20/05/2008
Manifeste (François Béranger)
La pensée du jour : "Bref, le monde reste ce qu'il est : une chaudière en folie dont le combustible est le sang des hommes", Françoise GIROUD.

Alors, "Tous ces mots terribles"? Que pensez-vous de cet album? Pour ma part, je l'écoute beaucoup en ce moment et je l'apprécie de plus en plus. Je vais m'intéresser de plus près à l'oeuvre de François Béranger. Parmi toutes les chansons de ce CD-hommage, "Manifeste" (interprété magnifiquement par Mell et Christian Olivier) est une de mes préférées. Quel texte coup de poing ! Voici ...
Manifeste
On m‘a dit : « Fais des chansons comme ci »
On m’a dit : « Fais des chansons comme ça »
Mais que surtout ça ne parle jamais
De choses vraies tellement vulgaires
Comprenez-vous, entre nous, cher ami,
La réalité, faut un peu l’arranger,
La réalité vous savez comme c’est
Bien souvent dégueulasse
Dans une chanson faut faire des ronds
Il faut créer des images d’illusion
Pour faire avaler à nos pauvres couillons
Notre ennui quotidien
Viens mon amour, ma joie
Sur la colline aux senteurs orientales
On va sûrement rencontrer Jésus-Christ
Dans un caleçon à fleurs de Monoprix
Il aura sa plus belle auréole
En plastique à dentelle mécanique
Rien jamais sur notre quotidien
Sur toutes les choses qui font que l’on est
Bien manipulé, bien conditionné
Par une bande de requins
Rien de changé depuis la Communale
Où pendant des années on bourre le crâne
Aux enfants à grands coups de programmes
Pour qu’ils soient bien dressés
Rien de changé dans les usines
La gueule des mecs de l’équipe de nuit
Qui vont dormir quand le soleil se lève
Exténués, abrutis
Les petites fleurs, les petits oiseaux
Les petites filles de Français moyens
Les grosses bagnoles et les belles motos
Pour superviriliser nos minets
Belle fille heureuse dans son corps
Grâce aux tampons Hygiénic … ceux qui ne fuient pas
Rien de changé depuis l’Algérie
Sinon que maintenant il est permis
D’en parler et de gagner des sous
Avec des milliers de cadavres
Rien de changé depuis un tabassage
A la matraque un 14 juillet
Pour avoir osé chanter et danser
Quand c’était interdit
Rien de changé depuis qu’un soir j’ai pissé
Sur ma télé tellement c’était chouette
Et bien sûr toute l’électricité
M’est passée dans la quéquette
Bonsoir … bonsoir téléspectateurs
Ce soir sur la deuxième chaîne couleur
Dans notre série « Que la vie est belle »
Notre grand dossier sur les mirabelles
Et puis avant d’aller au dodo
Championnat du monde de rotoplots
Rien de changé pour la fille de treize ans
Avec ses petits seins et son visage d’enfant
Qui accouche terrorisée
Dans les chiottes du lycée
Comme dirait un copain à moi
Un peu fou, même complètement fou,
Qu’est-ce qu’on attend pour tout arrêter,
Tout casser et recommencer ?
Alors moi vous comprenez,
Les violons, la guimauve, les flonflons,
Je trouve ça tellement anachronique
Que ça me donne la colique
Je sais bien qu’une chanson
C’est pas tout à fait la révolution
Mais dire les choses c’est déjà mieux que rien
Et si chacun faisait la sienne dans son coin
Comme a les mêmes choses sur le cœur
Un jour on pourrait chanter en chœur…
Petit message pour Arnaud : Si tu veux que Sam t'envoie cet album, fais-nous signe ! Mais tu peux aussi l'acheter les yeux fermés, je t'assure !!
11:19 | Lien permanent | Commentaires (6)
28/04/2008
Je suis partout
La pensée du jour : "Maman, hier, t'as dit un gros mot, t'as dit Sarkozy", Clara (ma fille aînée, 3 ans !). Véridique ! Le genre de pensée qui devrait plaire à Alfana !!!
Quelques mots ce soir sur Je suis partout :
A l'origine, il s'agit d'un hebdomadaire fondé pour couvrir l'actualité internationale. Au départ, le journal n'est ni d'extrême-droite, ni antisémite, mais le noyau dur des rédacteurs clairement imprégnés de maurassisme l'emporte assez rapidement, avec, entre autres, Pierre Gaxotte, Robert Brasillach, Lucien Rebatet. Les modérés quittent la rédaction. Le journal devient alors antiparlementaire, antidémocrate et nationaliste. Je suis partout plébiscite Mussolini dès 1932. A partir de 1936-1937, l'hebdomadaire se rapproche progressivement du nazisme. L'antisémitisme du journal se déchaîne après les émeutes de février 1934, puis encore plus après l'accession de Léon Blum à la tête du gouvernement en 1936.
Jusqu'en 1941, Charles Maurras ne condamne pas ses disciples. La rupture a lieu cette année-là, lorsque le journal, interdit en 1940, reparaît et clame son collaborationnisme.
Pour ce qui est de la chanson de Thiéfaine qui porte le même nom que ce journal, j'avoue que je ne la comprends pas bien. Sam me disait à l'instant que 655321 avait une idée sur la question. Moi pas du tout. Et vous?
22:39 | Lien permanent | Commentaires (12)
27/04/2008
Que de bonnes nouvelles !
La pensée du jour : "Je t'enlacerai, tu t'en lasseras", Louise de Vilmorin.
Eh oui, une pluie de bonnes nouvelles ! Déjà, la sortie de l'album hommage à Béranger. Je n'ai pas encore eu le temps de l'écouter à fond, mais je peux déjà affirmer que la reprise de "Tranche de vie" est tout simplement époustouflante. Ce rythme endiablé sied comme un gant à la chanson, non? J'ai également flashé sur le morceau qu'interprète Jeanne Cherhal. Le reste, il faut que je le réécoute parce que pour l'instant, je n'ai pu le faire dans de bonnes conditions.
Autre bonne nouvelle : à partir de demain, nous pourrons nous dire qu'il reste pile deux mois avant l'Olympia.
Et voici la cerise sur le gâteau : tous ces festivals auxquels Thiéfaine et Personne vont participer cet été. Je vous signale que la Madine, c'est tout près de chez nous et que si parmi vous se trouvaient quelques personnes prêtes à faire le déplacement et ne sachant où loger, notre porte est ouverte. Il va y avoir également le festival du bout du monde. En BRETAGNE !! Voilà un argument de poids que j'ai pu avancer auprès de l'ami Sam pour qu'enfin il m'emmène de nouveau dans mes terres d'Armorique !!! Je crois qu'à l'heure qu'il est je peux crier victoire ! A moi la plage des sables blancs, les crêpes, et tout le toutim ! Et, surtout, à moi le festival du bout du monde !
A signaler aussi, cette fois pour l'automne : la participation des deux compères au NJP (Nancy Jazz Pulsation). L'année 2008 sera thiéfainienne ou ne sera pas !!
21:41 | Lien permanent | Commentaires (9)
30/03/2008
Madame Louise, elle est exquise
Peut-être aimez-vous le groupe Pigalle, comme Sam et moi. Avez-vous vu que la bande à Hadji-Lazaro avait sorti dernièrement une compilation, agrémentée de quelques nouveaux titres, dont un qui a tout de suite fait tilt dans ma petite tête : "Madame Louise, elle est exquise"? Pas de meilleure entrée en matière, je crois, pour vous annoncer que notre deuxième petite fille était née le 17 mars et qu'elle s'appelle ... Louise. Exquise, ah, ça oui, elle l'est ! Je pense que du coup, ce blog ne sera pas alimenté pendant un bon moment. Manque de temps, manque d'énergie... Je reviendrai dans quelques semaines.
En attendant, ce magnifique texte qui me fait toujours le même effet boeuf :
Septembre rose
Naufragé virtuose
d'un amour clandestin
dans la métamorphose
des embruns souterrains
tu jaillis ruisselant
d'une vague utérine
sur ce ventre brûlant
de tendresse féminine
baby boy
sweet baby boy
my baby boy
ton premier cri réveille
de son écho brisé
l'ouragan qui sommeille
dans mes veines oxydées
et mon regard prélude
le jeu de la pudeur
quand par manque d'habitude
on s'méfie du bonheur
baby boy
sweet baby boy
my baby boy
oh ! my son of the wind
my little Wunderkind
oh ! mon septembre rose
d'amour apothéose
baby boy
passées les cruautés
du théâtre organique
tu retournes apaisé
vers ta faune onirique
où les miroirs d'automne
reflètent à fleur de flamme
ta jeune écorce d'homme
éclaboussée de femme
baby boy
sweet baby boy
my baby boy
Hubert-Félix THIEFAINE
22:27 | Lien permanent | Commentaires (11)
15/03/2008
Tranche de vie (deuxième partie)
Plus j'écoute cette chanson, plus je trouve qu'elle va comme un gant à Thiéfaine. Vous ne trouvez pas?
Quand on en a un peu là-d’dans
On n’y reste pas bien longtemps
On s’arrange tout naturellement
Pour faire des trucs moins fatigants
J’me faufile dans une méchante bande
Qui voyoute la nuit sur la lande
J’apprends des chansons de Bruant
En faisant des croche-pattes aux agents
Refrain :
J’en suis encore à m’demander
Après tant et tant d’années
A quoi ça sert de vivre et tout
A quoi ça sert en bref d’être né
Bien sûr la maison Poulagat
S’agrippe à mon premier faux-pas
Ça tombe bien mon pote t’as d’la veine
Faut du monde pour le FLN
J’me farcis trois ans de casse-pipe
Aurès, Kabylie, Mitidja
Y a d’quoi prendre toute l’Afrique en grippe
Mais faut servir l’pays ou pas
(Refrain)
Quand on m’relâche je suis vidé
Je suis comme un p’tit sac en papier
Y a plus rien d’dans tout est cassé
J’ai même plus envie d’une mémé
Quand j’ai cru qu’j’allais m’réveiller
Les flics m’ont vachement tabassé
Faut dire qu’j’m’étais amusé
A leur balancer des pavés
(Refrain)
Les flics pour c’qui est d’la monnaie
Ils la rendent avec intérêts
Le crâne le ventre et les roustons
Enfin quoi vive la nation
Le juge m’a filé trois ans d’caisse
Rapport à mes antécédents
Moi j’peux pas dire qu’je sois en liesse
Mais enfin qu’est-ce que c’est qu’trois ans
(Refrain)
En tôle j’vais pouvoir m’épanouir
Dans une société structurée
J’ferai des chaussons et des balais
Et je pourrai me r’mettre à lire
J’suis né dans un p’tit village
Qu’a un nom pas du tout commun
Bien sûr entouré de bocages
C’est le village de Saint Martin
(Refrain)
11:37 | Lien permanent | Commentaires (4)
14/03/2008
Tranche de vie
Merci à Fred 06, qui m'a envoyé un message aujourd'hui, pour me rappeler que le 21 avril, sortirait un album hommage à François Béranger, album sur lequel nous aurions la joie d'entendre Hubert chanter "Tranche de vie". En voici les paroles. Je ne connais pas du tout l'univers de François Béranger et me réjouis déjà de la sortie de cet album. Et vous, connaissez-vous bien Béranger? Racontez-moi !
Je suis né dans un p'tit village
Qu'a un nom pas du tout commun
Bien sûr entouré de bocages
C'est le village de Saint Martin
A peine j'ai cinq ans qu'on m’emmène
Avec ma mère et mes frangins
Mon père pense qu'y aura du turbin
Dans la ville où coule la Seine
Refrain:
J'en suis encore à m'demander
Après tant et tant d'années
A quoi ça sert de vivre et tout
A quoi ça sert en bref d'être né
La capitale c'est bien joli
Sûr’ment quand on la voit d'Passy
Mais de Nanterre ou de Charenton
C'est déjà beaucoup moins folichon
J'ai pas d'mal à imaginer
Par où c'que mon père est passé
Car j'ai connu quinze ans plus tard
Le même tracas le même bazar
{Refrain}
Le matin faut aller piétiner
Devant les guichets de la main d'œuvre
L'après-midi solliciter le cœur
Des punaises des bonnes œuvres
Ma mère elle était toute paumée
Sans ses lapins et ses couvées
Et puis pour voir essayez donc
Sans fric de remplir cinq lardons
{Refrain}
Pour parfaire mon éducation
Y a la communale en béton
Là on fait d'la pédagogie
Devant soixante mômes en furie
En plus d'l'alphabet du calcul
J'ai pris beaucoup d’coups de pieds au cul
Et sans qu'on me l'ait demandé
J'appris l'arabe et le portugais
{Refrain}
A quinze ans finie la belle vie
T'es plus un môme t'es plus un p'tit
J'me r'trouve les deux mains dans l'pétrole
A frotter des pièces de bagnoles
Neuf dix heures dans un atelier
ça vous épanouit la jeunesse
ça vous arrange même la santé Pour le monde on a d'la tendresse
{Refrain}
C'est pas fini...
21:12 | Lien permanent | Commentaires (5)
11/03/2008
"Diogène, je te salue"...
La pensée du jour : "Mon dieu, qui n'existez pas, venez-moi en aide !" Roland TOPOR.
Heureuse de vous retrouver sur ce blog ! Je ne suis pas certaine de pouvoir beaucoup l’alimenter dans les semaines et les mois qui viennent. J’aurais voulu m’en occuper plus assidûment ces derniers temps, mais la forme n’est pas au rendez-vous, et mes préoccupations se sont logées ailleurs, dans des sphères qui m’échappent un peu. On dit qu’une grossesse, c’est neuf mois de bonheur, mais cela peut être aussi beaucoup de tortures, d’incertitudes, d’angoisses. Voilà à quoi se résume la mienne depuis plusieurs mois. Je ne compte plus les alertes, les chagrins, les inquiétudes. Je sors d’une hospitalisation qui a duré presque quinze jours. Je vous raconte ma vie, là, désolée, mais c’est aussi pour tenter de conjurer le sort et expliquer ma longue absence. Malgré tout, j’essaie de m’accrocher à des choses positives : par exemple, la sortie de l’album « Amicalement blues » pendant ma grossesse aura été un grand bienfait ! Le bébé réagit déjà à cette musique, à la voix des deux compères Hubert et Paul. C’est, pour plagier Sagan, « un peu de soleil dans l’eau froide »…
Voici encore un extrait de L’esprit de solitude, de Jacqueline Kelen. Cette fois, il est question de Diogène. Cela apporte encore un autre éclairage sur ce personnage…
« On demandait à Diogène qui est riche parmi les hommes et il répondit aussitôt : ‘Celui qui se suffit à lui-même’. Au IVème siècle avant l’ère chrétienne, ce philosophe cynique allait pieds nus, vêtu d’un seul manteau, ne possédant que sa liberté et son verbe haut. Ayant réduit au minimum son besoin et ses désirs, il avait élu domicile dans un étrange tonneau et décida même de se passer d’un gobelet le jour où il vit un petit garçon boire dans ses mains. Diogène ne vivait cependant pas loin des hommes mais, installé à Athènes ou Corinthe, il haranguait les passants, parlait avec des amis choisis, interpellait le grand Alexandre ».
Question : Pourquoi « Diogène, je te salue, glaireux blaireau » ?!
10:44 | Lien permanent | Commentaires (3)
17/02/2008
L'esprit de solitude
En ce moment, je lis L’esprit de solitude, de Jacqueline KELEN. Très beau livre dans lequel l’auteur déclare que la solitude choisie, loin d’être un enfermement, peut être source de plénitude, permettre une vie intérieure riche et créative.
Comme il y a, dans ce livre, un chapitre dans lequel il est question d’auteurs chers à Thiéfaine, je ne résiste pas à la tentation de vous en livrer quelques passages :
« Un véritable poète persiste à créer, à chanter même dans les temps difficiles, même quand sa vie est en jeu. Ainsi de Charles d’Orléans, fait prisonnier en 1415 à la bataille d’Azincourt et emmené en Angleterre où il restera captif pendant vingt-cinq ans. Loin de récriminer, ce noble jeune homme fait face à son destin avec la seule arme qui lui reste, celle de la plume. La solitude s’avère toujours féconde voire heureuse pour qui l’honore au lieu de la fuir. Durant sa longue captivité, Charles d’Orléans compose ballades et chansons, il célèbre l’amour, le rêve, l’attente et la vaillance, la dame et la mélancolie ».
« Il est d’autres lieux d’enfermement que la prison où peut s’affirmer une solitude rebelle et créatrice : le bagne, pour Dostoïevski, le goulag, pour Soljenitsyne, les camps de concentration, pour Primo Levi ; l’asile pour Gérard de Nerval (« le rêve est une seconde vie ») et pour Antonin Artaud (« je suis celui qui connaît les recoins de la perte ») ; la tour où le poète Hölderlin, jugé fou, termine son existence – et le menuisier Zimmer qui en a la garde raconte : ‘Ses pensées, on dirait un vol de colombes qui tournoient autour de la girouette du toit’ ».
Plus loin encore, on trouve ces mots d’Hölderlin : « Si riches soyons-nous, ce qui nous appauvrit, c’est l’impuissance à être seuls ».
Enfin, voici une photo de la tour dans laquelle fut enfermé Hölderlin, à Tübingen (encore une ville où je me dois d'aller un de ces jours !) :

15:09 | Lien permanent | Commentaires (6)








































