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20/05/2015

Immortel, le dernier CharlElie...

La pensée du jour : "Einen Fluss in seine Bäche zerlegen. Einen Menschen verstehen". Elias CANETTI

 

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Une petite voix délicatement nasillarde, aux accents quasi enfantins, douce comme un roucoulement de tourterelle. Des ambiances un peu feutrées où les mots s'avancent à pas de velours, dans une chaude lumière. Tout cela est la marque de fabrique de l'ami CharlElie Couture, dont je n'ai jamais parlé ici. Il est grand temps de réparer cette erreur !

CharlElie Couture est lorrain, comme moi, de cet Est un peu rude où "tout l'été n'est fait que pour préparer l'hiver"... Il a longtemps habité dans le Saintois, mais il a fini par poser ses valises sur le sol new-yorkais, et cette ville cosmopolite correspond bien, j'imagine, à ses aspirations de caméléon touche-à-tout ! Dans son dernier album, Immortel, le ton est donné d'emblée : ici, l'amour n'est pas cette brûlure qui vous dévore, c'est la glace ! Solide, oui, sans doute, mais la glace, ça fond. Et l'amour s'en va, comme les petites marionnettes, trois petits tours de rien du tout, et il advient de lui ce qu'il advient de neige au soleil... Même chose pour la vie qui se retire, en cette dernière heure tant redoutée. Mais avant, nous dit CharlElie, il faut "continuer et rester éveillé, se réjouir et survivre malgré la fatigue et les années". Malgré l'absence de l'être aimé qui vous met au bord du gouffre, "au bord du froid", et c'est de nouveau la glace qui triomphe dans un monde en ruine. CharlElie ne cède pas à la tristesse pour autant, il sait que les oiseaux continuent à chanter au-dessus de nos désastres, et que c'est tant mieux, il nous dit que les résurrections sont possibles. On peut tomber très bas et réapparaître, à son grand étonnement, au sommet. Chercher la lumière pendant des années, suer sang et eau pour ne trouver que ténèbres, et puis soudain se brûler les yeux devant une lumineuse apparition. "La vie c'est c'qui vous tombe dessus toujours au moment où l'on n'y croit plus", chantait l'ami Higelin. Il faut écouter les doux dingues qui cultivent leur grain de folie comme d'autres leur jardin, ils n'ont peut-être pas tout à fait tort. Ecouter aussi, nous susurre CharlElie, cette petite voix en nous qui recèle notre mystère.

12/05/2015

Silence radio

La pensée du jour : "Mort l'enfant qui vivait en moi

qui voyait en ce monde-là

un jardin, une rivière

et des hommes plutôt frères". Renaud SECHAN

 

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À plusieurs reprises, j’ai dit ici la profondeur de mon attachement à Renaud. Le chanteur aux cheveux jaunes, c’est toute ma jeunesse ou presque, et bien plus encore.

 

Tout commence dans les années 80. Mon frère, adolescent, vient de découvrir ce chanteur, il cite à tout bout de champ des paroles de ses chansons. Dans la voiture, sur les longs trajets, mon père tolère que les cassettes du frangin tournent en boucle. Parfois, elles sont tellement passées et repassées dans les divers lecteurs de la maison qu’elles présentent des signes de faiblesse, presque d’agonie. Cela les rend encore plus précieuses à nos yeux. Je dis bien à nos yeux. Car, ça y est, moi aussi j’ai le virus. J’essaie de comprendre, d’analyser, mais, décidément, certains passages me semblent bien abscons. C’est quoi, cette histoire de poissons qui baisent dans la mer et la rendent dégueulasse ? Je n’y pige rien ! Qu’à cela ne tienne, je suis sous le charme de ce gavroche au cœur tendre qui crie tantôt sa révolte, tantôt son amour pour sa gonzesse ou sa fille. Cet attachement-là, qui prend ses racines dans le pays mordoré de l’enfance, ne me lâchera plus. Durant toute mon adolescence, j’attendrai avec une impatience fébrile la sortie des albums de Renaud, je guetterai ses passages à la télé, je le citerai à tout propos. Dans ma chambre de jeune fille, un poster immense de mon artiste préféré recouvre tout un pan de mur. Quand j’écoute Petite, je pense prétentieusement que cette chanson s’adresse avant tout à moi. Après tout, n’ai-je pas moi aussi une petite main jaune au revers du zonblou ?! Comme tout ado qui se respecte, j’ai mes convictions et défends toutes griffes dehors mes grandes causes ! Touche pas à mon pote. Leur succès c’est le vôtre (ça, c‘est de Coluche, à propos des Restos du cœur, j‘ai collé ces quelques mots sur une bouteille d‘Oil of Olaz qui trône sur mon bureau, allez savoir pourquoi ! L‘adolescence a ses raisons que la raison ne connaît pas). J’écris des poèmes, je me sens profondément artiste et proche des sensibilités extrêmes. D’ailleurs, le premier texte que je griffonne à l’époque s’inspire largement de Où c’est qu’j’ai mis mon flingue ? Il évoque mon premier grand chagrin d’amour. Je peux dire que c’est Renaud qui m’a menée à l’écriture.

 

Plus tard, toujours je surveillerai de plus ou moins loin la carrière du chanteur énervant. Toujours, je le défendrai ardemment quand on me dira que Renaud c’est mort, il est récupéré. Toujours je penserai que cet homme-là a simplement évolué. Après tout, on ne peut pas rester le même toute une vie durant. D’ailleurs, je ne crois pas que Renaud ait totalement viré de bord. Je pense que ses blessures sont restées les mêmes. Que nous dit-il quand il déclare avec tristesse : « J’ai du mal avec la vie » ? Il nous dit que la nostalgie est une gangrène qui vous cloue parfois jusqu’à la moelle, que l’enfance est un âge d’or qui revient systématiquement le hanter. Il nous dit que la coupe est pleine, que face à tout ce qui le fatigue, il n’a probablement plus que le silence à opposer. Peut-être n’avons-nous pas su déceler la fragilité qui a toujours fait de lui un être vacillant ? Pourtant, la balafre était là depuis longtemps dans son œuvre. Depuis de longues années, Renaud nous dit qu’il va mal, qu’après l’enfance c’est quasiment fini et que ce constat est le plus amer de tous ceux que l’on fait au cours de sa vie.

 

Le voilà donc en retrait, assis sur un banc pour on ne sait combien de temps. Immobile. Contemplant ses contemporains, c’est dire s’il contemple rien. De ce spectacle qui très certainement l’afflige encore, il ne parvient plus à tirer une seule ligne. Il nous faut respecter son silence, même s’il nous fait mal, même si nous appelons de nos vœux une résurrection. Et, comme le disait Didier Varrod en conclusion du très bel hommage qu’il a rendu à Renaud dans un reportage diffusé hier soir sur France 3, il nous faut écouter et réécouter encore les chansons de ce titi parisien. En attendant le moment de grâce où, qui sait, quelque chose sera peut-être de taille à le bousculer et à lui arracher de ces mots percutants dont il a le secret. Je veux y croire. Tout comme ma petite Louise, sept ans, et fan absolue de monsieur Séchan !

 

28/04/2015

Reims, 11 avril 2015

La pensée du jour (qui va énerver le Doc !) : "Tous les hommes, à un moment donné, ont sans doute besoin d'avoir une histoire à eux, pour se convaincre qu'il leur est arrivé quelque chose de beau et d'inoubliable une fois dans leur vie". Patrick LAPEYRE

 

Ces retrouvailles-là ne pouvaient avoir lieu que dans les grandes eaux d'un fleuve magistral. J'en ai rêvé, Hubert l'a fait ! Après la traversée du désert qui a suivi le Homo Plebis Ultimae Tour, cette sensation de sécheresse dans la bouche, l'angoisse que cette tournée ne fût la dernière, le peuple thiéfainien avait soif ! A Reims, en ce 11 avril, l'attente est fébrile. Pas de remarque désobligeante pour autant durant la première partie, assurée courageusement par deux petits jeunes répondant au nom d'Amelie Mc Candless. Il faut dire aussi que la chanteuse de ce groupe a une voix qui vous impose le silence, vous entraînant irrésistiblement dans son sillon envoûtant. A découvrir absolument.

21h05. Il est temps de sonner la fête. Le peuple thiéfainien a soif ! La salle plonge dans l'obscurité, on sent que notre immense attente va enfin être récompensée. Tant de jours à espérer, à désespérer aussi. C'est que le peuple thiéfainen est du genre légèrement passionné, extrême, excessif ! Pour ma part, au début du concert ce soir-là, j'ai la chair de poule, comme toujours, et tant pis si cela fait jeune midinette qui ne sait pas se tenir ! Ce soir-là, je mesure à l'intensité des frissons qui parcourent ma peau combien Hubert m'a manqué. Combien sa présence en ce bas monde est essentielle pour moi. Et tant pis si cela fait ado attardée dans la peau ridée d'une presque vieille de 41 ans. A chaque fois que j'ai vu Thiéfaine sur scène, mon cœur a retrouvé la fraîcheur de ses quinze ans ! Alors, ce soir-là, à Reims, comme tant d'autres fois ailleurs, j'ai quinze ans et je ne veux pas mourir, et je me fous des rabat-joie qui disent et, pire encore, pensent qu'avec les années, la raison doit vous coloniser par tous les pores. Le peuple thiéfainien n'est pas sage, cela n'a jamais été dans ses projets ! Ce qu'il veut, c'est brûler, se cramer les ailes, flirter avec les abîmes et redécoller, mais surtout pas s'enterrer dans une vie étriquée de costard, une vie qui respecte les limitations de vitesse et les priorités et refuse de se garer en double file !

Revenons-en au concert : dès le début, Hubert et sa bande envoient du lourd. En remontant le fleuve, ouverture grandiose du dernier album, ouverture tout aussi grandiose de ce concert ! Toute la soirée, c'est la part belle aux chansons de Stratégie de l'inespoir, mais pas seulement. De vieux titres sortent de leur antre, et c'est pour le plus grand plaisir du public. Le Doc m'avait dit avant le concert que le choix des morceaux allait me plaire, je confirme ! Les excellentes surprises ? Errer humanum est, Autoroutes jeudi d'automne (un monument à mes yeux !), Femme de Loth, Sentiments numériques revisités, Je t'en remets au vent, Les fastes de la solitude, Portrait de femme en 1922, Libido Moriendi. Il paraît qu'à la place nous aurions pu avoir aussi Syndrome Albatros. Je n'aurais pas dit non, de préférence pour les deux, tant qu'à faire !

Ce concert, premier d'une série que j'espère longue (je trouve qu'il manque des dates encore, il n'y aurait pas eu comme un oubli ou deux ou trois ?!), était d'une grande qualité, même s'il y a eu des petites amnésies ici ou là... Pour les oublis de dates, j'ai quelques suggestions : il y a Sarrebruck, par exemple. Oui ! Sarrebruck en Allemagne ! Je peux même me charger de trouver une salle ! Il manque la salle Poirel à Nancy, l'Arsenal à Metz, le Théâtre de Thionville. La Rockhal aussi, et son ambiance Soleil cherche futur. Et je ne parle ici que des salles situées près de chez moi, et je rappelle à tout hasard qu'avaler des kilomètres en voiture ne me fait pas peur, non mais !

Je dis toujours peu de choses de la musique, des musiciens, de leur jeu. Il faut dire que je n'y connais rien dans ce domaine. Je me contente d'apprécier, et c'est déjà pas si mal ! A Reims, ce 11 avril, j'observe la complicité des musiciens entre eux, celle qui les unit à Hubert aussi, et cette tendresse protectrice dont ils enveloppent Lucas, et je sirote tranquillement la substance de mon rêve éveillé.

Fin de partie vers 23h05. Vers les deux heures du matin, Evadné et moi regagnons nos pénates, les mirettes encore embrumées d'avoir visité d'autres cieux. Le dimanche matin, au petit déjeuner, nous avons peut-être "des gueules à briser les miroirs", mais nos yeux, que nous ne montrons qu'à contre-jour, renferment encore les univers bleutés où nous avons été transbahutées la veille.

Midi pile sous le soleil reimois qui cogne déjà fort en ce début avril. Yannig embarque Evadné dans sa voiture, ils vont rentrer dans leur Bretagne qui est un peu la mienne aussi, je ne vais pas tarder à rejoindre la Lorraine. Dernière photo un peu surréaliste devant une pub du CIC qui parle d'avenir, et c'est fini, il faut rentrer chez soi. En essayant de ne pas perdre de vue le beau rêve éveillé que nous avons fait ensemble. Tout de même, sur ce trottoir, les adieux me pèsent. Je me sens bien seule en les voyant s'éloigner, Evadné et Yannig. Pas de doute, j'ai 41 ans sous le soleil de midi, l'illusion de la jeunesse retrouvée ne dure jamais bien longtemps ! Enfin, au fond de moi, je sais que mes quinze ans ne sont pas loin. Ils reviendront en automne ... avec Hubert !

 

07/04/2015

En remontant le fleuve...

 

La pensée du jour : "Nous ne pouvons vivre moralement en repos qu'en oubliant le monde d'ici ou en l'assumant dans sa détresse". Louis CALAFERTE

 

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Petite note, aujourd'hui, sur les nombreuses références qui pullulent dans "En remontant le fleuve" ! Merci à Rachel de m'avoir envoyé un lien vers une vidéo que je ne connaissais pas (https://www.youtube.com/watch?v=ct5BJFCLIPM) et dans laquelle Thiéfaine évoque les auteurs qui l'ont influencé dans l'écriture de ce petit bijou. Il cite d'abord Mungo Park, un explorateur écossais (1771-1806) qui aurait été le premier Occidental à explorer le fleuve Niger. Il parle ensuite de Joseph Conrad, qui fit carrière dans la marine. Il faudra que je parle plus longuement de cet auteur dont je n'ai d'ailleurs jamais rien lu ! Décidément, Thiéfaine a le don pour éveiller ma curiosité, et cela fait plus de vingt ans que ça dure !

Autre référence : Le bateau ivre, bien sûr. Et Thiéfaine d'ajouter : "On rêve tous d'écrire un jour le bateau ivre". Sauf que lui, on peut dire qu'il a déjà quelques bateaux ivres à son actif, ce qui n'est pas donné à tout le monde !

Dernier écrivain évoqué : Philip José Farmer, qui a écrit Le monde du fleuve. Un petit tour sur Wikipédia m'a donné envie de découvrir cette œuvre foisonnante !

Une fois encore, je suis impressionnée par l'immense culture de notre chanteur préféré ! On n'imagine pas toujours toutes les ramifications qui se cachent derrière une seule chanson !

 

27/03/2015

Helter-skelter

La pensée du jour : "L'épreuve, parce qu'elle nous met à terre, nous oblige à tourner notre regard vers le haut". Hélène GESTERN

  

Merci à Arnaud et à Vaxenlair pour les liens mis en commentaire sous la note "J'écoute le souffle de l'instant et l'accélération du temps" ! Je viens d'écouter le première partie des Nocturnes. Je me rattrape un peu car, depuis le début de la promotion du dernier album d'HFT, je ne suis guère assidue ! La bande originale, je n'avais pas écouté non plus ! Je vais réparer cet oubli, promis !

Helter-skelter, donc. C'est bien ce morceau qui a inspiré la chanson Toboggan à Thiéfaine. Dans Les Nocturnes, il explique qu'avec la chanson Helter-skelter, les Beatles ont voulu faire plus fort que les Who. Le guitariste de ce groupe, Pete Townshend, aurait déclaré un jour que c'était les Who qui produisaient le son le plus fort. Helter-skelter serait la petite vengeance des Beatles !

Ce n'est que récemment que Thiéfaine a appris la signification de cet étrange mot composé, "helter-skelter" (="toboggan"). Ne sachant pas non plus ce que signifiait le texte de la chanson des Beatles, il s'est dit qu'il allait écrire son Toboggan à lui. Conclusion : "J'ai regardé le texte de Paul McCartney et j'avoue que j'aime bien le mien"!

Et vous, que pensez-vous de ce Toboggan ?

Je mettrai bientôt le texte de Helter-skelter ici.

20/03/2015

"Ravages esthétiques"...

La pensée du jour : "Ich denk an ihre Augen,

die nicht vergehen

Und was sie jetzt wohl seh'n

Oder wen". Max PROSA

 

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Régulièrement, je me prends des claques poétiques ! Je sais, dès la première écoute de telle ou telle chanson, qu’elle va désormais faire partie de mon paysage quotidien, lui donner un autre relief. Thiéfaine fut celui qui m’administra la première grande bourrade, ou même bourrasque, le premier « ravage esthétique », ai-je envie de dire, pour reprendre l’expression utilisée par David Foenkinos quand il évoque ce que fut pour lui la rencontre avec l’œuvre de Charlotte Salomon.

 

Dans ma vie, il y a eu comme ça bien d’autres artistes, mais toujours, est-il nécessaire de le préciser, Thiéfaine reste le grand, l’immense, le magistral ! Celui avec qui il fait bon nager en eau trouble, mourir à 4h10 par un matin d’été, pour renaître d’une fièvre résurrectionnelle inespérée…

 

Bien sûr, d’autres flacons m’apportent l’ivresse, et heureusement ! Mais je constate jour après jour que seule la poésie de Thiéfaine semble me correspondre pleinement. Feu d’artifice au-dessus de l’abîme, incandescence ravageuse !

 

Mais quand même : au répertoire des découvertes sublimes, il y a eu pour moi Max Prosa. C’est un jeune Allemand, tout frêle, habité par les mots qu’il chante. Je l’ai vu une fois sur scène, et je suis restée bouche bée devant cette singulière apparition. Max Prosa vient d’une autre planète, il touche des sphères que nous ne pouvons que contempler de loin. Ses mots sont d’une incroyable beauté, et je déplore (une fois de plus !) que tant de gens disent des vacheries au sujet de l’allemand, langue éminemment inventive, qui sait claquer comme un fouet parfois, peut-être, mais qui sait avant tout englober la poésie du monde. Oui ! Et je le disais encore tout à l’heure à mes élèves, que mon envolée lyrique a laissés un brin interdits !!

 

Max Prosa dit les univers que nous n’atteindrons jamais, qui se dérobent au commun des mortels, il pleure l’amour qui se meurt dans un sanglot, il chante la brûlure qui étreint deux papillons lorsqu’ils tournoient autour de la lumière en une danse hardie qui leur sera sans doute fatale (Zwei Falter est à mes yeux le texte le plus poétique de Prosa), le soleil qui resurgit après la tempête («Als der Sturm vorbei war, hab ich die Sonne wieder geseh’n »). C’est la vie (oui, le titre est en français) parle d’une déchirure, et l’on peut tout imaginer : il est possible qu’ici, le chanteur évoque la fin d’un amour, mais peut-être aussi la mort d’un proche. C’est une chanson qui me chamboule complètement…

 

Bref, si le cœur vous en dit, oubliez ce soir tous les poncifs qui courent sur la langue allemande (rugueuse, moche, militaire, j‘en passe, et des pires), mettez-vous un petit Max Prosa, fermez les mirettes pour mieux siroter ce miel, et donnez-m’en des nouvelles !

 

15/03/2015

"J'écoute le souffle de l'instant et l'accélération du temps"

La pensée du jour : "Voilà la chose la plus difficile : apprendre à vivre avec ses disparus. Les ranger dans une boîte afin qu'ils deviennent des souvenirs. Les tenir à distance pour qu'ils cessent de nous heurter". Philippe BESSON.

 

 

Ma plume se fait rare depuis quelque temps. Ici, en tout cas. Car, ailleurs, j’ai noirci dernièrement des pages et des pages ! J’ai même enfin écrit quelque chose de plus conséquent que ces notes éparses livrées sur ce blog ou un autre (http://dadla.hautefort.com/) : un roman sur un sujet qui m’obsède depuis plus de vingt ans, à savoir la RDA et son système hautement répressif pour qui ne marchait pas dans les clous… Bref, tout cela pour vous dire que j’ai été occupée ailleurs, souvent. J’ai même zappé quelques émissions dans lesquelles HFT est apparu récemment. Moi pour qui ce genre d’omission était impensable il y a quelques années encore… J’ai vieilli, peut-être ! Mais la passion ne s’est pas émoussée, et je réserve toute mon attention aux chansons de Thiéfaine, écoutées inlassablement au fil des jours. Le dernier album, Stratégie de l’inespoir, a tourné en boucle dans ma voiture au cours des derniers mois. Et je l’aime toujours autant, voire plus qu’à sa sortie. J’ai même fini par apprivoiser quelques morceaux qui me semblaient au départ un peu rebutants, comme Mytilène Island. Je ne dis pas que cette chanson me plaît follement à présent, mais disons que je ne la passe plus systématiquement ! Ayant appris ici ou là qu’elle faisait partie des chansons préférées de tel ou tel thiéfainaute, j’ai cherché à creuser. On peut effectivement voir de l’audace dans le thème, on peut peut-être imaginer, en l’écoutant, un tableau du style Gabrielle d’Estrées et une de ses sœurs (cf. une conversation que j’ai eue avec 655321). Pourquoi pas ? Tout est possible, et il en faut pour tous les goûts !

 

Pour ma part, je suis toujours subjuguée par En remontant le fleuve. Entrée en matière éminemment thiéfainienne, aux accents délicieusement rimbaldiens, comme l’a déjà souligné Foxy (http://foxysback.hautefort.com/). Cette remontée jusqu’au « berceau final » m’enchante, et ce depuis le début ! Un des textes les plus percutants de Thiéfaine selon moi, à ranger du côté des morceaux d’anthologie du style Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable, ou encore Annihilation. Au fil du temps, des liens entre certaines chansons se sont imposés à moi comme des évidences. C’est ainsi que je vois une passerelle entre Résilience zéro et Toboggan. Immobilité du temps de l‘enfance, accélération de ce même temps à l‘heure où la vie se penche vers son automne. Et c’est bien là, je crois, une expérience commune à tous, cette impression que le temps ne s’écoule pas de la même façon aux différents âges de la vie. Je me revois encore, adolescente, maudire le dimanche soir qui annonçait les « heures de la désolation » à venir, s’empilant mollement les unes sur les autres. Impression, avec le lundi qui arrivait, de retourner au bagne à perpétuité ! La nécessité de m’enivrer des Alcools d’Appolinaire, un frangin qui se demandait lui aussi quand donc finirait la semaine ! Et soudain, la trentaine s’est pointée, sans s’annoncer, puis la quarantaine, et me voilà comme déclassée. Et ce temps qui défile et me file entre les pattes, et mon impuissance à le retenir, et la sensation d’aller moi aussi vers le grand toboggan, vers l’ultime chute dont je ne me relèverai pas… La hantise, presque la certitude, de trouver le néant en bout de course, et non ce Dieu en qui je croyais dur comme fer quand j’étais môme. « Je te salue Seigneur, du fond de l’inutile. »

 

Bref, voilà un album qui m’accompagne quasi quotidiennement, et que j’ai hâte de découvrir sur scène !

 

Autre chose : j’aimerais bientôt écrire un petit billet sur la chanson Helter Skelter des Beatles, citée par Thiéfaine comme étant celle qui lui aurait inspiré Toboggan. Quelqu’un pourrait-il me dire dans quelle émission HFT a évoqué ce parallèle ? Merci !

 

14/02/2015

Flussaufwärts

La pensée du jour : "Se trouver dans un trou, au fond d'un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l'écriture vous sauvera". Marguerite DURAS

 

Petite envie, comme ça, d’explorer encore le livret qui accompagne le CD Stratégie de l’inespoir, envie de creuser un peu, de chercher des informations sur les auteurs des citations que Thiéfaine a placées en exergue avant certains textes.

 

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Commençons par le commencement ! Juste au-dessus des paroles de la chanson En remontant le fleuve, on trouve ces mots de Paul Celan :

 

« …ein Weisensteinchen, flussaufwärts,

die Zeichen zuschanden-gedeutet … », c’est-à-dire : « …infime caillou philosophal, en remontant le fleuve,

Les signes interprétés à mort, à néant… »

Par chance, j’ai chez moi le recueil de poèmes La rose de personne (version bilingue), signé Paul Celan, et je vais pouvoir en mettre quelques extraits ici.

Commençons par évoquer la vie tourmentée de ce poète.

Il naît le 23 novembre 1920 à Cernowitz, en Roumanie. Originaire d’une famille juive parlant allemand, il fait ses études à Cernowitz, étudie en Roumanie la littérature et les langues romanes. En 1942, ses parents sont déportés dans un camp d‘internement; ils y meurent tous deux. Après la guerre, il quitte son pays pour Vienne, puis Paris, où il devient lecteur à l’École Normale Supérieure et traducteur. Bien que Celan ait publié ses premiers poèmes vers 1948, c’est en 1952, avec Mohn und Gedächtnis (Pavot et mémoire), qu’il commence à atteindre une certaine célébrité. Ce recueil sera suivi de Von Schwelle zu Schwelle (De Margelle à margelle), de Sprachgitter (Grille-de-langage) et de Die Niemandsrose (La Rose de personne) et de Atemwende (Tournant de l’haleine). Ces recueils le consacrent comme le plus grand poète de langue allemande de l’après-guerre : en 1958, il reçoit le Prix littéraire de la ville de Brême, et en 1960 le Prix Georg Büchner.

 

L’œuvre de Celan est difficile et resserrée. Elle est marquée, par-delà son hermétisme apparent, par l’expérience de la perte et de l’exil, par celle de la mort et de la destruction. L’extermination des juifs pendant la guerre y est présente, comme on peut le voir dans le poème Todesfuge (Fugue de mort). Mais Celan, dans l’expression poétique de cette expérience, n’est pas Nelly Sachs : il s’enfonce dans le langage et le transforme, jusqu’à aboutir, comme il le dit lui-même, à un « tournant de l’haleine » (Atemwende). « Les poèmes sont solitaires et suivent leurs propres voies », mais manifestent une réalité qui est au-delà de toute perte : « au milieu de toutes les pertes, une seule chose n’est pas perdue : le langage ». Et le langage suppose un au-delà, peut-être un autre : « Le poème, étant une manifestation du langage, et donc essentiellement un dialogue, peut être un message dans une bouteille, envoyé avec la croyance pas toujours assurée qu’il pourrait parvenir quelque part, peut-être dans une terre du cœur… Un lieu ouvert, habitable, peut-être un « toi » auquel on s’adresse… » Il n’empêche que la poésie de Celan nous interpelle comme l’une des poésies du manque les plus fortes qu’ait produites notre siècle. Les mots, brisés, retournés, délivrés de tout discours, y ont un poids et une réalité propres. La rigueur même de ce cheminement poétique, peut-on supposer, a coûté fort cher au poète, qui s’est suicidé en 1970 à Paris (il s‘est jeté dans la Seine). Il faut dire qu’une accusation de plagiat de l‘œuvre d‘Yvan Goll, menée par la femme de ce dernier contre Celan, avait jeté le poète dans une profonde dépression.

 

Celan appartient à cette famille poétique qui, avec Hölderlin, Trakl, Büchner, Rilke, a voulu aller jusqu’au bout des possibilités du langage.

 

Source : Dictionnaire des auteurs de tous les temps et de tous les pays, éditions Robert Laffont. L’article sur Celan est signé Antoine Berman. J’y ajouté quelques précisions.

 

Si je me souviens bien de mes cours de fac, on nous présentait Celan comme un poète déchiré aux entrailles par l’holocauste. Selon lui, la langue allemande avait été corrompue par les nazis, il convenait de lui en opposer une autre, totalement poétique, pure, essorée de toute scorie quotidienne. D’où une profusion de poèmes extrêmement hermétiques… J’en mettrai quelques-uns ici prochainement.

 

En attendant, je vous souhaite une écoute enjouée de Stratégie de l’inespoir, l’oreille toujours prête à recueillir l’or que recèle cette poésie finement ciselée, toujours flirtant entre deux eaux, celle, noire, de la mélancolie, et celle, limpide et douce, des fulgurantes extases appelées à mourir à peine jaillies.