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17/03/2017

Renaud au Galaxie d'Amnéville : quand un phénix croise un corbeau...

"Plus les jours glissent, plus on découvre, si l'on regarde en arrière, les envoyés de la providence qui tour à tour nous ont montré la route à suivre". Hector BIANCIOTTI

 

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Ma fille Louise (neuf ans aujourd’hui) est fan de Renaud. Elle lui a déjà écrit pour lui dire qu’elle était morgane de lui, ajoutant : « enfin, quand je dis ça, ça veut dire que je suis une de tes plus grandes fans » ! Il ne faudrait pas non plus qu’il aille s’imaginer qu’elle est amoureuse de lui, voyons ! Depuis des mois, nous avions nos billets pour le concert de la chetron sauvage au Galaxie d’Amnéville. Louise m’avait demandé de lui acheter un perfecto pour l’occasion ! Le bandana rouge, elle l’avait déjà depuis longtemps ! Franchement, elle payait, mardi soir, avec sa dégaine à la Séchan : chemise noire et blanche, bandana autour du cou, slim délavé, bottes grises et perfecto jeté négligemment sur ses frêles épaules de velours ! Elle avait quelque chose du Renaud des années 70 ! Dès notre arrivée au Galaxie, elle a récolté quelques regards amusés et attendris. J’adore observer du coin de l’œil la fraîcheur de cette gamine ! A un monsieur qui arpentait le hall en criant : « Demandez le programme ! », elle a expliqué que c’était son premier concert. « Enfin, mon premier concert de Renaud », a-t-elle précisé. « Parce que sinon j’ai déjà vu Thiéfaine, et puis bien sûr des chanteurs pour enfants, comme Philippe Roussel ou Aldebert ». « Hubert-Félix Thiéfaine, tiens donc ! Mademoiselle a du goût, à ce que je vois », a rétorqué le monsieur en question. Comme on le verra dans la suite de ce billet, Hubert fut très présent au cours de cette soirée ! Je ne vous en dis pas plus pour le moment, il faut bien que j’essaie de vous tenir en haleine !

La première partie du concert était assurée par un certain Gauvain Sers, dont Fred 06 m’avait dit le plus grand bien. Et c’est vrai que ses chansons ont un délicieux goût de revenez-y ! On y trempe une fois les lèvres, et on a envie de les siroter longuement comme une petite poire pour la soif ! Il a un côté gavroche, avec sa casquette vissée sur sa silhouette gracile. Il est originaire de la Creuse, et ce n’est pas si courant dans ce milieu ! Cela lui donne un petit côté exotique ! Un jeune type qui parle de Leprest dans une de ses chansons, cela ne court pas les rues non plus ! Bref, je crois que je vais désormais suivre de près ce titi creusois ! Louise a bien aimé ses chansons elle aussi. Mademoiselle a du goût, décidément !

Et puis, soudain, Renaud… Ce moment, Louise en rêvait depuis des mois. Accueillir le phénix aux ailes encore fragiles, l’envelopper d’un regard d’amour, ne pas perdre une miette de ce qu’il avait à nous offrir, tout ça, quoi. Mes deux filles et moi (oui, mon aînée était là aussi, mais nettement moins impliquée que Louise, « chacun sa religion, chacun son parachute » !) étions assises assez loin de la scène, en gradins. J’avais peur que Louise soit déçue parce que franchement, il faut bien l’avouer, Renaud, on le devinait plus qu’on ne le voyait. C’est un peu comme sa voix écorchée : on la devinait plus qu’on ne l’entendait ! Mais rien à cirer, honnêtement, le vrai cri est ailleurs ! Dans les mots toujours incisifs du chanteur énervant, dans la tendresse qu’il a déversée sur la salle dès son entrée en scène ! Louise, à qui je demandais de temps en temps si elle ne trouvait pas que nous étions mal placées, m’a répété plusieurs fois ce soir-là : « Oh non, maman, je suis heureuse, et puis d’ici on voit vraiment bien l’écran géant, et j’adore ». Ah oui, l’écran géant ! Il fait partie intégrante du spectacle. On voit défiler là de bien belles images : les venelles de Venise pour accompagner la chanson Héloïse, des rues de Paris, une immense bibliothèque pour Les mots. J’ai une tendresse folle pour cette chanson, elle me colle des frissons partout. Les mots, je leur dois moi aussi une fière chandelle, une chandelle qui trace un sillon lumineux dans ma vie…

Alors, oui, la voix est cabossée, elle a une gueule de bois à cuver dehors avec un billet de logement. Oui, la diction est parfois chevrotante, mais moi je crois comme Louise que ce qui compte, c’est que Renaud soit toujours là. Quelle ferveur il y a autour de lui ! Dans tous les coins du Galaxie fleurissaient des bandanas au cœur tendre. Des briquets allumés dans des petits poings levés. Des visages enfiévrés accueillant avec reconnaissance les chansons connues sur le bout des doigts. Entre deux morceaux, Renaud se raconte. Parfois avec émotion, parfois avec cet humour dont on dit qu’il est la politesse du désespoir… « Lolita m’a fait grand-père », « Dix ans se sont écoulés entre l’album Rouge sang et celui-là, et j’ai entendu dire que vous aviez pas mal pochtronné en mon absence » ! Tout à coup, il cite John Lennon, qui aurait dit un jour : « Le rock français, c’est comme le vin anglais : ça n’existe pas ». Et Renaud de s’insurger, comme il a toujours su si bien le faire ! « Et les Insus, alors, c’est pas du rock ? Et Hubert-Félix Thiéfaine, c’est pas du rock ? » J’avoue qu’en mon for intérieur, j’espérais ces mots. Je les avais d’ailleurs presque anticipés, pressentis. Parler de rock français et faire passer Thiéfaine à la trappe, c’est tout bonnement impossible (certains le font pourtant, honte à eux !!) ! Heureusement que de temps à autre je sais me tenir :  j’étais à deux doigts de faire retentir un tonitruant « Hubeeert !!! » dans toute la salle, mais je me suis ravisée !

Renaud c’est pas mort, c’est pas récupéré. Ou alors de justesse par un public aimant, cuisant d’ardeur, de tendresse et de joie. La tournée actuelle est assurée en grande partie par ce public qui chante à tue-tête les classiques, les monuments comme Mistral gagnant, Manu, Ma gonzesse, Morgane de toi, et tant d’autres. Toutes ces chansons ont bercé mon enfance, puis mon adolescence. Renaud, c’est à lui que je dois mon entrée en écriture, et je ne l’en remercierai jamais assez. Je connais encore toutes ses chansons par cœur, et l’expression prend tout son sens ici…

Une fois le dernier rappel consommé, je n’avais déjà plus qu’un seul désir : retourner le voir en concert ! Il y a une date à Colmar dans quelques mois, pourquoi pas ?!

Alors que j’allais quitter le Galaxie mardi soir, voilà que je croise une jeune femme toute de Thiéfaine vêtue ! Tee-shirt au corbeau, veste en cuir rouge plantée de badges qui rappellent délicieusement une tournée encore fraîche. Comme je ne sais pas toujours me tenir, j’accoste la demoiselle en m’écriant : « Et Hubert-Félix Thiéfaine, c’est pas du rock ? » Nous échangeons quelques mots. Elle s’appelle Mirela, elle est prof d’allemand (ce qui fera dire à 655321, croisé également ce soir-là, que j’ai dû halluciner et sans doute me voir dans un miroir imaginaire !!). Elle ne côtoie la poésie d’Hubert que depuis un an, mais elle en est follement imbibée ! Elle connaît le Cabaret, elle y vient parfois. D’ailleurs, mercredi matin, j’avais un petit commentaire signé Mirela sur ce même blog.

Aller à un concert de Renaud et entendre autant parler d’Hubert, voilà qui ne laisse pas de m’émerveiller !! Quand je vous disais que le poète jurassien n’était jamais bien loin… Il suffit de l’espérer très fort, et on le croiserait presque à chaque coin de rue !

Mais pour en revenir à Renaud et à la tournée actuelle : c’est du grand art ! A voir absolument ! Cela vous balade deux heures durant dans le répertoire d’un sacré bonhomme qui n’a rien perdu de sa verve, même si elle s’est, au fil du temps, chargée de rocaille. Et puis je crois que la politesse du désespoir, c’est d’être toujours vivant, toujours debout, et « d’avoir pu traverser sans se faire écraser cette pute de vie, ses malheurs, ses horreurs, ses dangers et ses passages cloutés »…

 

Commentaires

Humour/Désespoir :

... L’humour se distingue de l’ironie par la réflexivité ou l’universalité. L’ironiste rit des autres. L’humoriste, de soi ou de tout. Il s’inclut dans le rire qu’il suscite. C’est pourquoi il nous fait du bien, en mettant l’ego à distance. L’ironie méprise, exclut, condamne ; l’humour pardonne ou comprend. L’ironie blesse ; l’humour soigne ou apaise.

... « L’humour, disait Boris Vian, est la politesse du désespoir. » C’est qu’il évite d’en incommoder les autres. Il y a du tragique dans l’humour ; mais c’est un tragique qui refuse de se prendre au sérieux. Il travaille sur nos espérances, pour en marquer la limite ; sur nos déceptions, pour en rire ; sur nos angoisses, pour les surmonter. « Ce n’est pas que j’aie peur de la mort, explique par exemple Woody Allen, mais je préférerais être ailleurs quand cela se produira. » Défense dérisoire ? Sans doute. Mais qui s’avoue telle, et qui indique assez, contre la mort, qu’elles le sont toutes. Si les fidèles avaient le sens de l’humour, que resterait-il de la religion ?

, ...

Écrit par : le Doc | 17/03/2017

Citation de katell :

" Elle s’appelle Mirela, elle est prof d’allemand (ce qui fera dire à 655321, croisé également ce soir-là, que j’ai dû halluciner et sans doute me voir dans un miroir imaginaire !!) "

, il s'agit là katell tout simplement de l'activation de tes neurones miroirs* :-)

* ou une fausse découverte en neurosciences .. mais l'effet, le processus ou le ressenti est bien réel !...

Écrit par : le Doc | 17/03/2017

Ceci étant posé, superbe billet !...

Écrit par : le Doc | 17/03/2017

Je suis fan de Renaud depuis mes six ans. Je l'ai découvert en écoutant "société tu m'auras pas". Je ne connaissais pas les paroles, alors je chantais en phonetique, sans comprendre. En CP, la maîtresse m'a demandé de chanter une chanson, de mon choix. Elle a été surprise d'entendre une petite voix de gamine écorcher les couplets de cette chanson sur un rythme faux. Et puis mon père m'a retrouvé de vieux CD. Les premiers, avec un Renaud aux cheveux blonds, longs, une gueule de gamin de paname qui crevait la pochette. Il m'a retrouvé de vieux bandanas. Je connaissais toutes ses chansons par cœur à huit ans.

À cette époque, la petite parisienne que j'étais allait le dimanche au jardin du Luxembourg avec ses parents et ses cousins. On rentrait par les jardins de l'observatoire, au coucher du soleil. Alors je courais, le plus vite possible, pour arriver devant la closerie des Lila. J'étais trop petite pour voir à travers les buissons. Je faisais le tour 1200 fois en essayant de le voir. Ma mère me disait "Tu sais, il est vieux", "il boit". J'en avais rien à foutre. Je ne l'ai jamais vu la.

Le 19 novembre 2016, j'avais fêté mes 16 ans quelques jours auparavant. Je faisais beaucoup moins. Mon oncle m'avait acheté une place pour aller voir Renaud au zénith de Paris. Je suis arrivée dans cette salle gigantesque, les cheveux collés par la pluie qui tombait dehors, bandana, marinière, veste en jean sous le perfecto, Jean délavé en bottes en cuir. Et il est apparu sur la scène. Par comme un vieil homme attaqué par l'alcool, mais comme un Dieu pour moi. J'ai saccagé toutes ses chansons pendant deux heures.

Tout cela pour dire que votre fille Louise a du vivre un moment plus que formidable. Je lui souhaite d'y retourner si elle le peut, moi j'ai retrouvé une place à Paris à la fin de l'année.

À l'âge de 11 ans, en fouillant dans les disques de mon père, j'en ai trouvé un bizarre. D'un côté, un homme avec un chapeau haut de forme, et des lunettes, de l'autre, le meme avec un enfant. Le tout sur un fond violet. Alors je l'ai écouté, pour voir. J'ai adoré et j'ai regardé le nom sur la pochette. Hubert Félix quoi???

Écrit par : DemainLesKids | 19/03/2017

, aussi ...

;-)

Écrit par : DemainLesVieux | 20/03/2017

Hello,

J'ai également vu Renaud 2 fois.
La première, j'ai tellement été surpris que j'ai décidé d'emmener mon fils âgé de 8 ans (et souffrant de troubles autistiques) le voir.
Je suis fan de Renaud, c'est mon premier souvenir musical (le père noel noir en 82, j'avais 4 ans)
Mon fils a été au premier rang, il avait ce soir là le tee shirt de Thiéfaine.
Par contre, moi j'ai crié Thiéfaine quand Renaud en a parlé !

Écrit par : PK | 21/03/2017

Merci pour vos commentaires, les aminches ! J'adore la fraîcheur qui transpire de chaque ligne déposée ici par Demain Les Kids. C'est l'ardeur de la jeunesse, c'est le feu ! J'ai été très touchée par ce que tu as écrit au sujet de Renaud, je me disais que ton histoire présentait des similitudes avec la mienne et avec celle de ma fille Louise.
Merci aussi à PK d'avoir mis un petit mot ici et bravo d'avoir eu le courage de crier "Thiéfaine" en plein concert de Renaud !
Merci aussi à Demain Les Vieux, sans doute un joli déguisement du Doc !!!

Écrit par : Katell | 30/03/2017

Non ce ne n'est pas moi Cath ;-)

" Patrice de Mac Mahon : Que d'eau ! Que d'eau ! Préfet : Et encore, monsieur le Maréchal, vous ne voyez que le dessus. Il aurait prononcé ces mots le 26 juin 1875, lors des terribles inondations de la Garonne. "

Avant-hier j'étais en Bretagne " Que de Bretons, Que de Bretons. " :-)

Écrit par : DemainLesVieux | 31/03/2017

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