28/02/2010
Méthode de dissection : "Hubert-Félix Thiéfaine en concert à Bercy"
La pensée du jour : "Comme le coeur se rapetisse en vieillissant... Où sont les transports de seize ans !... On désapprend la naïveté pour apprendre la vie. Et l'on perd tout, TOUT, en apprenant précisément à vivre. Funérailles !" René FALLET, Carnets de jeunesse 3.
Déjà, petite anecdote que je trouve bien sympathique : hier, je suis allée à une soirée où se trouvaient réunis à peu près tous les amis de Sam. Presque tous des métalleux, boucles d'oreilles, piercings, cheveux longs (ceux qui ont les cheveux courts étant généralement ceux qui, aux abords de la trentaine ou la trentaine bien installée, souffrant d'une calvitie trop prononcée, ont capitulé capillairement parlant !!). Evidemment, dans tous les coins, cela causait de groupes musicaux que je ne connaissais pas. Mais, en regardant mon voisin d'en face, je ne sais pas pourquoi, j'ai eu comme un flash : tout à coup, certitude absolue qu'il aimait bien Thiéfaine et que j'allais enfin pouvoir me retrouver en terrain connu. Oui, il avait la « tête de l'emploi » !!! Et mon intuition s'est révélée exacte ! Il adore Thiéfaine, le considère comme le plus grand chanteur de rock français. Et il l'a vu 5 fois sur scène, nous avons même assisté un jour à un même concert, à Troyes. Bref, un homme bien sous tous rapports, ce voisin ! Cela réchauffe le coeur, n'est-ce pas, des gens comme ça avec qui, à table, alors que vous ne vous connaissez ni d'Eve ni d'Adam, vous pouvez évoquer une chanson comme « Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable » ?!!!
Bon, voilà, c'est dit. Maintenant, parlons donc de ce live à Bercy.
Tout d'abord, il y a cette pochette : « Thiéfaine, 3 heures de spectacle à Bercy, complet ». « Complet », et toc, joli pied de nez aux mutiques médias qui ont presque toujours laissé Thiéfaine de côté. « Complet », comme une revanche sur le silence. Et là je dis que nous tous, autant que nous sommes, nous pouvons nous sentir importants !!!! Le succès d'Hubert, c'est quand même un peu (même totalement, oui !) nous qui le faisons !!!!
« Complet », donc. Pourtant, lorsque j'écoute ce live, moi, je ressens une immense incomplétude. Sentiment dû à cette fatale erreur de jeunesse qui me fit décider de ne pas aller à Paris ce soir-là, alors que j'avais tout pour pouvoir y aller (un ami prêt à me véhiculer -j'ai bien dit « véhiculer » !!-, un plan qu'il avait déjà échafaudé comme il faut dans sa tête : nous partions le vendredi assez tôt dans l'après-midi, nous étions de retour dans la nuit, je pouvais assurer mes cours du samedi matin, la tête en vrac certes, mais où était le problème ? Les gamins, déjà en week-end dans leur caboche, n'y auraient vu que du feu. Au pire, j'aurais collé une interro à tout le monde !!!). Ne revenons pas là-dessus, c'est trop cruel ! Rien que quand on écoute les deux CD enregistrés à Bercy en 1998, on imagine totalement l'ambiance électrique qui régnait ce soir-là dans la salle ! Et je suppose que ce n'est pas Fred06 qui me contredira ! Ni tous les autres qui ont assisté à ce fabuleux concert, n'est-ce pas ? Pour ma part, je n'ai eu droit « qu'aux » festins de province ! Pas de Bercy ! Enfin, quand même, ce furent des moments grandioses aussi, ne crachons pas dans la soupe (superbes concerts notamment à Saint-Avold en 1998 et aux Eurockéennes en 1999).
Je ne vais pas passer en revue toutes les chansons qui figurent sur ces deux CD. Un grand nombre d'entre elles font partie des « habituelles », je les ai déjà triturées pas mal, disséquées, essorées, sans pour autant, bien souvent, en percer l'indicible mystère (et c'est tant mieux).
Les moments forts de Bercy selon moi (enfin, ils sont tous forts, disons que certains sortent encore plus du lot) :
-celui où Claude Mairet vient pousser la note sur « Narcisse 81 »,
-« Groupie 89 turbo 6 », avec la voix fabuleuse de je ne sais plus quelle choriste (soit Fabienne Medina, soit Kim Schmid),
-Philippe Gonnand au saxophone sur « Mathématiques souterraines » (et j'imagine qu'Hubert descendant dans le public sur cette intro, cela devait être quelque chose, on en a un bon aperçu sur le DVD),
-le groupe Machin débarquant sur scène pour « La cancoillote » (et je me souviens d'un concert de Machin -à Vandoeuvre, en 2006- qui avait débouché ensuite sur une belle rencontre avec les membres de ce groupe),
-la version faite ici de la chanson « Les dingues et les paumés »,
-le public souhaitant un joyeux anniversaire à Cousin Hub',
-les deux chansons dédiées à ses enfants,
-« La vierge au dodge 51 » dans sa version complète, délirante, endiablée (et là, je ne peux m'empêcher de penser au commentaire qu'RV a fait ici il y a quelques semaines, et dans lequel il expliquait que l'idée d'une baignoire remplie de choucroute garnie le faisait rêver !!! Moi, c'est pas tellement la choucroute qui me fait rêver ici !!! Plutôt le « regard inhumain » de « l'amant maudit », c'est ce que Tieum appellerait mon côté SM !!!!)
-« Autoroutes jeudi d'automne »,
-« Exil sur planète fantôme »,
-« Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable »,
-« Des adieux ».
Débarquer sur scène en chantant « J'arriverai par l'ascenseur de 22h43 », très bonne idée !! Un ascenseur en provenance de Babylone et nous conduisant tout droit à Byzance ! Que de chouettes souvenirs liés à jamais à cette tournée dans ma mémoire !
Je note qu'ici, « La fille du coupeur de joints » a récupéré un « s », enfin ! Cela me convient mieux !!!
J'aime bien aussi le moment où Thiéfaine qualifie l'insomnie d'« indigestion de l'âme ». Cela me rappelle toutes ces pages que Cioran a écrites là-dessus (notamment « L'homme, animal insomniaque », dans Sur les cimes du désespoir : oh tiens, je vais recopier ce texte ici bientôt, cela nous permettra de philosopher un peu entre amis !!!). Pages que très souvent, d'ailleurs, j'ai dévorées en mes nuits d'insomnie, justement, afin de me sentir moins seule dans le « silence infini de ces espaces » qui, moi aussi, cher Blaise, m'effraie...
Sam me dit qu'il manque six titres sur les CD. Qui pourrait m'en donner la liste complète ?
14:16 | Lien permanent | Commentaires (30)
26/02/2010
"Comme les p'tites gouttes d'eau que j'entends tomber dehors par la fenêtre"...
La pensée du jour : "Les murs, ça n'effraie que ceux qui restent plantés devant ! Même si on s'écorche en grimpant, même si on se blesse en retombant... on se repose, on attend que le souffle revienne pour la prochaine escalade. Mais ne rien entreprendre parce que le mur semble trop haut, se dire qu'on n'y arrivera jamais, autant se flinguer". Jacques HIGELIN
Alors qu'un autre poète se déclarait, en son temps, « le ténébreux, le veuf, l'inconsolé », Jacques Higelin dit de lui-même : « Je suis le sage, le fou, le débile » (cf. « Irradié »). Oui, il a raison, il est tout cela à la fois !
Higelin, j'ai dû tomber dedans quand j'avais 19-20 ans. Oui, c'est ça, j'ai dû découvrir l'ami Jacques en même temps que je découvrais Hubert. Et ce fut aussi une révolution. Parce qu'Higelin, c'est quelqu'un aussi, hein ! C'est un éternel amoureux, qui parle de l'amour aussi bien qu'une certaine Barbara. Qui chante l'extase d'aimer dans des envolées lyriques parfois totalement saugrenues (cf. « y'a des allumettes au fond de tes yeux, des pianos à queue dans la boîte aux lettres, des pots de yaourt dans la vinaigrette et des oubliettes au fond de la cour » !!). Mais aussi la douleur d'aimer (« Je ne peux plus dire je t'aime, ne me demande pas pourquoi, trop de serpents sous les caresses trop d'amour à couteaux tirés », mais aussi : « L'amour, l'amour, l'amour est mort »... « Si loin de toi, j'ai mal, j'ai froid, j'ai peur, je n'aime que toi », « Aujourd'hui temps gris, vent contraire », « drôle de nuit de nos-talgie », etc.). Higelin, c'est quelqu'un qui chante la vie (et enchante la mienne) et se laisse volontiers bousculer par ses surprises, toujours (« la vie c'est c'qui vous tombe dessus toujours au moment où l'on n'y croit plus »). Qui sait les cueillir, les accueillir comme il se doit, ces surprises. Higelin, c'est Lettres d'amour d'un soldat de vingt ans, avec la sensibilité exacerbée du jeune homme qu'il fut. Ce sont des concerts qui nous mènent on ne sait où. C'est l'amour des enfants, tous ceux de la terre (« J'suis trop p'tit pour me prendre au sérieux, trop sérieux pour faire le jeu des grands »), des siens en particulier, évidemment (« Le 24-9-90, ma p'tite gonzesse a vu le jour dans la nuit », « J't'aime telle, telle que t'es »). C'est aussi la sublime mélancolie de « Parc Montsouris » : « Le parc Montsouris c'est le domaine où je promène mes anomalies, où j'me décrasse les antennes des mesquineries de la vie », « Je n'vis pas ma vie, je la rêve, c'est comme une maladie que j'aurais chopée tout p'tit »). Mais c'est aussi le sautillant « Tombé du ciel », le non moins sautillant « Tom Bonbadilom » (et je connais un formidable prof de musique qui apprend cette chanson à ses élèves en leur expliquant qu'il faut faire, dans sa vie, la part belle au rêve, sagesse qu'Higelin ne bouderait certainement pas, lui qui ne vit pas sa vie, mais la rêve). Higelin, c'est aussi « Ballade pour Roger », « Poil dans la main » (« poil dans la main, payé à rien foutre »), « Champagne » (« La nuit promet d'être belle », etc.), « Vague à l'âme » (« Poire William à 40 degrés »), « Aux héros de la voltige ». « Lettre à la petite amie de l'ennemi public n°1 », « Pars » (« pars, surtout ne te retourne pas »), « Amor doloroso » (oh purée, celle-là, quel bijou ! (« La mort s’en vient
L’amour s’en va
Seul sur le quai je broie du noir
Le train repart sans moi
La route est longue le temps est lourd
La nuit est blanche encore et noir le jour
Je te revois fière et sauvage ensorcelée
Pieds nus dans la poussière
T’embraser comme une flamme affolée par le vent
Et te jeter dans mes bras »).
Higelin, c'est un homme respectueux de son public, cela m'a toujours frappée et charmée. Quand il arrive sur scène, il prend le temps de saluer avec beaucoup de chaleur ceux qui sont venus l'applaudir.
Higelin, c'est aussi « Je suis mort, qui, qui dit mieux ? Mort le venin, coupée la rose ». C'est Trénet revisité qui tout à coup vous devient familier, presque sympathique, grâce au talent de celui qui lui rend hommage... Higelin, c'est celui qui vient juste après HFT dans mon « classement » (un brin idiot, j'en conviens).
Higelin, c'est aussi une nouvelle galette, qui est encore toute chaude, qui sort du four : « Coup de foudre », un album pour lequel je craque littéralement. Voilà !
22:15 | Lien permanent | Commentaires (13)
25/02/2010
Méthode de dissection : "HF Thiéfaine Paris-Zénith" (deuxième partie)
La pensée du jour : "Et je me suis rendu compte qu'il fallait absolument que j'écrive, parce que c'était une libération, parce que c'était une explosion sans conséquence pour les autres, c'était mieux que de casser la gueule à quelqu'un". CIORAN
Le CD 2 s'ouvre sur cette sublime chanson qu'est « La dêche, le twist et le reste ». Très belle version, déchirante même, avec ce superbe violon chinois qui vient imprimer encore plus de tension à cette histoire d'amour qui tourne mal. Pour moi, et je l'ai déjà dit ici, « La dêche, le twist et le reste », c'est un peu « La vie d'artiste » façon Thiéfaine. Même sombre histoire qui tourne au vinaigre, même mélasse financière (« on bouffe une fois tous les trois jours » / « cette fameuse fin du mois qui, depuis qu'on est toi et moi, nous revient sept fois par semaine » / « et notre pitance incertaine », « moi je bricole et je fabrique des chansons qui sont invendables » / «et nos soirées sans cinéma et mon succès qui ne vient pas »).
« ça peut durer jusqu'à toujours
à moins que l'on ait le courage
de se dire merde un beau jour
et de mettre fin au naufrage »...
Eh oui, comme chantait Ferré, « l'amour meurt
comme meurent les fleurs
l'amour meurt
comme mentent les gens
l'amour va
comme vont les rivières ».
L'amour meurt, passe son tour, englué dans un quotidien glauque (« tu t'jettes sur la bouteille d'éther pour ton vol plané à deux mille »), réduit à des préoccupations bien prosaïques, mais cependant essentielles... Est-il nécessaire de dire que cette chanson me flanqua une gifle inoubliable lorsque je la découvris, à 19 ans ? Légère impression, à l'époque, d'avoir une expérience commune avec cousin Hub'...
Ferré, tiens, je l'évoquais ci-dessus, et le revoilà donc, chanté par Thiéfaine : « La solitude ». Là encore, « je suis d'un autre pays que le vôtre », « le désespoir est une forme supérieure de la critique », tout cela me fit un effet boeuf quand j'étais jeune. Et c'est Thiéfaine qui, deux ans après la disparition de Ferré, me mena vers lui. De Ferré, j'aime surtout les adaptations qu'il a faites de certains poèmes de Verlaine, d'Apollinaire, de Rimbaud, d'Aragon, et de tant d'autres. J'aime « Pépée » j'aime « L'âge d'or », « L'amour meurt », « Les romantiques », « La mélancolie, « Vingt ans », « La mémoire et la mer », « Thank you Satan ». Et aussi le très beau livre Benoît Misère. Mais je n'ai jamais réussi à entrer pleinement dans l'univers de chansons plus obscures, comme « Le chien », par exemple.
Bref... En tout cas, l'interprétation que Thiéfaine livre ici de « La solitude » est excellente, je trouve. D'ailleurs, je me souviens d'une belle soirée consacrée à Ferré, à Lyon, et durant laquelle Hubert avait brillamment interprété des chansons de celui qu'il admire tant...
Ensuite, c'est « Alligator 427 » (sans « s » ici). La chanson aux lancinants leitmotivs (« vive la mort », « je vous attends »). La chanson qui est capable de me faire flipper quand je l'écoute dans le noir (si, c'est vrai, mais je dois dire que je suis très impressionnable !!).
Puis, un peu de douceur dans ce monde vendu aux « fantômes, aux hyènes et aux vautours » : « Je t'en remets au vent ». Avec une espèce d'effet de distanciation (« Verfremdungseffekt ») à la Brecht quand Hubert déclare avoir écrit cette chanson pour une certaine Jeanne-Marie Cramouillot, qui était sa petite amie au CM2. Il paraît de toute façon que « Je t'en remets au vent » date des très jeunes années de Thiéfaine. Avoir écrit cela sans grande expérience, faut le faire, quand même ! « D'avoir voulu vivre avec moi
t'as gâché deux ans de ta vie
deux ans suspendue à ta croix
à veiller sur mes insomnies ». Je me souviens encore du sourire de ma mère, à Sarreguemines, quand la chanson avait commencé. Sans doute une des seules qu'elle ait appréciées pendant le concert, avec aussi « Animal en quarantaine » et « Crépuscule transfert », le reste lui semblant trop baroque !! J'aime bien la façon dont Thiéfaine présente cette chanson : « Mon pauvre Thiéfaine, tu sais plus quoi inventer pour te rendre intéressant » (plus tard, il chantera pour se rendre intéressant, d'ailleurs !). Et le terrible « Maintenant, je crois que dans les cours de récréation, les petits enfants savent que la Bosnie-Herzégovine, ça existe ».
« A quoi peut ressembler ton spleen
ton désespoir et ton chagrin
vus d'une des étoiles anonymes
de la constellation du chien ? »
Deuxième medley ensuite. Avec « Was ist das Rock'n'roll » comme fil conducteur.
« Série de 7 rêves en crash position ». Alors là, à Sarreguemines, sentant approcher la fin du concert, et donc du rêve, je peux vous dire que les mots « mais que devient le rêveur quand le rêve est fini ?» avaient eu une saveur assez amère pour moi. Ce concert, je l'avais tellement attendu, tellement rêvé, que le vivre enfin marquait en même temps la fin de quelque chose. La fin d'une attente ardente, tout simplement...
Heureusement, il y eut « Encore un petit café » pour me tenir debout. Et « Pogo sur la deadline ». Fin du rêve. Pas grave, j'attendrai que passe le suivant, comme d'autres espèrent le prochain bar !
Et juste comme ça, pour le plaisir, un lien vers une interview d'Higelin, lien qu'Evadné m'a mis hier sur mon mur Facebook, cadeau pour lequel je la remercie, le grand Jacques restant, ici encore, fidèle à l'image que je me fais de lui. Image d'un être lumineux, pour qui l'amour demeure la valeur première. (Hugo, si tu passes par là, fonce voir ça, tu devrais aimer !)
http://musique.sfr.fr/recherche/?search=Higelin&targe...
Et notez déjà sur vos précieuses tablettes que Jacques Higelin sera au Fou du roi demain sur France Inter !
11:01 | Lien permanent | Commentaires (20)
22/02/2010
Psychopompes / métempsychose & sportswear
La pensée du jour : "Comme quoi parfois tout finit bien. Je le dis vite en passant, car, lorsque les choses s'arrangent, j'en ai de l'angoisse, je me demande toujours ce que l'avenir a en tête". Romain GARY
Psychopompes / métempsychose & sportswear
enfant de la balle et de la bête
je peignais mes dazibaos
sur « l'incertitude du poète »
qu'on croise au gré des noirs échos
et j'ai bu la lie de ses vers
jusqu'à la fièvre de l'écume
mais son vin était si amer
que je suis dev'nu l'amertume
nike your mother / reebok your sister
& adidas rock & roll
prototype dans un groupe en loques
au fond d'impossibles garages
je poussais mes troupeaux de phoques
loin à l'intérieur des nuages
& j'ai combattu leur messie
à m'en péter l'excalibur
pendant qu'les coqs de l'insomnie
chantaient trois fois leur imposture
nike your mother / reebok your sister
& adidas rock & roll
de port en port / de quai en quai
j'ai rencontré de drôles de gnomes
des intellos qui confondaient
C.G. Jung avec C. Jérôme
& glauque à Santa Barbara
avec un sacré mal de vivre
je me disais : je ne sais pas
pourquoi j'vais comme un bateau ivre
Santa Barbara je ne sais pas ...
de sanibroyeur en sixtine
je vois s'évanouir le futur
et je tire à la chevrotine
sur les chiennes en manteau d'fourrure
je vois l'ivrogne & son tambour
assis devant son chevalet
& Mona Lisa, mon amour
dans un blindé cabriolet
nike your mother / reebok your sister
& adidas rock & roll
la vie défile au nom du Christ
des pissotières du pain rassis
Staline était séminariste
et Jerry Lee Lewis aussi
mais le Dieu manque à cet hôtel
où je dois jouer les victimes
en contractant des salmonelles
avec des hosties aux enzymes
nike your mother / reebok your sister
& adidas rock & roll
à r'garder passer les linceuls
dans la rue aux spectres visqueux
j'sais plus si c'est moi qui suis seul
ou les aut'qui sont trop nombreux
o.k. l'art est une escroquerie
et j'ai limé trop d'as de coeur
en jouant blue moon kentucky
sous l'oeil du colonel Parker
nike your mother / reebok your sister
& adidas rock & roll
& quand le Pinocchio baveux
poussera ma brouette à l'Ankou
j'veux faire des bulles avec mon noeud
pour éloigner les loups-garous
j'veux qu'on m'déglace au Gin-Synthol
dans une boîte de Joseph Cornell
ou à la Vodka d'chez Warhol
avec du Tomato Campbell's
nike your mother / reebok your sister
& adidas rock & roll
nike ta mère / reebok ta soeur
& adidas rock & roll ... / ... (ad lib.)
Après Higelin, autre petite parenthèse aujourd'hui, avant de poursuivre la dissection de « HF Thiéfaine Paris-Zénith ».
Pourquoi cette parenthèse ? A cela mille et une raisons. La première, c'est que j'adore cette chanson. Ensuite, elle regorge d'allusions à différents artistes, à de multiples oeuvres. Il y a aussi cette évocation de l'Ankou, personnage auquel j'ai déjà dédié une note, origines bretonnes obligent !!!
Une perle parmi d'autres dans cette chanson : « A r'garder passer les linceuls
dans la rue aux spectres visqueux
j'sais plus si c'est moi qui suis seul
ou les autres qui sont trop nombreux ». J'adore cette phrase ! Même qu'il y a des fois où pour ma part, je me demande si ce n'est pas moi qui suis trop nombreuse dans mon incommensurable solitude !!!
Aujourd'hui, je me penche plus particulièrement sur « j'veux qu'on m'déglace au Gin-Synthol dans une boîte de Joseph Cornell ». Sur Facebook, dernièrement, Uther m'a demandé si, lors de mon séjour à Venise, j'avais visité la fondation Peggy Guggenheim et si j'y avais vu les boîtes de Joseph Cornell. Horreur, je ne voyais pas de quoi il parlait, je ne voyais tout bonnement pas de quelles boîtes il s'agissait ! Et l'allusion à Hubert m'avait échappé !!!! Oui, je reconnais que je ne sais pas par coeur toutes les chansons de Thiéfaine ! Je me souviens d'en avoir discuté un jour avec Evadné : elle disait qu'elle savait sur le bout des doigts les anciens titres, mais avait du mal à retenir les textes de certaines chansons récentes. Idem pour moi ! Nous nous étions demandé si ce n'était pas déjà l'âge qui rendait notre mémoire défaillante ! Aucune idée ! Et donc, pour en revenir à Venise : oui, bien sûr, visiter la fondation Peggy Guggenheim faisait partie de mes priorités ! Mais, en me rendant dans cet endroit mythique, je ne pensais pas du tout à Joseph Cornell. Pire : lorsque je me suis retrouvée devant ses boîtes, je n'ai même pas pensé une seconde à « Psychopompes / métempsychose & sportswear ». Que la honte s'abatte sur moi en une pluie de cendres ! Alors voilà, je rattrape mon impardonnable erreur. Voici quelques boîtes de Joseph Cornell. Et je vais bientôt créer ici un album photo sur Venise et la fondation Guggenheim. J'ai été un peu déçue par le lieu, je dois dire. Peut-être parce que les salles sont trop petites et qu'on n'a pas assez de recul pour admirer les oeuvres exposées ? Enfin, quand même, je suis restée en extase devant les Max Ernst.
Sinon, grâce à cette chanson, j'ai appris le mot « dazibao » : en Chine, c'est une affiche rédigée par un simple citoyen, traitant d'un sujet politique ou moral, et placardée pour être lue par le public.
Bref, assez papoté. Voici quelques boîtes de Joseph Cornell :
10:46 | Lien permanent | Commentaires (15)













































