09/04/2026
Mes nuits avec HFT sont plus belles que les celles de Voulzy sans Kim Wilde !!!
"On peut perdre de vue le monde entier dans un adieu". Hector BIANCIOTTI
Laurent Voulzy chantait ses nuits sans Kim Wilde. Eh bien moi, je pourrais chanter mes nuits avec Hubert-Félix Thiéfaine ! C'est bizarre qu'il revienne aussi souvent dans mes rêves. Je peux dire, sans craindre le ridicule puisqu'il ne tue pas et puisque je m'en fous, en fait, que je dispose dans ma vie privée de toute la panoplie de la fan quasi énamourée. De la groupie, si vous voulez. D'ailleurs, un jour, en écoutant La groupie du pianiste avec mes filles, j'ai dit à celles-ci que je n'étais ni plus ni moins que la groupie du Bébert. J'assume encore pleinement ces propos, ainsi que la réalité qu'ils recouvrent.
Thiéfaine, cela fait presque trente-quatre ans qu'il m'accompagne. Je n'oublierai jamais cette découverte émerveillée. Un peu comme quand, arrivée en Allemagne, je m'aperçus que les gens utilisaient au quotidien des mots que je trouvais tellement beaux que je les croyais réservés aux dimanches et aux jours fériés. Mais non, ils les employaient comme ça, dans la vie courante, et peut-être sans se rendre compte de l'explosion de poésie qu'ils envoyaient. Mutterseelenallein, Heimweh, Fernweh, Geborgenheit, et tant d'autres. Même Kühlschrank, armoire fraîche pour réfrigérateur, je ne m'en suis jamais remise. Ou Krankenhaus, maison des malades, pour hôpital. Bref... Revenons à notre Bébert : en 1992, ce fut la même révélation. Mon Aha-Erlebnis, comme disent les Allemands, encore eux, et c'est si beau, encore une fois ! Quoi, il chante « ta jeune écorce d'homme éclaboussée de femme » ? Mais c'est merveilleux de s'adresser ainsi à son fils qui vient de naître ! Quoi, « tu voudrais qu'il y ait des ascenseurs au fond des précipices » ? Mais comme ces mots sont justes, comme ils sont parfaits, parfaitement agencés, tellement beaux qu'on les dirait faits uniquement pour les dimanches et les jours fériés, comme les substantifs allemands ci-dessus nommés.
J'en fus comme deux ronds de flan, pour le dire un peu laidement. Plutôt ébahie, plutôt éblouie. En découvrant les albums les uns après les autres (car il y en avait déjà un paquet à ce moment-là), j'allais d'émerveillement en émerveillement. Je venais de rencontrer l'œuvre qui devait résonner à jamais en moi comme nulle autre. C'était du Cioran paré de rock'n'roll. Du Gary « éclaboussé » de guitare électrique. Du Thiéfaine, tout simplement. Avec, pour ne rien gâcher, des références à la littérature allemande. Ce qui fut, évidemment, un éblouissement de plus.
Tout à coup, je trouvai bien fades les artistes que j'avais écoutés jusqu'alors, et dont je tairai les noms parce que je n'aime pas être désobligeante. Je venais de toucher de l'âme du grand art, et ce grand art me touchait l'âme en retour. Ça me sauva la vie. Je n'avancerais plus jamais seule, je le sentis confusément, immédiatement. Je serais désormais accompagnée d'une môme kaléidoscope, d'un pantin déglingué, d'une Lorelei, d'une pauvre petite fille sans nourrice arrachée du soleil (celle-là, je décrétai d'emblée qu'elle était ma sœur). J'avais raison de penser que tous ces êtres étranges venaient de rompre à jamais ma solitude. Aujourd'hui encore, ces personnages lunaires peuplent mon quotidien et en font un théâtre magique, un peu comme celui du Loup des steppes, d'Hermann Hesse.
Mais je me suis sacrément égarée dans ce texte où il devait être question de mes nuits avec Hubert-Félix Thiéfaine. Je pourrais citer je ne sais combien de rêves où il fut. Le tout premier, je l'adore : je faisais mes courses au supermarché et je rencontrais monsieur HFT au rayon … alcools ! Comme quoi, le subconscient n'est pas con ! Le mien, en tout cas ! Cela dit sans vouloir me vanter (quoique, quoique). Un autre rêve : un soir, Thiéfaine venait donner un concert dans le fond de mon jardin (j'habitais alors à la campagne et ledit jardin aurait effectivement pu accueillir ce genre d'événement). Le plus drôle, c'est que Thiéfaine décidait de ne pas vraiment profiter de la vastitude de l'endroit et qu'il préférait se produire dans une espèce de baraque à frites. Je ne lui connais pas, pourtant, de racines belges ! Et là, je ne sais pas trop ce que ce rêve dit de mon subconscient, qui n'est finalement pas toujours brillant, que voulez-vous...
Il y a eu bien d'autres rêves, je le sais, mais ils ne me reviennent pas pour le moment. En revanche, j'ai encore en tête tous les détails de celui de cette nuit : j'assistais à un grand repas où étaient réunis de nombreux fans autour d'HFT. Et j'occupais la place d'honneur puisque je mangeais à côté d'Hubert lui-même. Que d'ailleurs je ne me sentais plus. Avoir le privilège de me restaurer à la droite de Dieu ne m'eût pas fait plus grand effet, n'en déplaise à ce Dieu (pardon, pardon, pardon, c'est sacrilège).
Que dit ce rêve ?
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Que sans doute j'avais faim en pleine nuit et que fort heureusement, qui dort dîne. Et les mets sont encore plus succulents d'être ingurgités en présence d'un certain HFT !
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Que mon subconscient ne se prend pas pour de la petite merde. Et même qu'il a le melon et la folie des grandeurs.
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Que, parfois, mes nuits sont plus belles que mes jours.
Sur ce, je m'en vais me préparer pour aller bosser, parce que la vie ce n'est pas, comme dirait monsieur HFT, du bubble-gum... Parce que la réalité, parfois, est ce putain de mur où viennent se fracasser les rêves. Et là, que ton subconscient ait la folie des grandeurs ou pas, il lui faut bien revenir sur terre, où c'est pas tous les jours dimanche...
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02/04/2026
Se résoudre aux adieux...
"J'ai fini par acquérir durablement le sentiment de l'éphémère". Jean ROSTAND
Sibyllins, tous ces messages qui nous sont parvenus de la planète Thiéfaine la semaine dernière ? Pas tant que ça, en fait ! Dès le début, si on faisait le lien avec le titre et le contenu de la chanson dont ils étaient extraits (et ce lien, nous l'avons tous fait, n'est-ce pas ?), on n'entendait qu'un seul mot résonner au cœur d'un silence qui faisait mal à la tête : adieux. « Adieu, à présent, à jamais pour toujours, à la vie, à la mort et au compte à rebours », chante Yves Jamait. Les comptes à rebours, moi, ça me parle, et dans une langue que je comprends mieux que toutes les autres, question de disposition quasi fœtale. Je suis sûre que déjà dans le ventre de ma mère je me disais : « Bon, cette vie qui commence court déjà vers sa fin, tragique marathon à l'issue fatale ». Je ne dis pas ça pour crâner et faire penser que je disposais malgré mon très jeune âge d'un vocabulaire hautement sophistiqué, mais plutôt pour indiquer ma conscience (à la noix) de la finitude des choses. Conscience qui puise forcément ses racines quelque part, n'est-ce pas, alors pourquoi pas dans le ventre de ma mère ?! Tout commencement annonce aussi une fin, ne l'ai-je pas écrit des milliers de fois ici ? Je redoute tellement le point final de toutes choses que j'en suis venue parfois à en redouter l'incipit ! Je crois que je n'ai pas mon pareil (ni ma pareille, s'entend) pour, au beau milieu de la joie, imaginer déjà le goût amer qu'elle laissera quand elle ne sera plus ! Ah, cette manie de voir le verre vide alors qu'il est encore plein, cette crainte d'y boire puisque boire signifie le vider, « c'est des coups à vous faire des armées d'impuissants », pourrais-je dire si je voulais imiter Brel ! Mais je ne veux pas imiter Brel, je veux m'imiter moi-même et, dans mon monde un peu bizarre où je m'imite moi-même, cette manie, c'est des coups à vous planter des épines dans le cœur... Je l'ai appris à mes dépens et à la sueur de mes plaies.
Il fallait bien que ça arrive, n'est-ce pas ? Et nous savions tous que cela finirait par arriver : les adieux de monsieur Hubert-Félix Thiéfaine. Sa longévité confinant au légendaire pouvait nous inciter à mettre des œillères, ce dont je ne me suis pas privée pour ma part. Nous inviter à nous dire : « Il est éternel, increvable, tout-puissant ». Mais, toujours, le principe de réalité vient dégommer le principe de plaisir, le faisant tomber de son « socle de rêve ». Règle immuable en ce bas monde. Vraiment très bas, parfois, ce monde, soit dit en passant...
Alors voilà, cette tournée marquera pour moi la fin de trois décennies. Trois décennies passées à attendre fiévreusement les concerts faisant suite aux albums, les albums faisant suite aux concerts. Je ne sais pas encore très bien comment va s'organiser ma vie dans ce désert. Oui, j'ose le mot ! Et mes autres admirations ne seront jamais de taille à remplacer mon king. Je suis désolée pour elles, mais c'est ainsi, Thiéfaine est mon indétrônable, mon unique. Peut-être parce que cette passion née par une nuit de septembre dans une R18 fut une des seules à me trouver réellement fidèle, capable de mille et un renoncements, peut-être parce que la bande-son HFT qui irrigue mon existence entière est celle qui correspond en tous points et pour une raison qui m'échappe (ce qui est encore mieux, les grandes amours étant, je crois, réservées au domaine de l'inexplicable) à mon ADN ? Parce que c'était lui, parce que c'était moi, ai-je envie de m'exclamer pompeusement. J'ai trouvé dans l'œuvre de Thiéfaine la fréquence que je n'attendais pas, celle qui ne pouvait qu'entrer fortement en résonance avec la mienne. C'était en 1992, ça a traversé ma vie comme pas grand-chose d'autre, ça l'a accompagnée, cette vie, de bout en bout ou presque, et ce n'est pas une tournée d'adieux qui jartera tout ça d'un revers de micro, c'est moi qui vous le dis.
En attendant, je vais tâcher de savourer l'attente, je vais m'efforcer de ne pas penser à l'après. Ça va être dur avec ma structure à la con (vous savez, le verre que je vois déjà vide alors qu'il est encore plein, la joie dont déjà le goût amer qu'elle laissera me chatouille la gorge alors même qu'elle est en train de me livrer son meilleur nectar), mais je crois que je lui dois bien ça, à Thiéfaine. Quelque chose comme une reconnaissance. Pour tout ce qu'il a semé dans mon parcours. Et que je ne mesure pas vraiment, tant ce champ est vaste !
N'empêche que je ne sais pas comment je vais faire pour me résoudre aux adieux. Derrière un kleenex, saurai-je mieux lui dire le mot qui tue ? Je n'en suis pas sûre... Parce qu'il est des cafards qu'on ne parviendra jamais à noyer. Taxi-dancing et compagnie, c'est de la roupie de sansonnet à côté de trente-quatre ans d'amour qui furent trente-quatre ans d'amour fol !
09:26 | Lien permanent | Commentaires (20)
27/03/2026
C'est officiel...
19:20 | Lien permanent | Commentaires (24)
25/03/2026
Et donc...
16:56 | Lien permanent | Commentaires (6)
24/03/2026
L'heure est grande (mais pas grave, j'espère !)
Chers amis (au passage, je vous demande de ne pas m'en vouloir si je ne pratique pas l'écriture inclusive, je n'aime pas ça !!!), l'heure est GRANDE. mais pas grave, j'espère ! Tellement grande que je ne vous mets pas de citation avant ce billet. Aucune ne résumerait ma pensée, et puis je n'ai pas la tête à chercher dans les petits carnets dans lesquels je consigne les mots des autres qui me plaisent. L'heure est trop grande et mon esprit est trop en vrac, mon cœur aussi, ma vie tout entière !!!
Sur les comptes Insta et Facebook liés à HFT et alimentés par je ne sais trop qui, quel truchement, quelle main, ce message déposé il y a environ une heure :
"Après de vagues lueurs d'ultimes prolongations"...
Nous allons pouvoir dès à présent pouvoir supposer, supputer, subodorer des tas de machins, jusqu'au jour où la main, le je ne sais trop qui, le truchement nommés ci-dessus daigneront donner une suite à ce message sibyllin. Moi je dis que ça sent la tournée, mais peut-être la der des ders de ses tournées, à notre Hubert tant aimé... Je n'aime pas que l'annonce soit tirée d'une chanson intitulée Des adieux. Mais peut-être que je me trompe ? Peut-être aussi et surtout que j'ai archi envie de me tromper... Mais peut-être qu'il faut un jour, comme disait l'autre, se résoudre aux adieux ?
Avec tout ça, moi qui comptais vous faire un billet sur le concert de Ben Mazué auquel j'ai assisté samedi soir, et puis un autre sur ma découverte émerveillée de l'univers de Gaëtan Roussel, j'accroche tout ça à un clou pour une autre fois. Je suis trop ... je ne sais même pas comment, mais je suis trop. Quand Hubert se pointe, tout le reste s'efface, je l'ai déjà expliqué ici, j'y peux rien, c'est ma structure, comme dirait le Doc. Et je dis chapeau à notre Seb qui pressentait un truc pour mars. Serait-ce lui la main, le je ne sais qui, le truchement ?!
Joie dans les chaumières et ... savourons le jour présent qui nous offre cette heure si grande ! Elle vous inspire quoi, à vous, cette heure ?
19:39 | Lien permanent | Commentaires (8)
14/02/2026
Vincent Delerm était au théâtre de Thionville mercredi soir et c'était bien d'y être aussi !
"C'est en voyant les amis et parents qui ont notre âge que le vieillissement se mesure le mieux. Ce que nous ne voyons pas sur nous, nous le lisons aisément sur les autres". Henry BAUCHAU
D'une certaine manière, les filles de 1973 auront toujours trente ans. Ce que dit une chanson un jour, elle le dit toujours ! De toute façon, ça aurait l'air de quoi, « les filles de 1973 ont cinquante-deux ans » ? Surtout, ça ne rentrerait pas dans les cases ! Bon, d'accord, ça m'arrange bien, ces trente ans figés à jamais dans un refrain, étant moi-même née en 1973 ! Et le concert de Vincent Delerm, mercredi soir au théâtre de Thionville, a renforcé mes convictions ! Quand on aime, on a toujours trente ans, n'est-ce pas ? Et moi, je passe ma vie à aimer. Je ne dis pas ça pour frimer, mais parce que c'est vrai !
Je dois d'abord rappeler que le théâtre de Thionville, de manière indélébile, restera toujours associé à HFT dans ma mémoire et dans mon cœur. À chaque fois que j'arrive là, je revois le Doc, je revois David K., et bien d'autres encore. C'est une immense fresque façon Delerm qui s'offre à moi en l'espace de quelques secondes. Elle est composée, cette fresque, de visages aimés. Et, au milieu, coule celui d'Hubert, parce que toujours je reviendrai à lui, en vieille junkie dingue et paumée qui ne trouve de véritable apaisement et de véritable miroir que dans son œuvre à lui : la grande, l'unique œuvre à lui, le grand, l'unique. Mais cette admiration débordante (peut-être un tantinet obsessionnelle, j'en conviens) ne m'empêche pas de naviguer régulièrement dans d'autres eaux, histoire de ne pas m'enfermer totalement dans une irrémédiable monomanie. Histoire aussi de mieux apprécier chaque retour au port d'attache nommé Thiéfaine. Mais stop avec lui, parlons de Delerm !
Oui, je sais, je sais, d'aucuns me diront que c'est lent, que c'est chiant. Eh bien moi, dans ce monde où tout va si vite et vers sa perte de surcroît, je trouve qu'un peu de lenteur ne nuit pas. Depuis 2003, la voix légèrement traînante de Delerm emplit fréquemment mon salon et/ou ma voiture. J'aime particulièrement l'écouter en alignant des kilomètres au volant de ma Clio et en regardant défiler des paysages qui ne cessent de se dérober à mesure que je les traverse. Hautement delermien, tout ça ! On dirait des courts-métrages qui se jouent puis se referment aussitôt.
J'aime l'univers de Vincent Delerm parce qu'il est un hymne aux souvenirs, un temple érigé à la mémoire de ceux qui ont compté. Et, d'ailleurs, tout le concert de mercredi tournait autour de cela. On aurait dit du Proust en chansons.
Vincent Delerm nous a offert un spectacle intimiste, nous livrant des moments-clés de sa vie : les cours de piano chez Nicole Bruyère, les discussions avec sa grand-mère qui ne se lassait pas de dire à ses enfants et petits-enfants « vous aurez connu deux siècles » - sans que personne ne sût jamais si ces mots étaient teintés d'une pointe de regret pour elle-même qui n'en verrait qu'un, de siècle, ou d'une pointe d'autre chose, mais de quoi ?-, l'incendie de la maison des Pascaud (si je me souviens bien du nom), les tournois de ping-pong, les instants précieux partagés avec sa compagne et ses enfants. Tout cela constitue une fresque (c'est d'ailleurs le titre du dernier album de Delerm) dans laquelle on se laisse glisser avec émotion. On vit un moment Proust, un moment Varda, un moment Modiano, le temps d'une soirée. Sur la scène, un écran où défilent des visages, des minutes immortalisées dans une vidéo, des lieux arpentés X fois. Ce que nous raconte Vincent Delerm en ce mercredi soir fait écho à ce que chacun de nous, dans la salle, pourrait raconter. Une histoire faite des blancs qu'y ont semés les absents. Une histoire faite des couleurs qu'y mettent chaque jour les présents.
Tout à coup, me voilà qui pleure sur le refrain pourtant enjoué de la chanson Les filles de 1973 ont trente ans. Parce que je sais bien, au fond de moi, si je cesse deux minutes de me mentir, que l'exacte vérité qui ne rentre pas dans les cases, c'est que ces filles-là, dont moi, ont cinquante-deux ans aujourd'hui. Peut-être même cinquante-trois. Peut-être même plus d'âge du tout. Ah, Vincent, ton univers impitoyable ! Univers où se croisent les vivants et les morts et où les disparus laissent partout leurs empreintes !
Bref, un char d'assaut de mélancolie nous fonce dessus en ce mercredi soir, accompagné de pelletées de nostalgie, mais toujours suivi de près par des monceaux de vie ! Et l'humour ne manque pas, n'allez pas croire autre chose !
En somme, c'est, presque deux heures durant, le film de l'existence qui se déploie sous nos yeux et dans nos oreilles.
Rien à ajouter. C'était chouette. Comme une parenthèse de douceur et de lenteur au milieu du fracas du monde. C'était plus qu'un moment Proust, ou Varda, ou Modiano. C'était un moment Delerm. Et c'était drôlement bien !
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28/01/2026
Jil Caplan était au Long Way samedi soir et c'était ... the place to be !!!
"Dans le jardin
le prunier de son côté
en plein épanouissement
au moment où s'avère
combien de mon côté j'ai vieilli". RYÔKAN
Samedi 24 janvier : ambiance cafardeuse à Longwy. Brouillard, grisaille, chape de plomb dans cette ville du pays haut, comme on dit par chez nous. Le pays haut, question « infiniment de brumes à venir » et « ciel si bas », n’a rien à envier au plat pays qui fut celui de Jacques Brel… En Lorraine, quand on dit « pays haut », on ne pense pas glamour, on ne pense pas sexy. On devrait peut-être. C’est, en tout cas, la vision que nous propose Jil Caplan, qui se produit ce soir au Long Way. Elle est déjà venue ici en mai 2024. Et j’étais là, moi aussi, car je m’arrange souvent pour être au même endroit qu’elle ! Tout au long de la soirée, elle avait rendu hommage à cette Lorraine au cœur d’acier qui lui est chère. En ce samedi 24 janvier, elle ne déroge pas à la règle. Le Long Way, c’est un peu, selon elle, comme un pub perché sur les hauteurs d’une ville anglaise cernée de brouillard. Vu comme ça, Longwy dans la brume prend tout de suite une autre allure aux yeux de tous !
Jil Caplan, soixante ans et je n’en reviens pas… Soixante ans et une allure de jeune fille. Zut alors, mes idoles ont vieilli. Ce qui ne me rajeunit pas non plus. Car ai-je moi-même fait autre chose pendant tout ce temps ?! Ah, décidément, la vie n’est pas tendre ! Mais elle a du bon, fort heureusement…
Comme ce concert de Jil. La dernière fois, en mai 2024, elle s’était produite ici avec Emilie Marsh. Là, il y a Emilie, mais aussi Sébastien. Duo ou trio, rien à dire, ça fonctionne merveilleusement bien. Sur la minuscule scène du Long Way, la complicité est palpable. Ce café ne peut accueillir que 80 personnes. C’est dire si l’ambiance est intimiste ! Difficile de se mouvoir sans heurter simultanément ses quatre voisins : celui de droite, celui de gauche, celui de devant et celui de derrière. Pas grave pour celui de devant car il se trouve que c'est mon amoureux ! Il découvre Jil Caplan et j’ai un peu la pression : va-t-il aimer ? Comprendra-t-il mon engouement ? « Détends-toi, Cath, ça va bien se passer », me disait jadis un ami qui avait raison. J’ai l’art de m’en faire pour pas grand-chose…
La setlist est la même qu’en mai 2024 et je ne m’en plaindrai pas car je l’aime passionnément. Le dernier album est mis à l’honneur. Normal et tant mieux car c’est un bijou ! Tout est bon dessus, y’a rien à jeter, sur l’île déserte il faut tout emporter (après Brel, voilà que je cite Brassens, il ne manque plus que Barbara pour que le club des 3 B soit au complet !). D’anciennes chansons ressurgissent, que j’adore tout autant : Tout c'qui nous sépare, bien sûr, mais aussi Les deux bras arrachés (A-t-on jamais écrit vérité plus profonde sur l’absence ?), Le lac, Des toutes petites choses, Nathalie Wood. Je biche, je biche ! Presque toutes les chansons de Jil Caplan m’évoquent des souvenirs. Elles ont accompagné ma vie quasiment au même titre que celles de Thiéfaine. Le rapport entre ces deux univers ? Ne cherchez pas, il n’y en a pas, je crois. Mais qui a dit qu’il fallait toujours aimer dans la même direction ?!
Un peu avant la fin du concert, Jil nous explique que cette date était la dernière de la tournée. Elle est heureuse que ça se passe ici et, d’ailleurs, elle aimerait que la prochaine tournée démarre en ce lieu. On se le promet solennellement, elle et nous. J’en serai, je peux d’ores et déjà le dire (sauf si le destin me cause encore des embrouilles, mais je veux espérer qu’il en soit incapable, il m’a déjà assez cherchée et assez trouvée, n’est-ce pas ?). Les impondérables indépendants de ma volonté, j’ai déjà donné, alors ce premier concert de la prochaine tournée au Long Way, croyons-y, même si cette injonction ne sonne pas bien phonétiquement parlant !
Après le concert, je vais au merchandising, qui se résume à trois piles de CD posées sur une table ronde. C’est le compagnon de Jil qui s’en occupe, je vais l’apprendre dans les minutes qui viennent, en discutant avec lui. En peu de temps, avant que sa dulcinée ne nous rejoigne, nous balayons différents thèmes. Un en particulier : celui des chansons qui, à force de nous accompagner dans la vie, composent la bande-son de celle-ci. J’évoque non seulement l’œuvre de Jil, mais aussi celle de Thiéfaine. Je parle des 65 fois où j’ai vu HFT. C’est plus fort que moi, il y a toujours un moment où je sors mon étendard, il est dans mon ADN et le brandir est une de mes nombreuses manies… J’achète l’album Comme elle vient, que j’ai déjà puisque je les ai tous. Oui, mais je ne l’ai pas dans le format que je vois ce soir au minuscule merchandising de cette minuscule salle de concert. Comme elle vient, c’est un opus que j’adore et qui est malheureusement passé quasi inaperçu. Je le déplore auprès de Jil qui vient d’arriver. Elle réplique : « Ah ça, c’est un peu l’histoire de toute ma vie » et nous rions parce qu’il serait con d’en pleurer en ce si doux moment. Mais quand même. Il y a comme ça de ces injustices qui courent par le monde et l’abîment. Allant parfois jusqu’à le rendre détestable. Allez, ce soir on s’en moque puisque même le pays haut est beau et que, finalement, de Longwy à Londres, il n’y a qu’une syllabe de différence !
Et je n’ai pas cité Barbara dans ce billet parce que l’occasion ne s’est pas présentée. Il n’est pas trop tard et je dis banalement : « Jil, quand reviendras-tu ? ». Cette tournée à venir, il me tarde déjà de la voir commencer ! Un peu comme la prochaine d’HFT car, que voulez-vous, 65 fois, ce n’est pas assez, ça fait petite joueuse, ça fait plat pays, ça fait ridicule !
Il ne me reste plus qu’à me lover dans l’attente. Jusqu’à ce matin béni où l’on viendra me réveiller en me disant : « Tu sais, le dixième album de Jil, c’est aujourd’hui qu’il sort ». Jusqu’à cet autre matin béni où l’on viendra me réveiller en me disant : « Tu sais, les billets pour la nouvelle tournée d’HFT, c’est aujourd’hui qu’ils vont être mis en vente »… Dans l’attente, madame Caplan, monsieur Thiéfaine, de votre réponse favorable à ma requête, veuillez agréer tous deux l’expression de mon admiration chaque jour renouvelée !
P.S. : Mon amoureux a bien aimé le concert. Y avait vraiment pas de quoi stresser, Cath, purée de pois…
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25/11/2025
"Y'a un climat, quelle drôle de vie" : petit hommage à Jean Guidoni
"Les temps sont incertains et je reviens de loin". Jean GUIDONI
Je ne sais pas pourquoi la mort de Jean Guidoni m’attriste autant… Elle est survenue trop tôt, trop brutalement. Peut-être m’attriste-t-elle aussi parce qu’elle vient allonger la liste de mes regrets éternels. Sur ladite liste, on pouvait déjà lire mon regret de n’avoir jamais vu Ferré, Gainsbourg, Barbara ou Reggiani sur scène, ainsi que le regret lié à mon rendez-vous raté avec Bercy 98 (et là, c’est HFT en personne que je loupai, et connement en plus, mais ne revenons pas là-dessus, l’heure est déjà suffisamment grave). Et donc, voici que s’allonge ma liste et que désormais s’étalera dessus mon grand regret de n’avoir pas vu Jean Guidoni sur scène. Et c’est bien le voir qu’il fallait, lui qui était autant chanteur qu’homme de cabaret.
Guidoni, je le découvris quand j’étais en classe de troisième, grâce à un prof d’anglais qui avait vu en moi la gamine ivre de poésie. Un jour, il me mit Tigre de porcelaine entre les oreilles. Et ce fut une petite révolution dans mon quotidien. Les tigres de porcelaine, il en était question dans la somptueuse chanson Mort à Venise. « Le soleil sous la verrière
Fait des dessins sur ta peau
Derrière les ombres de travers
Bat le cœur d’un jour nouveau » : je me souviens que ces mots me percutèrent d’emblée. Et qu’ils me percutent encore, à chaque écoute. Ainsi que la musique, ainsi que la voix, puissante, tellement puissante…
« Ô ton ventre que je frôle
Nous aimer plus vrai que vrai » : peut-on rêver plus belle déclaration ?
Sur le même album, Tramway Terminus Nord. Et le terrible Ce sont des choses qui arrivent. Et puis L’homme syncopé. Et aussi Marseille.
Plus tard, je découvrirais La chanson de l’homme (texte de Jacques Prévert), Vie de famille (Jacques Prévert encore, avec le bouleversant portrait du père qui, à quarante ans, en eut soixante, usé par une existence de labeur sans joie), Y’a un climat (« y’ a des jours j’me dis, y’a un climat, quelle drôle de vie »), Je pourris camarade. Et l’album Vertigo. Et Trapèze (avec cette incroyable ouverture sur Je reviens de loin). Puis Paris-Milan, album constitué de textes inédits d’Allain Leprest, autre grand de la chanson française qu’il ne faudrait pas oublier…
En avril de cette année, est sorti Eldorado, que je n’ai pas encore acheté. Honte à moi et à toutes mes négligences qui commencent à former une sacrée ribambelle, purée… Pourtant, je suivais régulièrement Guidoni. J’avais toujours un œil sur lui, une oreille prête à l’écouter. Oui, mais un œil pas assez constant, une oreille pas assez attentive. Et maintenant, Jean Guidoni est mort. Trop tôt, trop jeune. Je sais, je sais, il le disait lui-même : ce sont des choses qui arrivent. Mais n’empêche qu’il ne faudrait pas qu’elles arrivent. Tout le monde s’en porterait mieux, croyez-moi. Ainsi que la liste de mes regrets, que j’aurais pu moins étoffer peut-être, avec la complicité d’un destin autre…
Je ne verrai jamais Jean Guidoni sur scène. Pas plus que je ne pourrai recoller les morceaux de mon rendez-vous raté avec HFT à Bercy en 1998. Regrets éternels, vous dis-je… J’espère au moins, ça me consolerait, que ce cher Jean s’est envolé, comme il le souhaitait dans Y’a un climat, tel un deltaplane, « au-dessus du monde, une trompette à la main »…
22:00 | Lien permanent | Commentaires (11)








































