagnon. Que va-t-il penser ? Va-t-il aimer ? Va-t-il comprendre cette parcelle de moi qui est là ce soir, sous ses yeux et dans ses oreilles ?

Ce qui est formidable, c’est que mon compagnon est un grand admirateur de Charles Belle. Je l’observe du coin de l’œil et je vois qu’il apprécie le décor qui accompagne les chansons. Il fait des tas de photos.

Ce soir, Hubert est vraiment à fond. Plus en forme que la veille. Il fait de l’humour et se moque de ses absences. Sur Mathématiques souterraines, il tarde à entonner le premier couplet. Il rit et nous dit : « ça va venir ». Il nous dit que nous lui donnons beaucoup de joie et c’est peut-être le plus beau compliment qu’il nous ait fait, en cinquante ans de carrière !

Je suis émue, mais moins que la veille. Toujours aller aux concerts d’Hubert avec un optimiste invétéré comme peut l’être mon compagnon. Lui, il voit toujours le verre à moitié plein. Moi, je suis plutôt team verre à moitié vide. Ce qui fait que nos verres s’équilibrent, ainsi que nos ivresses et nos perceptions du monde. Il me dit qu’il est impressionné, qu’Hubert se tient très droit et qu’il aimerait vieillir comme lui. Ça me fait un bien fou d’entendre ça.

Et ce qui me fait un bien fou aussi, c’est de trouver Hubert en grande forme. Je ne peux m’empêcher d’envoyer des messages à quelques autres fans. Et j’écris réellement ceci : « Hubert est en grande forme ». Oui, je sais… Mais, compte tenu du contexte, sincèrement, oui, il est en grande forme.

La setlist est bouleversante et pertinente. Elle nous raconte la vie d’Hubert, vous savez, celle-là qui se confond avec la nôtre. Naissance de chacune de mes filles : HFT est là, en musique de fond. Mon cœur palpite et fredonne Septembre rose, ainsi que Tita Dong Dong Song. Surtout Tita Dong Dong Song, parce que mes filles sont nées en mars et qu’à chaque fois, approchait un « printemps forsythia aux paillettes en folie ».

Tout est parfait en ce soir belge et, en regardant et en écoutant Hubert, je me sens ragaillardie. On dirait qu’en plus de lui donner beaucoup de joie, nous lui donnons beaucoup d’énergie.

À la fin de je ne sais plus quelle chanson, il a du mal à remettre le micro sur son socle. Je me dis : « Il va y arriver, je suis sûre qu’il ne va pas abandonner ». Bingo ! Il n’abandonne pas et il y arrive !

Je trouve le public de Liège plus énergique que celui de Yutz. Très vite, des gens se sont levés, ici et là. Très vite, d’autres ont suivi. Très vite, toute la salle a été debout, et vive Hubert et puis c’est tout !

Vers la fin du concert, je quitte mon siège (définitivement) et mon compagnon (momentanément) : il me faut plonger dans le brasier, c’est là qu’est ma place. Catégorie outre-une. Oui, je sais, ça n’existe pas.

La fille du coupeur de joints embrase la salle. Nous avons oublié qu’en arrivant, nous étions tristes et inquiets en plus d’être joyeux. Nous voilà seulement joyeux. Enfin, pas moi, pas tout à fait. Je sais que c’est bientôt la fin et que les tours d’horloge comptent désormais triple. Le temps passe si vite en compagnie d’Hubert…

Il nous offre un magistral Chant du fou. Surtout, ne pas penser à la terrible grenade logée dans les paroles : « Le fou a chanté dix-sept fois, (…), puis il est mort de désespoir ». En écoutant Annihilation, tenter de faire abstraction de la toile d’araignée et de la transhumance. Tenter. Et ne pas y parvenir. Parce qu’il y a dans cette setlist des symboles et nous ne sommes pas dupes, nous qui connaissons Hubert comme personne ou presque… Bien sûr que le choix des chansons n’est pas anodin, bien sûr qu’après avoir chanté l’amour, la vie, celle de ses fils, ainsi que son enfance et le décor dans lequel il l’a vécue, il … chante autre chose.

Cette fois, je ne pleure pas après le concert : il m’a revigorée. Mon compagnon est enchanté. Il trouve la voix d'Hubert impeccable. Et il a raison ! Plus que tout le reste, il a aimé Portrait de femme en 1922. 

Le lendemain, après avoir visité Liège, nous rentrons chez lui. À peine arrivé, il met un CD de Thiéfaine dans la chaîne, et le monde en est soudain plus beau, plus vivant, plus belge !

Commentaires

Mon bîllet ne le dit pas clairement, mais oui, il y a toute une superbe scénographie qui accompagne les chansons et elle est signée Charles Belle.

Écrit par : Katell | 27/10/2026

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