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13/02/2010

"Routes 88" : "Bienvenue dans notre cirque un peu pervers" !

La pensée du jour : "Le côté décisif des premières rencontres : enthousiasme ou rejet. Je ne puis aborder aucun être nouveau avec indifférence ou froideur. Toute rencontre devient pour moi un volcan". Elias CANETTI

 

Finalement, je trouve un peu de temps pour consacrer une note à « Routes 88 ». Cela me tenait à coeur avant de partir ! J'aime beaucoup ce live. Il s'ouvre sur « La vierge au dodge WC 51 » (oui, ici, le morceau s'intitule « La vierge au dodge WC 51 », alors que sur la version studio, on lit : « La vierge au dodge. 51 »). Oui, donc, il s'ouvre sur cette chanson, et c'est heureux, même si, comme Lorelei, je déplore l'absence de la deuxième partie, nettement plus endiablée, encore plus barge que le début ! En tout cas, en cette veille de Saint Valentin, je propose que l'on sorte des sentiers battus, des déclarations d'amour à deux balles, des gros coeurs rouges ridicules ornés d'angelots non moins ridicules, et que nous, admirateurs de Thiéfaine, nous réinventions une façon de conter fleurette. Par exemple comme ceci : « Je t'aime, je t'aime, et je t'offre ma vie et je t'offre mon corps, mon casier judiciaire et mon béri-béri, je t'aime » !! Dans le style original, voilà qui se pose là !

Deuxième morceau : « Bipède à station verticale ». Une chanson qui fait partie de mes préférées. « Paraît qu'je viens d'une catastrophe, mais les dieux sont pas très bavards »... « Parfois, parfois, j'ai la nostalgie de la gadoue »... Moi aussi. Nostalgie de la Gadoue, avec un grand G, comme le point !!

J'adore les versions de « Was ist das rock'n'roll », « Narcisse 81 », « Exil sur planète fantôme », « Chambre 2023 et des poussières » (j'espère toujours l'explication d'Arnaud à ce sujet). Pour « Les dingues et les paumés », je préfère la mouture du premier live, je la mets au-dessus de toutes les autres, de toute façon.

J'aime aussi la version d'« Affaire Rimbaud ». Quand j'étais jeune, je rêvais de mourir en écoutant cette chanson-là ! J'ai eu ma période Rimbaud, une vraie de vraie, je m'enivrais des Illuminations, tout en n'y comprenant « saintement que dalle », comme dirait Albert Cohen ! Avec mon copain Christophe, nous nous prenions pour des poètes, nous nous lisions du Rimbaud pendant de longues heures à la lueur d'une bougie, après avoir écouté Hubert-Félix, et c'était le bonheur sur terre !!

Ensuite, c'est « Droïde song », une chanson que je n'ai pas tout de suite intégrée dans mon univers. C'est sur la tournée « HFT en solitaire » que je l'ai vraiment découverte et que sa grandiose beauté m'a éclaté à la bobine. Magnifique ! « Le jour où les terriens prendront figure humaine, j'enlèverai ma cagoule pour entrer dans l'arène »... Oui, eh bien, ce n'est pas demain la veille !

Ah, et puis il y a « Sweet amanite phalloïde queen », qui était d'ailleurs la chanson préférée de Christophe. Je pense toujours à lui quand je l'entends ! Depuis ma période rimbaldienne, il s'en est passé des choses, et le monde s'est vidé de quelques indispensables et lumineuses présences, dont celle de Christophe... « Manufacture de recyclage des mélancolies hors d'usage », mais c'est sublime, ça !

Un peu de douceur dans ce monde de brutes, et voici donc « Septembre rose », qui est presque une ode à la vie (presque, parce que c'est Thiéfaine, quand même, et que le désespoir n'est jamais bien loin, mais « au fond du couloir », avec son ami le blues). Une chanson qui affirme son appartenance à un registre plus joyeux. Le jeune père qu'était HFT à l'époque s'extasiait de son bonheur, mais restait tout de même légèrement sur ses gardes (cf. « Quand par manque d'habitude on s'méfie du bonheur »)...

Après « Je ne sais plus quoi faire pour te décevoir », voici les incontournables, les chansons qui seront désormais de toutes les tournées ou presque : « Zone chaude, môme », « Lorelei Sebasto Cha », « Mathématiques souterraines », « La fille du coupeur de joints » (et je mets encore une fois un « s » à « joints » !!).
Le tout s'achève sur « Errer humanum est », chanson que j'adore ! Très belle allégorie de nos pauvres conditions bien crétines : on nourrit de grandes ambitions, on fait tout pour les réaliser, et c'est finalement la déconfiture totale (« On fait Nankin-Ouagadougou pour apprendre le volapük, et on se r'trouve comme kangourou dans un zoo qui prend les tucs »). Nous voilà « aplatis comme de vieilles pizzas lâchées d'un soyouz en détresse », et le réconfort cherché auprès des « p'tites frangines », se révèle bien éphémère et dérisoire. « Pas prendre pour un courrier du coeur les pulsions des glandes endocrines ». Enfin, quand même, embarqués malgré nous dans l'aventure, nous poursuivons la route... « Toujours plus loin à fond la caisse », et ce n'est pas mon ami le Doc qui dira le contraire, je pense...

12/02/2010

"Routes 88"

La pensée du jour : "La question n'est pas de savoir si j'ai le temps de lire ou pas (temps que personne,d 'ailleurs, ne me donnera), mais si je m'offre ou non le bonheur d'être lecteur", Daniel PENNAC (Comme un roman).

 

Jolie surprise en faisant nos courses tout à l'heure : tout à coup, au loin, j'ai vu un homme vêtu d'un sweat-shirt « Thiéfaine Scandale mélancolique tour ». Evidemment, je l'ai regardé avec insistance, puis l'ai montré (discrètement, s'entend !) à Sam. Je me suis approchée du monsieur en question, bien décidée à lui dire deux mots, et là, quelle joie, j'ai reconnu Etienne ! Etienne que nous n'avions pas revu depuis le Livre sur la Place 2007, peut-être bien. Etienne avec qui j'ai toujours bien aimé discuter. Etienne, que Sam avait aidé à choisir son sweat-shirt HFT après un concert à Voujeaucourt. Quand même, quelle belle équipe nous formons, nous les admirateurs d'HFT !!!

 

Sinon, je suis très fatiguée en ce premier soir de vacances... Il n'y paraît pas, comme ça, mais le métier de prof n'est pas de tout repos !!! Je pars lundi pour Venise, je ne suis pas sûre de pouvoir alimenter ce blog avant mon départ. Dommage, j'aurais bien voulu écrire un billet sur « Routes 88 » avant de partir sur ma "route 2010" ! Mais je n'y parviendrai pas, à mon avis. Alors, j'ai une idée. Je vais faire ma prof et vous demander de me dire en quelques lignes ce que vous pensez de ce live !! Allez, je ramasse les copies très bientôt !

Non, je plaisante, je ne vais pas faire ma prof. Dès ce matin, d'ailleurs, je me suis installée au fond de la salle de classe, j'ai envoyé au tableau la brave Charlotte qui maîtrise tout, et j'ai dit à mes chers élèves : « Terminé, je ne suis plus prof pendant 15 jours, je commence ce matin, et c'est Charlotte qui va vous expliquer la leçon » !! J'adore faire ça, cela marche en général très bien !! Et moi je fais le cancre au fond de la classe, cela me rappelle mes années-collège !!!
Donc, oui, je disais : cette fois, c'est vous qui commencez, c'est vous qui allez me donner vos impressions sur « Routes 88 ». Je consacrerai une note à ce live quand je serai rentrée de Venise... Je penserai à vous, entre une visite de musée, un tour en gondole, une pause au café Florian !!

08/02/2010

"Thiéfaine en concert volume 2" (deuxième dissection)

La pensée du jour : "On nous montrait les ortolans, on nous dissimulait, au seuil de notre vie, toutes les grisailles, tous les regrets, tous les renoncements. Ceux-là ne se hasarderaient qu'au moment de l'addition, beaucoup plus tard. Elle serait salée, comme on dit. De larmes, comme on ne dit pas". René FALLET.

 

Suite et fin de cette dissection, donc.

Chanson n°6 : « Un vendredi 13 à 5h ». J'aime bien cette précision quasi mathématique chez Thiéfaine : « L'ascenseur de 22h43 », « Enfermé dans les cabinets (avec la fille mineure des 80 chasseurs) », «Chambre 2023 et des poussières », et tant d'autres. Les dates, les heures, les saisons, tout compte !

« Un vendredi 13 à 5h », donc. Ici, Thiéfaine parle de la mort. De sa mort. « Et les anges de la dernière scène viendront s'affronter à ma trouille ». Un peu comme Brel qui voulait qu'on rie et qu'on danse quand on le mettrait dans le trou, HFT souhaite que l'on « paie à tous les traîn'bars la der des ders de ses tournées ». Un autre souhait ? Oui, et pas des moindres : qu'on oublie de le réincarner ! Une vie lui aura suffi, rien que le fait de respirer lui aura toujours collé des crampes dans le sternum. Donc, non merci, pas de nouveau petit tour sur la terre, il sort d'en prendre... Le passage où il parle à son âme (« couchée, mon âme, au pied, tranquille ») me rappelle toujours les mots de Baudelaire s'adressant à sa douleur : « Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille ». En tout cas, HFT a beau ne pas s'intéresser outre mesure à la vie, il n'est pas non plus tout à fait certain de ne pas flipper le jour où il faudra en découdre avec la camarde. On en est tous là, non ? « Plutôt souffrir que mourir ». Très belle chanson, en tout cas. Et des images superbes : « nuage glacé à fleur de peau dans l'étrange ivresse des lenteurs », «les anges de la dernière scène ».

Ensuite, on retrouve notre Hubert « taxiphonant d'un pack de Kro »... C'est pas la joie non plus. « Allô S.O.S. Amitié »... Tiens, oui, c'est vrai, je veux depuis longtemps consacrer une note à S.O.S. Amitié, « va falloir qu'j'm'en occup'» ! C'est dans cette chanson que Thiéfaine dit : « la vie c'est pas du Bubble-gum et rien qu'le fait de respirer ça m'fout des crampes dans le sternum ». Le voilà « dans un train-fantôme, bloqué sur une voie de garage ». Le coeur au bord des lèvres : « La famille Duraton veut m'obliger à finir mon tapioca alors que ça fait bientôt 2 000 ans que j'ai plus faim »... Cette chanson-là, je la trouve mortelle, sans vouloir faire un mauvais jeu de mots ! Le début est affreux (« si j'peux encore vous causer c'est qu'mon pétard est enrayé »), la fin est terrible : à défaut de te faire sauter la cervelle avec un pétard, mon brave, tu n'auras qu'à utiliser la corde, lui répond-on, en substance, au bout du fil. « Vous êtes branché sur un répondeur automatique et vous avez trente secondes pour vous pendre ». Visionnaire, le père Thiéfaine ? Maintenant que les boîtes vocales ont pris le pouvoir, comme les médias, y a-t-il encore vraiment quelqu'un au bout du fil quand on appelle S.O.S. Amitié ?!!!

Puis, c'est « Autoroutes jeudi d'automne » ou « Mathématiques souterraines n°2 ». Une chanson qui me bouleverse systématiquement, pas vous ? Je lui ai déjà consacré une note, peut-être même plusieurs, je ne sais plus. « Je balance mes buvards et tire sur la ficelle pour appeler le dément qui inventa l'ennui ». Tiens, c'est vrai, ça, il se trouve où, ce con ?!!

« Autoroutes jeudi d'automne » : Un paumé « traîne son ennui dans les rues de l'errance ». Mendiant « l'oxygène aux sorties des cinoches » et vendant « des compresseurs à ses ladys-bromure ». S'arrêtant ensuite pour « mater ses corbeaux qui déjeunent » et « ses fleurs qui se tordent sous les électrochocs ». Chanson plutôt optimiste quand même puisque notre errant « remonte son col, appuie sur le starter et va voir ailleurs, encore plus loin, ailleurs ». Peut-être va-t-il s'enfoncer « plus loin dans les égouts pour voir si l'océan se trouve toujours au bout », qui sait ?

Puis, on découvre une facture bien salée, avec « Femme de Loth ». « Moi qui m'croyais gazé v'là que j'déconne pour elle », encore une phrase que j'aime. Le renouveau après un long sommeil de plomb ! Et ça, donc, écoutez-moi ça : « Nous sommes les naufragés dans cet avion-taxi

avec nos yeux perdus vers d'autres galaxies

nous rêvons d'ascenseurs au bout d'un arc-en-ciel

où nos cerveaux malades sortiraient du sommeil ». Toute la tragédie de la condition humaine se trouve contenue dans ces mots. A une époque, je les avais mis en en-tête de mon papier à lettres. De quoi effrayer les destinataires de mes courriers, non ?!!!

Le tout s'achève sur quelque chose d'un peu plus léger : « Court-métrage ». D'accord, notre type se fait salement éconduire à la fin de la chanson (la femme fatale dont il est question répond « je t'emmerde » à ses « baby I love you »). Mais il y a comme un peu de légèreté dans l'air (« en croisant les jambes si haut qu'on lui voyait le bout des seins »). Un contraste marrant entre l'espèce de « rêve américain » du début ... et cette fichue réalité à la française qui, à la fin, s'abat sur notre pauvre loser !! Pas de bol, mon vieil Edgar ! Mais t'en fais pas, va, comme chantait Birkin, « si ça peut te consoler, ça n'arrive pas seulement à toi », « tu n'es pas le premier poisson qui se meurt dans un bocal d'eau, la bouche ouverte, le ventre en l'air, les yeux comme des billes de loto » !!!

 

Conclusion : sublime album live, à écouter au minimum 52 fois par an, ce qui ramène le tout à une fois par semaine. Oui, cela me semble être la dose idéale, pour une hygiène cérébrale parfaite !!!!