27/03/2026
C'est officiel...
19:20 | Lien permanent | Commentaires (18)
25/03/2026
Et donc...
16:56 | Lien permanent | Commentaires (6)
24/03/2026
L'heure est grande (mais pas grave, j'espère !)
Chers amis (au passage, je vous demande de ne pas m'en vouloir si je ne pratique pas l'écriture inclusive, je n'aime pas ça !!!), l'heure est GRANDE. mais pas grave, j'espère ! Tellement grande que je ne vous mets pas de citation avant ce billet. Aucune ne résumerait ma pensée, et puis je n'ai pas la tête à chercher dans les petits carnets dans lesquels je consigne les mots des autres qui me plaisent. L'heure est trop grande et mon esprit est trop en vrac, mon cœur aussi, ma vie tout entière !!!
Sur les comptes Insta et Facebook liés à HFT et alimentés par je ne sais trop qui, quel truchement, quelle main, ce message déposé il y a environ une heure :
"Après de vagues lueurs d'ultimes prolongations"...
Nous allons pouvoir dès à présent pouvoir supposer, supputer, subodorer des tas de machins, jusqu'au jour où la main, le je ne sais trop qui, le truchement nommés ci-dessus daigneront donner une suite à ce message sibyllin. Moi je dis que ça sent la tournée, mais peut-être la der des ders de ses tournées, à notre Hubert tant aimé... Je n'aime pas que l'annonce soit tirée d'une chanson intitulée Des adieux. Mais peut-être que je me trompe ? Peut-être aussi et surtout que j'ai archi envie de me tromper... Mais peut-être qu'il faut un jour, comme disait l'autre, se résoudre aux adieux ?
Avec tout ça, moi qui comptais vous faire un billet sur le concert de Ben Mazué auquel j'ai assisté samedi soir, et puis un autre sur ma découverte émerveillée de l'univers de Gaëtan Roussel, j'accroche tout ça à un clou pour une autre fois. Je suis trop ... je ne sais même pas comment, mais je suis trop. Quand Hubert se pointe, tout le reste s'efface, je l'ai déjà expliqué ici, j'y peux rien, c'est ma structure, comme dirait le Doc. Et je dis chapeau à notre Seb qui pressentait un truc pour mars. Serait-ce lui la main, le je ne sais qui, le truchement ?!
Joie dans les chaumières et ... savourons le jour présent qui nous offre cette heure si grande ! Elle vous inspire quoi, à vous, cette heure ?
19:39 | Lien permanent | Commentaires (8)
14/02/2026
Vincent Delerm était au théâtre de Thionville mercredi soir et c'était bien d'y être aussi !
"C'est en voyant les amis et parents qui ont notre âge que le vieillissement se mesure le mieux. Ce que nous ne voyons pas sur nous, nous le lisons aisément sur les autres". Henry BAUCHAU
D'une certaine manière, les filles de 1973 auront toujours trente ans. Ce que dit une chanson un jour, elle le dit toujours ! De toute façon, ça aurait l'air de quoi, « les filles de 1973 ont cinquante-deux ans » ? Surtout, ça ne rentrerait pas dans les cases ! Bon, d'accord, ça m'arrange bien, ces trente ans figés à jamais dans un refrain, étant moi-même née en 1973 ! Et le concert de Vincent Delerm, mercredi soir au théâtre de Thionville, a renforcé mes convictions ! Quand on aime, on a toujours trente ans, n'est-ce pas ? Et moi, je passe ma vie à aimer. Je ne dis pas ça pour frimer, mais parce que c'est vrai !
Je dois d'abord rappeler que le théâtre de Thionville, de manière indélébile, restera toujours associé à HFT dans ma mémoire et dans mon cœur. À chaque fois que j'arrive là, je revois le Doc, je revois David K., et bien d'autres encore. C'est une immense fresque façon Delerm qui s'offre à moi en l'espace de quelques secondes. Elle est composée, cette fresque, de visages aimés. Et, au milieu, coule celui d'Hubert, parce que toujours je reviendrai à lui, en vieille junkie dingue et paumée qui ne trouve de véritable apaisement et de véritable miroir que dans son œuvre à lui : la grande, l'unique œuvre à lui, le grand, l'unique. Mais cette admiration débordante (peut-être un tantinet obsessionnelle, j'en conviens) ne m'empêche pas de naviguer régulièrement dans d'autres eaux, histoire de ne pas m'enfermer totalement dans une irrémédiable monomanie. Histoire aussi de mieux apprécier chaque retour au port d'attache nommé Thiéfaine. Mais stop avec lui, parlons de Delerm !
Oui, je sais, je sais, d'aucuns me diront que c'est lent, que c'est chiant. Eh bien moi, dans ce monde où tout va si vite et vers sa perte de surcroît, je trouve qu'un peu de lenteur ne nuit pas. Depuis 2003, la voix légèrement traînante de Delerm emplit fréquemment mon salon et/ou ma voiture. J'aime particulièrement l'écouter en alignant des kilomètres au volant de ma Clio et en regardant défiler des paysages qui ne cessent de se dérober à mesure que je les traverse. Hautement delermien, tout ça ! On dirait des courts-métrages qui se jouent puis se referment aussitôt.
J'aime l'univers de Vincent Delerm parce qu'il est un hymne aux souvenirs, un temple érigé à la mémoire de ceux qui ont compté. Et, d'ailleurs, tout le concert de mercredi tournait autour de cela. On aurait dit du Proust en chansons.
Vincent Delerm nous a offert un spectacle intimiste, nous livrant des moments-clés de sa vie : les cours de piano chez Nicole Bruyère, les discussions avec sa grand-mère qui ne se lassait pas de dire à ses enfants et petits-enfants « vous aurez connu deux siècles » - sans que personne ne sût jamais si ces mots étaient teintés d'une pointe de regret pour elle-même qui n'en verrait qu'un, de siècle, ou d'une pointe d'autre chose, mais de quoi ?-, l'incendie de la maison des Pascaud (si je me souviens bien du nom), les tournois de ping-pong, les instants précieux partagés avec sa compagne et ses enfants. Tout cela constitue une fresque (c'est d'ailleurs le titre du dernier album de Delerm) dans laquelle on se laisse glisser avec émotion. On vit un moment Proust, un moment Varda, un moment Modiano, le temps d'une soirée. Sur la scène, un écran où défilent des visages, des minutes immortalisées dans une vidéo, des lieux arpentés X fois. Ce que nous raconte Vincent Delerm en ce mercredi soir fait écho à ce que chacun de nous, dans la salle, pourrait raconter. Une histoire faite des blancs qu'y ont semés les absents. Une histoire faite des couleurs qu'y mettent chaque jour les présents.
Tout à coup, me voilà qui pleure sur le refrain pourtant enjoué de la chanson Les filles de 1973 ont trente ans. Parce que je sais bien, au fond de moi, si je cesse deux minutes de me mentir, que l'exacte vérité qui ne rentre pas dans les cases, c'est que ces filles-là, dont moi, ont cinquante-deux ans aujourd'hui. Peut-être même cinquante-trois. Peut-être même plus d'âge du tout. Ah, Vincent, ton univers impitoyable ! Univers où se croisent les vivants et les morts et où les disparus laissent partout leurs empreintes !
Bref, un char d'assaut de mélancolie nous fonce dessus en ce mercredi soir, accompagné de pelletées de nostalgie, mais toujours suivi de près par des monceaux de vie ! Et l'humour ne manque pas, n'allez pas croire autre chose !
En somme, c'est, presque deux heures durant, le film de l'existence qui se déploie sous nos yeux et dans nos oreilles.
Rien à ajouter. C'était chouette. Comme une parenthèse de douceur et de lenteur au milieu du fracas du monde. C'était plus qu'un moment Proust, ou Varda, ou Modiano. C'était un moment Delerm. Et c'était drôlement bien !
12:10 | Lien permanent | Commentaires (19)
28/01/2026
Jil Caplan était au Long Way samedi soir et c'était ... the place to be !!!
"Dans le jardin
le prunier de son côté
en plein épanouissement
au moment où s'avère
combien de mon côté j'ai vieilli". RYÔKAN
Samedi 24 janvier : ambiance cafardeuse à Longwy. Brouillard, grisaille, chape de plomb dans cette ville du pays haut, comme on dit par chez nous. Le pays haut, question « infiniment de brumes à venir » et « ciel si bas », n’a rien à envier au plat pays qui fut celui de Jacques Brel… En Lorraine, quand on dit « pays haut », on ne pense pas glamour, on ne pense pas sexy. On devrait peut-être. C’est, en tout cas, la vision que nous propose Jil Caplan, qui se produit ce soir au Long Way. Elle est déjà venue ici en mai 2024. Et j’étais là, moi aussi, car je m’arrange souvent pour être au même endroit qu’elle ! Tout au long de la soirée, elle avait rendu hommage à cette Lorraine au cœur d’acier qui lui est chère. En ce samedi 24 janvier, elle ne déroge pas à la règle. Le Long Way, c’est un peu, selon elle, comme un pub perché sur les hauteurs d’une ville anglaise cernée de brouillard. Vu comme ça, Longwy dans la brume prend tout de suite une autre allure aux yeux de tous !
Jil Caplan, soixante ans et je n’en reviens pas… Soixante ans et une allure de jeune fille. Zut alors, mes idoles ont vieilli. Ce qui ne me rajeunit pas non plus. Car ai-je moi-même fait autre chose pendant tout ce temps ?! Ah, décidément, la vie n’est pas tendre ! Mais elle a du bon, fort heureusement…
Comme ce concert de Jil. La dernière fois, en mai 2024, elle s’était produite ici avec Emilie Marsh. Là, il y a Emilie, mais aussi Sébastien. Duo ou trio, rien à dire, ça fonctionne merveilleusement bien. Sur la minuscule scène du Long Way, la complicité est palpable. Ce café ne peut accueillir que 80 personnes. C’est dire si l’ambiance est intimiste ! Difficile de se mouvoir sans heurter simultanément ses quatre voisins : celui de droite, celui de gauche, celui de devant et celui de derrière. Pas grave pour celui de devant car il se trouve que c'est mon amoureux ! Il découvre Jil Caplan et j’ai un peu la pression : va-t-il aimer ? Comprendra-t-il mon engouement ? « Détends-toi, Cath, ça va bien se passer », me disait jadis un ami qui avait raison. J’ai l’art de m’en faire pour pas grand-chose…
La setlist est la même qu’en mai 2024 et je ne m’en plaindrai pas car je l’aime passionnément. Le dernier album est mis à l’honneur. Normal et tant mieux car c’est un bijou ! Tout est bon dessus, y’a rien à jeter, sur l’île déserte il faut tout emporter (après Brel, voilà que je cite Brassens, il ne manque plus que Barbara pour que le club des 3 B soit au complet !). D’anciennes chansons ressurgissent, que j’adore tout autant : Tout c'qui nous sépare, bien sûr, mais aussi Les deux bras arrachés (A-t-on jamais écrit vérité plus profonde sur l’absence ?), Le lac, Des toutes petites choses, Nathalie Wood. Je biche, je biche ! Presque toutes les chansons de Jil Caplan m’évoquent des souvenirs. Elles ont accompagné ma vie quasiment au même titre que celles de Thiéfaine. Le rapport entre ces deux univers ? Ne cherchez pas, il n’y en a pas, je crois. Mais qui a dit qu’il fallait toujours aimer dans la même direction ?!
Un peu avant la fin du concert, Jil nous explique que cette date était la dernière de la tournée. Elle est heureuse que ça se passe ici et, d’ailleurs, elle aimerait que la prochaine tournée démarre en ce lieu. On se le promet solennellement, elle et nous. J’en serai, je peux d’ores et déjà le dire (sauf si le destin me cause encore des embrouilles, mais je veux espérer qu’il en soit incapable, il m’a déjà assez cherchée et assez trouvée, n’est-ce pas ?). Les impondérables indépendants de ma volonté, j’ai déjà donné, alors ce premier concert de la prochaine tournée au Long Way, croyons-y, même si cette injonction ne sonne pas bien phonétiquement parlant !
Après le concert, je vais au merchandising, qui se résume à trois piles de CD posées sur une table ronde. C’est le compagnon de Jil qui s’en occupe, je vais l’apprendre dans les minutes qui viennent, en discutant avec lui. En peu de temps, avant que sa dulcinée ne nous rejoigne, nous balayons différents thèmes. Un en particulier : celui des chansons qui, à force de nous accompagner dans la vie, composent la bande-son de celle-ci. J’évoque non seulement l’œuvre de Jil, mais aussi celle de Thiéfaine. Je parle des 65 fois où j’ai vu HFT. C’est plus fort que moi, il y a toujours un moment où je sors mon étendard, il est dans mon ADN et le brandir est une de mes nombreuses manies… J’achète l’album Comme elle vient, que j’ai déjà puisque je les ai tous. Oui, mais je ne l’ai pas dans le format que je vois ce soir au minuscule merchandising de cette minuscule salle de concert. Comme elle vient, c’est un opus que j’adore et qui est malheureusement passé quasi inaperçu. Je le déplore auprès de Jil qui vient d’arriver. Elle réplique : « Ah ça, c’est un peu l’histoire de toute ma vie » et nous rions parce qu’il serait con d’en pleurer en ce si doux moment. Mais quand même. Il y a comme ça de ces injustices qui courent par le monde et l’abîment. Allant parfois jusqu’à le rendre détestable. Allez, ce soir on s’en moque puisque même le pays haut est beau et que, finalement, de Longwy à Londres, il n’y a qu’une syllabe de différence !
Et je n’ai pas cité Barbara dans ce billet parce que l’occasion ne s’est pas présentée. Il n’est pas trop tard et je dis banalement : « Jil, quand reviendras-tu ? ». Cette tournée à venir, il me tarde déjà de la voir commencer ! Un peu comme la prochaine d’HFT car, que voulez-vous, 65 fois, ce n’est pas assez, ça fait petite joueuse, ça fait plat pays, ça fait ridicule !
Il ne me reste plus qu’à me lover dans l’attente. Jusqu’à ce matin béni où l’on viendra me réveiller en me disant : « Tu sais, le dixième album de Jil, c’est aujourd’hui qu’il sort ». Jusqu’à cet autre matin béni où l’on viendra me réveiller en me disant : « Tu sais, les billets pour la nouvelle tournée d’HFT, c’est aujourd’hui qu’ils vont être mis en vente »… Dans l’attente, madame Caplan, monsieur Thiéfaine, de votre réponse favorable à ma requête, veuillez agréer tous deux l’expression de mon admiration chaque jour renouvelée !
P.S. : Mon amoureux a bien aimé le concert. Y avait vraiment pas de quoi stresser, Cath, purée de pois…
11:05 | Lien permanent | Commentaires (4)
25/11/2025
"Y'a un climat, quelle drôle de vie" : petit hommage à Jean Guidoni
"Les temps sont incertains et je reviens de loin". Jean GUIDONI
Je ne sais pas pourquoi la mort de Jean Guidoni m’attriste autant… Elle est survenue trop tôt, trop brutalement. Peut-être m’attriste-t-elle aussi parce qu’elle vient allonger la liste de mes regrets éternels. Sur ladite liste, on pouvait déjà lire mon regret de n’avoir jamais vu Ferré, Gainsbourg, Barbara ou Reggiani sur scène, ainsi que le regret lié à mon rendez-vous raté avec Bercy 98 (et là, c’est HFT en personne que je loupai, et connement en plus, mais ne revenons pas là-dessus, l’heure est déjà suffisamment grave). Et donc, voici que s’allonge ma liste et que désormais s’étalera dessus mon grand regret de n’avoir pas vu Jean Guidoni sur scène. Et c’est bien le voir qu’il fallait, lui qui était autant chanteur qu’homme de cabaret.
Guidoni, je le découvris quand j’étais en classe de troisième, grâce à un prof d’anglais qui avait vu en moi la gamine ivre de poésie. Un jour, il me mit Tigre de porcelaine entre les oreilles. Et ce fut une petite révolution dans mon quotidien. Les tigres de porcelaine, il en était question dans la somptueuse chanson Mort à Venise. « Le soleil sous la verrière
Fait des dessins sur ta peau
Derrière les ombres de travers
Bat le cœur d’un jour nouveau » : je me souviens que ces mots me percutèrent d’emblée. Et qu’ils me percutent encore, à chaque écoute. Ainsi que la musique, ainsi que la voix, puissante, tellement puissante…
« Ô ton ventre que je frôle
Nous aimer plus vrai que vrai » : peut-on rêver plus belle déclaration ?
Sur le même album, Tramway Terminus Nord. Et le terrible Ce sont des choses qui arrivent. Et puis L’homme syncopé. Et aussi Marseille.
Plus tard, je découvrirais La chanson de l’homme (texte de Jacques Prévert), Vie de famille (Jacques Prévert encore, avec le bouleversant portrait du père qui, à quarante ans, en eut soixante, usé par une existence de labeur sans joie), Y’a un climat (« y’ a des jours j’me dis, y’a un climat, quelle drôle de vie »), Je pourris camarade. Et l’album Vertigo. Et Trapèze (avec cette incroyable ouverture sur Je reviens de loin). Puis Paris-Milan, album constitué de textes inédits d’Allain Leprest, autre grand de la chanson française qu’il ne faudrait pas oublier…
En avril de cette année, est sorti Eldorado, que je n’ai pas encore acheté. Honte à moi et à toutes mes négligences qui commencent à former une sacrée ribambelle, purée… Pourtant, je suivais régulièrement Guidoni. J’avais toujours un œil sur lui, une oreille prête à l’écouter. Oui, mais un œil pas assez constant, une oreille pas assez attentive. Et maintenant, Jean Guidoni est mort. Trop tôt, trop jeune. Je sais, je sais, il le disait lui-même : ce sont des choses qui arrivent. Mais n’empêche qu’il ne faudrait pas qu’elles arrivent. Tout le monde s’en porterait mieux, croyez-moi. Ainsi que la liste de mes regrets, que j’aurais pu moins étoffer peut-être, avec la complicité d’un destin autre…
Je ne verrai jamais Jean Guidoni sur scène. Pas plus que je ne pourrai recoller les morceaux de mon rendez-vous raté avec HFT à Bercy en 1998. Regrets éternels, vous dis-je… J’espère au moins, ça me consolerait, que ce cher Jean s’est envolé, comme il le souhaitait dans Y’a un climat, tel un deltaplane, « au-dessus du monde, une trompette à la main »…
22:00 | Lien permanent | Commentaires (11)
16/11/2025
La grande Sophie était au théâtre de Thionville hier (et HFT n'était pas bien loin, comme toujours !)
"Avec mes doutes, j'ai su faire tellement de choses
J'ai souffert tellement de fois". La grande Sophie
C’est fou comme certains lieux, au seul regard que l’on pose sur eux, s’offrent en dépositaires d’une multitude d’histoires, dont la vôtre ! Ainsi, pour moi, le théâtre de Thionville. Qu’on vienne à l’évoquer en ma présence ou que je le voie, et voilà que bouillonne en moi la rivière des souvenirs. Celle-là, c’est une intranquille. Pas un jour où ne se ride copieusement la surface de ses eaux. Il faut dire qu’à cinquante-deux ans, le rétroviseur s’étoffe, même si c’est l’avenir qui, la plupart du temps, capte mon attention…
Donc, en ce samedi 15 novembre, me voilà devant le théâtre de Thionville, pour le spectacle Tous les jours, Suzanne, de la Grande Sophie. Ce ne sera pas tout à fait un concert, en tout cas pas exclusivement. Ce sera un format inédit pour l’artiste, un « seule en scène » où alterneront parties chantées et parties parlées. Celles-ci seront tirées du livre qui a donné son nom à la tournée. Livre que je m’empressai d’acheter à sa sortie, en janvier, mois qui me fut particulièrement favorable.
La lecture fut douce et éclaira pour moi quelques pans de l’œuvre de LGS. Parenthèse : dingue comme j’aime tout ce qui peut se résumer à trois lettres : HFT, LGS, par exemple. Et voilà qu’après avoir vécu dans une ville que l’on peut appeler MLM en forme abrégée, je viens de m’installer dans un quartier de Metz dont la forme abrégée est DLP. Pas étonnant que dès mon plus jeune âge, je sois tombée sous le charme de la RFA !!!
Soudain, à la lecture, la mystérieuse Suzanne de la chanson éponyme me fut expliquée. La chanteuse s’adresse là à quelqu’un qui n’existe pas, tout en existant un peu quand même. Magie de l’art qui fait naître à la fois des univers et des êtres pour les peupler…
Et donc, un spectacle a découlé du livre.
Je me suis un peu, beaucoup égarée et il me faut, par un moyen ou un autre, revenir au théâtre de Thionville ! Alors j’y reviens, sans autre forme de procès, n’étant pas la championne des transitions bien amenées (excusez-moi pour le désagrément causé). En montant les marches qui mènent à la salle, je suis, en ce 15 novembre, ramenée à tous les concerts auxquels j’ai assisté ici. Celui d’Arthur H, bien sûr. Ceux d’HFT, bien sûr aussi, et encore plus bien sûr (voyons !). Et voilà que m’étreint une bouffée de nostalgie aussi désagréable qu’inattendue. C’est qu’Hubert me manque, faut pas croire. Je vais écouter d’autres artistes, évidemment, parce que je ne suis pas totalement fermée au monde qui m’entoure, mais c’est lui mon numéro un, à jamais. Hubert, combien de fois t’ai-je vu, ici ou ailleurs ? Combien de fois, cette fiévreuse attente prenant naissance en un clic dans l’achat d’un billet de concert, et fin, désastreusement, dans le moment où je tendais ledit billet à un « poinçonneur » posté à l’entrée d’une salle ? Combien de fois, cette envie de retenir la soirée qui, à peine entamée, courait à sa fin et moi à sa perte (et presque à la mienne) ? Combien de fois, le cœur en vrac sur La fille du coupeur de joints qui arrive toujours trop vite sur son chariot chargé de paille, sur son chariot chargé de foin ? J’ai dit ici à je ne sais combien de reprises combien l’attente, lorsqu’elle s’éboule, a besoin de faire place à une autre attente. Combien le temps, lorsqu’il s’écoule, est meurtrier. Il n’a pas son pareil, hélas, pour faire la peau aux nuages et aux petits lapins, vous le savez comme moi. Et vous savez pareillement que pour l’heure, les agendas restent désespérément vides de la mention HFT… Ils sont en attente de jours meilleurs…
Au moment où je franchis la porte du théâtre, je m’engueule un peu moi-même : Mais vas-tu donc te recentrer sur l’instant présent ? C’est bien la peine de crier Carpe Diem sur tous les toits si c’est pour ne pas en avoir un seul échantillon sur toi, de cette jolie devise… Allez, ce soir, c’est LGS et pas HFT, mais ce sera bien aussi !
Et quand la grande Sophie débarque, l’instant présent s’empare de tout mon être, et inversement, si bien que nous ne faisons plus qu’un, lui et moi. C’est pas trop tôt !
Le spectacle alterne donc, wie gesagt (c’est ce qu’on dit en allemand pour signaler qu’on se répète), entre parties chantées et parties parlées. Il y a du « tendrement » dans l’air, car c’est sur ce mot que s’achèvent presque toutes les lettres de Sophie à Suzanne.
Minute après minute, nous pénétrons plus avant dans une géographie qui se fait de plus en plus intime. Nous apprenons (mais on le savait déjà si on avait lu le livre) qui est Suzanne, et comment elle est née tout en étant restée dans le domaine de la fiction (magie de l’art, wie gesagt). Nous apprenons que Sophie et Bob, cela fait 36 ans et qu’à ce rythme-là, ce sera sans doute pour la vie entière. Nous apprenons que le monde du showbiz n’est pas le plus tendre qui soit (mais on le savait déjà depuis l’album Des vagues et des ruisseaux). Nous apprenons que le temps qui passe est la grande affaire de la non moins grande Sophie (mais on le savait déjà si on avait écouté attentivement les textes de celle-ci). En somme, nous n’apprenons rien, et pourtant c’est une découverte de chaque instant. Décidément, ce format inédit sied comme un gant à notre artiste, et il est bon de la voir surgir là où on ne l’attendait pas.
La salle est respectueuse, concentrée, attentive. C’est que pour ne pas perdre une miette de ce spectacle, il faut faire corps avec l’instant présent. Seule manière de ne pas le regretter outre mesure quand il aura filé…
De chaleureux applaudissements clôturent la soirée. C’est la moindre des choses…
Et je repars le cœur joyeux. De 20h à 21h45, j’ai un peu oublié Hubert. Mais c’est pour mieux penser à lui aujourd’hui. Et espérer que revienne la délicieuse attente qui prend naissance en un clic. Et espérer que les agendas, pour l’heure désespérément vierges de toute mention HFT, se parent à nouveau des plumes de la joie. Ça s’appellera les jours meilleurs. Et ils reviendront. Car Hubert, pareil à eux, revient toujours, n’est-ce pas ?
16:14 | Lien permanent | Commentaires (2)
08/10/2025
Tous les automnes, sans exception !
"Tu viendras longtemps marcher dans mes rêves
Tu viendras toujours du côté
Où le soleil se lève". Francis CABREL (oui, messieurs dames !)
C'est fou comme une musique peut soudainement vous catapulter dans un autre temps ! Ainsi, je viens d'écouter la compilation 77-87 de Cabrel, qui fut la bande-son de mon été 1991, et cela a donné lieu à ce petit bond dans le passé...
Je n'ai pas encore tout à fait dix-huit ans. Je viens d'avoir mon bac et j'ai décidé de m'inscrire en fac d'allemand. Depuis mon plus jeune âge, je sais que je serai prof. C'est écrit, c'est comme ça. À la maison, j'ai toujours fait la classe. À des poupées muettes et dociles (le choc quand je rencontrerai de vrais élèves bavards et désobéissants !), à mes grands-parents que ma vocation enquiquine, notamment aux alentours de midi, quand je me pointe alors que mémère a l'intention de préparer le repas. Du haut de mes dix ans et de ma jupe plissée, je déclare : « Ah non, la popote attendra, on va d'abord faire une dictée ». Un jour, je tente même d'apprendre quelques rudiments d'écriture à mon chien. En lui tenant la patte. La morsure que je reçois alors est à la hauteur de mon zèle un peu braque (pourtant, le chien était bien un teckel, et non un braque). Bref... Donc, je serai, si monsieur le destin le veut bien, prof d'allemand. Ça, l'allemand je veux dire, ça me viendra plus tard. D'abord j'ai voulu être prof, puis j'ai peaufiné le projet … pour devenir celle que je suis aujourd'hui (bel et bien prof d'allemand, et fière de l'être, quand je ne suis pas dégoûtée de l'être pour mille raisons que je ne peux ni ne veux développer ici).
Mais pour le moment, je n'ai pas encore tout à fait dix-huit ans, et c'est l'été, ma saison préférée, celle des maraudes à la campagne (où j'habite), celle des bons fruits gorgés de soleil que maman fait pousser partout où elle peut en même temps que des fleurs. La saison de l'insouciance et des amours.
Ça tombe bien car en avril, j'ai rencontré un jeune homme qui m'a tapé dans l'œil et, surtout, dans le cœur. Tout nous éloigne et c'est ça qui me plaît. Nous venons de deux milieux qui n'ont rien en commun. Lui ne se destine pas à l'enseignement, loin de là. Il n'a jamais aimé l'école. Il a un côté bad boy qui me fait fondre. Parce que je suis romantique, parce que je suis comme de nombreuses jeunes filles : désireuse d'être l'élue d'un garçon que sa réputation de gros dur précède partout où il passe. Je me dis qu'avec moi, peut-être, il va changer. La prof de philo a dit en septembre de l'année précédente que sa matière allait opérer une véritable révolution dans nos vies d'adolescents, alors moi je veux empoigner la révolution comme si j'avais des choses à lui apprendre ! Et je la fais dans de multiples domaines de ma vie, en allant à l'encontre des principes parentaux (c'est plus marrant).
Me voilà donc amoureuse. Amoureuse d'un type qui n'est pas le gendre idéal, ce que papa et maman, au nom des principes précédemment évoqués, ne manquent pas de faire remarquer plus souvent qu'à leur tour. Amoureuse d'un type qui a des tatouages. Sur les bras, sur le torse. Il a même trois points sur un pouce. Et moi, comme une crétine (que je suis), de lui demander un jour ce que ces trois points veulent dire... Amoureuse d'un type qui adore Gainsbourg, Bob Marley et … Thiéfaine. Quand je lui parle de mon admiration pour Renaud, il s'écrie systématiquement : « Ah non, pas lui ». C'est comme ça. Renaud, il ne peut pas. Il m'initie tout doucement à Gainsbourg et j'accroche à fond. En revanche, ce Thiéfaine qu'il me met régulièrement entre les oreilles, ça ne me dit rien qui vaille. Et puis, je ne retiens jamais son nom complet. Hubert quoi, déjà ? J'écoute une ou deux fois. Mais quelque chose me tient au loin. Je n'aime pas les textes, je les sens trop aux antipodes de mon univers, et puis on m'a dit que ce Thiéfaine, il distribuait des joints à tour de bras pendant ses concerts. Il a une odeur de soufre et pas du tout de sainteté. Très peu pour moi qui ai quitté les bénitiers il y a peu...
Cet été-là, j'écoute à haute dose Gainsbourg, Birkin, Sanson et Cabrel. De ces deux-là, j'aime particulièrement les chansons qui parlent d'amours interdites (« puisqu'on ne vivra jamais tous les deux, puisqu'on est fous, puisqu'on est seuls, puisqu'ils sont si nombreux, même la morale parle pour eux » : j'ai l'impression que ces mots ont été écrits rien que pour mon tatoué et moi, idem avec Amoureuse, de la grande Véro. Moi aussi, quand je prends la tête de mon amoureux entre mes mains, je vous jure que j'ai du chagrin).
Je revêts cet amour de tout ce qu'il y a de charge romantique en moi : nous sommes seuls contre le reste du monde, mais nous finirons bien par lui prouver, à ce monde, que c'est nous qui avons raison. Et puis nous nous marierons. Et puis nous aurons des enfants. Et puis voilà. Je suis certaine que les barrières sociales sont une invention du diable. Et de mes parents que je trouve ringards tout en les aimant profondément. Mais la révolution m'appelle, que voulez-vous...
N'empêche que quelques mois plus tard, mon rêve s'est un peu cassé la figure, même si j'ai du mal à l'admettre. Mon tatoué n'est pas un modèle de fidélité et l'eau dans le gaz empoisonne notre histoire. C'te gâchis ! On dirait de la sciure échouée sur un manteau de neige. Ça fait désordre, quoi. Je décide de rompre, mais j'ai le cœur à l'envers. Une nuit où le meilleur ami de mon tatoué (ami qui est un peu devenu le mien) me propose d'écouter Thiéfaine, j'accepte. Peut-être que je trouverai là des réponses aux questions que je me pose au sujet de celui qu'il convient désormais d'appeler mon ex. Peut-être que certaines chansons m'ouvriront la porte de son intimité, peut-être que soudain, je comprendrai mieux pourquoi lui et moi ça n'a pas donné le feu d'artifice escompté (plus tard, j'observerai que c'est souvent, pour ne pas dire toujours, que les histoires d'amour ne donnent pas le feu d'artifice escompté).
Et là, je me prends la claque dont j'ai déjà parlé maintes fois ici. Elle se tient là, ma révolution : dans une cassette intitulée sobrement « En concert ».
Tous les automnes que Dieu fera et auxquels, tant que monsieur le destin le voudra, j'assisterai, me rappelleront l'automne 1992, celui du départ d'un grand feu que rien n'allait jamais pouvoir arrêter.
Un jour, en 2013, j'apprendrai que mon tatoué est mort, après avoir pas mal bourlingué, erré dans la vie. Paix à son âme. Je lui garderai toujours un petit coin de tendresse dans mon cœur. Parce qu'il fut mon grand amour de jeunesse. Parce que sans lui, sans doute, je n'aurais pas découvert Thiéfaine. Ou alors pas tout de suite. Ce qui eût été fort regrettable. J'avais déjà suffisamment de retard comme ça, non mais !
Et c'est en écoutant Cabrel, messieurs dames, que m'est venue l'idée d'écrire un billet sur cet été 1991 et cet automne 1992 qui dorment je ne sais où, ailleurs que dans ma seule mémoire, j'en suis sûre. J'aime penser qu'il existe un monde, parallèle à celui dans lequel nous vivons présentement, où se rejouent à l'infini des scènes qui ont compté pour nous. Dans ce monde, il y a ma mère qui fait pousser des fruits et des fleurs partout où elle peut. Il y a mon père qui brique le terrain qui borde la maison, un peu comme on briquerait une maison que borderait un terrain. Il y a mon tatoué qui écoute Thiéfaine au lieu de dormir sous du marbre dans un cimetière à la con. Et il y a moi, jeune, pas encore prof, pas encore mère, pas encore trop bousillée par les déceptions, moi qui fais faire une énième dictée à mémère Delphine (qui, décidément, n'obtiendra jamais aucun prix en orthographe) et à pépère Adrien qui se défend plutôt bien. Mieux que sa femme, en tout cas. Et la bande-son de ce monde parallèle ? C'est au choix, selon les humeurs de chacun. Aujourd'hui, je crois qu'ils ont tous réclamé Cabrel. Même mon père, ce qui m'étonne un peu. Mais la mort change les morts, n'est-ce pas ? Peut-être bien que demain mémère Delphine demandera La fille du coupeur de joints ?
Ils doivent bien s'amuser dans ce monde parallèle ! Tandis que moi, dans le mien, j'attends désespérément un signe de la planète Thiéfaine... Combien de jours encore de cette attente dont je ne peux me faire une amie ?
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