07/03/2010
Méthode de dissection : "Thiéfaine au Bataclan"
La pensée du jour : "Je me sentais encore fragile devant chaque plaisir dont il me faudrait jouir sans l'être avec lequel j'aurais tant voulu le partager". Jean-Paul ENTHOVEN.
2002 : année faste ! Année qui me permit d'aller écouter Thiéfaine deux fois sur scène, d'abord en Bretagne, en août, puis à Metz, en septembre. Le concert de Metz fut précédé d'une rencontre à la Fnac avec l'artiste en personne, s'il vous plaît ! C'était la première fois que je le voyais d'aussi près ! La première fois que je lui demandais d'apposer une petite griffe sur un CD m'appartenant ! Grand jour que ce 20 septembre 2002 puisque c'est ce jour-là que je rencontrai Sam, Petit-Jour, 655321, sans savoir à ce moment-là, évidemment, qu'ils allaient bientôt faire partie de « ma famille, de mon ordre et de mon rang » !!! Bref...
2002, année faste puisqu'elle vit également la sortie de deux CD : « Les fils du coupeur de joints », album-hommage auquel je consacrerai bientôt une note, tiens, et « Thiéfaine au Bataclan ». J'adore ce live ! « Un autre paumé descend les rues de ton ghetto et tu pleures en essuyant ses yeux figés »... Pour moi, ce live, c'est avant tout « Redescente climatisée » ! J'ai réellement pris une claque magistrale en entendant cette version. J'aimais déjà la version studio, mais je trouve que la couleur très sombre que Thiéfaine a choisi de lui faire revêtir ici lui sied à merveille, lui va comme un gant. C'est parée de toute cette noirceur que « Redescente climatisée » prend aussi toute sa force, exprime mieux le drame, la dêche. Chanson sublime, déchirante, sur la drogue, la déglingue, la mistoufle... Si « La dêche, le twist et le reste » raconte un naufrage à deux, ici, c'est la solitude immense qui saute aux yeux (« Je t'ai rêvée ce soir au fond d'une ambulance qui me raccompagnait vers mes noirs paradis », la couleur ayant changé entre la version studio et celle-ci : normal, comme je le disais plus haut, on est ici, passez-moi l'expression, dans le gros noir qui tache)...
Ce live, c'est aussi une version très rock de « Demain les kids ». Encore un habillage bien choisi, une musique qui s'est mise sur son 31. Ce live, c'est « doucement, les filles, faut pas flipper, la bidoche est faite pour saigner ». Très bonne idée que d'interpréter cette chanson sur scène ! Elle fait partie de mes chouchoutes, celle-là ! N'empêche, « j'prends des notes sur la chute des tuiles » (c'est le cas d'RV aussi en ce moment, si j'ai bien compris !!!), « la suite m'a laissé amnésique, j'ai coulé dans mon bathyscaphe sous des uppercuts olympiques qui m'défonçaient le sismographe », « si un jour je r 'trouve la mémoire et 2-3 bières pour ma moquette, j'balanc'rai à la série noire un truc à faire chialer Hammett », c'est puissant !!! Il faudrait que je lise Le faucon maltais, quand même...
J'aime aussi qu'au commencement nous arrive droit dessus « Une ambulance pour Elmo Lewis » ! J'adore cette chanson !
Je suis d'accord avec RV : très bonne interprétation de la chanson « Les dingues et les paumés » (je crois percevoir ce qui te fait halluciner dans ce morceau) , même si pour moi la meilleure restera toujours celle du premier live...
J'aime aussi « Alligators 427 », la batterie, le rythme effréné, lancinant aussi...
Ici, même « Le Touquet juillet 1925 », chanson que je n'apprécie guère d'habitude, même « Le Touquet juillet 1925 » me révèle quelques charmes insoupçonnés...
Très bonne idée encore que ce « Joli mai mois de Marie », plein de grâce, à mes yeux béni entre toutes les chansons de « Défloration 13 » !!!!
La version endiablée de « Soleil cherche futur » n'est pas pour me déplaire non plus !
N'empêche que voici là trois chansons (« Le Touquet juillet 1925 », « Joli mai mois de Marie », « Soleil cherche futur ») que relie un brûlant fil conducteur : le soleil. Quand il ne joue pas sur nous, il déshabille les filles et nous délatte, et le voilà qui se cherche un futur dans ce monde où l'homme s'est déchiré depuis la nuit des temps... « Serions-nous condamnés à nous sentir trop lourds ? »
Je suis très contente aussi que figure ici « Diogène série 87 ». Petit bémol pour mes oreilles de germaniste hautement germanophile : l'accent d'Hubert est à couper au couteau (suisse) !!!!!!!!!!! Les mots sont même carrément difficiles à identifier comme appartenant à la langue de Goethe. Faut venir en cours avec moi, quand je fais de la phonétique et apprends par exemple aux élèves que deux « t » après une voyelle viennent la rendre brève et ouverte (cf. « Spott »). Bon, ce n'est pas bien grave, on ne va quand même pas jeter la pierre à un artiste qui a le mérite de rendre si souvent hommage à la culture allemande !
Le tout s'achève sur « Fin de partie ». « Débris distordus de skylab fossilisés sur ta moquette ». Plus encore que la tournée « Fragments d'hébétude », c'est ce live qui m'a permis de redécouvrir la beauté de cette chanson, je ne sais pas pourquoi. Voilà. Vraiment un live bien mené, excellent, à écouter très régulièrement !
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06/03/2010
Au commencement...
La pensée du jour : "Les monstres galactiques projettent nos bégaiements sur les murs de la sphère où nous rêvons d'amour". Hubert-Félix THIEFAINE
"au commencement... cet album n'existait pas... n'avait trouvé sa place dans aucun futur discographique... / ... ce nonobstant, une vague idée consistant à capter quelques morceaux pour archives nous avait amenés à installer un minimum de matériel... de ce fait au commencement, il y avait quand même un début... / ... et puis au commencement, il y eut le 29 mars... vendredi saint... à deux pas des Filles du Calvaire... métro Golgotha... la météo lance un avis de tempête... le mauvais oeil approche... sur la scène le rideau se déchire... et un chanteur exsangue mais surtout aphone vient expliquer à une salle comble et surchauffée que le concert n'aura pas lieu... annulé pour cause de virus... virus phagocyteur de cordes vocales... malgré les doses massives de ce remède-miracle qui en 30 ans de service et près de 3000 heures de scène avait toujours fait ses preuves en pareil cas... un de ces remèdes que l'on donne généralement aux éléphants qui ne peuvent plus barrir... / ... au commencement on craint le pire... déjà les services de sécurité se mettent en place, prêts à toute éventualité... / ... mais au commencement, il n'y eut pas le pire... seulement un public triste, frustré, désorienté, abasourdi mais solidaire et le coeur chargé de bienveillance et d'amitié... / ... au commencement, il fut décidé que le lendemain du 28 mars tomberait le 17 mai et tous ou presque décidèrent de garder leur billet et se retrouvèrent à cette date... /...au commencement, le chanteur fut troublé et très touché par ces marques de sympathie ... / ... aussi à la fin du commencement, il demanda à son loyal « indien capteur de sons » de mixer les bandes enregistrées le jour de la Cène... le 28 mars 2002... / ... et voilà pourquoi, à la fin, cet album existe... en remerciement à un public si étonnamment fidèle et compréhensif.
Avec amour
HFT
Forêt du Jura – septembre 2002."
Voilà, c'était une petite introduction à la dissection du live au Bataclan, dissection que je vous proposerai bientôt. En attendant, n'hésitez pas à réagir à ces mots d'Hubert-Félix !
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03/03/2010
L'homme, animal insomniaque
La pensée du jour : "Je n'ai pas d'idées - mais des obsessions. Des idées, n'importe qui peut en avoir. Jamais les idées n'ont provoqué l'effondrement de qui que ce soit". CIORAN.
Voici donc le texte promis : "L'homme, animal insomniaque", de Cioran. Attention, c'est du lourd !!!!
"Quelqu'un a dit que le sommeil équivaut à l'espérance : admirable intuition de l'importance effrayante du sommeil – et tout autant de l'insomnie ! Celle-ci représente une réalité si colossale que je me demande si l'homme ne serait pas un animal inapte au sommeil. Pourquoi le qualifier d'animal raisonnable alors qu'on peut trouver, en certaines bêtes, autant de raison qu'on veut ? En revanche, il n'existe pas, dans tout le règne animal, d'autre bête qui veuille dormir sans le pouvoir. Le sommeil fait oublier le drame de la vie, ses complications, ses obsessions; chaque éveil est un recommencement et un nouvel espoir. La vie conserve ainsi une agréable discontinuité, qui donne l'impression d'une régénération permanente. Les insomnies engendrent, au contraire, le sentiment de l'agonie, une tristesse incurable, le désespoir. Pour l'homme en pleine santé - à savoir l'animal - il est futile de s'interroger sur l'insomnie : il ignore l'existence d'individus qui donneraient tout pour un assoupissement, des hantés du lit qui sacrifieraient un royaume pour retrouver l'inconscience que la terrifiante lucidité des veilles leur a brutalement ravie. Le lien est indissoluble entre l'insomnie et le désespoir. Je crois bien que la perte totale de l'espérance ne se conçoit pas sans le concours de l'insomnie. Le paradis et l'enfer ne présentent d'autre différence que celle-ci : on peut dormir, au paradis, tout son saoul; en enfer, on ne dort jamais. Dieu ne punit-il pas l'homme en lui ôtant le sommeil pour lui donner la connaissance ? N'est-ce pas le châtiment le plus terrible que d'être interdit de sommeil ? Impossible d'aimer la vie quand on ne peut dormir. Les fous souffrent fréquemment d'insomnies, d'où leurs effroyables dépressions, leur dégoût de la vie et leur penchant au suicide. Or, cette sensation de s'enfoncer, tel un scaphandrier du néant, dans les profondeurs – sensation propre aux veilles hallucinées – ne relève-t-elle pas d'une forme de folie ? Ceux qui se suicident en se jetant à l'eau ou en se précipitant dans le vide agissent sous une impulsion aveugle, follement attirés par l'abîme. Ceux que de tels vertiges n'ont jamais saisis ne sauraient comprendre l'irrésistible fascination du néant qui pousse certains au renoncement suprême.
♥
Il y a en moi plus de confusion et de chaos que l'âme humaine ne devrait en supporter. Vous trouverez en moi tout ce que vous voudrez. Je suis un fossile des commencements du monde, en qui les éléments ne se sont pas cristallisés, en qui le chaos initial s'adonne encore à sa folle effervescence. Je suis la contradiction absolue, le paroxysme des antinomies et la limite des tensions; en moi tout est possible, car je suis l'homme qui rira au moment suprême, à l'agonie finale, à l'heure de la dernière tristesse."
Alors là, moi je ne dirai qu'une chose : « Qui donc pourra faire taire les grondements de bête,
Les hurlements furieux de la nuit dans nos têtes ? »
En parcourant à nouveau le livre de Cioran, Sur les cimes du désespoir (le titre est à lui seul une quasi invitation au suicide !!! Comme dirait David Foenkinos, merci du programme !!!!!!!!), je ne peux m'empêcher de voir des parallèles entre la noirceur de Cioran et celle que l'on peut trouver çà et là chez Thiéfaine. Dans ce livre que Cioran a écrit à l'âge de 22 ans, il y a un chapitre sur la mélancolie. Un autre s'intitule « Le pressentiment de la folie », un autre « Sur la mort ». Et il y a encore, outre ce texte que je viens de recopier ci-dessus, un chapitre qui s'appelle « Les bienfaits de l'insomnie » et que je mettrai ici aussi, afin d'offrir un contrepoids à « L'homme, animal insomniaque ». Contrepoids, disais-je. Ouais, si on veut : je viens de lire ce texte, « Les bienfaits de l'insomnie », et il n'est guère gai !!!
Voici la préface de Sur les cimes du désespoir. Une préface signée Cioran :
J'ai écrit ce livre en 1933 à l'âge de 22 ans dans une ville que j'aimais, Sibiu, en Transylvanie. J'avais terminé mes études et, pour tromper mes parents, mais aussi pour me tromper moi-même, je fis semblant de travailler à une thèse. Je dois avouer que le jargon philosophique flattait ma vanité et me faisait mépriser quiconque usait du langage normal. A tout cela un bouleversement intérieur vint mettre un terme et ruiner par là même tous mes projets.
Le phénomène capital, le désastre par excellence est la veille ininterrompue, ce néant sans trêve. Pendant des heures et des heures je me promenais la nuit dans les rues vides ou, parfois, dans celles que hantaient des solitaires professionnelles, compagnes idéales dans les instants de suprême désarroi. L'insomnie est une lucidité vertigineuse qui convertirait le paradis en un lieu de torture. Tout est préférable à cet éveil permanent, à cette absence criminelle de l'oubli. C'est pendant ces nuits infernales que j'ai compris l'inanité de la philosophie. Les heures de veille sont au fond un interminable rejet de la pensée par la pensée, c'est la conscience exaspérée par elle-même, une déclaration de guerre, un ultimatum infernal de l'esprit à lui-même. La marche, elle, vous empêche de tourner et retourner des interrogations sans réponse, alors qu'au lit on remâche l'insoluble jusqu'au vertige.
Voilà dans quel état d'esprit j'ai conçu ce livre, qui a été pour moi une sorte de libération, d'explosion salutaire. Si je ne l'avais pas écrit, j'aurais sûrement mis un terme à mes nuits.
"Qui donc pourra faire taire les grondements de bête,
Les hurlements furieux de la nuit dans nos têtes ?"
http://cabaretsaintelilith.hautetfort.com/archive/2009/03...
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02/03/2010
Cioran et les autres
La pensée du jour : "Je souffre toujours, lorsque je suis couché, de mon absence de bras autour de moi, j'ai très mal à mademoiselle Dreyfus, mais j'ai lu l'autre jour que c'est normal, les gens à qui on coupe une jambe continuent à avoir mal à la jambe qui n'est pas là". Romain GARY
Sur les conseils avisés de Fred06, RV et Boub', j'écoute ACDC !! « Highway to hell ». Mais bien sûr, voyons ! Je connais ! Je pense même que mon frangin écoutait ça quand il était jeune !!!
Allez, je vais faire cette note en écoutant ACDC. Comme ça, a priori, je dirais quand même que je ne m'enverrais pas ça à longueur de journée dans les esgourdes ! Et là, je sens qu'une avalanche de reproches va me tomber dessus d'ici peu ! Tant pis, j'assume !!
Ce soir, je voulais vous mettre ici, comme promis, un texte de Cioran. Thiéfaine a dit magnifiquement que l'insomnie était une « indigestion de l'âme ». Il faut croire que l'âme du père Cioran aura dégobillé plus souvent qu'à son tour. Ou plutôt que Cioran aura dégobillé son âme chaque nuit que Dieu fit pour lui... Je signale au passage que j'ai découvert Cioran en 1995. Peu après, j'appris, je ne sais plus comment, que Thiéfaine lisait aussi pas mal ce grand pessimiste devant l'Eternel. Une admiration commune, et une ! Puis, un jour, j'appris que Thiéfaine lisait Romain Gary. Alors là, je fus carrément toute chose parce que Gary, c'est plus qu'un de mes auteurs de chevet, c'est carrément un des hommes de ma vie ! Mon auteur préféré, sans conteste, à tout jamais ! Gary, c'est ça : « La première chose que je peux vous dire c'est qu'on habitait au sixième à pied et que pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu'elle portait sur elle et seulement deux jambes, c'était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines. Elle nous le rappelait chaque fois qu'elle ne se plaignait pas d'autre part, car elle était également juive. Sa santé n'était pas bonne non plus et je peux vous dire aussi dès le début que c'était une femme qui aurait mérité un ascenseur » (et là, j'ajoute, pour le plaisir : « de 22h43 !!). Et aussi : « Quand on aime comme on respire, ils prennent tous ça pour une maladie respiratoire ». Et : « S'arracher l'idéalisme et l'espoir du coeur, afin de trouver ce repos que connaissent tous ceux qui parviennent enfin à désespérer ». Et cette phrase que Thiéfaine cita lui aussi un jour : « Un idéaliste est un fils de pute qui trouve que la terre n'est pas un endroit assez bien pour lui ». Et puis, cette grandiose réponse que Gary fit à François Bondy quand ce dernier lui demanda s'il avait été heureux dans la vie : « Non... Si. Je ne sais pas. Entre les gouttes ». Et puis, et puis, et puis...
Ensuite, il y a eu ces écrivains vers lesquels Thiéfaine m'a menée : Malcolm Lowry, par exemple. Après avoir écouté à maintes reprises « Pulque, mescal y tequila », quoi de plus naturel que d'avoir envie de lire Au-dessous du volcan, surtout que Brigitte Fontaine évoque elle aussi ce roman dans sa magnifique « Symphonie pastorale ». Un livre déchirant, sublime. Céline, c'est aussi un peu grâce à Thiéfaine que je l'ai lu. Enfin, j'aurais fini par aller le trouver quand même, le Louis-Ferdinand, car c'est un des auteurs préférés de mon père ... qui dit toujours que Céline, c'est tellement noir qu'à la fin on ne peut qu'en rire !!! C'est une façon de voir les choses !! C'est également grâce à Thiéfaine que j'ai relu du Hölderlin il y a quelques années (eh oui, en bonne dingue et paumée, je crois voir venir Dieu, je relis Hölderlin, moi aussi). Quand j'étais étudiante, nous avions évoqué ce poète en cours de littérature, et j'avais éprouvé une immense compassion pour l'homme que fut Hölderlin...
Et vous, y a-t-il comme ça des auteurs que Thiéfaine vous a donné envie de découvrir ? Des chanteurs, des musiciens, peut-être ?
Bon, voilà, maintenant, cette note est trop longue, et j'ai depuis longtemps coupé ACDC qui m'énervait un peu (ouh, la vilaine!!!). Tant pis pour le texte de Cioran sur l'insomnie. Ce sera pour demain !!!
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28/02/2010
Méthode de dissection : "Hubert-Félix Thiéfaine en concert à Bercy"
La pensée du jour : "Comme le coeur se rapetisse en vieillissant... Où sont les transports de seize ans !... On désapprend la naïveté pour apprendre la vie. Et l'on perd tout, TOUT, en apprenant précisément à vivre. Funérailles !" René FALLET, Carnets de jeunesse 3.
Déjà, petite anecdote que je trouve bien sympathique : hier, je suis allée à une soirée où se trouvaient réunis à peu près tous les amis de Sam. Presque tous des métalleux, boucles d'oreilles, piercings, cheveux longs (ceux qui ont les cheveux courts étant généralement ceux qui, aux abords de la trentaine ou la trentaine bien installée, souffrant d'une calvitie trop prononcée, ont capitulé capillairement parlant !!). Evidemment, dans tous les coins, cela causait de groupes musicaux que je ne connaissais pas. Mais, en regardant mon voisin d'en face, je ne sais pas pourquoi, j'ai eu comme un flash : tout à coup, certitude absolue qu'il aimait bien Thiéfaine et que j'allais enfin pouvoir me retrouver en terrain connu. Oui, il avait la « tête de l'emploi » !!! Et mon intuition s'est révélée exacte ! Il adore Thiéfaine, le considère comme le plus grand chanteur de rock français. Et il l'a vu 5 fois sur scène, nous avons même assisté un jour à un même concert, à Troyes. Bref, un homme bien sous tous rapports, ce voisin ! Cela réchauffe le coeur, n'est-ce pas, des gens comme ça avec qui, à table, alors que vous ne vous connaissez ni d'Eve ni d'Adam, vous pouvez évoquer une chanson comme « Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable » ?!!!
Bon, voilà, c'est dit. Maintenant, parlons donc de ce live à Bercy.
Tout d'abord, il y a cette pochette : « Thiéfaine, 3 heures de spectacle à Bercy, complet ». « Complet », et toc, joli pied de nez aux mutiques médias qui ont presque toujours laissé Thiéfaine de côté. « Complet », comme une revanche sur le silence. Et là je dis que nous tous, autant que nous sommes, nous pouvons nous sentir importants !!!! Le succès d'Hubert, c'est quand même un peu (même totalement, oui !) nous qui le faisons !!!!
« Complet », donc. Pourtant, lorsque j'écoute ce live, moi, je ressens une immense incomplétude. Sentiment dû à cette fatale erreur de jeunesse qui me fit décider de ne pas aller à Paris ce soir-là, alors que j'avais tout pour pouvoir y aller (un ami prêt à me véhiculer -j'ai bien dit « véhiculer » !!-, un plan qu'il avait déjà échafaudé comme il faut dans sa tête : nous partions le vendredi assez tôt dans l'après-midi, nous étions de retour dans la nuit, je pouvais assurer mes cours du samedi matin, la tête en vrac certes, mais où était le problème ? Les gamins, déjà en week-end dans leur caboche, n'y auraient vu que du feu. Au pire, j'aurais collé une interro à tout le monde !!!). Ne revenons pas là-dessus, c'est trop cruel ! Rien que quand on écoute les deux CD enregistrés à Bercy en 1998, on imagine totalement l'ambiance électrique qui régnait ce soir-là dans la salle ! Et je suppose que ce n'est pas Fred06 qui me contredira ! Ni tous les autres qui ont assisté à ce fabuleux concert, n'est-ce pas ? Pour ma part, je n'ai eu droit « qu'aux » festins de province ! Pas de Bercy ! Enfin, quand même, ce furent des moments grandioses aussi, ne crachons pas dans la soupe (superbes concerts notamment à Saint-Avold en 1998 et aux Eurockéennes en 1999).
Je ne vais pas passer en revue toutes les chansons qui figurent sur ces deux CD. Un grand nombre d'entre elles font partie des « habituelles », je les ai déjà triturées pas mal, disséquées, essorées, sans pour autant, bien souvent, en percer l'indicible mystère (et c'est tant mieux).
Les moments forts de Bercy selon moi (enfin, ils sont tous forts, disons que certains sortent encore plus du lot) :
-celui où Claude Mairet vient pousser la note sur « Narcisse 81 »,
-« Groupie 89 turbo 6 », avec la voix fabuleuse de je ne sais plus quelle choriste (soit Fabienne Medina, soit Kim Schmid),
-Philippe Gonnand au saxophone sur « Mathématiques souterraines » (et j'imagine qu'Hubert descendant dans le public sur cette intro, cela devait être quelque chose, on en a un bon aperçu sur le DVD),
-le groupe Machin débarquant sur scène pour « La cancoillote » (et je me souviens d'un concert de Machin -à Vandoeuvre, en 2006- qui avait débouché ensuite sur une belle rencontre avec les membres de ce groupe),
-la version faite ici de la chanson « Les dingues et les paumés »,
-le public souhaitant un joyeux anniversaire à Cousin Hub',
-les deux chansons dédiées à ses enfants,
-« La vierge au dodge 51 » dans sa version complète, délirante, endiablée (et là, je ne peux m'empêcher de penser au commentaire qu'RV a fait ici il y a quelques semaines, et dans lequel il expliquait que l'idée d'une baignoire remplie de choucroute garnie le faisait rêver !!! Moi, c'est pas tellement la choucroute qui me fait rêver ici !!! Plutôt le « regard inhumain » de « l'amant maudit », c'est ce que Tieum appellerait mon côté SM !!!!)
-« Autoroutes jeudi d'automne »,
-« Exil sur planète fantôme »,
-« Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable »,
-« Des adieux ».
Débarquer sur scène en chantant « J'arriverai par l'ascenseur de 22h43 », très bonne idée !! Un ascenseur en provenance de Babylone et nous conduisant tout droit à Byzance ! Que de chouettes souvenirs liés à jamais à cette tournée dans ma mémoire !
Je note qu'ici, « La fille du coupeur de joints » a récupéré un « s », enfin ! Cela me convient mieux !!!
J'aime bien aussi le moment où Thiéfaine qualifie l'insomnie d'« indigestion de l'âme ». Cela me rappelle toutes ces pages que Cioran a écrites là-dessus (notamment « L'homme, animal insomniaque », dans Sur les cimes du désespoir : oh tiens, je vais recopier ce texte ici bientôt, cela nous permettra de philosopher un peu entre amis !!!). Pages que très souvent, d'ailleurs, j'ai dévorées en mes nuits d'insomnie, justement, afin de me sentir moins seule dans le « silence infini de ces espaces » qui, moi aussi, cher Blaise, m'effraie...
Sam me dit qu'il manque six titres sur les CD. Qui pourrait m'en donner la liste complète ?
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26/02/2010
"Comme les p'tites gouttes d'eau que j'entends tomber dehors par la fenêtre"...
La pensée du jour : "Les murs, ça n'effraie que ceux qui restent plantés devant ! Même si on s'écorche en grimpant, même si on se blesse en retombant... on se repose, on attend que le souffle revienne pour la prochaine escalade. Mais ne rien entreprendre parce que le mur semble trop haut, se dire qu'on n'y arrivera jamais, autant se flinguer". Jacques HIGELIN
Alors qu'un autre poète se déclarait, en son temps, « le ténébreux, le veuf, l'inconsolé », Jacques Higelin dit de lui-même : « Je suis le sage, le fou, le débile » (cf. « Irradié »). Oui, il a raison, il est tout cela à la fois !
Higelin, j'ai dû tomber dedans quand j'avais 19-20 ans. Oui, c'est ça, j'ai dû découvrir l'ami Jacques en même temps que je découvrais Hubert. Et ce fut aussi une révolution. Parce qu'Higelin, c'est quelqu'un aussi, hein ! C'est un éternel amoureux, qui parle de l'amour aussi bien qu'une certaine Barbara. Qui chante l'extase d'aimer dans des envolées lyriques parfois totalement saugrenues (cf. « y'a des allumettes au fond de tes yeux, des pianos à queue dans la boîte aux lettres, des pots de yaourt dans la vinaigrette et des oubliettes au fond de la cour » !!). Mais aussi la douleur d'aimer (« Je ne peux plus dire je t'aime, ne me demande pas pourquoi, trop de serpents sous les caresses trop d'amour à couteaux tirés », mais aussi : « L'amour, l'amour, l'amour est mort »... « Si loin de toi, j'ai mal, j'ai froid, j'ai peur, je n'aime que toi », « Aujourd'hui temps gris, vent contraire », « drôle de nuit de nos-talgie », etc.). Higelin, c'est quelqu'un qui chante la vie (et enchante la mienne) et se laisse volontiers bousculer par ses surprises, toujours (« la vie c'est c'qui vous tombe dessus toujours au moment où l'on n'y croit plus »). Qui sait les cueillir, les accueillir comme il se doit, ces surprises. Higelin, c'est Lettres d'amour d'un soldat de vingt ans, avec la sensibilité exacerbée du jeune homme qu'il fut. Ce sont des concerts qui nous mènent on ne sait où. C'est l'amour des enfants, tous ceux de la terre (« J'suis trop p'tit pour me prendre au sérieux, trop sérieux pour faire le jeu des grands »), des siens en particulier, évidemment (« Le 24-9-90, ma p'tite gonzesse a vu le jour dans la nuit », « J't'aime telle, telle que t'es »). C'est aussi la sublime mélancolie de « Parc Montsouris » : « Le parc Montsouris c'est le domaine où je promène mes anomalies, où j'me décrasse les antennes des mesquineries de la vie », « Je n'vis pas ma vie, je la rêve, c'est comme une maladie que j'aurais chopée tout p'tit »). Mais c'est aussi le sautillant « Tombé du ciel », le non moins sautillant « Tom Bonbadilom » (et je connais un formidable prof de musique qui apprend cette chanson à ses élèves en leur expliquant qu'il faut faire, dans sa vie, la part belle au rêve, sagesse qu'Higelin ne bouderait certainement pas, lui qui ne vit pas sa vie, mais la rêve). Higelin, c'est aussi « Ballade pour Roger », « Poil dans la main » (« poil dans la main, payé à rien foutre »), « Champagne » (« La nuit promet d'être belle », etc.), « Vague à l'âme » (« Poire William à 40 degrés »), « Aux héros de la voltige ». « Lettre à la petite amie de l'ennemi public n°1 », « Pars » (« pars, surtout ne te retourne pas »), « Amor doloroso » (oh purée, celle-là, quel bijou ! (« La mort s’en vient
L’amour s’en va
Seul sur le quai je broie du noir
Le train repart sans moi
La route est longue le temps est lourd
La nuit est blanche encore et noir le jour
Je te revois fière et sauvage ensorcelée
Pieds nus dans la poussière
T’embraser comme une flamme affolée par le vent
Et te jeter dans mes bras »).
Higelin, c'est un homme respectueux de son public, cela m'a toujours frappée et charmée. Quand il arrive sur scène, il prend le temps de saluer avec beaucoup de chaleur ceux qui sont venus l'applaudir.
Higelin, c'est aussi « Je suis mort, qui, qui dit mieux ? Mort le venin, coupée la rose ». C'est Trénet revisité qui tout à coup vous devient familier, presque sympathique, grâce au talent de celui qui lui rend hommage... Higelin, c'est celui qui vient juste après HFT dans mon « classement » (un brin idiot, j'en conviens).
Higelin, c'est aussi une nouvelle galette, qui est encore toute chaude, qui sort du four : « Coup de foudre », un album pour lequel je craque littéralement. Voilà !
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25/02/2010
Méthode de dissection : "HF Thiéfaine Paris-Zénith" (deuxième partie)
La pensée du jour : "Et je me suis rendu compte qu'il fallait absolument que j'écrive, parce que c'était une libération, parce que c'était une explosion sans conséquence pour les autres, c'était mieux que de casser la gueule à quelqu'un". CIORAN
Le CD 2 s'ouvre sur cette sublime chanson qu'est « La dêche, le twist et le reste ». Très belle version, déchirante même, avec ce superbe violon chinois qui vient imprimer encore plus de tension à cette histoire d'amour qui tourne mal. Pour moi, et je l'ai déjà dit ici, « La dêche, le twist et le reste », c'est un peu « La vie d'artiste » façon Thiéfaine. Même sombre histoire qui tourne au vinaigre, même mélasse financière (« on bouffe une fois tous les trois jours » / « cette fameuse fin du mois qui, depuis qu'on est toi et moi, nous revient sept fois par semaine » / « et notre pitance incertaine », « moi je bricole et je fabrique des chansons qui sont invendables » / «et nos soirées sans cinéma et mon succès qui ne vient pas »).
« ça peut durer jusqu'à toujours
à moins que l'on ait le courage
de se dire merde un beau jour
et de mettre fin au naufrage »...
Eh oui, comme chantait Ferré, « l'amour meurt
comme meurent les fleurs
l'amour meurt
comme mentent les gens
l'amour va
comme vont les rivières ».
L'amour meurt, passe son tour, englué dans un quotidien glauque (« tu t'jettes sur la bouteille d'éther pour ton vol plané à deux mille »), réduit à des préoccupations bien prosaïques, mais cependant essentielles... Est-il nécessaire de dire que cette chanson me flanqua une gifle inoubliable lorsque je la découvris, à 19 ans ? Légère impression, à l'époque, d'avoir une expérience commune avec cousin Hub'...
Ferré, tiens, je l'évoquais ci-dessus, et le revoilà donc, chanté par Thiéfaine : « La solitude ». Là encore, « je suis d'un autre pays que le vôtre », « le désespoir est une forme supérieure de la critique », tout cela me fit un effet boeuf quand j'étais jeune. Et c'est Thiéfaine qui, deux ans après la disparition de Ferré, me mena vers lui. De Ferré, j'aime surtout les adaptations qu'il a faites de certains poèmes de Verlaine, d'Apollinaire, de Rimbaud, d'Aragon, et de tant d'autres. J'aime « Pépée » j'aime « L'âge d'or », « L'amour meurt », « Les romantiques », « La mélancolie, « Vingt ans », « La mémoire et la mer », « Thank you Satan ». Et aussi le très beau livre Benoît Misère. Mais je n'ai jamais réussi à entrer pleinement dans l'univers de chansons plus obscures, comme « Le chien », par exemple.
Bref... En tout cas, l'interprétation que Thiéfaine livre ici de « La solitude » est excellente, je trouve. D'ailleurs, je me souviens d'une belle soirée consacrée à Ferré, à Lyon, et durant laquelle Hubert avait brillamment interprété des chansons de celui qu'il admire tant...
Ensuite, c'est « Alligator 427 » (sans « s » ici). La chanson aux lancinants leitmotivs (« vive la mort », « je vous attends »). La chanson qui est capable de me faire flipper quand je l'écoute dans le noir (si, c'est vrai, mais je dois dire que je suis très impressionnable !!).
Puis, un peu de douceur dans ce monde vendu aux « fantômes, aux hyènes et aux vautours » : « Je t'en remets au vent ». Avec une espèce d'effet de distanciation (« Verfremdungseffekt ») à la Brecht quand Hubert déclare avoir écrit cette chanson pour une certaine Jeanne-Marie Cramouillot, qui était sa petite amie au CM2. Il paraît de toute façon que « Je t'en remets au vent » date des très jeunes années de Thiéfaine. Avoir écrit cela sans grande expérience, faut le faire, quand même ! « D'avoir voulu vivre avec moi
t'as gâché deux ans de ta vie
deux ans suspendue à ta croix
à veiller sur mes insomnies ». Je me souviens encore du sourire de ma mère, à Sarreguemines, quand la chanson avait commencé. Sans doute une des seules qu'elle ait appréciées pendant le concert, avec aussi « Animal en quarantaine » et « Crépuscule transfert », le reste lui semblant trop baroque !! J'aime bien la façon dont Thiéfaine présente cette chanson : « Mon pauvre Thiéfaine, tu sais plus quoi inventer pour te rendre intéressant » (plus tard, il chantera pour se rendre intéressant, d'ailleurs !). Et le terrible « Maintenant, je crois que dans les cours de récréation, les petits enfants savent que la Bosnie-Herzégovine, ça existe ».
« A quoi peut ressembler ton spleen
ton désespoir et ton chagrin
vus d'une des étoiles anonymes
de la constellation du chien ? »
Deuxième medley ensuite. Avec « Was ist das Rock'n'roll » comme fil conducteur.
« Série de 7 rêves en crash position ». Alors là, à Sarreguemines, sentant approcher la fin du concert, et donc du rêve, je peux vous dire que les mots « mais que devient le rêveur quand le rêve est fini ?» avaient eu une saveur assez amère pour moi. Ce concert, je l'avais tellement attendu, tellement rêvé, que le vivre enfin marquait en même temps la fin de quelque chose. La fin d'une attente ardente, tout simplement...
Heureusement, il y eut « Encore un petit café » pour me tenir debout. Et « Pogo sur la deadline ». Fin du rêve. Pas grave, j'attendrai que passe le suivant, comme d'autres espèrent le prochain bar !
Et juste comme ça, pour le plaisir, un lien vers une interview d'Higelin, lien qu'Evadné m'a mis hier sur mon mur Facebook, cadeau pour lequel je la remercie, le grand Jacques restant, ici encore, fidèle à l'image que je me fais de lui. Image d'un être lumineux, pour qui l'amour demeure la valeur première. (Hugo, si tu passes par là, fonce voir ça, tu devrais aimer !)
http://musique.sfr.fr/recherche/?search=Higelin&targe...
Et notez déjà sur vos précieuses tablettes que Jacques Higelin sera au Fou du roi demain sur France Inter !
11:01 | Lien permanent | Commentaires (20)
22/02/2010
Psychopompes / métempsychose & sportswear
La pensée du jour : "Comme quoi parfois tout finit bien. Je le dis vite en passant, car, lorsque les choses s'arrangent, j'en ai de l'angoisse, je me demande toujours ce que l'avenir a en tête". Romain GARY
Psychopompes / métempsychose & sportswear
enfant de la balle et de la bête
je peignais mes dazibaos
sur « l'incertitude du poète »
qu'on croise au gré des noirs échos
et j'ai bu la lie de ses vers
jusqu'à la fièvre de l'écume
mais son vin était si amer
que je suis dev'nu l'amertume
nike your mother / reebok your sister
& adidas rock & roll
prototype dans un groupe en loques
au fond d'impossibles garages
je poussais mes troupeaux de phoques
loin à l'intérieur des nuages
& j'ai combattu leur messie
à m'en péter l'excalibur
pendant qu'les coqs de l'insomnie
chantaient trois fois leur imposture
nike your mother / reebok your sister
& adidas rock & roll
de port en port / de quai en quai
j'ai rencontré de drôles de gnomes
des intellos qui confondaient
C.G. Jung avec C. Jérôme
& glauque à Santa Barbara
avec un sacré mal de vivre
je me disais : je ne sais pas
pourquoi j'vais comme un bateau ivre
Santa Barbara je ne sais pas ...
de sanibroyeur en sixtine
je vois s'évanouir le futur
et je tire à la chevrotine
sur les chiennes en manteau d'fourrure
je vois l'ivrogne & son tambour
assis devant son chevalet
& Mona Lisa, mon amour
dans un blindé cabriolet
nike your mother / reebok your sister
& adidas rock & roll
la vie défile au nom du Christ
des pissotières du pain rassis
Staline était séminariste
et Jerry Lee Lewis aussi
mais le Dieu manque à cet hôtel
où je dois jouer les victimes
en contractant des salmonelles
avec des hosties aux enzymes
nike your mother / reebok your sister
& adidas rock & roll
à r'garder passer les linceuls
dans la rue aux spectres visqueux
j'sais plus si c'est moi qui suis seul
ou les aut'qui sont trop nombreux
o.k. l'art est une escroquerie
et j'ai limé trop d'as de coeur
en jouant blue moon kentucky
sous l'oeil du colonel Parker
nike your mother / reebok your sister
& adidas rock & roll
& quand le Pinocchio baveux
poussera ma brouette à l'Ankou
j'veux faire des bulles avec mon noeud
pour éloigner les loups-garous
j'veux qu'on m'déglace au Gin-Synthol
dans une boîte de Joseph Cornell
ou à la Vodka d'chez Warhol
avec du Tomato Campbell's
nike your mother / reebok your sister
& adidas rock & roll
nike ta mère / reebok ta soeur
& adidas rock & roll ... / ... (ad lib.)
Après Higelin, autre petite parenthèse aujourd'hui, avant de poursuivre la dissection de « HF Thiéfaine Paris-Zénith ».
Pourquoi cette parenthèse ? A cela mille et une raisons. La première, c'est que j'adore cette chanson. Ensuite, elle regorge d'allusions à différents artistes, à de multiples oeuvres. Il y a aussi cette évocation de l'Ankou, personnage auquel j'ai déjà dédié une note, origines bretonnes obligent !!!
Une perle parmi d'autres dans cette chanson : « A r'garder passer les linceuls
dans la rue aux spectres visqueux
j'sais plus si c'est moi qui suis seul
ou les autres qui sont trop nombreux ». J'adore cette phrase ! Même qu'il y a des fois où pour ma part, je me demande si ce n'est pas moi qui suis trop nombreuse dans mon incommensurable solitude !!!
Aujourd'hui, je me penche plus particulièrement sur « j'veux qu'on m'déglace au Gin-Synthol dans une boîte de Joseph Cornell ». Sur Facebook, dernièrement, Uther m'a demandé si, lors de mon séjour à Venise, j'avais visité la fondation Peggy Guggenheim et si j'y avais vu les boîtes de Joseph Cornell. Horreur, je ne voyais pas de quoi il parlait, je ne voyais tout bonnement pas de quelles boîtes il s'agissait ! Et l'allusion à Hubert m'avait échappé !!!! Oui, je reconnais que je ne sais pas par coeur toutes les chansons de Thiéfaine ! Je me souviens d'en avoir discuté un jour avec Evadné : elle disait qu'elle savait sur le bout des doigts les anciens titres, mais avait du mal à retenir les textes de certaines chansons récentes. Idem pour moi ! Nous nous étions demandé si ce n'était pas déjà l'âge qui rendait notre mémoire défaillante ! Aucune idée ! Et donc, pour en revenir à Venise : oui, bien sûr, visiter la fondation Peggy Guggenheim faisait partie de mes priorités ! Mais, en me rendant dans cet endroit mythique, je ne pensais pas du tout à Joseph Cornell. Pire : lorsque je me suis retrouvée devant ses boîtes, je n'ai même pas pensé une seconde à « Psychopompes / métempsychose & sportswear ». Que la honte s'abatte sur moi en une pluie de cendres ! Alors voilà, je rattrape mon impardonnable erreur. Voici quelques boîtes de Joseph Cornell. Et je vais bientôt créer ici un album photo sur Venise et la fondation Guggenheim. J'ai été un peu déçue par le lieu, je dois dire. Peut-être parce que les salles sont trop petites et qu'on n'a pas assez de recul pour admirer les oeuvres exposées ? Enfin, quand même, je suis restée en extase devant les Max Ernst.
Sinon, grâce à cette chanson, j'ai appris le mot « dazibao » : en Chine, c'est une affiche rédigée par un simple citoyen, traitant d'un sujet politique ou moral, et placardée pour être lue par le public.
Bref, assez papoté. Voici quelques boîtes de Joseph Cornell :
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