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28/04/2014

Sheller en concert à Thionville le 25 avril, Sebastian Hackel à Sarrebruck le lendemain !

La pensée du jour : "Je chante au fil des mots comme ils me viennent". William SHELLER

 

Une petite sieste troublée par l'irruption infernale d'un mioche qui braille à tue-tête « maman est folle », un cauchemar récurrent, un lampadaire qui crache sur le trottoir sa lumière intermittente et blafarde, le papier peint tristounet d'un hôtel, de minuscules bouts de vie épars, et c'est plus qu'il n'en faut pour que William Sheller se jette dans la féerie des mots et donne corps et consistance à ce qui, pour le commun des mortels, ressemblerait simplement à une somme de petits riens. De ces petits riens, Sheller, lui, bâtit un édifice d'une incroyable splendeur. Facteur Cheval des apparentes insignifiances, il construit jour après jour sa boutique poétique, revisite le quotidien pour en extraire la substantifique magie. A cela il ajoute l'incandescence de son piano. Et la musique vient porter à bout de notes un univers tout entier, à nul autre pareil.

De ces mots et de cette musique, je me suis nourrie bien des fois, et je m'en nourris encore. « J'ai dans la tête un transistor qui fredonne » en quasi permanence des airs de mes artistes préférés ! Thiéfaine, Higelin, Gainsbourg, Renaud, la Grande Sophie, et tant d'autres ! Toujours là en cas de besoin urgent de s'extraire de la pesanteur de la vie quotidienne, marmots-boulot-dodo...

Donc, Sheller, lui aussi, est dans le transistor, et en bonne place ! Qui, mieux que lui, sait dépeindre la mélancolie des amours qui s'effilochent dans une absence, les impressions furtives, l'imagination de la pluie quand elle fait des miroirs dans la boue, bref, tous ces petits riens qui, mis bout à bout, font le grand tout de la vie ?

Ce que j'aime avec les concerts de Sheller, c'est que l'artiste nous fait généreusement pénétrer dans les coulisses. On a non seulement la chanson, mais aussi l'explication de texte qui va avec ! Et vendredi, je n'ai pu m'empêcher de penser à Thiéfaine, je me suis dit que ce ne serait pas si mal si lui aussi fournissait les explications de textes et les didascalies ! Cela éviterait bien des élucubrations à quelques fans assoiffés de tout comprendre (et je me mets dans le lot, bien sûr, sachant bien à quel point je suis ridicule et toute rikiki avec ce que je crois piger parfois, parfois seulement). Vendredi, comme les deux fois précédentes où je l'ai vu sur scène, Sheller expliquait donc la genèse de chaque chanson. De quoi apporter un nouvel éclairage (parfois un éclairage tout court !) sur des textes que l'on connaît par cœur depuis longtemps et dont on n'avait vu jusqu'alors que ce que notre faible compréhension avait bien voulu tenter de nous livrer !

Textes et explications de textes, donc. Le tout posé dans le doux écrin qui l'accompagnait magnifiquement : un quatuor à cordes. C'était d'une grande beauté. Un peu comme si, sous nos yeux ébahis, tout ce petit monde avait bâti pour nous, « de quelques pierres, un château de légende », transfiguré le quotidien et posé un voile délicat sur nos minuscules et pauvres vies...

 

Le lendemain, pas le temps d'écrire un mot sur le Cabaret. On the road again ! En terre allemande, cette fois, pour un concert d'un autre genre, mais tout aussi pur : celui de Sebastian Hackel. Ce jeunot (il a 25 ans !) écrit lui aussi à partir de peu de choses, des sacs plastiques dans les arbres, par exemple ! Et c'est étincelant de poésie ! C'est dommage que tant de gens prennent (j'en ai honte pour eux) des mines écœurées en évoquant la rudesse de la langue allemande (le pauvre Goethe doit se retourner dans sa tombe). Il suffirait que les balades d'un Hackel, d'un Prosa, d'une Yvonne Catterfeld, ou d'un Bendzko inondent les stations de radio françaises à longueur de temps pour que les oreilles pucelles s'habituent à cette langue, qui a une façon pourtant si poétique de dire le monde. Non mais c'est vrai, quoi ! Quand, pour une langue, un trou paumé, c'est l'endroit où le renard et le lièvre se disent bonne nuit (« wo Fuchs und Hase sich gute Nacht sagen » !!!), elle ne peut pas être laide, voyons !

Sebastian Hackel, c'est beaucoup de finesse dans les mots et dans la voix. Des histoires d'amour à peine esquissées, qui se retirent comme la mer à marée basse, sans prévenir, et déjà la nostalgie d'un paradis perdu... Que dira-t-il à 40 ans, le pauvre ?!! « Moi qui balance entre deux âges », entre celui de Hackel et celui de Sheller, j'essaie de m'abreuver à toutes les sources poétiques de ce bas monde, pour ne pas perdre une miette du festin. Essayer de ne pas passer à côté de ma vie. Accueillir les mots des autres pour m'en nourrir. D'ailleurs, à ce propos, où en est le prochain album de Thiéfaine ?!!!

05/04/2014

HFT, la Sainte Vierge des paumés !

La pensée du jour : "Quand j'appuie la pointe du feutre sur le papier délicieusement froid, ma mort ne sait plus mon nom". Christian BOBIN

 

Le fief de Thiéfaine, c'est le silence. Son destin, la solitude et la mélancolie, et il en a même fait un parti dont le programme se résume à ces deux mots. On s'étonnerait presque que cet éternel ado « joue dans un groupe de rock » tant son caractère semblait le destiner aux vastes étendues taiseuses de l'intime replié sur soi-même... Ce n'est pas pour rien qu'on le surnommait le caillou catatonique quand il était jeune. A ce propos, voir une très ancienne note de ce blog : celle du 14 mai 2006. Ce cabaret était alors tout jeune, je ne savais pas dans quelle direction il allait me porter, ni quelles surprises il me réservait. Je ne savais pas qu'un jour, en attendant de « prendre ma place dans le grand feu » de Bercy 2011, j'aurais la joie d'entendre des fans d'Hubert me dire que mon blog faisait partie de leurs références. Je ne savais pas non plus qu'un jour Jean Théfaine accepterait de signer une note sur ce même blog. J'ignorais de même que de ma folle passion pour l'œuvre d'HFT naîtraient des amitiés surprenantes de tendresse, des liens très forts, pas du tout virtuels, plutôt même virtuoses dans ce monde où la générosité n'est pas de mise (« le crapaud qui gueulait je t'aime a fini planté sur une croix », ça en dit long sur la capacité de l'homme à aimer son prochain !!). Je ne citerai aucun nom. Comme disait Barbara, « vous savez qui vous êtes, après tout » !

 

Ce cabaret va avoir huit ans et a certainement pris des rides et des essoufflements, des fatigues, tout comme moi... Cependant, la passion, elle, est restée intacte. Jamais ma « folie Thiéfaine » ne s'est ratatinée et heureusement que le ridicule ne tue pas !!! Malgré mes 40 ans bien sonnés, au fond de moi, je suis et reste la groupie boutonneuse qui compte les jours jusqu'au prochain concert, jusqu'au prochain album. La groupie que ces échéances rassurent. Sauf que là, il n'y en a plus, des échéances de ce genre !! Bien sûr, je me nourris d'autres agapes, et je ne renie en rien la joie que me procure systématiquement la sortie d'un album d'Higelin, de Miossec, de la Grande Soph et de tant d'autres... Mais pour moi, le plus fort, c'est Hubert ! Lui seul a la capacité de me mettre en transe et de me retourner le cœur (le ridicule ne tue pas, je l'écrivais précédemment !!!) J'ai la prétention de penser que lui et moi parlons la même langue. Cette langue, c'est d'ailleurs souvent le silence (dans le genre caillou catatonique, je suis pas mal non plus, vraiment).

Ce cabaret va avoir huit ans et je me sens comme cette dame dont la fille a vingt ans et qui n'a rien vu venir. Je sais qu'il ne sert à rien de se retourner et que la facture est toujours salée, mais c'est plus fort que moi, cette nostalgie, ce truc qui vous chope à la gorge « autour de 40 balais », comme chante l'ami Renaud... C'est la certitude que « le temps passe et ne revient plus ». On se dit que sans doute on a vu Thiéfaine plus qu'on ne le verra, et c'est, à cette pensée, une révolte adolescente qui vient sourdre dans vos tripes. « Ce qui est terrible, quand on vieillit, c'est qu'on reste jeune », a écrit un certain Oscar Wilde. Ce qui est terrible, c'est de voir tomber un à un les jours et les mois dans la grande mare de l'irréversible... C'est pourquoi une tournée d'HFT s'impose, de toute urgence, pour réparer nos cœurs meurtris. HFT ou la Sainte Vierge des paumés...

 

 

04/04/2014

Higelin and co...

La pensée du jour : "Ecrire pour les enfants des histoires de chasse racontées par le lièvre". Jules RENARD

 

Ce matin, un de mes collègues évoquait mon blog et je me suis soudain sentie 33 fois coupable de le laisser ainsi en friche et livré au vent mauvais... Déjà, il faut dire que l'inspiration ou je ne sais quel autre démon, ou quel état de grâce, ne vient pas me chatouiller l'esprit tous les jours non plus, loin de là. Ensuite, l'actualité liée à Hubert se réduisant depuis quelques mois à une morne plaine, difficile de trouver des idées de billets... Envolées, déjà, les belles résolutions de janvier, et 2014 ne me verra guère plus prolifique qu'en 2013, à mon grand dam. Le remède ? Il n'y en a qu'un : un nouvel album de Thiéfaine ! C'est donc simple comme bonjour ! Sauf que nul ne sait réellement si l'album tant attendu verra le jour. C'est donc finalement très compliqué.

Evidemment, j'aurais pu aussi vous pondre une petite note sur le concert d'Higelin (28 février à Saint-Avold). Sauf que là aussi, il y a du compliqué dans l'air. Ce concert m'a méchamment laissée sur ma faim, et le recul ne change rien à l'impression de raté qui m'avait déjà étreinte ce soir-là. Pas toujours commode ni facile à suivre, le père Jacques. Je l'ai trouvé peu affable avec le public et avec les musiciens, j'ai même cru ressentir comme un malaise sur la scène. Dommage parce que j'ai tout de même jubilé en écoutant ce si beau refrain :

 

« Vois comme les étoiles
Sont indifférentes au chagrin
Au bien au mal
A la lumière du matin
Dès que nous aurons franchi
Le seuil de notre vie
Que restera-t-il de nos peines de cœur
De nos douleurs passagères
Aujourd'hui tu pleures
La fin d'un amour
Demain ou dans une heure
Ce sera mon tour
D'avoir mal »

 

ou encore « Rendez-vous en gare d'Angoulême », « Tu m'as manqué », « La joie de vivre » et tant d'autres petits bijoux succulents dont le grand Jacques a le secret. Dommage encore parce que j'ai appris avec joie que ce monsieur au cœur à la fois rude et tendre, aigre-doux, sucré-salé, avait noirci une quantité phénoménale de pages qu'il me tarde de découvrir (tout comme les fonds de tiroir de l'ami Hubert). Dommage vraiment parce que j'ai comme l'impression d'un échec, d'un truc inachevé avec cet artiste que d'autres ont pu voir bien souvent sous un meilleur jour. Ma décision est presque prise : Higelin, désormais, je le siroterai tranquille, dans mon salon ou dans ma voiture, mais je pense que je vais me résoudre à ne plus jamais aller le voir en concert... Trop douloureux de me sentir malmenée par ses accès de mauvaise humeur, moi qui me suis accrochée tant de fois à ses magnifiques discours sur l'amour, à son optimisme, à sa joie de vivre !

28/02/2014

"La nuit promet d'être belle"

"Ces séparations que la vie nous ménage ne sont que la préparation de l'adieu définitif, auquel il faut arriver". José CABANIS

 

 

Haut les cœurs ! Ce soir, je vais voir, écouter, admirer le grand, le beau, l'unique Jackie Gelin, comme l'appelle François Morel dans le magnifique recueil de textes Beau repaire paru récemment (quatorze écrivains, et pas des moindres, ont sorti leur plus belle plume pour la laisser vagabonder à son aise sur une chanson du dernier album d'Higelin). L'album et le recueil en question sont de purs bijoux dont je ne peux que vous recommander vivement l'écoute et la lecture. L'album ? Je lui avais déjà consacré une note l'année dernière. J'en suis tout simplement dingue ! On y retrouve la folie étincelante du grand Jacques et des envolées dignes de Champagne !

Higelin, c'est mon deuxième frangin, tout de suite après Hubert.

Hubert, c'est mon frère de mélancolie, de mistoufle, d'errances nocturnes. Le côté plus obscur et plus glacé. Jackie, c'est le lumineux, le flamboyant, le compagnon des insomnies joyeuses, le fou chantant à tue-tête que la vie est belle (il faut être en effet un peu fou, ou bien voir flou, pour trouver que la vie est belle !). Jackie porte bien son prénom. C'est le mécanicien de mon âme déglinguée. Et je l'imagine très bien dans une salopette bleue râpée aux entournures, une clé à molette à la main, cherchant à remettre de l'ordre dans une mécanique ravagée... Sauf que maintenant, tout est électronique dans ces putains de machines !!

 

Ce matin, en écoutant encore Beau repaire, et plus précisément Rendez-vous en gare d'Angoulême, je me disais que c'était fou comme les gares avaient inspiré Thiéfaine et Higelin. Chez Hubert, on trouve Des adieux et Libido moriendi. Chez Higelin, c'est Amor doloroso et Rendez-vous en gare d'Angoulême, donc. Et j'en oublie peut-être. Faites-moi signe si d'autres idées vous viennent !

Barbara elle aussi a écrit une très belle chanson sur le sujet : Au revoir.

Et combien d'autres artistes encore ont été inspirés par ces lieux à hautes tensions que sont les gares ? Lieux de retrouvailles, mais aussi de déchirements. Et en écrivant ces mots, je pense à ma mère, tant et tant de fois retrouvée et quittée en gare de Metz, ma mère pleurant à chaque fois, ou de joie, ou de douleur...

J'aimerais bien m'amuser à faire une petite liste de toutes les chansons qui parlent de gares, n'hésitez donc pas à me dire quelles sont celles qui vous viennent à l'esprit !

 

Haut les cœurs, écrivais-je au début de cette note ! Aller à un concert d'Higelin, c'est toujours un enchantement, une joie qui vous anime de fond en comble, un immense remue-ménage dans les entrailles ! C'est un rendez-vous d'amour dans une cathédrale, une communion dans la nef des célébrations endimanchées. Qui sait, peut-être que le grand mécanicien me convaincra ce soir, pour quelques heures, de la beauté de la vie ?

Quoi qu'il en soit, si ce n'est pas la vie qui sera belle, la nuit, au moins, promet de l'être ! Et c'est toujours ça de pris, comme disent les vieux quand le beau temps s'attarde au-delà des premières journées d'automne...

29/01/2014

Lynda Lemay en concert à Thionville le 23 janvier

La pensée du jour : "Et me voici adulte -matricule léger- au pavillon des incurables de l'âme". Franck VENAILLE

 

Je tourne, je tourne à en être étourdie

Je reviens, je retourne à mes planches chéries

Y a des mains qui s'agitent, y a des paumes qui crient

La lumière m'invite, la pénombre est remplie

 

 

Je me plante comme une fleur, je suis prête à grandir

A m'exhiber le cœur, à me laisser cueillir

J'ai apporté des strophes, à vous d'les corriger

Allez, soyez mon prof, je vous tends mon cahier

 

 

Je vous prête mes crayons, qu'ils soient feutres ou pastels

Allons-y, colorions comme à la maternelle

Y a déjà des rayons qui nous tombent des lampes

On peut tracer des ronds sur chaque feu de la rampe

 

 

Dessinons des soleils dans chaque coin de nos ciels

On fera des merveilles, la soirée sera belle

Peu importe notre âge, on est tous écoliers

Il faut tourner des pages, réapprendre à voler

 

 

Je tourne, je tourne à en être étourdie

Je reviens, je retourne à mes planches chéries

J'vous remets mes chansons comme des feuilles d'examen

J'aurai jamais tout bon, j'ferai jamais tout bien

 

 

Mais si y a une leçon qu'j'ai fini par apprendre

C'est qu'ça prend cent pour cent dans l'plaisir qu'on va prendre

A tenter de notre mieux sans s'comparer aux autres

D'être fiers et heureux dans une vie bourrée d'fautes

 

 

Je tourne, je tourne, je tourne, je tourne, je tourne

Je tourne, je tourne, je tourne, je tourne, je tourne

 

C'est sur cette chanson, « Je tourne, je tourne », que s'allume la première étincelle du dernier album de Lynda Lemay, Feutres et pastels. C'est aussi la chanson qui ouvre un spectacle époustouflant, avec peu de respiration entre les morceaux, un spectacle durant lequel on passe du rire aux larmes, des larmes au rire. Le grand huit des émotions !
Lynda Lemay, je l'ai découverte, je crois, avec la chanson « Les filles seules ». A l'époque, j'étais seule, justement, et je me reconnaissais dans chaque ligne de ce texte. Et je crois pouvoir dire que de nombreuses filles seules ont pleuré dans leur chaumière en écoutant ces paroles si criantes de vérité. Ensuite, ce fut la claque avec « Le plus fort c'est mon père ».

« Quel effet ça t'a fait

Quand tu l'as rencontré ?

Est-ce que ça t'paraissait

Qu'il allait tant t'aimer ? »

Une chanson magnifique, une déclaration d'amour à fleur de peau d'une fille à son père...

 

J'ai écouté Lynda Lemay pendant de nombreuses années, puis plus rien. Après Les secrets des oiseaux, je ne saurais dire pourquoi, j'ai tout loupé, j'ai zappé les albums qui ont suivi. Pourtant, je savais bien, au fond de moi, que les chansons de la Québécoise m'avaient construite presque autant que celles de Barbara. Je savais bien qu'un jour ou l'autre je reviendrais à ces douces amours. Ce fut donc par le biais de Feutres et pastels. Dès la première chanson, je fus conquise à nouveau ! Lynda Lemay a 47 ans et demi, autant dire 48, autant dire 50 (ce sont ses propres mots) et elle nous revient avec une plume taillée par une maturité qui lui va à ravir. Par quelques blessures aussi. Lynda Lemay confesse en toute franchise que quand il s'agit de choisir, elle choisit l'erreur, et comment ne pas se sentir la frangine de cette femme forte qui n'hésite pas à confesser ses fragilités ? Les chansons de Lynda, ce sont des histoires qui auraient pu, qui pourraient arriver ou qui sont arrivées à plusieurs d'entre nous, et c'est cela qui fait leur charme et leur force.

Il faut aller voir Lynda Lemay en concert car c'est là que ses chansons prennent leur envol. Sur la tournée actuelle, la dame nous accueille dans un décor d'école primaire et s'y promène à son aise, accompagnée de trois musiciens. C'est dans ce coin d'enfance que Lynda fait tournoyer et flamboyer sa longue chevelure, c'est là qu'elle fait aussi tournoyer et flamboyer nos cœurs ! On rit en écoutant « La visite » ou « Les souliers verts » et en prenant notre première leçon de québécois (savez-vous ce qu'est une bécosse ou un maringouin ?!), on cache quelques larmes en écoutant « Quand j'étais p'tit gars » (et comme dirait ma fille Louise : « Ben dis donc, le gars, il a vraiment une voix de fille !!! ») ou « La place au sous-sol » ou encore « Une mère ».

On sort de là revigoré, plein d'énergie, car ça fait du bien de se vider d'un trop-plein de larmes, ça fait du bien de rire aux éclats sur des chansons qui parlent des petits riens qui font nos drôles de vies, ça fait du bien de rire de l'âge qui vient, qui est déjà là, qui fout tout en charpie, le corps et le reste. Mais pas le cœur, Lynda, pas le cœur, et je voudrais m'exclamer, après avoir vu le magnifique concert de Thionville la semaine dernière, je voudrais m'exclamer, à la manière de Barbara : « Merci et chapeau bas ! »

 

02/01/2014

Toutes les fois où j'ai vu HFT (édition revue et augmentée !!)

La pensée du jour : "Comme la poussière, le temps tombe en petites miettes fines sur les meubles et sur mon cœur". Brigitte FONTAINE

 

Comme le veut la tradition (voir d'anciens billets postés ici), je fais aujourd'hui le point sur toutes les fois où j'ai vu HFT : 36 en tout. Zut, j'étais persuadée que je l'avais vu 40 fois !!! 36, ce n'est pas assez, j'en redemande !!

N'hésitez pas à mettre votre propre liste de concerts dans les commentaires, ou à me dire lesquels vous avez "faits" parmi ceux que je cite !

 

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Vendredi 27 octobre 1995 : Salle des fêtes, Sarreguemines (57).

Mardi 24 novembre 1998 : Saint-Avold (57).

Jeudi 25 mars 1999 : Zénith, Nancy (54)

Dimanche 11 juillet 1999 : Eurockéennes, Belfort (90).

Mercredi 3 novembre 1999 : Salle Elsa Triolet, Longlaville (54).

Samedi 27 octobre 2001 : Galaxie, Amnéville (57).

Jeudi 13 décembre 2001 : Zénith, Nancy (54).

Samedi 3 août 2002 : Champ des lutins, Gomené (22) : Festival Délirock.

Vendredi 20 septembre 2002 : Les Arènes, Metz (57).

Samedi 25 octobre 2003 : Salle Rameau, Lyon (69) : hommage à Léo Ferré.

Mercredi 26 mai 2004 : Grand Théâtre, Dijon (21) : Histoire du soldat, Stravinsky.

Samedi 31 juillet 2004 : Festival de bouche à oreille, Savigna (39).

Mardi 16 novembre 2004 : Théâtre municipal, Thionville (57).

Mercredi 17 novembre 2004 : Salle Poirel, Nancy (54).

Jeudi 18 novembre 2004 : Théâtre de la Rotonde, Thaon-les-Vosges (88).

Jeudi 2 décembre 2004 : Arsenal, Metz (57).

Vendredi 10 mars 2006 : Rockhal, Esch-sur-Alzette (Luxembourg).

Samedi 18 mars 2006 : La Cigale, Paris.

Mardi 4 avril 2006 : Zénith, Nancy (54).

Jeudi 6 avril 2006 : Zénith, Dijon (21).

Dimanche 30 avril 2006 : salle Acropolis, Voujeaucourt (25).

Vendredi 11 août 2006 : festival du chien à plumes, Villegusien (52).

Samedi 7 octobre 2006 : Théâtre municipal, Béthune (62).

Vendredi 3 novembre 2006 : Théâtre de Champagne, Troyes (10).

Vendredi 17 novembre 2006 : Zénith de Paris.

Samedi 28 juin 2008 : Olympia de Paris, concert Thiéfaine / Personne.

Vendredi 11 juillet 2008 : Lac de Madine (55), concert Thiéfaine / Personne.

Mars 2011 : FNAC Saint Lazare, Paris.

Lundi 6 juin 2011 : La Flèche d'or, Paris.

Mercredi 19 octobre 2011 : Zénith, Nancy (54).

Samedi 22 octobre 2011 : Bercy, Paris.

Vendredi 18 novembre 2011 : Micropolis, Besançon (25).

 

    Jeudi 8 mars 2012 : Galaxie, Amnéville (57).

    Vendredi 20 avril 2012 : Salle des fêtes, Vandœuvre-lès-Nancy (54)

    Vendredi 26 octobre 2012 : La Passerelle, Florange (57).

    Samedi 21 décembre 2013 : Galaxie, Amnéville (57).

31/12/2013

Hommage à Jean-Louis Foulquier

La pensée du jour : "Six milliards d'individus hurlant 'Je suis seul !', ça fait une jolie musique aux oreilles de Dieu". Brigitte FONTAINE

 

En ce dernier jour de l'année 2013, impossible de ne pas rendre hommage à Jean-Louis Foulquier, qui sut toujours faire un excellent accueil à des artistes comme Thiéfaine, Leprest, et bien d'autres... Je me souviens aussi de sa belle interprétation de "Tout c'qui est dégeulasse porte un joli nom"...

J'ai trouvé l'article suivant, signé Valérie Lehoux, sur Télérama.fr, je l'ai recopié intégralement :

 

Jean-Louis Foulquier s'est éteint ce mardi 10 décembre 2013, à l'âge de 70 ans. Animateur emblématique de France Inter et fondateur des Francofolies de La Rochelle, il laisse la chanson française orpheline.

 

Une image : la grande scène de La Rochelle, au soir du 17 juillet 2004, quand il tira sa révérence après vingt ans de Francofolies, entouré pour l'occasion de Renaud, Véronique Sanson, Alain Souchon, Zebda, Zazie, Voulzy, Kent, Maurane, Juliette, entre autres.

Une musique : Europa, par le saxophoniste argentin Gato Barbieri, qui servit 24 ans durant de générique à son Pollen.

Une voix : la sienne, aux profondeurs chaleureuses et aux tutoiements faciles, qui résonna sur France Inter pendant une quarantaine d'années.

Pour deux générations, au moins, Jean-Louis Foulquier aura été l'incarnation parfaite du « Monsieur chanson française ». Celui qui fit découvrir au grand public la scène bouillonnante, et turbulente, de l'après-rive gauche – les Higelin, Renaud ou Lavilliers qui, au mitan de la décennie 70, réinventaient la chanson française en la gorgeant d'impertinence, de rock ou de musqiues latines. Celui, aussi, qui savait transmettre aux plus jeunes l'amour des monstres sacrés nommés Ferré, Barbara ou Brassens, dont il connaissait les répertoires par cœur, et dont il soulignait sans cesse l'importance nonobstant les modes du moment. Celui, encore, qui aura accompagné les talents émergents durant des décennies, autant sur les ondes que sur le festival qu'il avait créé, dans son port natal de La Rochelle.

 

 

Brassens, Mouloudji, Aznavour, Barbara...

C'est donc là que l'histoire commença, en juin 1943. Est-ce parce qu'il avait grandi dans les embruns de l'Atlantique, qu'il aura toujours gardé une allure de marin – mâtiné de titi parisien ? Toujours est-il que Foulquier n'a pas 20 ans lorsqu'il ose larguer ses amarres rochelaises, pour tenter sa chance dans la capitale. Déjà, la chanson le titille. On le croise à L'Echelle de Jacob ou à La Villa d'Este, où se produisent Caussimon, Mouloudji ou Aznavour. Il enregistre même plusieurs 45 tours. Mais les temps sont aux yéyés, et la voix du jeune homme peine à percer. Le hasard et le besoin de gagner sa vie vont alors prendre des allures de destin : en 1965, il entre à France Inter en tant que ... standardiste. Peu à peu, il collabore à plusieurs émissions, ne s'imaginant pas encore dans la peau d'un animateur. Jusqu'à ce que la direction de la chaîne lui propose un créneau nocturne, entre 2 et 3 heures du matin.

En 1975, Foulquier s'y installe, et crée Studio de nuit. « Je voulais en faire le dernier cabaret de Paris. J'invitais de jeunes chanteurs que personne ne connaissait encore, et qui venaient avec leur guitare. » Un soir, l'animateur a la surprise d'y croiser Brassens, auditeur fidèle, venu incognito accompagner l'un de ses amis chanteurs. La rencontre est fondatrice : les deux hommes sympathisent ... tant et si bien que Brassens reviendra lors de chaque nouvelle saison, pour lancer l'émission, à la stupéfaction totale des animateurs « installés » de France Inter. « Pour moi qui n'étais encore qu'un débutant, ce fut essentiel. Brassens m'a donné la confiance qui me manquait. »

Suivront bien sûr d'autres rencontres (notamment avec Barbara, qui le marqua fortement), et d'autres émissions : Saltimbanques, Bain de minuit, Y a d'la chanson dans l'air... Et Pollen. Lancée en 1984, elle fut longtemps l'un des piliers des grilles d'Inter, et le rendez-vous incontesté de tous les amoureux de la chanson. A l'instar d'un José Artur, Foulquier s'impose alors chaque soir en « passeur » d'exception. Bon vivant, bon buveur (un peu trop, de son propre aveu), il a le don d'instaurer de la convivialité autour de son micro. Il aime les artistes, et cela s'entend. Il réalise souvent son émission en public, et hors les murs, dans un restaurant parisien proche de l'Olympia, au Théâtre du Sentier des Halles, au Palace, au Passage du Nord Ouest, au Divan du monde...

 

Higelin, Thiéfaine, Nougaro, Indochine...

En 1985, nouveau pas, et cette fois de géant : Foulquier crée les Francofolies dans son fief de La Rochelle. Higelin, Thiéfaine, les Rita Mitsouko, Diane Dufresne ou Zachary Richard sont de cette première édition. Nougaro, Sheller, Souchon, Renaud, Couture ou Indochine sont de la deuxième... Rien ne semble résister à Foulquier. Il fédère et a du flair. Il demande à Didier Varrod, alors au début de sa carrière, de l'épauler. Bien vu. Au fil des ans, son festival prend de l'ampleur. Tout en restant centré sur la chanson, il s'ouvre au hip-hop et s'aventure sur les terres de l'électro. Il essaime même à l'étranger, Bulgarie, Québec, Belgique, Argentine, Suisse, Allemagne – de ses tentatives étrangères, ne subsistent aujourd'hui que les Francos de Spa et celles de Montréal.

Pour Foulquier, l'aventure Francofolies durera 20 ans – il passe la main à l'issue de l'édition 2004. Sa vie à la radio se poursuit encore quelque temps. Pollen ayant adopté un rythme hebdomadaire à la fin des années 90, il lui adjoint en 2003 une courte quotidienne, Tous talents confondus, consacrée aux débutants. C'est son dernier fait d'armes sur France Inter. A la rentrée 2008, la station, alors dirigée par Frédéric Schlesinger,décide de mettre un terme à leurs 43 années de vie commune.

L'homme s'est donc retiré, à regret. De-ci, de-là, on le voyait encore faire l'acteur : sur les planches, dans une adaptation de La première gorgée de bière, ou devant les caméras, dans la série Xanadu – depuis les années 80, il avait régulièrement endossé de petits rôles pour le cinéma et la télévision. On l'entendait parfois pousser des coups de gueule (contre Ségolène Roayl, par exemple). On le savait également appliqué à peindre, ce qui l'apaisait, et à exposer des toiles aux couleurs vives. Mais c'est encore et toujours dans le monde de la chanson que, même absent, il restait le plus présent. Le 8 décembre 2013, lors du grand concert Inter-Générations célébrant les 50 ans de la station, plusieurs artistes avaient tiré leur chapeau à celui qui les avait soutenus dès leurs débuts. Quelques jours plus tôt, il nous avait raconté ses propres premiers pas à la radio, avec une reconnaissance mêlée de pudeur. Souvenirs d'un authentique passionné, qui aura su transmettre sa flamme.

 

29/12/2013

"Qu'en est-il de ces heures troubles et désabusées ?"

La pensée du jour: "J'espère que demain sera torride et vibrant, avec des astres riants, des petites lueurs dans les yeux". Brigitte FONTAINE

 

 

« On n'en finit jamais d'écrire la même chanson »...

On n'en finit jamais de faire les mêmes erreurs, de se piéger soi-même, de « broyer son propre horizon ». « C'est peut-être ça qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir », écrivait Céline.

Depuis des mois et des mois, je lutte, je me bats, je me débats, j'essaie de revenir à la surface, de revenir à la vie, tout simplement. Quand le désespoir me saisit violemment à la gorge, avec cette nausée qui n'en finit plus, je me mets un bon vieux Thiéfaine, à fond, comme une ado, comme l'ado que je suis restée. Je ne suis jamais sortie du complexe du homard... Il faut dire que devenir adulte dans un monde comme celui-ci, froid, désert, dénué d'horizon, ça ne donne pas envie.

Ecouter Thiéfaine à fond, donc, pour ne pas sombrer, pour me sentir moins seule, avoir la certitude rassurante qu'un autre que moi éprouve les mêmes difficultés à vivre, la même « difficulté d'être », pour reprendre le titre d'un beau livre de Cocteau. C'est donc cela que je décline sous toutes les formes et quotidiennement : la difficulté d'être. Pas de place en ce bas monde pour les sensibilités exacerbées, les cœurs pleins à ras bord, ceux qui ne marchent pas droit, titubent, vacillent, boitent...

Ecouter Thiéfaine à fond et me dire qu'un autre entend comme moi hurler à ses oreilles le violent « silence des morts », imagine ces mêmes morts en train de pleurer sous leur dalle de granit, imagine aussi des dieux impuissants fixant l'humanité, et fixant du même coup le beau bordel dans lequel ils l'ont plongée. « Le monde, et pourquoi pas ? Un gosse aurait fait mieux, » comme chantait l'ami Leprest.

Ecouter Thiéfaine et me dire qu'il faut lutter, lutter encore. Que peut-être l'irréversible que j'ai semé dans ma vie n'est pas si irréversible que cela, que là où une porte se ferme, une autre s'ouvre immanquablement. Que la fin d'un chapitre en annonce un nouveau. Je n'ai peut-être pas encore flingué toutes mes cartouches, qui sait, et il y a peut-être encore des bonnes surprises à attendre, à étreindre ici ou là.

Ecouter Thiéfaine et me dire que Nietzsche avait raison : « Sans la musique, la vie serait une erreur ». Sans Thiéfaine, ma vie à moi serait une erreur ! Les mots d'Hubert sont comme autant de planches de salut pour mon âme naufragée. Je n'oublie pas la jeune gamine de 19 ans que je fus et qui, il y a bien longtemps, par une froide nuit de septembre, se prit en pleine face une algèbre souterraine qui allait désormais l'accompagner pour le reste de sa vie. « Pauvre petite fille sans nourrice arrachée du soleil, il pleut toujours sur ta valise ». J'ai l'impression que depuis ce fameux mois de septembre 1992, il n'a jamais cessé de pleuvoir sur ma valise. Comme dirait Romain Gary, autre planche de salut, « jai été heureuse entre les gouttes ». C'est déjà ça.

 

Voilà ce que je garde enfoui en moi depuis de longs mois, voilà pourquoi ce blog s'est tu, il y avait en moi trop de colères, trop de chagrins, trop de larmes coincées... Désolée de vous avoir ennuyés en ce dimanche avec ce billet indécent, impudique, qui aurait peut-être mieux fait d'aller se planquer dans un coin... Mais je sais aussi que ma passion pour HFT m'a ouvert les bras d'amitiés solides, je sais que vous ne jugerez pas, je crois même savoir que vous aussi, parfois, vous avez connu les ténèbres et que Thiéfaine vous a guidés dans la nuit...