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09/10/2016

Higelin 75, égaré, insouciant, dans l'âme du printemps...

"Je suis ici

Maintenant

Jeune, riche, pauvre ou vieux

Vivant, vivant, vivant". Jacques HIGELIN, Flâner entre les intervalles.

 

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L’automne est une saison grave qui nous rappelle que tout, si splendide soit-il, roule inéluctablement vers son déclin. Autour de nous, les cuivres dont les arbres sont parés poussent une dernière chansonnette mélancolique. C’est comme ça, la mort est dans la vie, comme le ver, parfois, est dans le fruit. Il faudrait alerter les bébés comme dit Jacquot le grand, le sauvage. Tout corps vivant branché sur le secteur sera appelé à se mourir. Avant que ne cognent les assauts de « l’ultime prédatrice », il n’est pas inutile de s’enivrer, histoire de sentir palpiter dans la machine un sang qu’empourprent la passion, la rage, la folie ! Histoire de se sentir vivant, tout simplement.

Avant-hier, j’écrivais ici que le dernier album d’Higelin évoquait beaucoup la mort. Oui, c’est vrai, mais ce n’est que pour mieux glorifier la vie. L’œuvre démarre en douceur avec Elle est si touchante, et l’on pourrait croire que l’on va pénétrer dans un univers de douces ballades, au bras d’un homme usé par les années. Ce serait bien mal connaître le personnage, jamais avare de surprises, toujours prêt à en découdre avec « les vérités premières énoncées par des cons ». Le cœur toujours et inlassablement battant, la plume toujours prompte à dresser des autels à « l’éphémère beauté de la vie ». Il ne vit pas sa vie, Jacques, il la rêve. Il la chante et l’enchante, des allumettes plantées au fond des yeux, toujours à deux doigts de s’embraser et de griller tous les circuits. Jacques, c’est l’incandescence survoltée. Et l’on aurait tort de penser que le temps s’en est saisi pour la réduire à néant.

Jamais, peut-être, Higelin n’a-t-il été aussi puissamment vivant. Par moments, on retrouve ici la fougue du soldat de vingt ans qui, dans l’amour, se disait « aigle foudroyé par l’orage ». La mort hante en filigrane de nombreuses chansons, mais ce qui se dégage avant tout de l’ensemble, c’est la vie, quoi, le bordel ! Une immense sensualité aussi, comme une délicate broderie « qu’aurait du chien sans l’faire exprès »… Les musiques sont tantôt rugissantes, tantôt incantatoires, tantôt tout cela à la fois. On retrouve le jeune Higelin dans toute son impétuosité, mais pas seulement. On rencontre un nouvel Higelin qu’on n’attendait pas. C’est simple : la monotonie n’est pas de son monde. Je me souviens d’un concert durant lequel il avait dit, dans une de ces logorrhées dont il a le secret, qu’il fallait bousculer la vie, se pointer guilleret au petit matin et shooter dans les croissants ! Il ne fait que cela depuis des décennies ! Moi qui, pour diverses raisons, m’étais promis de ne plus aller le voir en concert, je crois que je vais planter allègrement un canif dans ce petit contrat fictif et dérisoire qui n’engageait que moi (c'est dire à quel point, d'emblée, sa validité était vacillante !!!) !

Higelin 75 crache le feu, il tonitrue, c’est une œuvre qui refuse la résignation. Jacquot a 75 ans, mais il est hors de question qu’il ploie. S’il doit tomber en arrêt et s’incliner, ce sera uniquement « au pied d’une fleur des champs ». L’automne n’a qu’à bien se tenir : Higelin va te le déboulonner dare-dare, shooter dans les feuilles mortes et ne laisser hurler que « l’âme du printemps » !

07/10/2016

Higelin 75, premières impressions (d'autres suivront sans doute !)

"On finit toujours sur l'éternel quai de gare des adieux"... Hubert-Félix THIEFAINE

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Valérie Lehoux a raison : Jacques Higelin a la démarche ondulante d’un danseur, il porte élégamment ses soixante-quinze ans, avec la grâce de qui semble ne pas vieillir. C’est comme si le temps n’avait aucune prise sur son innocence originelle, dont il demeure des flammes, encore, dans le regard et le sourire. Pourtant, il faut bien l’admettre : même nos idoles vieillissent. Jamais Higelin n’avait, me semble-t-il, autant parlé de la mort que dans son dernier album. Les métaphores qui l’évoquent sont incisives, thiéfainiennes par moments. Elles dézinguent que ça fait froid dans le dos. Exemple :

« En attendant que la vieille catin

La vieille toquée, la vieille peau

Emballe dans un fourreau de sapin

Mon macab en paquet cadeau

En attendant que les vautours

De la mafia nécrologique

Me rédigent un faire-part

De derrière les frigos (…)

J’fume

Une dernière taffe de provoc

L’embolie pulmonaire

L’infarctus, le cancer ».

On pense inévitablement à Brigitte Fontaine et à toutes les lignes délicieusement provocatrices qu’elle a écrites sur ce tabou qu’est le tabac dans notre société aux conventions bien léchées (et c’est une fumeuse repentie qui écrit cela)… Bref, Higelin nous revient et c’est la fête, la fin de la langue de bois, il balance au lance-flammes de la poésie à tous les étages ! La démarche est celle, gracieuse, d’un héron de la voltige, le cheveu est toujours aussi fou, désordonné. Les valises sous les yeux sont noires comme suie et le regard, pareillement, est charbonneux, mais n’a rien perdu de son incandescence !

« ça fait déjà un milliard sept cent

Quatre-vingt dix-sept millions

Cinq cent cinquante-deux mille secondes

Que les battements de mon cœur soutiennent

Obstinément et sans faiblir

Mon fol acharnement à jouir

Des hauts et des bas de l’existence », murmure-t-il à nos oreilles qui n’attendaient que ce chant pour se désensabler un peu.

Les jours qui viennent promettent d’être beaux, comme cette nuit où le champagne coulait à flots, cher Jacques ! Je vais m’enivrer toujours un peu plus de ce dernier album, en attendant un autre rendez-vous, avec Hubert cette fois (la date de Thionville approche !). L’automne, haute saison des mélancolies désarmantes, a parfois des douceurs qui vous laissent sans voix !

18/09/2016

Septembre rose et splendide hasard...

"J'appelle la vie un splendide hasard". Michel BERGER

 

D’aucuns baptisent la vie « splendide hasard », affirmant du même coup leur adhésion totale à ce truc étrange qui leur tomba dessus. D’autres, plus nuancés et plus sceptiques, ont besoin de temps pour apprivoiser ce qu’ils considèrent d’abord comme une malédiction. C’est qu’ils sont nés, comme l’écrivait Verlaine, « sous le signe SATURNE », et « ont entre tous bonne part de malheurs et bonne part de bile ». Thiéfaine me semble être de ceux-là. De ceux pour qui la vie est d’abord une écorchure. Et pas du bubble-gum ! De ceux à qui la création artistique évita habilement le naufrage. C’est sans doute la raison pour laquelle l’écriture de Thiéfaine, qui ne triche pas (même quand il se dit « escroc solitaire », « truand qui blanchit des mots et du vent », il nous fait simultanément, selon moi, l’aveu de sa profonde probité), c’est sans doute la raison pour laquelle, disais-je, cette écriture s’adresse à cette partie de nous-même qui, dormant en des replis souterrains, attend une consolation. Peut-être s’agit-il de notre âme ? Dernièrement, m’interrogeant sur mon parcours et tentant d’esquisser un vague bilan de tout ce qui avait pu me constituer jusqu’alors (je parle de ces attachements qui naquirent en notre jeune âge et ne nous ont jamais quittés), m’est apparue une évidence. Elle m’a même carrément sauté à la face : à une époque chaotique de ma vie, Thiéfaine m’a littéralement sauvée. Il a suffi d’une histoire d’ascenseurs au fond des précipices pour que je me décide à déserter les gouffres ! Si je suis loin, à présent, de l’adolescente qui, découvrant une œuvre à nulle autre pareille (des chansons aux accents rimbaldiens dans « ce siècle marron », qui peut se targuer d’en connaître pléthore ?), ne cessait d’écarquiller les esgourdes, je n’en reste pas moins admirative de tant de phénoménale et insurpassable beauté ! Ma passion, loin de s’étioler au fil du temps, s’est étoffée, est devenue autre. C’est tout simplement une immense part de moi-même, qui a pris naissance à mon insu, il y a de cela vingt-quatre ans ! A vingt ans, je tombais facilement dans la grandiloquence et je répétais à qui voulait bien m’entendre que l’ami Hubert était mon maître à penser. Aujourd’hui, je suis moins catégorique (je l’espère, en tout cas !) et je crois savoir qu’on ne peut avoir qu’un seul maître à penser : soi-même. Cela me paraît souhaitable. Mais je reconnais que de somptueuses influences peuvent venir nous percuter dans notre petit confort quotidien et que l’on peut aussi en trimbaler d’autres depuis des décennies, sans que cela entrave notre propre jugement, au contraire. Ainsi, cela fait vingt-quatre ans que Thiéfaine déverse quotidiennement dans ma vie son incomparable poésie. J’ai découvert Mathématiques souterraines par une nuit de septembre où l’automne, déjà, déployait sa grosse artillerie de brume et de mélancolie. On ne peut rêver saison plus propice à l’écoute de Thiéfaine ! Et c’est pourquoi, malgré tout le fil à retordre que me donne chaque année l’été finissant, septembre est rose, incroyablement !

J’appelle ma rencontre avec l’œuvre d’Hubert plus qu’un « splendide hasard ». Elle fut une nécessité, une impossibilité de faire autrement.

28/08/2016

Un dimanche 28 à six heures...

"Oh ! s'éveiller chaque matin - et pourquoi pas chaque minute - et regarder le monde qui commence !" Jacques LUSSEYRAN

 

 

Les chefs-d'œuvre succèdent aux chefs-d'œuvre et, de cet ensemble, se dégage une grande cohérence, malgré les virages en épingle, les changements de direction et les sorties de route ! Ce qui fut écrit par le jeune Hubert peut encore être chanté par celui de la maturité, sans que le morceau pâtisse du poids des années. Ainsi, Je t'en remets au vent ne détonne pas au milieu des chansons de la soixantaine.

Depuis quelques jours, je me fais ma petite thiéfainothérapie avant la rentrée ! Chaque fin de mois d'août fait resurgir en moi une sorte de peur ancestrale : et si la reprise du travail me détournait désespérément de mes inclinations profondes ? Je sais qu'il faudra désormais se contenter d'infimes miettes dans certains domaines : lecture, écriture, musique. D'où une fièvre paniquée, chaque année, à l'approche de septembre ! Ma cure HFT m'a trimbalée en l'espace de quelques jours de Fragments d'hébétude à Suppléments de mensonge, en passant par Le bonheur de la tentation et le concert enregistré à la Maison de la Poésie. À force de réécouter les mêmes chansons jusqu'à plus soif (plus soif ? Impossible avec Thiéfaine !), j'observe de secrètes correspondances entre les anciennes et les plus récentes. C'est ainsi que Garbo XW Machine, tout en s'inscrivant pleinement dans une œuvre riche et regorgeant de surprises, Garbo XW Machine me semble être le pendant impitoyable de Zone chaude môme. À un réchauffement climatique inattendu succède une période de glaciation ! Tout à coup, la « froideur féminine » vient elle aussi faire des siennes dans le « J'ai cru mourir de froid chez mes contemporains » ! La subtile arrogance du vers « Les dieux sont jaloux de nos corps, nous balayons l'éternité » se voit soudain balayée par celui-ci : « Les dieux s'encanaillent en nous voyant pleurer ». Les quais de gare se suivent et se ressemblent, se faisant le théâtre de déchirants adieux, jusqu'à l'adieu ultime et balafré de définitif.

Qu'après 24 ans d'une écoute attentive et assidue des chansons de Thiéfaine, je demeure encore régulièrement bouche bée devant tant de poésie, qu'un fil conducteur me semble traverser de part en part cette œuvre magistrale, voilà qui ne laisse pas de m'émerveiller !

Et vous, vous arrive-t-il de voir des passerelles entre certaines chansons ? Il y en a sans doute pléthore (« on n'en finit jamais d'écrire la même chanson » !), et chacun décèlera les siennes en fonction de sa sensibilité. Là où je vois se dessiner ce que j'ai appelé précédemment des correspondances, vous ne verrez peut-être que des coïncidences sans incidence. Et c'est pourquoi je persiste et signe depuis plus de dix ans sur ce blog (oui, le Cabaret a eu dix ans en avril, et je n'en reviens pas moi-même !!) : avec l'œuvre de Thiéfaine, nous tenons un puissant fonds, et surtout un puits sans fond...

 

14/08/2016

Un article paru dans L'Est Républicain le 5 juin 2016

"Que sais-je ? La joie". Jacques LUSSEYRAN

 

C'était le dimanche 5 juin 2016, au lendemain du JDM. Dans L'Est Républicain, que j'avais acheté ce jour-là uniquement pour voir ce qui se disait de la prestation d'Hubert à Bulligny, je découvrais, à côté de l'article recherché, une photo montrant le visage de Vax, un fan de Thiéfaine que je connais bien. L'article parle beaucoup de lui (quel veinard !), sous son vrai nom (Grégory).

 

UN AIMANT NOMME THIEFAINE

Grégory et une poignée de fans de Thiéfaine étaient aux premiers rangs du concert d'hier soir au Jardin du Michel.

 

Il frissonne. A chaque entrée en scène d'Hubert-Félix Thiéfaine, Grégory est dans le même état. Et ça fait vingt ans que ça dure.

Hier soir l'arrivée sur la scène du chanteur jurassien vêtu de sombre - tête d'affiche de ce samedi au Jardin du Michel - n'a pas dérogé à la règle. Bras levé, Grégory, du haut de son 1, 85 m, saute et chante dès les premières notes d'En remontant le fleuve. La magie opère une nouvelle fois. L'habitant de Marainville-sur-Madon de 39 ans fait partie de cette quinzaine de fans qui suit Thiéfaine au fil de ses concerts donnés dans le Grand Est. Et même au-delà.

Si en 1996 il se déplaçait pour voir uniquement son idole, il s'est, depuis, lié à Alice, le guitariste nancéien présent aux côtés du chanteur depuis deux tournées. Aujourd'hui, Grégory va donc voir les deux hommes.

Cette tournée, c'est la sixième qu'il suit. Le concert donné hier soir, il le voit pour la septième fois. Sans se lasser.

Chez Thiéfaine, il aime sa façon de voir la société, la mort, l'amour et puis... "Si on est curieux, il y a toujours moyen de creuser ses textes".

Le chanteur et sa poésie agissent comme un aimant sur lui. Même au fil du show bien rodé qu'il joue en ce moment et où s'enchaînent d'anciens titres comme Alligator 427 - "écrit en 79 au retour d'une manif à Fessenheim", glissera Hubert-Félix à ses spectateurs - et les grands classiques comme Lorelei, 113ème cigarette sans dormir, Sentiments numériques revisités... Résilience zéro ? "C'est l'histoire de sa vie", confie Greg.

L'incontournable Fille du coupeur de joints se joue traditionnellement en morceau de rappel. Hier, c'est la seule qui a fait fuir le fan de la fosse. Il ne l'aime pas. Sûrement parce qu'elle est trop populaire. "C'est la seule que tout le monde connaisse !" Le trentenaire s'en accommode tout de même et l'écoute à quelques mètres de là, en commentant, les yeux rivés sur la star frileuse des médias. "Thiéfaine, c'est Baudelaire, c'est Rimbaud. Un hypersensible qui s'est fait tout seul".

Et à voir l'assemblée réunie hier à Bulligny, il n'est visiblement pas le seul à être ainsi attiré par ce phénomène nommé Hubert-Félix.

Article signé Stéphanie MANSUY

 

Et vous, c'est quand la ou les prochaine(s) fois que vous allez frissonner ? Pour moi, ce sera à Thionville le 15 octobre, puis à Paris le 19 novembre. "On the road again" !

 

 

 

30/06/2016

"Fulgurante Astrée de mes nuits"...

"Tout pesé, si j'avais à recommencer ma vie, avec le droit d'y faire des ratures, je n'y changerais rien". Ernest RENAN.

 

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L'Astrée est un roman pastoral de l'écrivain Honoré d'Urfé (1557-1625), publié en cinq parties de 1607 à 1627; les deux dernières par les soins de son secrétaire, Balthazar de Baro. L'auteur raconte les amours de deux bergers, Céladon et Astrée. A travers mille péripéties, l'action se déroule aux temps anciens des Gaulois et des Druides, sur les rivages enchanteurs du Lignon, dans une des plus belles régions de la France, le Forez. En vertu d'une fausse nouvelle, Astrée croit que son ami lui est infidèle, c'est pourquoi elle lui ordonne de s'éloigner pour toujours de ses regards. Céladon, désespéré, cherche à se noyer dans la rivière; mais il est sauvé par les nymphes. L'une d'elles, Galatée, lui déclare son amour; lui, cependant, ne pense qu'à Astrée, et la rejoint sans tarder, déguisé en jeune fille. La guerre ayant éclaté, le parfait amant se montre valeureux chevalier. Ainsi, selon la mode de la fin du XVIème siècle et la galanterie de la cour d'Henri IV, d'Urfé nous présente le portrait idéal de l'amant et de l'homme courageux. Mais Astrée n'accorde pas encore son pardon. Céladon doit donner d'autres preuves, comme dans la tradition des héros de chevalerie, jusqu'à ce que "la fontaine magique de la vérité" assure à la jeune fille sa fidélité. Enfin, après un long et prolixe récit (où s'entrecroisent d'autres amours et aventures), Astrée accorde son amour à Céladon. L'œuvre prend modèle sur les grands exemples italiens de l'Aminta du Tasse et du Pastor fido de Guarini et plus directement sur la Diana de l'Espagnol Montemayor. La délicatesse des descriptions de la nature, et la peinture des sentiments humains tels qu'on les trouve dans l'Arcadie de Sannazar s'y unissent à la galanterie et à l'amour tels qu'on les pratiquait dans la société française. L'œuvre, très célèbre pendant tout le XVIIème siècle, nous paraît actuellement loin de notre goût; mais elle intéresse le savant par la peinture précise de l'idéal précieux et mondain qu'elle nous donne; de plus s'y affirme un certain goût pour la recherche psychologique qui, - même à travers la fiction pastorale, - influa sur l'esprit et sur la littérature du grand siècle.

Un opéra, Astrée, a été composé en 1691 par Collas Pascal sur un livret de La Fontaine; un autre opéra sur le même sujet, intitulé Astrée apaisée, fut écrit en 1760 par Jean-François Maio.

 

(Dictionnaire des œuvres de tous les temps et de tous les pays, éditions Robert Laffont).

05/06/2016

In Bulligny we trust !!

 

Une tradition lorraine (peut-être devrais-je écrire « une déformation lorraine », mais je n'ai pas l'habitude de canarder ma région !!), une tradition lorraine veut que par chez nous, on ajoute un article défini devant chaque prénom. Ainsi, Gérard, ce n'est pas Gérard, mais LE Gérard ! C'est comme ça, on finit par s'y faire. Donc, le JDM, ce n'est pas le jardin de Michel, non (ce serait trop classieux, très peu pour nous), c'est le jardin du Michel. Et on peut dire que le Michel fut très bien inspiré le jour où lui vint l'idée de monter un festival à Bulligny, au fond de son jardin (qui est immense : c'est un champ, en fait, ou peut-être dix champs, je ne sais pas trop !!). Grâce au Michel, depuis quelques années, les Lorrains ont leurs Vieilles charrues, le chouchen et l'air marin en moins. Oui, mais nous, nous avons l'air lorrain ! Une autre tradition régionale veut que les saisons ne sachent pas toujours très bien où elles en sont, et il arrive que l'automne s'invite en plein cœur du mois de juin (un de mes amis appelle cela l'automne indien, c'est une improbable saison qui n'existe, me semble-t-il, que dans l'Est de la France et qui n'aurait inspiré que des aquarelles grises à Marie Laurencin !!!). Donc, le jardin du Michel peut être lui aussi victime de cette bizarrerie locale. Ce qui est arrivé cette année. Hier, j'ai vraiment cru que le concert d'Hubert allait être annulé. D'aucuns ont renoncé d'avance. Peur de se retrouver embourbés, dégoulinants de la colère des cieux. Pour ma part, je voulais y aller, coûte que coûte. Ce concert avec mes filles, j'en rêvais depuis des années. Après tout, sans Tonton Beu (c'est ainsi que mon aînée appelait Hubert quand elle était petite !), elles ne seraient pas de ce monde !! C'était donc hautement symbolique pour moi d'aller écouter Thiéfaine avec elles. Je ne sais pas si un festival est la meilleure formule pour une écoute recueillie et familiale !! Face au nombre de démarches chaloupées s'élançant parfois droit sur elles, face aux regards embrumés, aux haleines avinées, mes filles ont un peu flippé par moments (et moi aussi, pour elles !!). Par chance, j'étais bien placée : à côté d'un couple, accompagné d'un de leurs amis, tous trois venus là pour ne pas perdre une miette du festin. Des êtres adorables, qui ont pris ma fille Louise sous leur protection, l'entourant de soins quasi maternels. J'ai adoré vivre ce concert avec eux ! Juste avant Autoroutes jeudi d'automne, je n'ai pu m'empêcher de dire à ma fille : « Oh, celle-là, je l'adore, c'est une de mes préférées ». Et la jeune femme, à nos côtés, de s'exclamer, s'adressant à Louise : « Maman, elle kiffe » !! C'est amusant : quand j'entends ce mot, je pense systématiquement au sens qu'il a en allemand. « Kiffen » signifie s'adonner à la fumette ! Et on peut dire qu'hier soir, ça kiffait pas mal !!! J'ai eu soudain une pensée attendrie pour ma mère, j'ai repensé à mon premier concert de Thiéfaine, où je l'avais traînée, insistant autant que possible sur les innombrables références littéraires dont regorgeaient les textes du poète que je venais de découvrir ! Je l'entends encore me dire, à la fin de ce spectacle absolument déjanté : « Je n'ai jamais fumé un seul joint de ma vie, mais je crois savoir maintenant quel effet cela peut procurer » !! Et aussi : « C'est bizarre, toutes ces références littéraires dont tu parlais, je ne les ai pas vraiment perçues » !!! Hier, donc, dans la boue de Bulligny, alors que des effluves de chichon me chatouillaient régulièrement les narines, je me suis dit, amusée : « Pour kiffer, ça oui, elle kiffe, maman » !!!

Mais j'arrête de regarder mon petit nombril. Je vais enfin élargir la perspective, comme on m'a appris à le faire à l'école. Le concert d'Hubert était excellent. Notre Jurassien était en forme et souriant. Je dois dire aussi que je l'ai profondément admiré. Voilà un artiste qui assume une playlist audacieuse pour un festival : pas facile de chanter Résilience zéro ou Sentiments numériques revisités face à une foule en délire dont le plus grand nombre est venu là pour festoyer copieusement, ne connaissant parfois, du répertoire d'Hubert, que La fille du coupeur de joints, ou tout bonnement que dalle. Et pourtant, cela a pris. Fans de la première heure ou joyeux allumés vierges de toute écoute préalable, le mélange s'est fait avec un naturel dont je suis encore ébahie. Quelque part, j'ai lu qu'hier soir, Thiéfaine avait mis tout le monde d'accord, et je ne saurais mieux dire ! Et, franchement, La fille du coupeur de joints les pieds dans la gadoue, ça le fait, et merveilleusement !

Il y a dix ans, je crois, suite à un Chien à plumes où je m'étais fait malmener par un public éméché, je m'étais promis d'éviter les festivals. Mais toujours le petit grain de folie qui sommeille en moi quand il s'agit d'Hubert, et qui ne demande qu'un léger coup de pouce pour s'abandonner à la luxuriance, toujours ce petit grain de folie me pousse à braver mes jolis principes, à saccager (avec raison) mes serments éphémères ! Je ne regrette rien, parce que ce JDM 2016 était du meilleur cru ! La boue et la menace anthracite venue d'un ciel plombé ont ajouté un supplément d'âme à un concert qui en envoyait de toutes parts ! C'était torrentiel, diluvien, comme cette satanée pluie qui nous est tombée abondamment sur la bobine durant les jours passés et qui a eu l'élégance de ne pas la ramener une seule seconde durant la prestation d'Hubert. Décidément, oui, il a mis tout le monde d'accord. Et même les éléments déchaînés depuis quelques jours, il te les a tenus en laisse, muselant l'ire des cieux, domptant à la fois les orages et les déluges potentiels. En bouclant ce billet, je repense à une formule, lue hier sur une grande affiche, et qui m'a fait sourire : In Bulligny we trust. Yes ! Je dirais même plus, pour élargir la perspective : In Hubert we trust !!

04/06/2016

Autorisation de délirer ... sous la pluie !

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Thiéfaine au JDM, j'en rêve tout bonnement depuis la création de ce festival !! J'ai toujours pensé que l'ambiance du site et l'esprit de cette manifestation s'accorderaient pleinement avec l'univers d'Hubert ! Et voilà que cette année, mon rêve prend corps ! Alors ce soir, on y va, on y va, on y va, comme chante Miossec en ouverture de son dernier (et magnifique) album ! On y va, même si le sol risque d'avoir des allures de Loire-et-Cher ("on dirait qu'ça t'gêne de marcher dans la boue" !!!). Rien n'effraie le peuple thiéfainien, toujours en marche, toujours vivant, toujours debout !! Je me réjouis de revoir des visages familiers, dans les traits desquels je lirai sans doute une attente brûlante, mêlée d'ardeur et de joie, et qui ressemblera à la mienne. Je l'ai déjà dit, j'adore les moments qui précèdent les concerts de Thiéfaine. Je cherche du regard des silhouettes croisées X fois déjà, et mon cœur s'illumine quand je reconnais un tel ou une telle...

Ce soir, ce concert aura une saveur particulière pour moi car ce sera la première fois que je verrai Hubert en compagnie de mes filles. Nous avons décidé de porter les tee-shirts au corbeau !

Coûte que coûte, on y va, on y va, on y va, malgré le temps ddégueulasse, hésitant entre le bas breton et le patois lorrain !! Plus de générateurs diesel à la place du cœur, plus de pompes refoulantes au niveau des idées, rien qu'un cœur à ciel ouvert. Et comme toujours, quand Hubert apparaîtra, nimbé de son aura rimbaldienne, j'oublierai les petits griefs qui, de temps à autre, viennent imbécilement me visiter, je retrouverai l'élan premier, celui qui me précipita, il y a plus de vingt ans, dans la lave d'une poésie survoltée qui allait changer ma vie. "Que serais-je sans toi ?", voilà ce que je pourrais dire à Hubert si je le rencontrais un jour dans des conditions meilleures que celles dans lesquelles je l'ai déjà croisé, entre deux portes, dans des loges intimidantes et dénuées d'âme. Que serais-je devenue sans cet univers qui vola à mon secours à l'orée de la vingtaine, alors que je me débattais en plein naufrage sentimentalo-métaphysique ?! Alors ce soir, une fois encore, je ne serai que reconnaissance quand paraîtra le monstre sacré...

10:59 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (8)