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14/11/2018

Metz, Paris, Dijon sur un "nuiteux cargo"

"Il sortit sur la terrasse et reprit possession de sa solitude". Romain GARY

Dimanche : petit matin, 5.00, heure d'automne. Retour d'une odyssée qui, géographiquement, m'a menée de Metz à Paris, puis de Paris à Dijon et, enfin, de Dijon à la case départ. Psychologiquement, visuellement, émotionnellement, ce fut bien autre chose ! Une sorte de plongée dans de vertigineux abysses, avec pour compagnons de scaphandre de sublimes passagers clandestins. Hubert, bien sûr, mais aussi Verlaine, Rimbaud, Lord Byron, Nerval, Lautréamont, Baudelaire. Ils étaient tous là, leurs spectres faisant tantôt mousser la Guiness, tantôt flamboyer des fleurs du mal au milieu de la boue.

Que devient le rêveur, en l'occurrence la rêveuse, quand le rêve est fini ? Difficile à dire. Les yeux bordés d'ombre après quelques nuits extrêmement courtes, au sommeil resserré, j'oscille entre l'enchantement et le pincement au cœur. Parce que c'est déjà fini, l'attente en compagnie de « cinglés sublimes » (des qui ont vu Thiéfaine entre 160 et 180 fois, des qui s'interdisent de boire durant les heures qui précèdent le concert afin de ne pas avoir à quitter urgemment la file où ils ont leur « place dans le trafic », etc.), déjà fini l'instant T où tout explose plusieurs heures durant (les conventions, les émotions), déjà finis tous les moments où, après chaque concert, on va rejoindre ceux qui en étaient afin de prolonger un peu la fête. On fait ça systématiquement, c'est devenu un rituel : on se connaît, on a parfois tissé des liens d'amitié. On aime être ensemble une fois les lambeaux arrivés : la fin du spectacle, je veux dire. On repousse le moment où il faudra se quitter. On est bien ensemble, groupés autour d'une même passion comme on le serait autour d'un feu de camp...

Mes impressions sur ces trois concerts ? Elles sont légion et j'ai encore du mal à les ordonner. Je vais tenter. Déjà, trois soirs de suite, ce fut pour moi un émerveillement de voir Hubert débarquer sur 22 mai. Un joli pied de nez au ramdam qui, il y a quelques mois, a fait rage autour de l'anniversaire de mai 68. Hubert, lui, n'était pas sur les barricades. Il avait mieux à faire. Pour notre plus grand bonheur à venir. Il était « déjà dans les nuages, à l'autre bout des galaxies ». 22 mai, c'est non seulement une grimace ironique envoyée à tout le tralala autour de mai 68, c'est aussi et avant tout du son, du vrai, qui vous décolle du sol. Un morceau énergique, donc, pour démarrer. Un morceau inattendu surtout. J'avais pensé à tout, sauf à cela. Et vous ? Et j'en reviens donc à ce que j'ai déjà évoqué ici, me semble-t-il : Hubert est toujours là où on ne l'attend pas, jamais là où on pense pouvoir le cueillir. Une espèce de coquelicot rebelle se refusant à tous les bouquets. Crachant sur l'emprisonnement en vase clos. La classe, quoi.

Ce n'est que le début. Les autres surprises vont pleuvoir en avalanche tout au long de chaque soirée. Bien sûr, il y a les chansons « classiques », celles auxquelles on s'attendait tout de même un peu (Lorelei, La fille du coupeur de joints, Les dingues et les paumés, Mathématiques souterraines, Alligators 427, Soleil cherche futur). Mais franchement, qui eût imaginé un seul instant entendre Maison Borniol sur scène ? Vous y aviez pensé, vous, honnêtement ? Moi pas. De même que je n'avais pas imaginé, même dans mes rêves les plus fous, que nous aurions droit à L'agence des amants de madame Müller. Parenthèse : tout de même, ce regard de dément qu'il a, Thiéfaine, pendant qu'il interprète cette chanson ! Je ne suis même pas sûre que dans ces moments-là il soit encore Hubert-Félix Thiéfaine, je crois qu'il devient une joyeuse orgie des trois, ou plutôt le personnage complètement dingue qu'il incarne. Et ce personnage est à la fois risible et glaçant. Il vous ferait presque croire que c'est vous qui êtes fou et/ou que vous avez quelque chose à vous reprocher.

Affaire Rimbaud, je ne m'y attendais pas non plus. Enfermé dans les cabinets (avec la fille mineure des 80 chasseurs), pareil. Et Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable, donc ! Quelle déflagration ! Éloge de la tristesse : celle-là non plus, je n'y avais pas pensé. « T'es pas tout seul en manque de secours » : eh bien rien que de le savoir, ça vous secourt un homme quand même. Et c'est beaucoup.

La dèche, le twist et le reste, Crépuscule-Transfert : deux titres synonymes pour moi de réminiscences à la fois vénéneuses et bienfaisantes. Je l'ai déjà dit, mais tant pis, tant pis, je vais radoter : Sarreguemines, octobre 1995. J'ai découvert Thiéfaine trois ans auparavant, c'est la première fois que je vais le voir en concert. Ma mère est là, hallucinée sans doute mais ayant la classe de n'en rien laisser paraître (à l'entrée, dans la file d'attente, on lui a proposé un whisky-Coca en lui faisant croire que c'était seulement du Coca, et elle a décliné poliment, avec le sourire, flairant l'arnaque mais faisant comme si de rien). Elle ne me dit pas à quel point toutes ces fumées qui courent dans la salle lui poncent les poumons, je ne le saurai que plus tard. Bref... La dèche, le twist et le reste est une de mes chansons préférées depuis le début, je me liquéfie presque en l'entendant dans la Salle des fêtes de Sarreguemines en ce 27 octobre 1995. Déjà, Thiéfaine a ce drôle de regard à la fois absent et perçant quand il la chante. Elle semble lui sortir tout droit des entrailles. Elle entre dans les miennes, elle me rappelle l'odeur de soufre de certaines amours malvenues, elle me raconte une histoire qui ressemble étrangement à la mienne. Même effet à 23 ans de distance. Quant à savoir pourquoi Hubert a choisi de la présenter façon publicité aux dents éclatantes et rieuses (« Mangez des ortolans plus souvent ! ») : mystère. Peut-être faut-il y voir encore un tour de force de son indéracinable ironie ! C'est en effet sacrément subtil d'introduire ainsi une chanson qui parle de la dèche (et du twist et du reste)...

Crépuscule-Transfert, disais-je aussi : encore un morceau qui me rappelle Sarreguemines. Thiéfaine le présentait alors ainsi : « À la fin du siècle dernier, mon grand-père maternel, que je n'ai malheureusement pas connu, a été précepteur à la Cour de Bosnie-Herzégovine ». Vous vous souvenez ? Autre temps : nous voilà au 21ème siècle. Autres mœurs du coup : cette chanson a été revisitée, et les musiciens la jouent en s'éloignant de la version originale. Parle-t-on de changement de tonalité dans ces cas-là ? Je n'en sais fichtrement rien (je ne suis pas musicienne, ça me gêne, ça me gêne), mais, avec un peu de chance, vous verrez ce que je veux dire ! Cette version 2018 m'a d'abord un peu déroutée. Mais, dès le deuxième concert, je l'avais adoptée comme une évidence de plus dans le répertoire de Thiéfaine.

J'ai oublié de parler de Stalag Tilt, punaise, non, pas possible ! Alors que c'est une de mes préférées (une de plus). Pour le sulfure qui s'en dégage, le côté obscur, la supplication totalement inattendue, sublime (« reviens, déconne pas, sans toi mon cas est périmé »).

Et puis aussi Exil sur planète fantôme, Hubert en merveilleux fossoyeur d'un monde à l'agonie, Critique du chapitre 3 et son terrible constat (« pour un temps d'amour tant de haine en retour »). Tout ça, tout ça, quoi. Pas une seule chanson qui grince, qui n'ait pas sa place dans ce patchwork balayant quarante ans de scène.

J'ai vécu le concert de Metz en fosse. Les deux autres dans les gradins. Conclusion : je ne suis pas faite pour rester assise pendant les concerts de Thiéfaine. Je n'aime pas l'idée de surplomber la fournaise sans pouvoir y mettre les pieds. Les gradins, cela m'évoque des charentaises fatiguées, assagies. Envoyez donc le pisse-mémé, de préférence à la camomille ! Ah que je m'en veux d'avoir voulu prendre soin de mon (presque) grand âge. Je me disais qu'après la folie des Arènes en fosse, un peu de calme serait le bienvenu. Mais bon sang que j'oublie vite les leçons des tournées précédentes ! Moi, ce que j'aime, c'est plonger tête baissée dans le volcan, me mêler à la faune sauvage qui chante faux, hurle et acclame. À Dijon, j'étais mieux placée qu'à Paris, moins loin de la scène. Mais imaginez un peu l'angoisse qui fut la mienne lorsque je découvris mes voisins : deux mômes de huit et cinq ans, je dirais !! Ils ont fini raides au bout d'une demi-heure, allongés tous les deux presque à mes pieds, et je ne bougeais les jambes qu'avec des précautions de nourrice afin de ne pas les mettre en sang ! Beaucoup de gens jetaient des regards horrifiés à la mère, sans doute indigne à leurs yeux, qui avait osé se pointer là flanquée de deux objets indésirables. Eh bien moi, je lui ai souri à cette dame, figurez-vous, parce que 1) je n'aime pas l'animosité, 2) je crois comprendre sa « démarche » : une furieuse envie de voir Hubert, et personne pour garder les gosses, impossible de les rentrer dans son ventre, alors quoi ? On y va coûte que coûte, on embarque la marmaille, quitte à ce qu'elle y laisse un bras ou une jambe. Après tout, ce n'est pas gênant : cela ne fera qu'un ou deux poètes de plus qui se vendront en pièces détachées !!! Pardon, excusez-moi, je débloque, et voilà que je me sens coupable ! « Coupable, coupable, coupable » : à Dijon, c'est ainsi qu'Hubert a fini Exercice de simple provocation, pointant du doigt les uns et les autres dans la foule. Une variante par rapport à ce que j'avais vu les deux soirs précédents. Autre variante, superbe espièglerie : dans Maison Borniol, à Dijon, il a ajouté « yogourts, acides » après « bières, cercueils, catafalques ». Et il a fait un sans faute sur Septembre rose, ce qui ne fut le cas ni à Metz, ni à Paris. Oui mais on l'aime quand même. Ses plantages font partie du spectacle. Et comment lui en vouloir quand on voit la qualité et la richesse de ses textes ? Je mets tout le monde au défi, tiens : allez-y, prenez un micro et chantez tout cela presque trois heures durant, L'ascenseur de 22h43, Exercice de simple provocation, et toutes les autres. Et surtout n'oubliez pas de me faire envoyer la liste des erreurs constatées ! Même pas besoin de micro, d'ailleurs. Que tout le monde essaie simplement dans sa salle de bain. Je me nourris depuis 26 ans de l'œuvre de Thiéfaine, et je m'embrouille régulièrement dans les paroles. Prenez La vierge au dodge, par exemple. Vous maîtrisez tous les numéros de tramways dans le bon alignement ? Eh bien pas moi. Si c'est le cas pour vous : respect.

Respect aussi, encore et toujours, devant Hubert : il nous offre sur cette mini-tournée quelque chose qui est de l'ordre du flamboiement, une espèce de synthèse de toutes les tournées précédentes. Et peut-être, qui sait, une amorce de la prochaine ? Allez, on y croit ! Il en faut au minimum encore une puisqu'il manque sur celle-ci Vendôme Gardenal SnackMaalox Texas Blues, et celle-là, et tant d'autres !

 

 

Commentaires

Je lis ton billet :

Écrit par : le Doc. | 14/11/2018

Je t'ai lue !...

Écrit par : le Doc. | 14/11/2018

:-)

Écrit par : le Doc. | 14/11/2018

Maintenant c'est fini.. bercy 2018 et le billet de katell ..
Prochaine étape, nouvel album..
Dommage pas de vendôme pour Katell....
Merci katell , c'est magnifique comme d'hab..

Écrit par : lefan | 14/11/2018

Il n'y pas que Capri ;-)

https://www.youtube.com/watch?v=qTo1q5mk9io

Écrit par : le Doc. | 14/11/2018

Par contre thiefaine junior je le supporte pas...

Écrit par : lefan | 14/11/2018

@ lefan :

, cela est de ta légitimité lefan toutefois il y a un dicton qui dit " Tel père, tel fils .. " !...

p.s : la musique d'Hubert n'ouvre pas à une meilleure compréhension de l'autre (vous est un autre je..) et cela je l'ai constaté sur les quelques centaines de concerts que j'ai effectué sur les traces de mes traces .. et de cela j'en sais le pourquoi !...

:-; et :-) à toi et à qui me lira ..

Écrit par : le Doc. | 14/11/2018

SURPRISE :

http://www.thiefaine.com/livre-dor/

Écrit par : le Doc. | 14/11/2018

Merci pour ce lien vers le livre d'or, Doc ! De très beaux témoignages, dont le tien !
Lefan, ne soyons pas tristes, ou le moins possible : attendons la prochaine tournée, tranquillement...

Écrit par : Katell | 14/11/2018

Tes billets sont toujours aussi plaisants, détaillés, complets à lire , Katell :) Et Merci pour ça :)
Comme toi, j'ai retrouvé le Thiéfaine des années 80 dans ses expressions .
Thiéfaine 2018 interprétait du Thiéfaine 80 ...
Le concert à Dijon a été parfait, j'ai aimé les arrangements dans leur ensemble, c'était assez harmonique .
En revanche, je n'ai ressenti aucune émotion, peut-être parce que je connaissais déjà la setlist et avais visionné les différentes vidéos des concerts précédents .
La salle est -elle trop grande pour favoriser ce poing à l'intérieur qui te serre à l'écoute des chansons. Vendôme aurait pu m'envoyer cet uppercut en plein coeur, mais c'est aussi celle que je n'ai jamais entendue ...

Écrit par : brigitte | 14/11/2018

@Brigitte, moins d'émotions pour moi à Paris et à Dijon. Mais je crois que les gradins y étaient pour beaucoup ! En tout cas, je garde dans les oreilles toutes les musiques entendues pendant trois jours, je garde en mémoire les beaux visages autour de moi pendant les concerts, les beaux visages après, et cette joie lue ici ou là. J'ai regardé la vidéo vers laquelle tu as mis un lien et je me dis que j'ai oublié de parler, dans mes deux derniers billets, du décor sur scène, du canapé, des accessoires appartenant à Hubert. Ce sera pour une autre fois !

Écrit par : Katell | 14/11/2018

Les accessoires appartenant à Hubert ... tu remues le couteau dans la plaie ... !!!! :)

Écrit par : brigitte | 14/11/2018

Quelle verve, Katell !!
Merci.

Moi, j'aurais bien aimé "Nyctalopus Airline" et"113 ème…" (pour le feu qu'elle provoque. Même so m'auto-censure d'Hubert me fait tiquer).

Salutations (et sentiments, donc) numériques…

Écrit par : Seb | 15/11/2018

Bonjour,

Les « acrobaties verbales » de Tanguy Pastureau ont vraiment des accents typiquement Thiéfainiens ! Sans doute l'une de ses sources d'inspiration...
Il le cite et y fait référence :

https://www.youtube.com/watch?v=zQ3m8CVDQi4
0 : 20

https://www.instagram.com/tanguy_pastureau/

Écrit par : CélineCapucine | 17/11/2018

Merci beaucoup pour vos commentaires ! Et merci pour le lien, CélineCapucine. C'est amusant, j'écoute très régulièrement Tanguy Pastureau depuis que je l'ai découvert. Je rêve d'assister à un de ses spectacles. Je lui trouve un petit côté Coluche, je ne sais pas trop pourquoi, sans doute parce qu'il me fait autant rire ! Je ne savais pas qu'il aimait bien HFT et l'avait cité dans une de ses chroniques !

Écrit par : Katell | 17/11/2018

@CélineCapucine : du coup, je me suis renseignée pour les spectacles de Tanguy Pastureau. Il passera dans ma région en avril 2019. Je note !

Écrit par : Katell | 17/11/2018

J'étais à Toulouse hier soir. 2h de route, et deuxième fois en 2 mois et des poussières que je réalise ce qui ressemble à un rêve : voir HFT en concert.
Jamais je n'aurai cru, après Bordeaux, le revoir. C'est en lisant le dernier billet de Katell, parlant toujours superbement de son "rallye thiéfainien" que je me suis dis qu'il vaut mieux avoir des remords que des regrets. Avec le froid qui s'installe, je commence à avoir froid aux oreilles, et quoi de mieux qu'un concert et un bonnet à l'effigie du corbeau d'Allan Poe pour me les réchauffer ?
C'est ainsi que je lançais il y a aujourd'hui une semaine : "Thiéfaine passe à Clermont-Ferrand le 17" à ma mère (qui m'a accompagnée la première fois) et à une amie. Quand je compris que l'idée de revoir, de frôler une nouvelle fois ce "monstre de la chanson française" bien qu'il n'aime pas cette appellation, ou plutôt mon sauveur, celui sans qui je ne serai... plus, sans doute, sinon une loque à l'esprit tel "une fleur flétrie". Bref, voir Thiéfaine en ce week-end où il cumule 3 dates serait mon cadeau d'anniversaire un mois en avance. Quoi de mieux pour fêter ses 17 ans à venir ? Rien. Je vous le dis.
Mais les grèves aidant, Clermont se révéla trop peu judicieux, et c'est comme ça que mon père, fraîchement débarqué du Colorado, se retrouva à nous emmener, mon amie (qui tenait quand même à voir ce personnage dont je lui rebats les oreilles) et moi. 2h de route après la fin des cours, je n'avais pas pu piquer un somme en maths, j'avais peur de ne pas tenir le coup.
C'était sans compter Hubert, bien évidemment. Billets achetés le matin même en poche, nous étions déjà dans la fosse. Mon premier concert en fosse ! Je passe les sceptiques qui accompagnaient une amie ("moi Thiéfaine je suis hermétique"), les fumeurs de joints notoires ("à poil Thiéfaine !" qui m'ont renversé leur bière dessus. Je passe aussi la première partie qui, à Bordeaux, avait fait saigner mes tympans. Bref, juste un magistral 22 mai, chanson avec laquelle je découvris (ou en tout cas j'eus une révélation), un 13 novembre 2015 celui qui allait devenir aussi important pour moi.
J'avais mis mon T-shirt "si ça continue faudra que ça cesse" acheté à Bordeaux, couplé à un casquette brillante (elle s'allume en fonction du bruit, elle à marché à 100% tout le temps où je l'ai allumée, preuve qu'HFT est toujours en forme et nous la transmet, cette forme !). J'ai jeté un petit regard à mon père, qui aime bien nous faire le rythme de ce chef d'oeuvre, il était agréablement surpris. J'ai compris aussi que du haut de mon mètre 55, ce serait dur de voir vraiment bien ce cher Hubert. Je vous passe l'entièreté de la play-list, dont je garde encore des bribes au fond des oreilles, qui ricochent encore d'une synapse à l'autre, alors que mes neurones grillent de plaisir.
Mon amie a reconnue la belle Vierge au Dodge 51 que j'aime lui réciter (en entier ! Des heures d'écoute ! Et je connais les n° des tramways par coeur, Katell !) et c'est avec une immense joie que tout le public s'est mis à sauter sur place alors que je m'essoufflais à pleins poumons.
Lors d'une pause, une dame qui avait les yeux brillants a demandé à son amie : "Mais du coup, c'est quoi comme oiseau ? Un merle ?" Je me suis retournée, et ai répondu de façon simplifiée : "C'est un corbeau, celui d'Edgar Allan Poe", elles avaient l'air contente.
J'ai cru mourir tant j'ai crié sur Sweet Amanite Phalloïde. Et le Soleil Cherche Futur qui avait illuminé ma nuit il y a maintenant plus d'un mois fut semblable. J'avais à peine assez de souffle pour brailler : "Soleil !" comment un mot si... simple peut avoir autant de résonances ? Je vous le demande. Une de mes chansons préférées, n'en déplaise à ma mère qui n'écoute pas les paroles...
La dèche le twist et le reste, que mon amie a adoré (de même que Lorelei et Un automne à Tanger), était sublime. La question reste : pourquoi des ortolans ? Conscience écologique ? Ou juste... ironie sibylline ?
Quand vint le temps de chanter Toboggan... J'ai senti mon coeur se serrer. Et, dans le déni de cette existence qui touche à sa fin, avec toute la rage que cela m'inspire, cette colère, cette fureur de ne pas être née bien plus tôt pour pouvoir savourer l'homme dans ses plus belles années (le Buesymental Tour par exemple **), j'ai hurlé : "Exigeons l'immortalité !"
Dommage, mes paroles n'ont pas inspiré grand monde. Mon amie a remarqué mon mal être, et je suis restée "pareille à la feuille morte" alors que sa poésie soulignée d'une musique d'une incroyable mélancolie, nostalgie résonnait dans la salle. Je suis la seule à avoir du mal à supporter cette chanson...?
Vint ensuite la fille du coupeur de joints. Les salutations. Et puis... cette chère Anaïs. "chanson d'amour". Le soir où j'ai découvert Hubert, l'ami de mes parents présent disait : "Si j'avais eu une fille, je l'aurai appelée Anaïs." Joli prénom, en effet... Plus facile à prononcer que Loreleï.
Nous nous sommes extraits de la foule embrumée, et en sauvages que nous sommes, nous avons fuis. Mon père m'a dit au téléphone : "allume ta casquette" pour qu'il nous retrouve. J'ai croisé des gens de mon village, qui ont fait 2h de route pour venir voir Hubert. J'étais estomaquée.
J'ai quitté le Zénith alors qu'il y avait encore du monde dans la salle. Mais je n'aime pas les bains de foule. Et je ne sais pas si, de toute façon, j'aurai pu ne serais-ce qu'apercevoir ce cher Hubert autrement qu'en habit de scène. Que ce soit juste tout de noir vêtu, dans une sobriété remarquable, ou avec sa queue de pie, son chapeau et ses lunettes sombres, titubant et lâchant un petit : "acides...?" qui me fait sauter de joie. Bref, je n'aurai pas d'autographe. En fait-il seulement ? Je ne sais pas. C'est peut-être mieux comme ça. Je lui serrerai la main en rêve et, sur les 2h de retour, "dans la nuit des villes sans lumière", quoi de mieux que de glisser Soleil Cherche Futur et Dernières Balises (avant mutation) pour tenir mon père éveillé ? Faire une petite rétrospective du concert. Sentir, après toute cette pêche (mon amie voyait Thiéfaine comme un oiseau de mauvais augure, juste bon à cracher "moi je vous dis bravo et vive la mort" et autres paroles morbides selon elle, elle a été plus que surprise !), un léger coup de moi. Ca y est, c'est fini.
40 ans de chansons. Merci Hubert-Félix Thiéfaine.
Quand repartiras-tu pour de nouvelles aventures ? Une prochaine tournée...? Après Clermont Ferrand et Montpellier, bien sûr.

Écrit par : luna | 17/11/2018

@Katell : Je vais essayer aussi sur Paris. C'est un peu compliqué car c'est le mercredi soir, mais je vais essayer.

Écrit par : CélineCapucine | 17/11/2018

Bonjour Luna, je découvre ton commentaire à l'instant. J'ai ri et pleuré en te lisant. Le coup de la casquette qui s'allume : trop fort ! Et ton père qui te dit : "Allume ta casquette", c'est du Thiéfaine en marge de Thiéfaine (genre "tu me reconnaîtras facilement puisque je porterai mon éternel chapeau à cran d'arrêt" !!). J'ai souri en voyant que nous avions écrit à peu près au même moment notre regret de ne pas être nées plus tôt toi et moi (je venais juste de publier un autre billet sur Metz, Paris et Dijon quand est apparu ton commentaire). Et encore, j'ai un certain nombre d'années d'avance sur toi, ma carlingue est largement déglinguée maintenant !!!! J'ai pleuré d'émotion pour tellement de raisons en te lisant, ce serait difficile à expliquer. Je me reconnais dans ce que tu écris. Je trouve fabuleux que tu aies pu aller à ce concert ! Moi aussi, j'ai la gorge qui s'empâte quand Hubert chante "Toboggan", chanson que j'ai négligée dans mes derniers billets. Impasse venue de mon inconscient refusant de voir en face la réalité des 70 ans d'Hubert ? Je n'en sais rien. Il y a sans doute quelque chose de cet ordre-là...
Je te salue, Luna, et je salue également ton merveilleux enthousiasme !

Écrit par : Katell | 17/11/2018

Et bravo, Luna, pour la maîtrise des numéros de tramways !!!

Écrit par : Katell | 17/11/2018

Je me rends compte que je me répète un peu dans mes messages, mais je suis encore en "redescente" après mon concert, je crois que c'est une excuse valable ici !
Je suis très contente que mon résumé ai pu susciter ce genre de réaction de ta part ! Et je n'avais pas pensé au chapeau à cran d'arrête, honte à moi ! J'en parlerai à mon père, il sera content !
Pour la casquette, je l'ai agitée en guise de briquet (je suis non-fumeuse...) lors des plus belles chansons, j'espère que ce cher Hubert aura remarqué l'effort...
C'est une belle impasse que fait ton cerveau, le mien malheureusement n'y arrive pas... Suis-je la seule à trouver les dernières interview du bonhomme un peu maussades, un peu défaitistes...? M'enfin, bien qu'il ne me reste que mes oreilles pour pleurer, je vais savourer les dernières saveurs de ma "redescente"...
Bien cordialement :) Et merci pour les numéros de tramwyas !

Écrit par : luna | 17/11/2018

Bravo Katell, très beau billet pour se replonger encore un temps dans cette tournée. Après l’euphorie c’est la mélancolie qui me gagne. Durant un an on a vécu en se posant 1000 questions sur cette tournée des 40 ans, en apportant tout autant de réponses et en se faisant sa setlist idéale. Mais voilà c’est déjà fini (sauf pour ceux qui auront la chance d'être à Montpellier ce soir). Pour revenir à ta question Katell sur « maison Borniol », pour ma part j’étais certain qu’on allait avoir ce titre, c’est le teaser pour annoncer la tournée, posté sur les réseaux sociaux, qui m’avait mis la puce à l’oreille : 2 victoires de la musique, 5 millions d’album vendus etc… le tout sur le son de Borniol version bercy 98. Du coup je pensais même que le concert débuterait par ce morceau. Pour ce qui est du reste de la setlist il y a eu de nombreux morceaux excellents, mais il manquait quand même « pulque mescal y tequila », « exit to chatagoune-goune » ou « une fille au rhésus au négatif », "animal en quarantaine"… La prochaine fois ?... Certains titres n’étaient pas indispensables à mon goût (le jeu de la folie, je t’en remets au vent, la ruelle des morts) Chacun ses goûts et ses envies, j’étais quand même sur un petit nuage durant les 2h45 de show. Une petite déception (que je me fais quasiment à chaque tournée) c’est de finir par « la fille du coupeur de joints », certes il y a eu un petit bonus après mais vu que c’est le seul titre où toute la salle est debout, on a vraiment envie que ça enchaine avec quelque chose qui bouge (Narcisse pourquoi pas ?, was ist das rock'n'roll?...)

Enfin pour finir ce petit billet « déception »- hft nous promettait des titres jamais chanté en concert, bah en fait j’en vois que 2 (« toboggan » & « critique du chap 3 »). Bref j'arrête là mes disgrâces, je tente juste de trouver des excuses pour que cette mélanco qui me tient depuis le lendemain de Bercy s'en aille. Reviens-nous vite sur les routes Hubert, en attendant heureusement que ce blog existe pour nous autres fans...

Écrit par : Ignatius | 18/11/2018

@Ignatius : pour Maison Borniol, aucun pressentiment en ce qui me concerne ! Il faut dire que j'ai tout fait pour en apprendre le moins possible à l'avance sur cette tournée (trop courte, trop courte). Ce fut une réelle surprise, de bout en bout !
J'espère que la mélancolie va vite te quitter. De mon côté, je ne sais pas pourquoi je n'en éprouve pas tellement cette fois. Je ne comprends pas ! Je suis même plutôt sur un petit nuage depuis que j'ai vécu mon week-end de folie consacré entièrement à Hubert !!! Je crois qu'au fond de moi, il y a la certitude que du nouveau arrivera très prochainement, mais peut-être que je me trompe ?
Très heureuse si ce blog peut servir à se tenir chaud entre fans ! Il me fait du bien à moi aussi !

Écrit par : Katell | 20/11/2018

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