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02/10/2026

Cher Hubert....

Cher Hubert,

 

Me poser quelques instants et t’écrire… Parce qu’il est des urgences qui vous explosent à la gueule. J’aurais aimé reprendre mes esprits avant de m’adresser à toi. Mais les reprendrai-je jamais ? Et, d’ailleurs : en avais-je tant que ça ?! Si je dois attendre de retrouver la sérénité avant de rédiger une bafouille à ton intention, alors … de cette bafouille je n’accoucherai jamais. L’inéluctable a été prononcé. La sentence est raide comme l’injustice dont elle découle. Je ne sais même pas s’il me reste encore les yeux pour pleurer, j’évite de croiser mon regard dans la glace. Je le devine embué, fuyant, meurtri. Depuis que je sais ce que tout le monde sait, je ne fais que des conneries : hier, en rentrant chez moi en bus, j’ai loupé l’arrêt habituel tant j’étais embourbée dans mon incommensurable affliction. Ce matin, je suis allée en cours en ayant oublié mes preps… J’ai improvisé avec les moyens du bord, qui n’étaient pas foule au vu de mon état. C’est que, vois-tu, cher Hubert, le sol se dérobe sous mes pieds…

 

Quelque chose a changé du tout au tout entre le 30 septembre et le 1er octobre, et je n’en reviens toujours pas. Il y a eu une déflagration dans la nuit, alors que je dormais comme une crétine, ayant oublié un peu vite que « le bonheur, ça n’est pas grand-chose, c’est du chagrin qui se repose », comme chantait Léo Ferré. Ta tournée d’adieux, annoncée en mars, n’avait pas tout pour me plaire, pardonne-moi. Le mot « adieux » me semblait de trop. Comme une indécente incongruité. Dans mon entourage, on s’est toujours inquiété de savoir ce que je deviendrais le jour où tout cela s’arrêterait : les tournées, les nouveaux albums, la frénésie… Moi, je refusais d’y penser. Je te voyais, je te voulais immortel, dandy sublime « balayant l’éternité ». Ayant accompli le miracle de susciter la jalousie des dieux, et bien fait pour eux, d’ailleurs, parce qu’avec leurs voies impénétrables à la con, côté injustice ils se posent là.

 

Donc, oui, le mot « adieux » me déplut fortement, et d’emblée. J’essayai très vite de me raisonner, je me disais : Hubert fait comme Barbara, il aime mieux s’en aller du temps qu’il est beau, qu’on ne le voie jamais fané sous son chapeau (oui, j’adapte le texte au contexte). Je me disais aussi : Ok, ça se tient et ça se comprend. Et j’avais presque fini par en prendre mon parti. Je dis bien presque…

 

J’étais à des lieues d’imaginer les raisons qui t’avaient amené à envisager cette tournée et à la présenter d’entrée de jeu comme l’ultime.

 

Ainsi, donc, la maladie ne t’épargnera pas, toi non plus, toi que je croyais invulnérable et au-dessus de toutes les lois qui président à la destinée du commun des mortels. Parce que tu n’es pas le commun des mortels. Tu es tout sauf commun. Malheureusement, je ne peux écrire que tu es tout sauf mortel. Et ça me fait terriblement mal…

 

En septembre, j’ai fêté, sans tambour ni trompette, mes trente-quatre ans de compagnonnage avec ton œuvre. Je n’ai même pas honoré ces noces d’ambre (j’apprends à l’instant qu’elles s’appelaient ainsi : comme c’est beau) d’un petit billet sur ce blog. Je me disais que j’allais lasser tout le monde avec mes conneries. Mais je pensai chaque jour à ces noces. Bénissant encore, trente-quatre ans après, la nuit qui me fit pénétrer dans ton univers, où j’entrai comme on entre en religion (désolée), comme on entre dans un sanctuaire (re-désolée). J’ignorais, cette nuit-là, pour quel voyage je venais de prendre un ticson. J’apprendrais par la suite, en la vivant, que ma vie entière allait être liée à ton œuvre. Que chacune de mes joies, que chacune de mes tristesses, tu les accompagnerais de près. Pas un moment vécu ou presque sans que tes mots s’en mêlent. La liste de ces moments serait trop longue à établir, mais dans ma tête, je la connais par le menu, je sais sa nécessité absolue, je sais qu’il n’aurait pu en être autrement. J’étais faite pour ton œuvre et pour m’en imbiber jusqu’à la moelle. Parce que c’était elle, parce que c’était moi, et qu’on avait des milliards de choses à se dire… C’en fut souvent troublant. Je la porte en moi comme un trésor. Invariablement, « quand certains jours pour moi ça rigole pas des masses », c’est dans tes mots que je trouve les ascenseurs qui permettent de remonter des précipices. Mais là, de ce putain de précipice où me voilà comme tant d’autres, je fais comment - et avec quels mots - pour remonter ?

 

Tu seras demain à Lannion, pour la première date de cette ultime tournée. Je sais que tu y seras accueilli avec respect et tendresse. Je compte sur les Bretons. Je suis certaine qu’ils seront à la hauteur. À la hauteur du défi qu’ils auront à relever : faire comme si tout allait bien, comme si tout était normal, alors que rien, sur cette tournée, ne le sera. Alors que rien n’ira réellement bien.

 

Quant à moi, je me prépare pour le 22 octobre à Yutz. Je ne dis pas que je m’y rendrai la fleur au fusil. De toute façon, j’aime pas les fusils et je n’avais pas l’intention d’en prendre un, même si, quand même, c’est pas l’envie qui m’en manque : il y aurait bien, ici ou là, quelques dieux à flinguer, sans pitié et sans autre forme de procès. Je ne dis pas que la soirée du 22 se fera sans larmes et sans encombre. Je me connais. Dès que tu vas arriver sur scène, je vais pleurer. Parce que je suis comme ça, moi : une pauvrette dont le cœur est tout mou, sur les bords et au milieu. Mais je te promets de faire bonne figure. Parce que tu le vaux bien. Parce que tu le mérites. Parce que je sais combien, à toi aussi, il t’en coûte de nous quitter.

 

Cher Hubert, tu es là, et c’est merveilleux. Tu es là depuis trente-quatre ans et pas un seul cheveu blanc n’est venu pousser sur mon amour. Ça s’est fait comme ça, je ne sais pas pourquoi. Parce que c’était toi, parce que c’était moi. Parce que nous avions quelques accointances à célébrer ensemble. Deux larrons en foire, je te dis. J’ai été et je reste la plus heureuse de tes groupies : si, il y a trente-quatre ans, on avait dit à la jeune fille que j’étais alors qu’elle s’apprêtait à entrer dans un univers qui l’accompagnerait sa vie durant, aurait-elle pu le croire tant cela ressemblait à un conte de fées ?

 

Ce conte de fées, je l’ai vécu, je le vis encore et je le vivrai toujours. Toutes les folies que pour toi j’ai commises, me faire engueuler par mon mec d’il y a trente ans parce qu’il crevait de jalousie dès que je prononçais ton nom, parcourir les routes les plus improbables de France, parfois dans des conditions de circulation défiant l’entendement, quitter une réunion parents-profs à 19h alors que ça se bousculait encore au portillon et m’en foutre superbement parce que sur mon planning il y avait plus important (un concert de toi), me procurer en quarante exemplaires des revues, des articles, des livres, des CD, des vinyles, claquer mon fric comme si j’en avais tant que ça pour le plaisir de te voir quatre soirs de suite, acheter sur une tournée un cendrier estampillé « 113ème cigarette sans dormir » alors que je ne fume plus depuis plus de vingt ans, écrire sur ce blog en employant par moments des mots de midinette, toutes les folies que pour toi j’ai commises, je ne les regrette pas. Que vaudrait un amour qui se désolerait d’avoir été fou ? Trois fois rien. Et le mien, ce n’est pas trois fois rien. Pour tout ce que tu es, pour tout ce que tu sèmes dans ma vie et dans plein d’autres, cher Hubert, je te dis : MERCI !

01/10/2026

A terre et atterrée...

La nouvelle m'a cueillie ce matin au réveil, me plantant un drapeau noir en plein cœur... 

Ma fille Clara savait depuis hier soir. Elle a fait le choix de ne pas me prévenir tout de suite, elle avait peur de gâcher ma nuit, et j'ai donc dormi dans l'insouciance totale. Du sommeil du juste, comme on dit, alors qu'une injustice fait rage en ce monde. Une de plus...  Un peu avant d'éteindre la lumière, je me suis dit : "Ouah, demain, on sera le premier octobre, et je pourrai commencer à compter les dodos qui me séparent du 22, date à laquelle je verrai Hubert à Yutz". 

Et ce matin, quelques heures après avoir appris la terrible nouvelle qui circule sur les réseaux, et parue dans Paris-Match (que j'ai acheté sur le trajet me menant au travail), que me reste-t-il à compter, à part peut-être mes larmes ? 

Je n'ai pas de mots... Nul n'échappe aux tristes règles du jeu de l'existence, pas même Hubert-Félix Thiéfaine. La loi qui préside à nos vies est implacable. J'ai souvent voulu refouler cette vérité, surtout quand il était question d'HFT, celui dont les chansons m'accompagnent depuis 34 ans maintenant. Oui, ça a fait 34 ans en septembre... Je pensais qu'à mettre sa vie en musique, on pouvait oublier de vieillir, oublier de souffrir, oublier de mourir. Horreur de constater qu'il n'en est rien. Je le savais bien sûr, pas si conne, mais j'ai voulu occulter. 

Ce premier octobre est-il une mauvaise réplique du premier avril, six mois plus tard ? Malheureusement, je crois que non. Je pourrais me pincer jusqu'au sang, la réalité serait toujours identique, glaciale, insupportable... 

Les amis, il va falloir s'armer de courage. Cette tournée dans laquelle Thiéfaine a tenu à se lancer malgré tout, il convient de se dire qu'elle est un cadeau qu'il nous fait. L'amour que nous lui portons depuis si longtemps est comme récompensé, mais d'une bien étrange et bien triste manière. Hubert nous le rend au centuple. Je suis atterrée aujourd'hui, atterrée et à terre, mais je suis également reconnaissante. Il fait ça pour nous. Ce geste magnifique, incroyablement généreux, de nous dire au revoir en bonne et due forme, ça me bouleverse... J'ai toujours pensé qu'il incarnait l'élégance suprême, dans tout ce qu'il est. J'avais raison !

Je savais bien que cette tournée ne serait pas de tout repos pour mon âme tourmentée qui s'accommode mal, depuis l'enfance, des nécessités débiles de l'existence, des aléas et des adieux... Là, ce que j'ai appris ce matin a de loin dépassé mon imagination, pourtant douée pour toujours peindre le pire...

Soyons forts, les uns et les autres... Pardonnez-moi ce ton larmoyant, mais je larmoie depuis l'aurore, et je ne sais pas porter de masque. J'écris comme ça me vient, et tant pis... Au nom d'Hubert, au nom de toutes les folies que j'ai commises pour lui : on the road again, le cœur écrabouillé sous un accélérateur qui vient de s'enrayer... 

22/08/2026

"Tout a une fin, c'est peut-être ça qui est bien", chantait Mano Solo...

"Même ce qui s'effondre côtoie le jour qui se lève. Ni baume ni consolation, mais appel impitoyable de la vie". Jean-Pierre SIMEON

 

Ben ça alors, voilà qu’il ferait presque froid… On sent que le mois d’août s’étiole et se précipite vers septembre, septembre avec sa gueule de rentrée et de matins déjà blafards. Hélas, mille fois hélas. Pourtant, des réjouissances nous attendent, et il s’agirait donc d’honorer les choses à venir plutôt que de déplorer la perte de celles qui se meurent. Oui, mais bon, moi j’ai un penchant certain pour la mélancolie… C’est un truc qui me vient de tellement loin que cela ne sert plus à rien de chercher à dater cette tare. Et, en bonne mélancolique qui se respecte, j’ai toujours un œil tourné vers ce qui n’est plus ou menace de ne plus être dans les jours, les heures ou les minutes qui viennent. Je suis d’accord pour jouir à fond du moment présent, mais je ne peux m’empêcher, alors même que je le vis, de penser que bientôt il sera un moment passé.

Fonctionner ainsi n’est pas reposant, croyez-m’en. Seigneur fou des bacchanales, quand me délivrerez-vous de ce mal, mais de celui-là uniquement ? Les autres, je m’en accommode…

Au sommet des réjouissances à venir : la tournée de Thiéfaine. Bon, mais c’est la dernière, et commencer à la vivre voudra dire commencer à la perdre, sans qu’une autre, derrière, ne nous apaise. Genre « Pas de panique, je vais prendre le relais ». J’en ai vécu combien, comme ça, des tournées ? Jusqu’à maintenant, je pouvais me dire : « Oui, voilà, c’est fini, mais une autre aura lieu qui me trouvera dans les mêmes dispositions à son égard, toujours aussi enjouée ». Sauf que cette tournée à venir ne m’offrira pas (pas plus qu’à vous, d’ailleurs) les mêmes privilèges. Chaque moment passé le sera irrémédiablement. Je ne suis pas loin de penser que c’est horrible.

Et ce n’est pas ma fille Louise qui me consolera sur ce coup-là. Alors que nous écoutions notre cher Hubert, tout à l’heure, dans la voiture, voilà qu’elle s’est exclamée : « Il ne peut pas arrêter maintenant, je ne l’ai pas assez vu ». Me dire ça à moi, franchement. Comme ça, à brûle-pourpoint, sans prévenir. En plein milieu de Vendôme Gardenal Snack qui me fait déjà presque systématiquement pleurer ou me file au moins les poils, c’est malin. Les jeunes d’aujourd’hui ne prennent pas de gants avec les vieux, mais ce n’est que justice : nous-mêmes, n’est-ce pas, hier, quand nous étions jeunes…

Et moi de lui répondre, à ma fille : « Moi non plus je ne l’ai pas assez vu ». Oui, je sais… Vous allez me rétorquer, ainsi que Louise n’a pas manqué de le faire : « Tu l’as vu 65 fois, ne te plains pas ». Oui, mais je pourrais le voir encore 475 autres fois que ce ne serait encore pas assez. Il doit y avoir un truc dans ses chansons, un machin planqué qui rend addict jusqu’à la moelle et qui fait que beaucoup ce n’est pas suffisant… Qu’une dose administrée exige d’être augmentée la fois suivante. Et ainsi de suite jusqu’à … même pas d’overdose !

Aurai-je assez profité des moments présents de chaque concert lorsqu’ils s’offraient à moi ? N’ai-je pas été trop souvent négligente, me concentrant sur la mèche rebelle de mon voisin de devant, sur les canards affligeants de ma voisine, sur un chagrin d’amour, sur les impôts à payer ou que sais-je encore ? Toutes choses qui ne méritaient nullement mon attention, alors qu’HFT, lui…

Ah, si j’avais su que je l’aimais tant, je l’aurais aimé davantage, pourrais-je écrire pour copier Frédéric Dard que, par ailleurs, je n’ai jamais lu.

Si j’avais su que le temps passerait aussi vite depuis 1992, année qui couronna Thiéfaine du prix de la révélation lors de mes victoires de la musique personnelles… Si j’avais su que cette passion-là m’accompagnerait jusqu’en ma cinquantaine bien sonnée… Si j’avais su qu’un jour l’éphémère me sauterait à la tronche comme un mauvais boomerang…

J’en aurais profité bien davantage et plus que dans les grandes largeurs : dans des largeurs incommensurables. J’aurais fait encore plus de kilomètres rien que pour le plaisir de l’entendre chanter sur toutes les scènes de France et de Navarre.

« Tout a une fin, c’est peut-être ça qui est bien », chantait Mano Solo. Or, le « peut-être » est de taille. Peut-être, ça veut bien dire que ce n’est pas sûr. Et moi je ne suis vraiment pas sûre que ce soit bien que tout ait une fin. Et je pense même ne pas trop m’avancer si j’affirme que Mano Solo lui-même n’en était pas convaincu. Sans quoi il aurait dit « c’est ça qui est bien », sans le « peut-être ». Bref…

Nous sommes le 22 août et cette date ne marque pas seulement la fin imminente des vacances d’été : elle est aussi le point de départ d’un compte à rebours puisque dans deux mois précisément, le 22 octobre donc, je verrai Thiéfaine à Yutz. Yutz : nom sautillant et joyeux, vous ne trouvez pas ? Et c’est ce qu’il faudra être ce soir-là : sautillant et joyeux. Sans penser à demain, qui viendra un peu trop vite, c’est bien connu. Il faudra plonger à pieds joints dans le moment présent. Ne regarder ni vers l’arrière, ni vers l’avant. Il sera bien temps, plus tard, mon cher Hubert, de t’autoriser à nous jeter…

03/06/2026

Exigeons l'immortalité, avec Thiéfaine en prime !!!

"Il ne faut pas moins de toute une vie pour commencer de comprendre ce que nous avons vécu". Georges HALDAS

 

Le 29 septembre 1992, dans le journal que je tenais à cette époque-là, j’écrivais ceci : « J’écoute Thiéfaine. Rien d’autre à signaler ». Ces quelques mots résument et englobent d’une manière assez radicale plusieurs réalités :

1) Il n’y avait alors pas grand-chose à dire de ma vie. Elle se situait dans un entre-deux pas forcément très confortable : je sortais de l’adolescence, sans être tout à fait adulte (mais le serai-je jamais ?!). Je faisais des études, je voulais être prof d’allemand, mais ce métier semblait inscrit dans un avenir extrêmement flou et lointain. J’étais à l’âge des possibles, cet âge où il y en a tellement, des possibles, que par moments la tête vous tourne. C’est l’embarras du choix, avec tout ce que cela comporte d’embarrassant. On voudrait parfois faire avancer très vite la grande roue du temps, pour voir où elle nous mènera. On ignore encore, et c’est tant mieux, qu’un jour elle nous aura menés là où on ne s’attendait pas forcément à atterrir et qu’on se dira, pour mille et une choses : « Aurait pu mieux faire » ou : « Trop tard, je n’ai plus l’âge de faire ça »… On ignore également, et c’est toujours tant mieux, que ce jour arrivera finalement assez vite. Et que l’on se retournera, moitié attendri(e), moitié affligé(e), sur un passé qui n’est plus. Un passé où l’on voyait se dessiner mille et un possibles. Et puis, il fallut en choisir nettement moins que mille et uns, et comme choisir c’est renoncer, on aura toute une vie de renoncements derrière soi. De la malédiction des rétroviseurs…

2) Le phénomène Thiéfaine avait pris une place suffisamment importante dans mon quotidien pour que je juge utile de le mentionner de la sorte. C’était, en fait, L’EVENEMENT à signaler, et tous les autres n’étaient que roupie de sansonnet à côté de cette découverte majeure que je venais de faire. Le mois de septembre 1992 marqua un énorme tournant dans mon existence entière : après la révélation de l’époustouflante beauté de la langue allemande un peu avant, après la brûlure au fer rouge de la poésie (cela ne devait plus jamais me quitter), voilà qu’une œuvre d’une puissance inimaginable venait de me choper par la manche et de m’aspirer dans son antre. C’était, je peux vous le dire car je m’en souviens encore comme si c’était hier, un enchantement que renouvelait chaque aurore, puisque chaque aurore me trouvait allongée dans mon lit, me prenant du HFT en perfusion, et n’en revenant pas de la vastitude de cet univers qui était venu à moi soudainement. Je ne m’en suis jamais tout à fait remise, et c’est tant mieux, il y a tant de passions qui s’étiolent avec les années, tant de désenchantements qui nous guettent, tant d’aigreurs qui pourraient nous tomber sur le paletot…

Mais non. Je l’ai écrit X fois sur ce blog, et je ne peux m’empêcher de l’écrire encore, quatre mois avant que ne démarre la tournée d’adieux de monsieur Hubert-Félix Thiéfaine : cette œuvre, c’est un peu le sang qui coule dans mes veines. En tout cas, elle s’est mêlée à lui petit à petit, et j’ai l’impression que lentement mais sûrement ils ont fini par ne faire plus qu’un… Mystérieux couple fusionnel qui chante à tue-tête en mon for intérieur. En mon fort intérieur, comme écrivait Gary !

Bref… J’ai encore du mal à accepter que la tournée à venir soit celle qui verra HFT faire un dernier salut en direction d’un public qui l’a tant aimé, tant suivi, souvent très loin du fracas de la télévision et compagnie. Je me souviens d’une époque où il n’était pas aisé d’avoir accès aux infos émanant du showbiz. Encore moins à celles qui touchaient l’ami Hubert. Mais nous y parvenions, coûte que coûte ! Le monde sans internet ne nous faisait pas peur, nous ne connaissions que lui !

 

Que pourrais-je dire encore en ce 3 juin qui, comme tous les jours que Dieu fait, ne reviendra pas ? (Ah, cette fichue nostalgie qui me fait regretter par avance chaque moment au moment où je suis en train de le vivre, quelle maladie teigneuse !).

Je pourrais dire, en ce 3 juin qui, comme tous les jours que Dieu fait, ne reviendra pas :

1) Que j’ai rencontré, il y a un an et demi déjà, un homme délicieux, qui arrive comme un novice dans l’univers d’HFT (et comme pain bénit dans mon existence, mais ça c’est une autre histoire). Tellement novice qu’il m’a dit dernièrement : « Je veux bien t’accompagner au concert d’Amnéville, mais à une condition : que Thiéfaine chante La fille du coupeur de joints ce soir-là ». Je n’ai pas voulu lui dire ce que nous savons, nous, les initiés… Je me suis contentée de sourire devant tant de (touchante) candeur...

2) J’écoute toujours Thiéfaine, mais il y a d’autres événements à signaler (comme la rencontre ci-dessus mentionnée).

3) J’écouterai toujours Thiéfaine. Même dans mon exil dans l’au-delà, je trouverai un moyen de l’écouter, parce qu’une éternité sans le faire, c’est tout bonnement inconcevable, et si on essaie de m’infliger ce coup-là, une éternité sans Thiéfaine alors que c’est inconcevable, comptez sur moi pour faire du grabuge comme il se doit. Non mais ! Ma demande dépasse celle formulée par HFT dans Animal en quarantaine. Ce n’est pas seulement : « Exigeons l’immortalité », c’est : « Exigeons l’immortalité, avec Thiéfaine en prime » !!!

09/04/2026

Mes nuits avec HFT sont plus belles que les celles de Voulzy sans Kim Wilde !!!

"On peut perdre de vue le monde entier dans un adieu". Hector BIANCIOTTI

 

Laurent Voulzy chantait ses nuits sans Kim Wilde. Eh bien moi, je pourrais chanter mes nuits avec Hubert-Félix Thiéfaine ! C'est bizarre qu'il revienne aussi souvent dans mes rêves. Je peux dire, sans craindre le ridicule puisqu'il ne tue pas et puisque je m'en fous, en fait, que je dispose dans ma vie privée de toute la panoplie de la fan quasi énamourée. De la groupie, si vous voulez. D'ailleurs, un jour, en écoutant La groupie du pianiste avec mes filles, j'ai dit à celles-ci que je n'étais ni plus ni moins que la groupie du Bébert. J'assume encore pleinement ces propos, ainsi que la réalité qu'ils recouvrent.

Thiéfaine, cela fait presque trente-quatre ans qu'il m'accompagne. Je n'oublierai jamais cette découverte émerveillée. Un peu comme quand, arrivée en Allemagne, je m'aperçus que les gens utilisaient au quotidien des mots que je trouvais tellement beaux que je les croyais réservés aux dimanches et aux jours fériés. Mais non, ils les employaient comme ça, dans la vie courante, et peut-être sans se rendre compte de l'explosion de poésie qu'ils envoyaient. Mutterseelenallein, Heimweh, Fernweh, Geborgenheit, et tant d'autres. Même Kühlschrank, armoire fraîche pour réfrigérateur, je ne m'en suis jamais remise. Ou Krankenhaus, maison des malades, pour hôpital. Bref... Revenons à notre Bébert : en 1992, ce fut la même révélation. Mon Aha-Erlebnis, comme disent les Allemands, encore eux, et c'est si beau, encore une fois ! Quoi, il chante « ta jeune écorce d'homme éclaboussée de femme » ? Mais c'est merveilleux de s'adresser ainsi à son fils qui vient de naître ! Quoi, « tu voudrais qu'il y ait des ascenseurs au fond des précipices » ? Mais comme ces mots sont justes, comme ils sont parfaits, parfaitement agencés, tellement beaux qu'on les dirait faits uniquement pour les dimanches et les jours fériés, comme les substantifs allemands ci-dessus nommés.

J'en fus comme deux ronds de flan, pour le dire un peu laidement. Plutôt ébahie, plutôt éblouie. En découvrant les albums les uns après les autres (car il y en avait déjà un paquet à ce moment-là), j'allais d'émerveillement en émerveillement. Je venais de rencontrer l'œuvre qui devait résonner à jamais en moi comme nulle autre. C'était du Cioran paré de rock'n'roll. Du Gary « éclaboussé » de guitare électrique. Du Thiéfaine, tout simplement. Avec, pour ne rien gâcher, des références à la littérature allemande. Ce qui fut, évidemment, un éblouissement de plus.

Tout à coup, je trouvai bien fades les artistes que j'avais écoutés jusqu'alors, et dont je tairai les noms parce que je n'aime pas être désobligeante. Je venais de toucher de l'âme du grand art, et ce grand art me touchait l'âme en retour. Ça me sauva la vie. Je n'avancerais plus jamais seule, je le sentis confusément, immédiatement. Je serais désormais accompagnée d'une môme kaléidoscope, d'un pantin déglingué, d'une Lorelei, d'une pauvre petite fille sans nourrice arrachée du soleil (celle-là, je décrétai d'emblée qu'elle était ma sœur). J'avais raison de penser que tous ces êtres étranges venaient de rompre à jamais ma solitude. Aujourd'hui encore, ces personnages lunaires peuplent mon quotidien et en font un théâtre magique, un peu comme celui du Loup des steppes, d'Hermann Hesse.

Mais je me suis sacrément égarée dans ce texte où il devait être question de mes nuits avec Hubert-Félix Thiéfaine. Je pourrais citer je ne sais combien de rêves où il fut. Le tout premier, je l'adore : je faisais mes courses au supermarché et je rencontrais monsieur HFT au rayon … alcools ! Comme quoi, le subconscient n'est pas con ! Le mien, en tout cas ! Cela dit sans vouloir me vanter (quoique, quoique). Un autre rêve : un soir, Thiéfaine venait donner un concert dans le fond de mon jardin (j'habitais alors à la campagne et ledit jardin aurait effectivement pu accueillir ce genre d'événement). Le plus drôle, c'est que Thiéfaine décidait de ne pas vraiment profiter de la vastitude de l'endroit et qu'il préférait se produire dans une espèce de baraque à frites. Je ne lui connais pas, pourtant, de racines belges ! Et là, je ne sais pas trop ce que ce rêve dit de mon subconscient, qui n'est finalement pas toujours brillant, que voulez-vous...

Il y a eu bien d'autres rêves, je le sais, mais ils ne me reviennent pas pour le moment. En revanche, j'ai encore en tête tous les détails de celui de cette nuit : j'assistais à un grand repas où étaient réunis de nombreux fans autour d'HFT. Et j'occupais la place d'honneur puisque je mangeais à côté d'Hubert lui-même. Que d'ailleurs je ne me sentais plus. Avoir le privilège de me restaurer à la droite de Dieu ne m'eût pas fait plus grand effet, n'en déplaise à ce Dieu (pardon, pardon, pardon, c'est sacrilège).

Que dit ce rêve ?

  1. Que sans doute j'avais faim en pleine nuit et que fort heureusement, qui dort dîne. Et les mets sont encore plus succulents d'être ingurgités en présence d'un certain HFT !

  2. Que mon subconscient ne se prend pas pour de la petite merde. Et même qu'il a le melon et la folie des grandeurs.

  3. Que, parfois, mes nuits sont plus belles que mes jours.

Sur ce, je m'en vais me préparer pour aller bosser, parce que la vie ce n'est pas, comme dirait monsieur HFT, du bubble-gum... Parce que la réalité, parfois, est ce putain de mur où viennent se fracasser les rêves. Et là, que ton subconscient ait la folie des grandeurs ou pas, il lui faut bien revenir sur terre, où c'est pas tous les jours dimanche...

02/04/2026

Se résoudre aux adieux...

"J'ai fini par acquérir durablement le sentiment de l'éphémère". Jean ROSTAND

 

Sibyllins, tous ces messages qui nous sont parvenus de la planète Thiéfaine la semaine dernière ? Pas tant que ça, en fait ! Dès le début, si on faisait le lien avec le titre et le contenu de la chanson dont ils étaient extraits (et ce lien, nous l'avons tous fait, n'est-ce pas ?), on n'entendait qu'un seul mot résonner au cœur d'un silence qui faisait mal à la tête : adieux. « Adieu, à présent, à jamais pour toujours, à la vie, à la mort et au compte à rebours », chante Yves Jamait. Les comptes à rebours, moi, ça me parle, et dans une langue que je comprends mieux que toutes les autres, question de disposition quasi fœtale. Je suis sûre que déjà dans le ventre de ma mère je me disais : « Bon, cette vie qui commence court déjà vers sa fin, tragique marathon à l'issue fatale ». Je ne dis pas ça pour crâner et faire penser que je disposais malgré mon très jeune âge d'un vocabulaire hautement sophistiqué, mais plutôt pour indiquer ma conscience (à la noix) de la finitude des choses. Conscience qui puise forcément ses racines quelque part, n'est-ce pas, alors pourquoi pas dans le ventre de ma mère ?! Tout commencement annonce aussi une fin, ne l'ai-je pas écrit des milliers de fois ici ? Je redoute tellement le point final de toutes choses que j'en suis venue parfois à en redouter l'incipit ! Je crois que je n'ai pas mon pareil (ni ma pareille, s'entend) pour, au beau milieu de la joie, imaginer déjà le goût amer qu'elle laissera quand elle ne sera plus ! Ah, cette manie de voir le verre vide alors qu'il est encore plein, cette crainte d'y boire puisque boire signifie le vider, « c'est des coups à vous faire des armées d'impuissants », pourrais-je dire si je voulais imiter Brel ! Mais je ne veux pas imiter Brel, je veux m'imiter moi-même et, dans mon monde un peu bizarre où je m'imite moi-même, cette manie, c'est des coups à vous planter des épines dans le cœur... Je l'ai appris à mes dépens et à la sueur de mes plaies.

Il fallait bien que ça arrive, n'est-ce pas ? Et nous savions tous que cela finirait par arriver : les adieux de monsieur Hubert-Félix Thiéfaine. Sa longévité confinant au légendaire pouvait nous inciter à mettre des œillères, ce dont je ne me suis pas privée pour ma part. Nous inviter à nous dire : « Il est éternel, increvable, tout-puissant ». Mais, toujours, le principe de réalité vient dégommer le principe de plaisir, le faisant tomber de son « socle de rêve ». Règle immuable en ce bas monde. Vraiment très bas, parfois, ce monde, soit dit en passant...

Alors voilà, cette tournée marquera pour moi la fin de trois décennies. Trois décennies passées à attendre fiévreusement les concerts faisant suite aux albums, les albums faisant suite aux concerts. Je ne sais pas encore très bien comment va s'organiser ma vie dans ce désert. Oui, j'ose le mot ! Et mes autres admirations ne seront jamais de taille à remplacer mon king. Je suis désolée pour elles, mais c'est ainsi, Thiéfaine est mon indétrônable, mon unique. Peut-être parce que cette passion née par une nuit de septembre dans une R18 fut une des seules à me trouver réellement fidèle, capable de mille et un renoncements, peut-être parce que la bande-son HFT qui irrigue mon existence entière est celle qui correspond en tous points et pour une raison qui m'échappe (ce qui est encore mieux, les grandes amours étant, je crois, réservées au domaine de l'inexplicable) à mon ADN ? Parce que c'était lui, parce que c'était moi, ai-je envie de m'exclamer pompeusement. J'ai trouvé dans l'œuvre de Thiéfaine la fréquence que je n'attendais pas, celle qui ne pouvait qu'entrer fortement en résonance avec la mienne. C'était en 1992, ça a traversé ma vie comme pas grand-chose d'autre, ça l'a accompagnée, cette vie, de bout en bout ou presque, et ce n'est pas une tournée d'adieux qui jartera tout ça d'un revers de micro, c'est moi qui vous le dis.

En attendant, je vais tâcher de savourer l'attente, je vais m'efforcer de ne pas penser à l'après. Ça va être dur avec ma structure à la con (vous savez, le verre que je vois déjà vide alors qu'il est encore plein, la joie dont déjà le goût amer qu'elle laissera me chatouille la gorge alors même qu'elle est en train de me livrer son meilleur nectar), mais je crois que je lui dois bien ça, à Thiéfaine. Quelque chose comme une reconnaissance. Pour tout ce qu'il a semé dans mon parcours. Et que je ne mesure pas vraiment, tant ce champ est vaste !

N'empêche que je ne sais pas comment je vais faire pour me résoudre aux adieux. Derrière un kleenex, saurai-je mieux lui dire le mot qui tue ? Je n'en suis pas sûre... Parce qu'il est des cafards qu'on ne parviendra jamais à noyer. Taxi-dancing et compagnie, c'est de la roupie de sansonnet à côté de trente-quatre ans d'amour qui furent trente-quatre ans d'amour fol !

27/03/2026

C'est officiel...

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25/03/2026

Et donc...

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